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Full text of "Histoire de la coiffure feminine"

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HISTOIRE 



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LA COIFFURE 

FÉMININE 



PAR LA 



Comtesse Marie de VILLERMONT 




BRUXELLES 

SOCIÉTÉ BELGE DE LIBRAIRIE 

Oscar SCMEPKNS, Directeuk, i6, Rue Treurenherg 
1892 



DÉDICACE 



Madame, 

Votre Altesse Royale a daigné nie permettre de lui 
offrir la dédicace de ce livre. 

Elle a montré une fois de plus que sa liante intelligeitce 
ne dédaigne aucune manifestation de l'art, si humble et si 
timide qu'elle soit. 

Puisse, Madame, Votre gracieux patronage m' assurer 
la bienveillance de ce public que je vais affronter pour la 
première fois et que je ne puis craindre quand vous 
m'encouragez. 

De Votre Altesse Royale 

La très humble et obéissante servante, 
Comtesse Marie de VILLERMONT. 



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I 





HISTOIRE 



DE LA 



Coiffure Féminine 



INTRODUCTION 



A croyance de tous les peuples, à quelque 
époque qu'on la prenne, a toujours 
considéré le cerveau comme étant le 
sanctuaire de lame. C'est cette âme 
qui, par la bouche, exprime sa volonté 
et manifeste ses sentiments les plus 
intimes, sa douleur comme son plaisir. 
C'est l'âme qui écoute par nos oreilles, brille dans nos 
yeux par des feux de tendresse ou des étincelles de haine ; 
c'est par l'expression de notre physionomie qu'elle sait 
d'un pli de notre front, d'un froncement de nos sourcils 
faire trembler ou palpiter d'autres âmes ; cette âme, cette 
vie mystérieuse et intellectuelle, cette dominatrice du corps semble 
résider dans la tête comme dans la partie la plus noble de l'homme 
et la seule qui soit digne d'elle. 

Aussi à ce tableau mobile si vif et si varié qu'on nomme le 
visage a-t-il fallu un cadre en rapport avec son importance et sa 
dignité. La nature y avait pourvu par la chevelure, mais ce cadre 



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I 



INTRODUCTION 



naturel ne put suffire longtemps et, avec la civilisation, mère des 
distinctions de races, de mœurs, de religion, d'âge, de climat, de 
lois, de rang et de caste, naquit la coiffure. 

Le Phrygien se reconnaîtra partout à son bonnet, comme l'Assy- 
rien à sa tiare, le Gaulois à son chignon tressé. Dès les premiers 
temps de l'histoire humaine, les rois se ceignirent du diadème et 
la couronne est restée toujours l'apanage de la puissance. 

Et telle est cette importance de la coiffure que c'est sur elle 
tout d'abord que nous portons nos regards, quand nous voulons 
reconnaître à qui nous avons affaire. Nous ne prendrons pas un 
Turc pour un Grec et, malgré l'apparente uniformité des modes^ 
européennes, ne trouvons-nous pas mille nuances dans cet affreux 
tuyau de poêle de nos modernes messieurs ? Le jeune élégant n'a 
pas celui du grave magistrat. Le panama du petit rentier en dit 
long sur son propriétaire, ce feutre mou aux bords retroussés 
doit appartenir à un artiste. 

Chez les femmes, que de différences bien plus sensibles encore 
entre le chapeau de la femme sérieuse, de la jeune fille évaporée, 
de l'institutrice, de la mère de famille, de la grande dame, de la 
bourgeoise! Le chapeau est légion et cette légion a ses enseignes 
très diverses. 

Regardez une foule, vous n'y voyez que des têtes et cependant 
vous distinguerez bien vite les différentes positions sociales de ceux 
qui en font partie ; si vous vous trompez, ce ne sera pas de 
beaucoup. 

Que de fois la vue d'un innocent chapeau laissé dans l'antichambre 
par son propriétaire ne nous a-t-il pas fait fuir, en bénissant ce 
traître inconscient! 

La coiffure est donc une partie intégrante et essentielle de notre 
physionomie, de notre personnalité. Elle indique même jusqu'à un 
certain point notre caractère, surtout chez les femmes, où les 
nuances sont plus délicates encore et où les modes se succèdent 
plus rapidement. 

— « Souvent femme varie », a dit un roi qui devait s'y con- 



INTRODUCTION xi 



naître. En étudiant les modes qui ont vécu depuis notre mère 
Eve, on est tenté de croire que cette réflexion est juste. Mais 
disons-le pour l'honneur de notre sexe, si la femme varie, c'est 
bien plus dans son extérieur que dans son être intime. Le cœur, 
chez elle, est souvent meilleur que la tête et il ne faut pas juger 
une femme uniquement d'après ses chapeaux. 

Et puis, la femme a toujours aimé à plaire. Est-ce un défaut? 
Nous n'entamerons pas ici une aussi grave question. Nous consta- 
terons simplement un fait et nous ajouterons que ce motif, mal 
entendu, a fait éclore toutes ces modes extravagantes, que l'on a 
vu surgir en certains temps troublés, créées par des femmes 
trop avides de se faire remarquer et suivies par les autres, avec 
cette docilité, dont les moutons de Panurge sont restés, le type 
fidèle. 

Il y a des périodes où souffle un vent de mauvais goût, qui 
aveugle les esprits les plus justes; c'est un vrai simoun, montant 
de je ne sais quel désert et renversant tout sur son passage, 
détruisant, hélas! autant que ce terrible fléau de l'Afrique, les 
monuments grands et petits de l'art ancien et du travail intelligent 
des siècles passés. Nous avons vu nos belles cathédrales gothiques 
dégradées par les rinceaux rococo du temps de Louis XV, nous 
avons vu, plus récemment* encore, en 1830, tout ce que peut 
■détruire l'aberration du goût. Si l'aberration est universelle, le 
costume suivra le courant et la femme se rendra plus ridicule que 
jamais, parce que sa nature est de porter les choses à l'extrême. 

Il y a donc une philosophie dans le costume, parce qu'il habille 
une époque, et la coiffure en est comme le résumé. C'est à ce 
point de vue que nous allons l'étudier; nous ne voulons pas nous 
borner à une aride description de tresses, de plumes ou de chiffons, 
nous voulons la considérer comme ayant un rapport intime avec 
celles qui l'ont portée. 

Si, visitant un musée d'antiquités, nous y rencontrons un toquet 
plus ou moins richement brodé, un cercle d'or enrichi de pierreries, 
sans aucune indication, nous n'y accorderons qu'un coup d'œil froid 



XII INTRODUCTION 

et furtif; mais si l'on vient nous dire : ce toquet fut porté par 
Marie Stuart, — ce diadème orna la tête de sainte Clotilde, aussitôt 
notre attention se réveille, notre œil s'anime et, ces restes d'autres 
siècles tout à l'heure dédaignés, il les contemple avec respect et 
émotion, revoyant tout à coup les scènes dramatiques, terribles ou 
émouvantes de l'histoire, que ces simples reliques font revivre 
devant lui. 

Ce que nous cherchons dans cette histoire de la coiffure, c'est 
la vie; nous avons voulu retrouver la femme sous la chevelure, 
nous allons donc la suivre pas à pas, l'étudiant dans tous les 
monuments des temps où elle a vécu. Nous avons consulté pour 
la partie technique les plus savants auteurs : Racinet, Violet-Leduc, 
Quicherat, Jacquemin, Hefner et beaucoup d'autres qui se sont 
occupés de l'histoire du costume, mais surtout nous avons étudié 
les monuments, statues, tombeaux, vitraux, portraits, miniatures et 
enfin nous avons cherché dans les mémoires, les lettres, les œuvres 
littéraires des différentes époques que nous allons traverser, ce 
passage de la femme qu'un mot seul peut caractériser, cette odor 
di femina qui se devine partout, à travers les événements les 
plus formidables, comme dans les menus faits de la vie ordinaire. 

Les monuments préhistoriques sont trop clairsemés pour que 
nous ayons pu y puiser beaucoup d'indications sur les modes 
portées par nos aïeux des âges fabuleux, mais à mesure que nous 
entrons dans la vie civilisée ils se multiplient; nous avons l'Iliade, 
l'Odyssée, la Bible surtout, si pleine de détails de mœurs. Les 
statues et les peintures arrivent ensuite. Rome continue la Grèce, 
les poètes latins nous dévoilent les secrets les plus intimes de la 
toilette des femmes. Viennent les pères de l'Église et leurs terribles 
fulminations contre le luxe et la léofèreté féminine. 

Bientôt après s'ouvre la belle série de manuscrits qui se termine 
à l'invention de l'imprimerie. Nous y suivons pas à pas l'histoire 
de l'art avec celle du costume, d'abord barbare, simple, inhabile 
et, parvenus à ces belles miniatures dont la bibliothèque des ducs 
de Bourgogne offre le plus précieux trésor, nous y avons large- 



INTRODUCTION xill 



ment puisé. Le cabinet des estampes de la bibliothèque royale de 
Bruxelles a été aussi une de nos sources les plus abondantes; 
à cela il faut ajouter les portraits, tapisseries, dessins, croquis de 
toutes espèces que les archives de famille possèdent et auxquelles 
il nous a été donné de pouvoir faire de larges emprunts. Les 
musées de Hollande, si riches en costumes anciens, nous ont été 
ouverts avec une générosité traditionnelle en ce sage pays. De 
plus, quelques artistes éminents ont bien voulu nous prêter l'aide 
de leur crayon et de leur science pour donner à ces pages la consé- 
cration de leur talent et l'autorité de leur expérience. 

Enfin le plus précieux encouragement est venu couronner nos 
efforts, en nous apportant la certitude qu'une plume illustre, un 
cœur royal s'intéressait d'avance à nos travaux et daignait nous 
donner une preuve sensible de la part qu'il y prenait. 




Fig. 3b'5. — Dame des environs de Bethlehem, 




CHAPITRE PREMIER 



AUX PREMIERS TEMPS DU MONDE 



Les premiers hommes. — Naissance de la parure. — Abraham. — Le voiJe de Sarah. — Les 
Juives et leurs parures. — Jérémie. — Cendre et cilice. — Judith. — Estlier. — L'Assyrie et 
ses femmes. — Au pays des momies. — Un déjeuner au bord du Nil. — Les reines d'Egypte. 
— Le roman des deux frères. — Décadence de l'Egypte. — Sacrifices de chevelures. — Les 
perruques de Candaule. 



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ORSQUE Dieu créa Eve, il lui donna comme 

ornement cette magnifique chevelure 

qui devait faire à jamais l'orgueil de 

ses filles et le désespoir de celles qui 

l'ont perdue. Mais, dans leur naïve 

innocence, nos premiers parents ne virent 

dans cette masse légère et soyeuse qu'une 

toison ou un voile. La coquetterie n'était pas 

encore inventée ; la lutte pour la vie comme le 

douloureux souvenir de sa chute devaient empêcher à jamais Eve 

de se parer. La pénitence ne se couronne pas de fleurs. 




HISTOIRE UE LA COIFFURE FÉMININE 



Mais Tubalcaïn parut avec sa sœur Noémi et pendant que le pre- 
mier forgeron faisait plier le fer sous son lourd marteau, Noémi l'indus- 
trieuse inventait l'art de tisser la toile et de filer la laine, tandis que 
leur frère Jubal, le premier artiste, construisait le premier orgue et 
inventait les instruments de musique. 

Avec le voile surgit la coquetterie. Quand la femme put apprécier 
l'usage du voile, elle comprit tout le parti que pouvait en tirer sa 
beauté, soit qu'elle voulût l'augmenter, soit qu'elle cherchât à en 
atténuer l'absence et, chose étrange, avant de chercher à orner sa 
chevelure, ce fut son voile qu'elle voulut parer. 

11 ne fallut pas longtemps pour s'apercevoir que l'application de 
quelques fils de couleurs variées sur la toile blanche du voile ou 
sur la laine de la tunique rehaussaient la beauté du vêtement et 
la broderie d'abord grossière et malhabile devint rapidement le 
produit d'un art délicat tout particulièrement féminin. 

Pendant longtemps l'homme garda pour lui le luxe de la che- 
velure. Tous les peuples barbares ont considéré la barbe et les 
cheveux comme des emblèmes de force et de suprématie. De là 
le soin extrême qu'ils prenaient de ces ornements du corps. 

Les monuments les plus anciens, ceux même antérieurs à Abra- 
ham, nous montrent les rois de la Chaldée, de l'Inde et de la 
Babylonie, portant barbe et chevelure bouclées à trois ou quatre 
étages, tandis que les très rares femmes représentées sur ces mêmes 
monuments ont les cheveux simplement pendants (fig. i). 

Dès ces temps reculés la femme avait cessé d'être libre parce 
que la notion du vrai Dieu et de ses commandements s'était 
obscurcie. 

Elle ne pouvait sortir des retraites où la force brutale de l'homme 
l'enfermait qu'enveloppée soigneusement d'un voile qui la rendait 
méconnaissable. 

En Egypte seulement les femmes paraissaient tête nue en public, 
mais les mœurs des Egj'ptiens différaient singulièrement de celles 
des autres peuples et le sexe faible jouissait chez eux d'une liberté 
inconnue partout ailleurs. 



HISTOIRE UE LA COIFFUKE FÉMININE 



La Chaldée, patrie d'Abraham, était un pays très fertile; aussi 
la plupart de ses habitants se livraient-ils à l'élevage du bétail. 
Si les ruines d'Ur-Kasdim, d'où sertit le grand patriarche, don- 
nent une haute idée de la magnificence de cette ville, il n'en est 
pas moins vrai que la plupart de ses habitants étaient pasteurs 
et possédaient dans les environs de nombreux troupeaux gardés 
par des esclaves {servi) et des serviteurs; 





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Fig. 1. — Coiffures des rois assyriens, d'après les monuments de Babylone, 



Quand Tharé, suivi de ses fils, Abraham, Nachor et Haran, 
quitta la Chaldée avec tous ses troupeaux pour s'établir dans 
la Mésopotamie, ce fut l'exode de toute une nombreuse peuplade, 
emportant avec elle les usages et les habitudes de son pays, 
purifiés par le culte du vrai Dieu. Ses descendants conservèrent 
fidèlement ces mœurs en dépit des vicissitudes dont leur histoire 
fait mention et qui les mirent en contact avec une quantité de 
nations diverses. 

Chez eux la femme eut une place à part. Ce n'était plus l'es- 
clave, jouet docile de l'homme, courbée sous la force brutale et 
jalouse, c'était la compagne de son mari, la mère respectée des 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FEMININE 



enfants, mais cependant toujours soumise au chef de la famille 
et reconnaissant humblement sa supériorité. 

Telle était la position de Sarah « la Belle », « la Princesse », 
« la Reine », dont la beauté était si grande qu'on ne pouvait la 
voir sans émotion. 

Si élevée que fût sa naissance, si grand et si puissant que fût 
Abraham, elle n'en pétrissait pas moins de ses mains les pains 
et les ofâteau.x: de son seigneur et maître, comme le font encore 
de nos jours les femmes des plus riches émirs de l'Arabie et de 
la Syrie. 

La stabilité que l'Orient a gardée sous le rapport des mœurs 
dans les races patriarcales, nous fournit une preuve palpable et 
vivante de la fidélité des récits de la Bible. 

Tous ceux qui ont parcouru ces pays primitifs ont affirmé 
qu'ils rencontraient à chaque pas des tableaux de mœurs identi- 
ques à celles que nous dépeint la Genèse. Maintes fois il leur est 
arrivé de se croiser avec quelque chef pasteur allant à la tête de 
sa tribu chercher d'autres pâturages, comme jadis Abraham dans 
la terre de Gessen. 

Les femmes portent les mêmes costumes, les mêmes ornements 
qu'au temps de Sarah (fig. 2). 

« Robe sans taille, serrée par une ceinture grossière, sorte de 
« scapulaire ou autre robe dépourvue de manches et légèrement 
« ouverte sur le côté, guimpe large formant mentonnière que les 
« femmes des villes font monter jusqu'aux yeux. Sur le front une 
« espèce de béguin servant de bandeau ; un ample manteau posé 
« sur la tête et semblable au voile ou à la cape des religieuses, 
« enveloppe tout le corps. A la campagne les femmes se dispen- 
« sent du voile et du manteau, mais l'habillement qui est le même 
« ne se distingue que par sa malpropreté. Cela n'empêche point 
« la femme arabe de se parer de bracelets, d'anneaux aux jambes, 
« d'énormes boucles d'oreilles en argent m<^ssif(i). » 

(1) Missions catholiques : Les Arabes. 9 lu.i 









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Fig. 2. — Femme de Judée 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Oue de voyageurs ont décrit l'impression vive que leur faisait 
rarri\'ée au campement d'un chef arabe, et comme involontaire- 
ment ils se rappelaient Abraham assis vers le soir devant sa tente 
et se levant pour aller à la rencontre de ses nouveaux hôtes, tan- 
dis que les femmes rentraient précipitamment dans leurs tentes 
]30ur y préparer les pains sous la cendre. On égorgeait un mou- 
ton ou un veau et pendant que le chef lui-même servait les 
voyageurs, les femmes cachées dans la tente, comme Sarah, écou- 
taient derrière la toile ce que disaient les étrangers. 

Sarah ne pouvait pas toujours vivre à l'abri de la tente tutélaire. 
Les desseins de la Providence amènent Abraham en Egypte. La 
crainte d'être tué par Pharaon oblige le patriarche à faire passer 
Sarah pour sa sœur. Sans doute elle avait pris des vêtements de 
jeune fille pour tromper davantage le roi. Mais sa beauté était 
trop merveilleuse pour passer inaperçue. On vient dire à Pharaon 
qu'une étrangère éclatante de grâce est arrivée dans son royaume. 
Aussitôt ordre est donné d'amener Sarah au palais du roi, selon 
le droit que tout souverain oriental s'arrogeait sur les femmes non 
mariées qui arrivaient dans ses états. 

Mais Dieu veillait sur son serviteur Abraham. Sarah lui fut 
rendue avec de nombreux présents (fig. 3). 

Une autre fois c'est Abimélech, roi de Gérare, qui s'empare de 
Sarah. C'est en vain que quatre-vingt-dix ans ont passé sur sa 
tfcte; elle est toujours si belle qu'on ne peut la regarder sans 
l'admirer. 

Cette fois encore Abraham l'a fait passer pour sa sœur, selon 
l'usage des patriarches qui avaient tout à craindre des princes 
païens dont ils traversaient les domaines. Un songe avertit Abi- 
mélech du crime qu'il allait commettre ; aussitôt il mande Abra- 
ham et lui rend Sarah. Il les comble de présents et avant de 
laisser partir ses hôtes il dit à Sarah : — « J'ai donné mille pièces 
d'argent à votre mari afin que, en quelque lieu que vous alliez 
vous ayez toujours un voile sur les yeux devant tous ceux avec 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



qui VOUS serez et souvenez-vous que vous avez été prise pour 
n'avoir pas cette marque de dépendance d'un mari (i). 

Cet incident émouvant de la vie de Sarah, montre l'importance 
qu'on donnait au voile de la femme à cette époque; outre qu'il 
était, comme le dit Abimélech lui-même, la coiffure des femmes 
mariées, il fait voir quel luxe on déployait déjà dans les étoffes; 
mille pièces d'argent étaient une somme énorme alors et il fallait 
qu'un voile fût d'une étoffe bien précieuse pour les valoir. 




Fig. 3. — 'Pasteurs nomades chaldéens arrivant en Egypte, d'après un monument égyptien. 

Il est probable que, outre la finesse et la souplesse du tissu, 
on le relevait par de riches broderies. Les monuments d'Ur- 
Kasdim représentent des personnages revêtus de robes magnifi- 
quement ornées de dessins de toutes espèces. Ces dessins étaient-ils 
tissés ou brodés? connaissait-on déjà l'art de fabriquer le cachemire? 
Ce sont des questions que la science n'a pas encore résolues, mais 
si on considère l'immuable durée des traditions et des mœurs dans 
tout l'Orient, si l'on tient compte du fait que les idoles de l'Inde 
actuelle sont faites à l'image exacte de celles qu'on y adorait 
avant Abraham, on peut croire que le tissage d'étoffes semblables 
au cachemire ou à la mousseline, était dès lors aussi bien en 
usage que la meule à écraser le grain de l'Arabe moderne, que 
la flèche nemrodienne du Turcoman. 



(i) Genèse, chap. XX. 'f 2. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



Mais revenons au voile. Il caractérisait chez les Juifs la femme 
mariée ou la jeune fille fiancée. 

Quand le vieux serviteur d'Abraham ramène avec lui la belle 
Rébecca, la future épouse d'Isaac, il arrive vers le soir en vue 
du campement. Isaac, méditatif comme tous les Orientaux, se 
promène seul dans la campagne. Il voit venir à lui la caravane 
et, de son côté, le fidèle domestique en apercevant le fils de son 
maître rapproche son chameau de celui de la jeune fiUe et lui 
dit : C'est Isaac. 

Aussitôt Rébecca descend de sa monture et arrange soigneuse- 
ment son voile autour de sa tête pour marquer sa soumission, sa 
modestie et son profond respect. 

Après le séjour d'Egypte, les Israélites perdirent peu à peu la 
grande simplicité de leurs mœurs primitives. Ils avaient appris à 
estimer le luxe, ils s'étaient eux-mêmes exercés dans les arts et 
l'industrie. Ils savaient fabriquer les riches étoffes, travailler l'or 
et l'argent, monter les pierres précieuses, décorer les monuments 
par la peinture et la sculpture et il suffit de lire les ordonnances 
de Moïse pour voir combien les traditions anciennes s'étaient 
modifiées. Aussi le costume des femmes s'en ressentit tout d'abord. 
Si le voile est resté d'un usage ordinaire, il est le plus souvent 
réservé aux vieilles femmes où à celles qui ont embrassé une vie 
très pieuse, comme les nazaréennes ou les esséniennes; les autres 
ont maintenant toutes sortes de parures, mélange souvent heureux 
des modes égyptiennes et assyriennes, en tous cas, très riches et 
très somptueuses. 

Aux femmes incombait la charge de tisser les étoffes de lin ou 
de laine, de les mélanger de soie de diverses couleurs, ou même 
de fils d'or, d'y broder des guirlandes de fleurs, des animaux 
fantastiques ou des dessins réguliers rappelant ceux de l'Egypte. 

Les femmes juives poussèrent si loin la perfection de leurs 
broderies qu'elles égalèrent les brodeuses les plus célèbres de 
l'Orient, celles de Sidon et de l'Egypte, connues par leur merveil- 
leuse habileté. On forma dans le temple, avec les jeunes filles qui 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



y demeuraient avant leur mariage, un atelier de broderie pour les' 
ornements du Temple et la tradition rapporte que la Vierge Marie 
surpassait toutes les autres par l'excellence de son travail. 

Ces voiles brodés étaient aussi remplacés par des écharpes, 
morceaux d'étoffe plus longs que larges qui enveloppaient la tête 
et se terminaient aux deux bouts par des franges (fig. 4). 

Débora, la prophétesse, chantant sa victoire sur Sisara, disait 
dans son cantique (i) : 

— « Peut-être que maintenant, dit la femme de Sisara qui 
« ignore la mort de son époux et s'effraie de ne pas le voir 
« revenir, peut-être que maintenant on partage le butin et qu'on 
« choisit pour Sisara les plus belles captives. On choisit d'entre 
« toutes les dépouilles, des vêtements de diverses couleurs pour les 
« donner à Sisara et on lui destine quelque écharpe précieuse, 
« brodée à l'aiguille, qu'il puisse porter sur lui comme ornement ! » 

La chevelure avait une grande signification pour les Israélites. 

Nous ne parlerons pas de la chevelure d'Absalon, de Samson, 
ni des lonsfs cheveux des nazaréens. Ouvrons les ordonnances de 
Moïse; nous y verrons d'abord qu'il est commandé aux femmes 
de ne prêter serment que tête nue et c'est sur une tête sans voile 
que le prêtre posera la main pendant qu'elles prêteront le serment 
justificatif qu'exige l'accusation portée par leur mari. 

Se raser la tête est aussi une marque de deuil chez les femmes. 

— « Si, ayant à combattre vos ennemis, dit le Deutéronome, 
et les ayant vaincus, vous voyez parmi les prisonniers de guerre 
une femme qui soit belle et que vous conceviez de l'affection pour 
elle, et que vous vouliez l'épouser, vous la ferez entrer dans 
votre maison où elle se rasera les cheveux et se coupera les 
ongles comme on fait dans le deuil. Elle quittera la robe avec 
laquelle elle a été prise et, se tenant assise dans votre maison, 
elle pleurera son père et sa mère un mois durant; après cela, 
vous en ferez votre femme. » 



(i) Les Juges, chap, v, ^ 30. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Ainsi le voulait la loi de Dieu pour adoucir la douleur cruelle 
que devait ressentir la pauvre captive obligée d'épouser le meurtrier 
de sa famille et le vainqueur de sa nation. 

Les femmes portaient aussi le deuil en se couvrant la tête d'un 
cilice et se répandant de la cendre sur les cheveux. Dans les 
moments de grande calamité, quand un malheur menaçait la 
patrie ou qu'on ordonnait un jeûne public, on voyait courir çà et 
là les femmes cachées sous un cilice formant une sorte de sac qui 
leur descendait jusqu'à la ceinture ou laissant pendre leurs cheveux 
en désordre, souillés de cendre et de poussière. Elles parcouraient 
les rues en se lamentant avec de grands cris et en levant les 
bras au ciel. C'est de la même façon qu'elles pleuraient aux 
enterrements de leurs proches. 

Ce qu'étaient les parures des femmes juives, la Bible va nous 
l'apprendre et elle nous décrira longuement tout ce qui concerne 
les ornements et les coiffures des femmes. 

Les rois avaient succédé aux juges et, avec l'établissement de 
leurs cours, le luxe avait pris un essor inconnu jusque-là. Il était 
arrivé à son apogée dès le règne de Salomon et toutes les 
richesses, les vêtements précieux, les bijoux et les pierres les plus 
rares affluaient à Jérusalem. Son prédécesseur David, dont la vie 
fut si remplie de vicissitudes, n'avait pu comme lui se montrer 
fastueux. Les femmes étaient encore simples. Quand la fille de 
David, la jeune Thamar, allait préparer les plats favoris de son 
frère Ammon, elle portait une robe traînante de diverses couleurs 
comme en portaient les vierges, filles du roi, et ses longs cheveux 
se déroulaient sur ses épaules. 

Sous les successeurs de Salomon, les Juifs faisaient un trafic 
considérable avec la Phénicie, la Syrie et l'Egypte. Ces nations 
apportaient sur les marchés de Judée la pourpre, les perles, les 
étoffes précieuses travaillées et tissées reproduisant en bordures 
des dessins assyriens. Les matières premières arrivaient de plus 
loin; Saba et Assur, les confins de l'Asie et de l'Afrique, envoyaient 
les balles d'hyacinthes, les bois de senteur pour les meubles 




Fig. 4. — Jeune fille juive. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



précieux, la soie brute et les pierreries. Il était tout naturel qu'au 
milieu de cette abondance, favorisée encore par l'esprit mercantile 
de la nation, le luxe continuât à se développer et que la toilette 
féminine surtout en fît son profit (fig. 5). 

Les Juives, déjà célèbres par leur beauté, le devinrent encore 
davantage par la magnificence de leur parure. Elles n'évitèrent pas 
recueil des peuples riches qui surchargent leur corps d'ornements 
au détriment de la vraie beauté et s'attirèrent bientôt les admo- 
nestations sévères des prophètes, qui leur reprochaient leur coquet- 
terie coupable et leurs folles dépenses. 

Isaïe donne en détail la parure des élégantes Israélites lorsqu'il 
fulmine contré elles ses imprécations et ses menaces. 

— « Le Seigneur, dit-il, le Seigneur vous fait dire par ma 
« bouche : parce que les filles de Sion se sont élevées d'orgueil, 
« qu'elles ont marché la tête haute en faisant des signes des yeux 
« et des signes des mains, qu'elles ont mesuré tous leurs pas et 
« qu'elles ont étudié leurs démarches 

« Le Seigneur rendra chauves les filles de Sion, il arrachera 
« tous leurs cheveux et les réduira à une honteuse nudité. 

« En ce jour-là, le Seigneur leur ôtera leurs chaussures magni- 
« fiques, leurs croissants d'or, leurs colliers, leurs filets de perles, 
« leurs bracelets, leurs coiffes {initras), leurs rubans de cheveux, 
« leurs jarretières, leurs chaînes d'or, leurs boîtes de parfum, leurs 
« pendants d'oreilles, leurs bagues, les pierreries qui leur pendent 
« sur le front, leurs pendants de nez, leurs robes magnifiques, 
« leurs écharpes, leur beau linge et leurs poinçons de diamant, 
« leurs miroirs, leurs chemises de grand prix, leurs bandeaux et 
« les habillements légers qu'elles portent en été, et leur parfum 
« sera changé en puanteur, leur ceinture d'or en une corde, leurs 
« cheveux frisés en une tête nue et sans cheveux et leurs riches 
« vêtements de dessus en cilice! » 

Cette nomenclature, intéressante au point de vue historique, 
montre à quel point d'élégance raffinée était arrivée la femme 
juive. Elle nous donne aussi de précieux renseignements sur sa 




Fig, 5. — Femme de la. Syrie ea grande parure. 



14 HISTOIRE UE LA COIFFURE FEiVlININE 



coiffure. Comme on le voit, les Juives se frisaient les cheveux 
par devant et les laissaient pendre derrière en longues tresses 
nouées dans lesquelles étaient introduits des rubans tissés avec de 
la soie ou de l'or; ou bien, à la mode égyptienne, elles bouclaient 
tous leurs cheveux et les faisaient retomber tout autour de la tête 
en les retenant sur le front soit par un bandeau ou diadème d'or, 
soit par un filet orné de perles ou par des plaques formées de 
petites pièces d'or assez semblables à la coiffure de sequins que 
portent encore les Juives en Orient. Quelquefois la mode assyrienne 
était en faveur, sans doute après les invasions de Sennachérib et au 
retour de Babylone; alors, la femme élégante portait sur le front 
la coiffe ou la mitre, sorte de cône tronqué plus ou moins élevé 
et garni d'or, de pierreries ou de broderies, selon la richesse de 
celle qui s'en ornait. Sur le tout, à volonté, on jetait un voile 
léger et transparent ou une écharpe richement brodée, ou enfin 
un voile de lin opaque comme le font encore maintenant les 
femmes en Orient. La coiffure à mitre est encore portée par les 
Persanes et par les Caucasiennes. 

La mitre était parfois accompagnée d'un riche bijou qui pendait 
sur le front ou d'un pendentif en petites médailles ; enfin l'anneau 
dans le nez fut une mode assyrienne qui régna un moment en Judée. 

Citons encore Ezéchiel reprochant à la Sulamite sa vie désor- 
donnée : 

— « Je vous ai prise pour épouse, pauvre et nue, je vous ai 
« lavée dans l'eau, j'ai répandu sur vous l'huile parfumée. Je vous 
« ai donné des robes en broderie et une chaussure magnifique. 
« Je vcus ai ornée du lin le plus beau, je vous ai revêtue des 
« habillements les plus riches et les plus somptueux. Je vous ai 
« parée des ornements les plus précieux, je vous ai mis des 
« bracelets aux mains et un collier à votre cou. 

« Je vous ai donné un ornement d'or pour mettre à votre front 
.< et des pendants d'oreilles, et une couronne éclatante sur votre 
« tête. Vous avez été parée d'or et d'argent et vêtue de fin lin 
« et de robes en broderies de diverses couleurs, vous avez été 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



« nourrie de la plus pure farine, du miel le plus exquis et vous 

'< êtes devenue parfaitement belle vous m'avez abandonné, 

« vous avez pris vos riches vêtements, vous les avez cousus l'un 
« à l'autre pour en iaire les ornements de vos hauts-lieux, vous 
« avez pris ce qui servait à vous parer, qui était fait de mon or 
« et de mon argent pour en faire des idoles que vous adoriez, 
< vous avez pris vos vêtements de diverses couleurs et vous en 
« avez couvert vos idoles pour les parer (i). » 

Ici encore nous retrouvons les mêmes robes brodées, les colliers, 
le bijou du front, le linge fin reprochés par Isaïe, mais Ezéchiel 
parle d'une riche couronne et, en eftet, les Juives portaient dans 
quelques cérémonies de très belles couronnes ornées de pierreries 
dont malheureusement il n'est parvenu jusqu'à nous que des 
descriptions vagues sans nulle reproduction, car la crainte de 
l'idolâtrie, si enracinée dans le cœur de la nation juive, avait 
inspiré à Moïse les défenses les plus formelles de représenter des 
figures d'hommes sur aucun monument, ni dans aucun motif de 
décoration et cette défense fut fidèlement observée à ce point que, 
de tous les peuples de l'antiquité, la nation juive est la seule dont 
on n'ait aucun souvenir descriptif ni dans les sculptures, ni dans 
les peintures qu'elle nous a laissées. 

L'étude approfondie des costumes des nations voisines et les 
modes actuelles portées par les habitants de la Judée peuvent 
nous donner une idée approximative de la parure des Juives (fig. 6). 

Ces espèces de calottes ornées de sequins que portent encore 
les femmes de la Palestine étaient déjà en usage au temps de 
Judith. Au lieu de sequins on employait peut-être des médailles 
ou des amulettes, mais il n'est pas douteux que les bijoux sur le 
front étaient très en vogue. Quant à la couronne, elle n'était 
portée que dans des occasions exceptionnelles, comme celles du 
mariaofe et dans d'autres cérémonies reliofieuses. Les reines de 
Judée s'en paraient aussi sans doute aux grands jours. 



(l) Ezéchid, chap. xvi. 



i6 HISTOIKE DE LA COIP^FURE FEMININE 

L'art de se parfumer et de se maquiller fut très apprécié par 
les- belles Israélites. Une femme coquette et même simplement 
soigneuse de sa personne avait à sa disposition toute une série de 
farcis, de parfums, d'onguents et de pommades dont nous n'avons 
qu'une faible idée, mais qui rendraient jalouses nos élégantes 
modernes. Et que d'opérations pour le bain de chaque jour! 
Après l'immersion dans l'eau se succédaient les massages, les 
frictions, les lotions d'huiles et d'essences odoriférantes et enfin 
l'application des fards; les Juives connaissaient à fond l'usage du 
blanc et du rouge, du noir pour agrandir les yeux, pour les 
rendre brillants, du bleu pour estomper les tempes, du noir brun 
pour dessiner les sourcils. 

Combien d'heures passa la misérable Jézabel à se parer et à 
dissimuler sous des couches de poudres diversement colorées les 
irréparables outrages du temps? Sur ses cheveux frisés, parfumés, 
brillants, elle avait posé une riche couronne et ainsi elle s'était 
placée à un balcon pour voir arriver Jéhu, le roi vainqueur des 
siens et tenter la puissance de ses charmes artificiels sur le 
vengeur de Naboth. Vains efforts. Elle n'en fut pas moins jetée 
par la fenêtre et dévorée par les chiens. 

Ce luxe de parure n'était pas seulement l'apanage des reines 
ou des femmes esclaves de leur corps. Les plus sages en subissaient 
la tyrannie. 

La belle Judith était un modèle de vertu; depuis son veuvage, 
elle avait revêtu un cilice et ne sortait plus de sa maison ; 
cependant, quand sa patrie est près de périr et qu'elle se résout 
à la délivrer, elle n'hésite pas à reprendre le costume des jours 
heureux. 

Elle commence par s'humilier profondément dans le jeûne, la 
cendre et la prière pour implorer le secours du Ciel, puis elle 
appelle ses femmes. 

Elle se baigne et se couvre de parfums précieux, elle frise ses 
cheveux et met sur sa tête une mitre d'une grande valeur, car 
Judith était une grande dame et jouissait d'une fortune considérable. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



17 



Elle se revêt de lin fin et d'une robe brodée de lys d'or de 
diverses nuances, admirablement travaillés ; sa taille est couverte 
de broderies, sa poitrine de bijoux ; des bracelets, des bagues, des 



^ 




Fig. 6. — Femme des environs de Jérusalem. 



pendants d'oreilles et enfin une chaussure magnifique constellée de 
pierreries complètent ce costume royal; on ne peut s'étonner 
qu'en voyant arriver cette splendide étrangère, Holopherne ait été 
ébloui au point d'oublier toute prudence. 

3 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



La mitre, comme nous l'avons vu, était une coiffure d'origine 
assyrienne. Remontons au pays d'Abraham quelques instants 
encore. 

Nous trouvons en Chaldée, en Assyrie et en Babylonie une 
civilisation très avancée quoique bien différente de celle des autres 
pays. 

Autour des ruines de la tour de Babel s'est élevée une cité 
merveilleuse qui, en Asie, n'a d'égale que Ninive. C'est Babylone. 
Dans ces deux grandes capitales de royaumes puissants se sont 
accumulées d'immenses richesses et se cultivent les arts et les 
sciences avec un déploiement de force, d'éclat et de magnificence 
qui contraint notre admiration. 

Certes, ce n'était pas un peuple vulgaire, celui qui résidait dans 
ces villes gigantesques, aux vastes palais mystérieux, aux portiques 
splendides embellis de statues colossales, aux murs épais semés 
d'une profusion de sculptures et soutenus par une forêt de hautes 
colonnes, annonçant aux générations suivantes ce qu'étaient son 
faste pfrandiose et son sfénie merveilleux. 

L'assyriologie, science toute moderne, en déchiffrant l'écriture 
cunéiforme, nous a ouvert un vaste champ d'investigations; mais 
jusqu'ici, la femme n'apparaît guère, si ce n'est d'une façon incidente. 

Les sculptures si nombreuses sur tous les monuments de Baby- 
lone et de Ninive représentant soit des scènes de la vie intime, 
soit les faits les plus glorieux de la vie des rois, ne nous 
montrent pas de femmes. Parfois seulement une esclave ou une 
prisonnière se trouve mêlée aux peuples vaincus amenés aux pieds 
du roi, et c'est tout. Aucune indication pour les costumes féminins. 
Cette absence regrettable de l'image de la femme sur tous les 
monuments assyriens est une preuve très concluante de l'état 
d'abaissement où elle se trouvait dans ces contrées. C'est un objet 
sans valeur, indigne d'être montré aux siècles futurs; on ne s'en 
occupe pas. Que valait la femme pour ces princes qui en avaient 
autant qu'il y a de jours dans l'année.'' On les gardait dans les 
harems comme on garde des animaux utiles, rien de plus. Seule- 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 19 

ment, les maîtres, très jaloux de cette propriété, se défiaient très 
fort des élans d'indépendance, de liberté et des autres aspirations 
qui pouvaient s'éveiller dans ces âmes annihilées par l'oisiveté; de là 
la surveillance sévère exercée sur les femmes, l'obligation de ne sortir 
que voilées et toutes les entraves mises à leurs moindres actions. ' 

Afin de maintenir d'autant plus cette réclusion, il était admis 
que les femmes les plus méprisables pouvaient seules sortir tête 
nue. Aussi, aucune grande dame n'eût voulu sortir autrement 
qu'enveloppée de la tête aux pieds. Les costumes courts, les 
grandes tresses mêlées de rubans et de paillettes brillantes, les 
boucles couronnées de fleurs, tout cela était réservé à ces troupes 
de danseuses, de chanteuses, de joueuses de flûtes que les rois 
.avaient toujours auprès d'eux et qui étaient un luxe des plus 
enviés. Les rois de Juda eux-mêmes tombèrent dans ces faiblesses. 

Chez elle,' la femme assyrienne était richement vêtue. La coiffure 
était, dans ces pays, d'une grande importance et nous avons montré 
plus haut à quel point les hommes mêmes s'en préoccupaient. La 
figure I donne une idée de la manière dont ils arrangeaient les 
boucles de leurs cheveux et de leur barbe. Assurément les femmes 
ne se laissaient pas dépasser en vanité par leurs maris, elles 
n'auraient pas été femmes sans cela. 

Sémiramis mettait beaucoup de temps à se coiffer, puisqu'elle 
aima mieux remettre l'achèvement de ce travail à plus tard que 
de laisser une émeute grandir sans répression. Les reines portaient 
des couronnes élevées et très riches, ou encore la tiare dans le 
genre de celles des hommes, soit allant en s'amincissant vers le 
haut, soit ronde comme un tuyau de poêle posé sur la tête. 
Encore maintenant les Persanes de distinction portent dans leur 
intérieur ces tiares ou mitres souvent richement brodées ou ornées 
de sequins et de joyaux (fig. 7). 

Il était tout aussi humiliant pour une Assyrienne de haute position 
de se montrer au milieu d'un repas d'hommes que de sortir non 
voilée dans les rues, et la belle Vasthi savait très bien qu'elle courait 
un danger de mort en refusant d'obéir aux ordres d'Assuérus, qui 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



l'avait fait appeler pendant un grand festin qu'il donnait aux 
seigneurs de sa cour. 

Le roi, animé sans doute par de copieuses libations, s'était 
vanté de posséder la plus belle femme du royaume. Pour prouver 
son dire, il fit ordonner à Vasthi de se revêtir de ses plus beaux 
atours, de se couronner de la couronne royale et de venir se 

montrer ainsi parée à tous les 
' courtisans. 

L'orgueil de la reine se révolta 
à cette exhibition humiliante ; elle 
refusa d'obéir au roi et, dès le len- 
demain, elle était chassée du palais, , 
heureuse d'être quitte à ce prix du 
crime d'avoir préféré son honneur 
à sa vie. 

La Bible raconte que du jour 
même où Esther dut être présentée 
au roi en remplacement de la fière 
Vasthi, elle gagna son cœur si com- 
plètement qu'Assuérus déclara qu'il 
entendait la couronner reine de sa 
propre main. Un magnifique festin 
réunit par son ordre tous les grands 
de la cour et du royaume et dans 
toutes les provinces des fêtes furent 
ordonnées afin de célébrer les noces 
royales et de faire bénir le nom de la nouvelle reine. 

Dès ce moment, Esther fut l'épouse préférée d'Assuérus et 
acquit sur lui une grande influence. 

Mais le bonheur ne devait pas régner longtemps dans le cœur 
d'Esther; bientôt, elle apprend par Mardochée le sort réservé à 
ses compatriotes. C'est à elle qu'incombe le devoir de les sauver; 
aussitôt, elle reprend ses habitudes juives, elle quitte ses beaux 
habits, elle dépose la tiare royale qui orne son front et, les 




Fig. 7. — Tête de reine assyrienne, 
venant des monuments de Babylone 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



cheveux dénoués, couverts d'i cendres, revêtue d'un cilice, elle 
prie avec larmes et gémissements, jeûnant et s'arrachant les che- 
veux. Elle passa ainsi trois jours dans ces exercices de pénitence, 
disant au Seigneur sa douleur et ses craintes et lui exprimant son 
chagrin de devoir porter sur son front un signe de gloire quand ses 
frères souffraient une cruelle persécution : Vous savez, s ecrie-t-elle, 
combien cette couronne me fait horreur et avec quel soulagement 
je la rejette quand je rentre chez moi ! 

Enfin, elle est prête pour le sacrifice; nouvelle Judith, elle se 
parfume, se coiffe plus soigneusement que jamais, se revêt de ses 
plus beaux habits et pose sur son front le diadème royal. Deux 
suivantes la soutiennent dans sa marche, l'une lui sert d'appui, 
l'autre tient sa longue traîne. 

Elle s'est peint les yeux pour renouveler leur éclat, elle a fardé 
ses joues pour mieux dissimuler la pâleur de l'angoisse. 

Sa robe est mi-partie blanche et pourpre et brodée richement 
de bouquets de fleurs. Les bords de son manteau sont garnis de 
glands d'or. Des bracelets ornent ses bras nus, des colliers pendent 
sur sa poitrine découverte. 

Elle est superbe dans tous ces atours et cependant toute force 
l'abandonne quand elle paraît au milieu de la cour aux yeux 
d'Assuérus qui, peu habitué à dominer ses premières passions, se 
livre tout d'abord à un accès de colère en voyant une femme 
oser paraître devant lui, sans qu'il l'y ait appelée. Un instant, il 
oublie son amour et la beauté d'Esther et ce n'est que lorsqu'il 
la voit pâlir et tomber évanouie dans les bras de ses suivantes 
qu'il obéit à la voix du cœur et tend vers Esther son sceptre 
rédempteur pour qu'elle le baise. 

Le port de la tiare s'est perpétué parmi les populat! 
Perse et de l'Asie. Il est encore en vigueur che^ les Parsis et un 
voyageur français, qui parcourut l'Inde et la Perse au xvii« siècle, 
Chardin, nous a rapporté différents types de coiffures qui ont 
beaucoup d'analogie avec les mitres et les diadèmes des anciens 
Assyriens (fig. 8). 



22 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

Sur la mitre, les femmes jetaient souvent un voile léger de 
mousseline très fine et très transparente, mais ces voiles étaient 
des objets de parure et ne suffisaient pas pour couvrir le visage 
de celle qui osait s'aventurer dans les lieux publics. 

La pauvre Suzanne cachait sa douleur sous un voile épais 
lorsqu'elle parut aux pieds des juges, qui allaient la condamner à 
mort, sur l'accusation des i.npudents vieillards et ceux-ci exigèrent 
tout d'abord qu'on lui enlevât son voile, afin d'ajouter encore à sa 
honte et à leur vengeance. 




Fig. 8. — Coiffures des femmes en Perse au xvil= siècle, d'après le voyageur français Chardin. 



Traversons de nouveau la Judée et nous nous trouverons dans 
un pays tout aussi civilisé mais portant un cachet bien différent. 
Là aussi les modes sont immuables et les plus anciens monuments 
nous offrent des portraits en tout semblables à ceux des dernières 
périodes de l'histoire d^ i ^igypte. 

Là nous rencontrons la femme libre, compagne et égale de 
l'homme à tel point que Séthos I^'', n'étant pas de race royale, 
est reconnu et proclamé simn|ft.crient régent et administrateur du 
royaume er attendant ''àe son fils Ramsès, né de la fille de 
Ramsès I'^'', soit en étai jl^ régner. Ici la femme est donc ccnsi- 
dérée comme plus noble que son mari. Ce n'est pas le seul fait 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



23 



de ce genre qui se rencontre dans l'antiquité égyptienne. La 
femme n'est pas cependant complètement émancipée; elle doit à 
son mari la soumission. Remarquons en outre que sur plusieurs 
monuments représentant des époux, l'homme est plus grand que 
la femme pour indiquer sa supériorité. 

Les documents ne nous manquent 
pas pour reconstituer l'histoire in- 
time des Égyptiens. La peinture et 
la sculpture nous retracent à l'envi, 
sur les tombeaux et dans les temples, 
les scènes familières de leur exis- 
tence et le trésor sans cesse aug- 
menté des papyrus nous vient en 
aide pour nous permettre de com- 
pléter la connaissance que nous 
avons de leurs mœurs (fig. 9). 

Nous pouvons maintenant facile- 
ment nous figurer ce qu'était l'inté- 
rieur d'un riche Egyptien, d'un 
ministre du roi, par exemple, dont 
l'habitation, située au bord du Nil, 
contient tous les raffinements luxueux 
de la civilisation égyptienne. 

Nous voici devant un palais à 
deux étages dont le péristyle est 
soutenu par des pylônes ornés de 
scènes familières, dessinées en creux 
sur la pierre. if.,, 

Des appartements spacieux, embellis de fresques, m^eublés d'élégants 
sièges, de statues et de vases, occupent le rez-de-chaussée ; il y a là 
des salles de banquets, des salles de repos, la chambre des ancêtres 
et toutes les dépendances d'une maison r^rie et bien rr Tintée. 

Traversons ces pièces et sortons par .n autre péristyle donnant 
sur le fleuve. Entre les colonnes, de fraîches drape^ries jettent 




Fig. 9. — Princesse royale égvntipr- 
d'apiès un monument de Lo 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



l'ombre sur la terrasse entièrement bordée de fleurs. Au delà se 
développent des parterres remplis de fleurs odorantes et entre- 
mêlés de petites allées sablées. On dirait un vaste bouquet fleuri 
entourant un petit bassin garni de rocailles où se fait entendre le 
doux clapotement d'un jet d'eau dont la gerbe brillante est lancée 
vers le ciel pour retomber en pluie sur les lotus et les nénuphars. 

Au bord du Nil, le jardin se termine par une nouvelle terrasse 
sur laquelle s'élève un pavillon coquet fermé par de grandes tentures 
que le vent agite doucement et environné de treillis garnis de 
plantes grimpantes et fleuries. 

Au milieu du pavillon se dresse une table aux pieds de bronze 
d'un modèle élégant. Quelques sièges incrustés d'ivoire sont rangés 
autour de la salle ; près des colonnes reposent de grandes urnes de 
poterie rare pleines de fleurs fraîches qu'une esclave, à la robe 
bariolée, achève de disposer avec soin. Elle porte au cou un collier 
d'or qui constitue la livrée du maître. 

La table est couverte d'une nappe blanche délicatement brodée. 
Sur cette nappe, le couvert est mis. 11 y a là des verres de formes 
charmantes, de fines cuillers de buis travaillé avec art et repré- 
sentant une jeune nageuse poussant un panier devant elle ; des 
corbeilles d'or et d'argent, débordant d'oranges et de citrons 
dorés mêlés à la plante aden-roga, «. plus douce que le miel, » ou 
encore de petits pains des plus appétissants. Ces corbeilles sont 
entourées de guirlandes de lotus et <^abn entremêlées de mandra- 
gores, de pins pignons, de grenades et de fruits d'aloès. 

La jeune esclave porte sur la tête, retenu au moyen d'un cercle 
d'or, un morceau d'étoffe rayée dont les pans viennent retomber 
de chaque côté à la hauteur du cou comme des oreilles d'élé- 
phant. Près d'elle, une autre esclave coiffée de même, soulève 
une des portières de lin teint de pourpre pour laisser passer deux 
dames. 

C'est la femme du ministre et une de ses amies qui viennent 
prendre leur repas du matin. On a relevé les tentures du côté du 
Nil et tout en dégustant les produits délicats de la cuisine savante 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



25 



de l'esclave cuisinier, la noble dame et son amie pourront s'amuser 
à regarder le va-et-vient des bateaux sur le fleuve et le paysage 
animé qui se déroule devant elles. 

La femme du ministre a une robe de lin entièrement brochée 
d'un dessin très riche, représentant des scènes de la vie royale. 




Fig. 10. — Grande dame égyptienne de race royale, 
d'après un monument. 



Fig. II. — Grande dnnip l'rrvntj'^- - 
d'après un m- 



Un collier d'or quadruple entoure son cou et sa ceinture est une 
écharpe brodée d'or. 

Sa tête fine et impérieuse est couverte d'un voile noir très 
léger orné d'une mince broderie et de franges d'or dans le bas. 
Ce voile descend à peu près jusqu'aux épaules et est surmonté 
d'une singulière coiffure qui lui va à ravir. C'est une grue aux 
ailes déployées posée à plat sur la tête en guise de calotte. Les 
ailes tombent de chaque côté sur les oreilles, la queue forme une 



26 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

petite aigrette par derrière et la tête s'avance sur le front comme 
la vipère dans les coiffures royales. 

La calotte est en étoffe précieuse brodée d'or et de couleurs, 
les broderies forment les différentes parties de l'oiseau. La tête et 
les pattes sont en or et les yeux sont formés de pierreries (fig. lo). 

La noble maîtresse de céans est en droit de porter cette coiffure 
réservée aux membres de la famille royale parce qu'elle est la 
petite-fille d'un Pharaon. 

Son amie, qui ne compte pas de têtes couronnées parmi ses 
ancêtres, est vêtue d'une robe de mousseline rayée d'un tissu d'une 
finesse étrange, des bracelets d'or émaillé brillent sous ses 
larges manches et son cou est orné d'un collier tout garni de 
scarabées. 

Sa chevelure est entièrement bouclée en boucles régulières, 
distribuées à profusion et pendant jusqu'aux épaules par derrière, 
tandis qu'elles sont courtes sur le front. 

Une bande d'étoffe, artistement brodée, maintient le tout. 

Sur un guéridon, à côté d'elle, est jeté le voile brodé d'or dont 
elle s'était enveloppée pour venir jusque chez son amie (fig. ii). 

Bientôt, on apporte un premier service composé d'Onotis (i), 
de mulets tachetés et de Hanonas (2). A cette entrée succèdent 
quelques viandes légères, oiseaux aquatiques ou gibier, puis enfin 
apparaissent les fruits accompagnés de lait, de vin de grenade et 
de la célèbre liqueur si appréciée en Egypte sous le nom de 
Khunianana. 

En ce moment, un mouvement inusité se manifeste sur le Nil. 
Les barques se rangent le long des rives et un magnifique navire 
de cèdre garni de voiles de pourpre brodées d'or apparaît, fendant 
l'eau de toute la vitesse donnée par six agiles rameurs et suivi 
d'autres barques de cèdre très richement décorées quoique avec 
moins de luxe. 



(1) Poisson nourri de lotus et très estimé des Égyptiens. 

(2) Poisson engraissé dans les rigoles d'inondations. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



27 



— « C'est la reine Rékaantmé qui se rend au temple d'Anubis, 
s'écrient les deux dames qui se lèvent pour la voir passer. » 

La reine a sa coiffure des grands jours. Ses cheveux bouclés 
dépassent le voile court et sont surmontés de l'Atew, couronne 
blanche de laquelle s'élèvent deux vipères couronnées de cornes 
de bélier et répétées au front. La grue posée sur l'Atew 
aussi couronnée est en or 
massif émaillé et orné de 
pierreries (fig. 12). 

Autour de Rékaantmé, 
assise sous son dais de 
pourpre, des esclaves char- 
gées de colliers d'or agi- 
tent de grands éventails 
de plumes. 

Dans les autres barques 
suivent les princesses de la 
famille royale et d'autres 
grandes dames. Les unes 
portent la mitre blanche 
ornée de deux plumes d'au- 
truche, d'autres la Calau- 
tica, coiffure en étoffe rayée 
ou brodée qui se plaçait 
sur la tête comme un capu- 
chon et s'enroulait autour 
du cou. Les princesses sont 
coiffées de l'Atew ou du 

Pscheut, lourdes couronnes rouges ou blanches, d'autres enfin ont 
les cheveux bouclés retenus par un cercle d'or ou une calotte. 

Ces boucles étaient souvent ernpruntées à d'autres têtes, car les 
dames se faisaient un point de gloire de se surcharger de cheveux. 
Une statuette de la collection de Sait nous montre une élégante 
Égyptienne, la « dame Naïa ». Sa tête est monstrueuse et dis- 




u^ 



Fig. 12. — La reine Rékaantmé. 



28 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



paraît sous les masses épaisses de sa perruque, car il est 
impossible qu'une seule tête ait pu fournir tous ces che- 
veux (fig. 13). 

L'usage des perruques était d'ailleurs très répandu dans l'Egypte 
et était même devenu un objet de luxe qu'on était très fier de 
pouvoir étaler. 

Le scribe Penbesa, écrivant à son chef Amen-em-Apt, lui raconte 

les charmes de la vie de Silsilis, 
ville où il était sans doute envoyé 
en mission ; il s'étend beaucoup sur 
les choses exquises qu'on y mange 
et qu'on y boit et finit en ajoutant 
que les habitants y sont tous les 
jours en habits de fête, « de l'huile 
parfumée sur leurs têtes, que recou- 
vrent des perruques neuves. » 

Les Égyptiennes donnaient un 
temps énorme aux soins de la 
toilette. 

M. Saury, qui a fait une étude si 
approfondie des mœurs au pays d'Isis, 
cite une simple paysanne, Anepu, 
qui passait les longues heures de la 
matinée à se peigner. C'était bien 
autre chose chez les riches matrones; leur toilette ressemblait assez, 
pour le temps et les soins qu'on y apportait, à celle des Romaines 
de l'empire; les fards, les parfums et toutes les ressources de 
l'art de paraître leur étaient connues. 

On ne se pare pas pour rester sans admirateurs; aussi, les 
Égyptiennes aimaient à se montrer et leurs mœurs n'étaient pas 
toujours telles qu'elles pussent prêter le serment du Rituel funéraire 
sur la fidélité à leurs devoirs d'épouse. Un vieux papyrus appelle 
la femme « un amas de toutes sortes d'iniquités, un sac de toutes 
espèces de ruses et de mensonges. » 




ï'ig. IJ. - ■'-^a dame Naïa, d'après une 
statuette de la collection de Sait. 



' HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 29 

Le singulier Roman des deux frères, écrit vers le xv^ siècle 
avant Jésus-Christ pour l'amusement du prince Seti II et trouvé 
au commencement de ce siècle, contient les détails les plus curieux 
sur la vie intime des Égyptiens, tout en apportant une preuve 
de plus à l'authenticité de l'histoire de Joseph. Notre histoire de 
la coiffure trouve aussi à y glaner. On y voit l'importance de la 
parure pour la femme. Quand le jeune frère vient de la part de 
l'aîné trouver la femme de celui-ci pour qu'elle lui donne des 
semences, il la trouve occupée à se peigner. Au lieu de lui 
donner ce qu'il demande, elle lui dit : 

« Va, ouvre le grenier, prends toi-même ce qui te plaira, de 
« peur que ma coiffure ne se défasse en chemJn. » 

Les femmes du peuple même étaient coiffées avec soin et déjà 
Hérodote remarquait que, tandis que tous les Egyptiens portaient 
des fardeaux sur la tête, leurs femmes les portaient sur leurs 
épaules, sans doute pour ne pas déranger leur édifice capillaire. 
Chose curieuse, cette chevelure si aimée des Egyptiennes passait 
pour une matière impure. Il fallait se raser pour obtenir quelque 
faveur des dieux et les prêtres avaient tous la tête et le menton 
rasés. Si les monuments d'Egypte en montrent le crâne bien 
garni, on peut affirmer sûrement que la garniture est une 
perruque. 

Beaucoup d'hommes qui voulaient passer pour purs se rasaient 
et ne laissaient pousser leurs poils que lorsqu'ils étaient en deuil; 
enfin, l'étiquette royale exigeait qu'on ne se présentât devant le 
roi que rasé. Il n'en était pas de même pour les femmes, celles-ci 
conservaient soigneusement leur chevelure et y ajoutaient beau- 
coup de boucles ou de nattes étrangères. 

Étudions encore ces différentes coiffures. Un dessin représente 
une reine ayant les cheveux bouclés, retenus par une écharpe qui 
vient se nouer derrière. Sur le sommet de la tête est une petite 
calotte brodée sur laquelle se pose le pscheut ou couronne rouge 
surmontée de cornes de bélier entourant la lune et de Xureus, 
vipère royale que peuvent seuls porter les Pharaons. 



30 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Voici encore quelques reines de l'ancienne Egypte et de diffé- 
rentes époques ; on pourra juger combien peu les coiffures différaient 
d'un siècle à l'autre; le style est toujours le même (fig. 14). 

C'est d'abord Taosra, femme de Siphtah, d'après un monument 
de Biban-el-Maluk. Elle porte la calautica et la vipère royale 
(fig. 15); vient ensuite Tewékoerniro, femme d'Aménemses. Elle 
a un capuchon orné de boucles d'étoffes s'arrondissant en forme 
de cornes de bouquetin; \atew ou couronne blanche surmonte sa 
tête. IJureics se dresse sur son front (fig. 16). 

La troisième est Isis, femme de Ramsès IV, dont on trouve 
le portrait dans la vallée des Reines. Sa coiffure ressemble beau- 
coup à celle de Rékaantmé avec la couronne surmontée en moins. 
Son capuchon est le klafi avec la bande retombant sur la poitrine; 
elle a aussi Xtireus en boucles d'oreilles (fig. 17). 

Une autre reine des monuments de Biban-el-Maluk est Tascia, 
mère d'Aménemses. Son klaft est surmonté de la calotte en forme 
de grue et de Xatew (fig. 18). 

De tout ce qui précède, on peut conclure que la coiffure des 
reines était essentiellement officielle; la fantaisie n'y avait aucune 
part; il est bien rare de rencontrer une tête royale féminine qui 
ne soit pas absolument pareille aux autres. Le fait se présente 
exceptionnellement pour la fille de Sésostris, la jeune Botiante. 
Peut-être avait-elle emprunté quelques idées nouvelles aux femmes 
ramenées prisonnières par son père. Elle a bien la vipère royale, 
mais sa calotte festonnée garnie dune écharpe aussi festonnée 
constitue une grande modification de la coiffure ordinaire des 
reines égyptiennes (fig. 19). 

Les guerres que l'Egypte eut à supporter amenèrent dans les 
mœurs une révolution importante. 

Avec Alexandre, les Grecs prirent pied dans ce pays fortuné 
et Alexandrie devint une brillante colonie grecque. Les rois Lagides 
qui succédèrent au conquérant étaient Grecs autant qu'Egyptiens. 
Aussi vit-on peu à peu ce pays perdre sa physionomie propre; 
architecture, religion, costume, tout devint hellène; on vit à côté 





Fig. 14. — Le klaft. Fig. 15. — La reine Taosra, femme de Siphtah 





Fig. 16 — La reine Tewékoerniro, femme 
d'Aménemses. 



Y\g, 17. — La reine Isis, femme 
de Ramsès IV. 



32 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



du Serapeum et des temples d'Anubis s'élever des cirques, des 
gymnases et des musées. 

Ptolémée I", associant à son trône son fils Ptolémée Philadelphe, 
fit célébrer une grande fête en l'honneur de Bacchus, au mépris 
des anciens dieux du pays. Les reines donnèrent l'exemple de 
l'oubli des modes nationales ; elles avaient adopté les modes grecques 




Fig. i8. — La reine Tascia, 
mère d'Amcnemses. 



Fig. 19, — La princesse Botiante, 
fille de Sésostris. 



et toutes les femmes ne tardèrent pas à imiter ces innovations; 
le klaft, Yaiew, le pscheut furent abandonnés pour les coiffures 
en torsades de la Grèce, pour les diadèmes d'or et d'argent, 
les bijoux grecs, les vêtements à plis, l'hymation et la chlamyde. 

Les dernières momies de l'ère ancienne nous offrent de curieux 
contre-sens. 

Sur les cercueils égyptiens, dont le caractère est unique, on 
voit peint des costumes absolument grecs. Nous possédons en 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



33 



Europe une remarquable collection de ces momies du temps 
hellénique. M. Théodore Graf en a réuni une grande quantité dont 
la peinture a résisté aux vicissitudes des temps. Nous en donnons 




Fig. 20. — Tête égyptienne, de l'époque hellénique, peinte sur le couvercle d'une momie 
(Collection de M. Théodore Graf) . 



un échantillon à la figure 20. Le lecteur pourra se convaincre que 
la belle descendante des Isis et des Taïa n'a conservé de ses 
ancêtres que ses yeux en amande. Sa couronne en diadème 
placée sur ses cheveux coquettement frisés n'a plus rien de la 

4 



34 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



coiffure qui fut à la mode en Egypte pendant les longs siècles 
de la domination dés Pharaons. 

Un dernier mot par rapport à la chevelure en Egypte. Elle 
était considérée comme une chose précieuse et une offrande digne 
des dieux. Dans les grandes calamités, les femmes sacrifiaient leur 
chevelure pour apaiser la colère des dieux. Le culte d'Adonis, 
répandu en Egypte, était souvent célébré par ce genre de sacrifice. 
Sous le nom de Thomnez, ce dieu était l'objet d'une fervente 
adoration de la part des Egyptiennes, idolâtrie qui fut plusieurs 
fois partagée par les Juives. 

A Byblos, à l'époque oià le Nil prend une teinte rouge peu 
avant sa crue, les femmes se rendaient au bord du fleuve pour 
y pleurer la mort d'Adonis, dont le sang, croyaient-elles, teignait 
les eaux du fleuve. Elles pleuraient pendant six jours, puis se 
livraient à une hideuse bacchanale dans laquelle elles coupaient 
leurs cheveux pour les offrir au dieu. 

Bérénice, femme de Ptolémée Evergète, ayant vu son époux 
partir pour conquérir la Syrie et les pays de l'Asie Mineure, et 
redoutant l'issue de cette expédition, avait fait le vœu, si Ptolémée 
revenait vainqueur, d'offrir sa chevelure au temple d'Arsinoë à 
Chypre. Lorsque Ptolémée revint victorieux, apportant avec lui 
de riches dépouilles et des trésors inestimables, Bérénice alla alors 
porter en grande pompe ses beaux cheveux sur l'autel de la 
déesse. Mais quelque sujet peut-être trop fidèle déroba les tresses 
royales. La colère du roi était à craindre et les prêtres, trop peu 
attentifs à la garde du temple, couraient grand risque de se voir 
sévèrement punis. Heureusement, la flatterie veillait et l'on sait 
qu'elle n'est jamais à court de ruses ni d'expédients : Carion, astro- 
nome de Samos, annonça que de nouvelles étoiles s'étaient subi- 
tement signalées au ciel et y formaient un amas brillant. Après 
avoir prouvé que ce brillant phénomène coïncidait avec la date 
de la disparition des cheveux, les doctes et les prêtres affirmèrent 
qu'il était produit par l'apparition de la chevelure de la reine 
enlevée et transportée dans l'éther par les esprits célestes. Aussi- 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FÉMININE 35 

tôt on décréta des fêtes sacrées et profanes en l'honneur de cette 
nouvelle divinité. 

Résumons-nous. La coiffure égyptienne, c'est la coiflure d'un 
pays chaud oii la tête doit être forcément couverte peur éviter 
les insolations. Le klaft est la coiffure pratique par excellence, car 
elle couvre le cou et les épaules sans donner une chaleur trop 
grande; aussi était-elle la plus commune. Souvent, les femmes 
n'avaient qu'un klaft et une ceinture pour tout vêtement. Les 
hommes le portaient aussi et un ruban brodé le retenait sur le 
front; il était ordinairement en laine. 

Dans le peuple, on portait aussi un simple bonnet de laine se 
terminant par derrière en une pointe légère. 

Outre les boucles régulières comme celles de la dame Naïa, les 
Egyptiennes divisaient leurs cheveux en une multitude de petites 
nattes très fines qu'elles arrangeaient autour de la tête en plusieurs 
rangs serrés et réguliers. D'autres faisaient de grosses nattes au 
moyen de cheveux d'emprunt; enfin, celles qui ne pouvaient pas 
se donner le luxe de faux cheveux se fabriquaient des perruques 
avec de la laine. 

Les peuples voisins empruntaient beaucoup aux mœurs et aux 
costumes des Égyptiens. Les Phéniciens surtout se rapprochaient le 
plus de leur manière de se vêtir. Les perruques étaient aussi estimées 
des Phéniciennes que de leurs voisines d'Egypte. Deguerle, savant 
auteur du xviii^ siècle, affirme que ces perruques étaient tellement 
en vogue que les prêtres firent une loi sacrée pour les défendre, 
parce qu'ils ne pouvaient plus percevoir le prix que leur payaient 
les femmes pour conserver leurs cheveux. En effet, dans certaines 
fêtes des dieux phéniciens, les femmes étaient obligées de se 
couper les cheveux pour les offrir en sacrifice et celles qui ne 
pouvaient se résoudre a se dépouiller de cette belle parure devaient 
en payer le rachat aux prêtres. La mode des perruques était 
absolument fatale à ce revenu des temples païens. 

11 est certain que l'usage des perruques était alors bien connu. 
L'examen des statues vient appuyer les documents manuscrits. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Beaucoup de statues égyptiennes sont coiffées de telle sorte qu'il est 
impossible que leur chevelure soit naturelle. On voit parfaitement 
que les tresses sont posées par dessus les cheveux. Les figures 
de la table Isiaque sont très curieuses sous ce rapport (fig. 21). 
La villa Altieri, à Rome, possède une tête de basalte d'origine 
égyptienne coiffée d'une quantité de boucles formant une masse 

énorme dont beaucoup retombent sur la 
poitrine et ne peuvent être naturelles. 
Enfin, pour prouver surabondamment 
encore l'usage des perruques dans l'anti- 
quité, citons la Cyropédie de Xénophon 
qui parle, sinon de perruques entières, du 
moins de tours de cheveux qu'on faisait 
sortir des bonnets et la singulière inven- 
tion de Candaule, gouverneur de Lycie. 
Candaule voulait remplir les coffres de 
l'État. Il prit pour prétexte un ordre que 
lui aurait envoyé le roi Mausole, son 
maître, de lui fournir des cheveux pour se 
faire des fausses tresses. Le gouverneur 
fit publier dans toute la Lycie que les 
habitants avaient le choix de se faire 
tondre la tête ou de payer une taxe pour 
faire venir des cheveux de la Grèce afin 
d'en fournir le roi. Il paraît que les Ly- 
ciens tenaient moins à leurs chevelures qu'à leur argent, car on 
vit les magasins de Mausole se remplir d'une quantité de cheveux, 
mais Candaule fit venir de toutes les nations voisines tout ce 
qu'il put ramasser de perruques au rabais. Le roi et toute sa 
cour se couvrirent d'énormes chevelures et les Lyciens, pour ne 
pas paraître démodés, ciL'rent racheter à grand prix les ornements 
qu'ils avaient sacrifiés par avarice. 




Fig. 21. — Cléopâtie avec la 
coiffuie des solennités reli- 
gieuses, les deux plumes s'éle- 
vant du milieu des cornes de 
bélier. 



CHAPITRE II. 



GRÈCE ET ROME 



Le siège de Troie et la belle Hélène. — Los déesses d'Homère. — Andromaque. — Grâce des 
coiffures grecques. — Style primitif et style sévère. — Les différents ornements de tête des 
Grecques. — Les statuettes de Tanagra. — Le Lesché de Delphes. — Faux cheveux et teintures. 
— Couronnes funéraires. — Deuil. — Les Étmsques et leurs costumes. — La vertu des 
Romaines. — La Grèce à la mode de Rome. — La coiffure d'une grande dame, — La porte 
Capène. — Martial et les satiriques. — Apulée et Ovide. — Chrétiennes. — Saint Paul et 
les femmes. — Tertullien. — La question du voile. — Constantin et les modes byzantines. — 
Le cénacle du Mont Aventin. — Saint Jérôme et ses pénitentes. — Influence des femmes au 
IV siècle. — Décadence. 




OU S voici en plein siège de Troie. Pendant que les 
guerriers se battent et font partager leurs que- 
relles par les dieux, la célèbre Hélène, assise au 
fond de ses appartements, s'occupe activement 
avec ses femmes de riches ouvrages de broderies. 
Au moyen de son aiguille agile, elle représente 
les principaux épisodes de cette guerre mémo- 
rable, dont elle a été l'héroïne. 

C'est ainsi qu'Homèr , nous dépeint la fameuse 
beauté qui enflamma toute l'Attique et c'est dans les ouvrages du 
poète grec que nous trouvons les renseignements les plus précis 
sur les usages et les vêtements de ses contemporains. 



38 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Homère est le premier écrivain de la Grèce qui se soit préoc- 
cupé des mœurs de son pays et les ait décrites fidèlement; plusieurs 
de ses chants sont frappants de naturalisme, on y voit se 
mouvoir ses héros et ses bergers comme s'ils avaient vécu hier. 

Ses déesses même ne sont que de simples mortelles dans 
leurs allures divines. Homère écrivait vers l'an 907 avant J.-C. 
et le sièsfe de Troie eut lieu vers 1200. Comme on le voit, nous 
nous occupons de gens d'une antiquité très respectable. La 
statuaire grecque ne nous a laissé de ce temps que des œuvres 
encore peu définies, et pendant de longs siècles, les costumes et 
les coiffures varièrent peu. 

Les Grecs eurent toujours l'instinct de la pureté des lignes. On 
ne rencontre pas chez eux les ornements massifs, les surcharges 
de broderies et de matières précieuses des pays orientaux ; les modes 
assyriennes, indiennes, égyptiennes n'ont eu que peu d'influence en 
Grèce et lorsque ce beau pays fut conquis par Rome, c'est encore 
la Grèce vaincue qui imposa au vainqueur son art et ses modes. 

Les femmes grecques n'étaient pas asservies et réduites à l'état 
de mépris et d'oppression des assyriennes, mais elles n'étaient pas 
non plus considérées comme égales à l'homme. Si leurs démarches 
étaient libres, si elles pouvaient sortir dans les rues, se montrer 
en public et même être appelées dans les assemblées, elles n'en 
étaient pas moins soumises à leurs maris et même à leurs fils. 

On voit dans l'Odyssée avec quelle dureté Télémaque dit à sa 
mère de rentrer dans ses appartements. Au temps d'Homère il 
était reçu d'imposer l'esclavage aux prisonnières, quelque noble 
que fût leur naissance. Chriséis, fille du grand-prêtre Chrisès, fut 
esclave d'Agamemnon. 

En général la femme grecque mariée ne sortait guère que voilée. 
Il est vrai qu'il était avec le ciel des accommodements et le voile était 
souvent si transparent qu'il n'enlevait rien à la beauté. Ces voiles 
légers étalent de mousseline, étoffe estimée de tous les Orientaux. 

La belle Hélène n'en portait guère d'autres. Quand on vint lui 
dire que le beau Paris se battait avec Ménélas en champ clos 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 39 

SOUS les murs d'Ilion, elle accourut pour voir cette lutte dont elle 
était le prix, mais elle eut soin de se couvrir de voiles d'une 
blancheur immaculée qui n'empêchèrent pas les vieillards, en la 
■voyant arriver, de se dire entre eux qu'une telle beauté méritait 
bien que les peuples se combattissent pour l'obtenir et la garder. 
Mais Hélène n'a pas seulement de transparents voiles de mous- 
seline. Aux grands jours elle se drape sous des étoffes brodées de 
sa main où elle s'est plu à représenter des scènes de guerre. 

Hécube, la mère du malheureux Hector, voulant se rendre 
Minerve propice, va lui offrir un voile. Elle se rend dans le 
cabinet odoriférant où elle renferme ses vêtements précieux et 
cherche parmi ses voiles les plus magnifiques, ouvrages des 
esclaves sidoniennes de Paris, le plus grand et le plus beau de 
tous. Hécube se hâte de se rendre au temple de la déesse et la 
belle Théano, la prêtresse, reçoit de ses mains le précieux tissu 
qu'elle dépose sur les genoux de la statue divine. 

Quand plus tard Hélène, fatiguée de sa vie agitée, se trouve à 
Sparte auprès du trop bienveillant Ménélas, Télémaque, cherchant 
son père Ulysse, arrive dans le palais des deux époux. Après un 
séjour de quelques semaines, quand il part, Hélène, comme 
présent d'adieu, donne au jeune homme un voile merveilleux et 
elle le prie de le conserver pour sa future épouse. 

Tous ces voiles n'empêchaient pas que les cheveux n'eussent 
leur importance. Hélène savait bien les arranger avec grâce 
autour de sa tête. Homère ne l'appelle-t-il pas toujours : Hélène 
à la belle chevelure? 

C'est que dans le fond du gynécée, on gardait la tête nue, 
Pénélope ne met ses voiles que lorsqu'elle sort de ses apparte- 
ments pour paraître au milieu de ses prétendants. 

C'est aussi comme signe de deuil que le voile est porté en 
Grèce. A la nouvelle de la mort d'Hector, les Troyennes revêtues 
de voiles traînants se précipitent dans les temples en gémissant, 
et Thétis pleurant son fils Achille se couvre d'un voile noir. 

Quant aux esclaves qui devaient entourer le corps de leur 



4° 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



maître mort, elles étaient en cheveux dénoués ainsi qu'on le voit 
sur la peinture du vase corinthien ci-dessous (fig. 22) représentant 
Achille sur son lit de mort entouré de ses jeunes esclaves. 

Homère a donné à ses déesses le costume des femmes de son 
temps, costume aux lignes nobles, aux plis moelleux, généralement 
sobres de détails. Si parfois il se trouve quelque broderie au bord 
de la tunique, elle n'a jamais qu'une importance secondaire et 
n'ôte rien à la sévérité de l'ensemble. 




Fig. 22. — Esclaves pleurant Achille, d'après un vase grec. 



Voyons ce qu'était la toilette d'une princesse grecque très 
élégante, d'après le poète. Il s'agit, il est vrai, d'une déesse, mais 
Homère, comme tous les poètes grecs antiques, décrit naïvement 
ce qui se passe journellement autour de lui, remplaçant les mortels 
par des dieux (fig. 23). Junon entre donc dans son appartement 
secret, dont elle seule a la clef. Elle n'a pas besoin de suivante 
pour faire sa toilette. Elle commence par se baigner dans une 
liqueur divine, après quoi elle se met en devoir de peigner sa 
superbe chevelure et la frise en boucles gracieuses dont les flots 



HISTOIRE DE LA, COIFFURE FÉMININE 



41 



se dispersent sur les épaules de la belle déesse. Elle revêt une 
robe, tissu transparent dans lequel Minerve épuisa tout son art. 
Elle l'attache sur sa poitrine avec des agrafes d'or et s'entoure 
de sa ceinture embellie de nombreuses franges. Elle suspend à ses 
oreilles ses boucles à trois brillants pendants, d'un travail mer- 
veilleux ; enfin elle couvre sa tête d'un voile magnifique dont elle 
ne s'est point encore servie, aussi éblouissant dans sa transparence 




Fig. 23. — ■ Junon, d'après une médaille 
de Chacis en Eabée. 



Fig. 24. — Junon, d'après une médaille 
de Brutium. — Art grec. 



que les rayons du soleil ; et elle orne ses pieds de riches cothur- 
nes (fig. 24). 

Minerve a aussi de beaux voiles. Elle les abandonne quand il 
lui faut endosser sa cuirasse, mais sa main guerrière sait très 
bien manier la navette et la soie. 

La nymphe Calypso a la tête à demi-couverte d'un voile 
diaphane, l'enchanteresse Circé est coiffée d'une tiare magnifique, 
coiffure orientale très aimée des grandes dames. 

Les fleurs, les bandelettes, les rubans, les fils de perles leur 
servaient aussi d'ornements de tête. La belle Charis, l'épouse de 



42 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



Vulcain, s'était orné la chevelure d'une façon très gracieuse, quand 
Thétis arriva pour commander une armure pour Achille. 

Andromaque sait arranger un édifice savant et artistique avec 
ses cheveux. Elle les entremêle de rubans, les recouvre de réseaux 
d'or et jette sur le tout un voile léger. C'est ainsi qu'elle arrive 
pompeusement parée sur les murs d'Ilion, ne se doutant pas qu'un 
affreux spectacle va lui déchirer le cœur, et que son cher Hector 
est en ce moment traîné dans la poussière, oii il rend le dernier 
soupir. 

Chez les femmes grecques le goût de l'élégance était inné. 

Leurs coiffures ont un certain laisser aller plein de grâce. 

Deux genres de coiffures surtout étaient en vogue chez elles. 
Les statues antiques de la Grèce vont nous fournir ici de nombreux 
documents. 

Il y avait d'abord la coiffure très simple que les Lacédémo- 
niennes portèrent pendant plus de six cents ans et qui consistait dans 
un ruban qui serrait les cheveux autour de la tête, les relevant 
un peu sur les tempes, puis les laissait retomber épars sur le 
dos. Dans les autres parties de la Grèce, la manière d'arranger 
les cheveux la plus usitée consistait en bandeaux légèrement 
ondes sur le front, qui se relevaient gracieusement vers l'oreille 
autour d'un ruban ou d'une bandelette. Par derrière ils étaient 
réunis par un ruban d'où s'échappait le bout des mèches en 
boucles inégales (fig. 25). 

Parfois les cheveux étaient simplement tordus par derrière et 
formaient un chignoti épais sur la nuque. 

L'autre coiffure, plus coquette, se composait de petites boucles. 
La chevelure était coupée courte et toute frisée. Sur le front, les 
boucles s'étageaient en rangées régulières ou se mêlaient dans un 
désordre savant. On plaçait ensuite sur la tête soit l'ampyx, soit 
des bandelettes, mais plus souvent le diadème dont nous étudierons 
plus tard les différentes formes, ou encore la couronne de lauriers 
ou de roses, qui fut en grande faveur dans les dernières années 
de l'ère avant Jésus-Christ. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



43 



Une autre coiffure se "faisait avec les cheveux demi-courts. On 
les relevait à racines droites, mais sans les tirer, en leur laissant 
toute leur élasticité. On les attachait sur le sommet de la tête au 
moyen d'un ruban et on en frisait les bouts en petites boucles; 
on plaçait alors sur le front une couronne de lauriers ou de fleurs, 
mais en ayant soin de laisser un léger bourrelet de cheveux 
autour du visage; enfin, quelques mèches retombaient par derrière 
en boucles (fig. 26). Cette coiffure est extrêmement élégante. 




Fig. 25. — Vénus, d'après une médaille Fig. 26. 

antique. 



■ Stymphale, médaille de Stymphalus 
(Arcadie). 



Les principaux objets dont se servaient les Grecques pour orner 
ou couvrir leur tête portaient les noms variés de calathos, polos, 
modios, cydaris, cécryphale, crobyle, ampyx, Stéphane. 

Le polos et le calathos étaient de hautes coiffures cylindriques 
qui rappelaient certaines coiffures orientales; ils avaient une origine 
toute asiatique et on ne les trouve guère que dans les plus 
anciens monuments. Les xoanon, idoles grossières de la Grèce 
primitive, portent toutes le polos, qui n'a alors aucune différence 
avec la mitre assyrienne (fig. 27). 



44 



HISTOIRE DE LA COIFI'URE FEMININE 



Ces xoanou étaient de petites statues de terre cuite presque 
informes et grossièrement enluminées. Elles avaient toutes un cachet 
oriental très cai-actéristique et portaient le polos, coiffure en usage 
déjà au temps d'Homère comme coiffure de grande parure. L'en- 
chanteresse Circé, lorsqu'elle use de ses charnies pour retenir 
Ulysse et ses compagnons, se couronne du polos. 

Les statues qui 'succèdent aux xoanon ont des polos moins 





Fig. 37. — Xcinon. idole de la Gr^-e primitive, 
repniscnta.nt Véuus coitYèc du jxilos. 



Fis:. iS. — Ajihivxiite coiffée du polos, 
stv!c sévère. 



élevés. Cette première époque de l'art grec primitif, dépouillé de 
toute influence étrangère, est désignée sous le nom de style sévère. 

Quelques déesses et surtout des Aphrodites sont coiffées d'un 
polos assez bas, sur les cheveux simplement ondulés (fig. 2 S). 

l'ne autre \"énus. trouvée à Chypre, au milieu des innom- 
brables débris de statuettes qu'on fabriquait dans cette ile pour 
les dévots adorateurs de la Bonne Déesse, a un cachet de \érité 



HISTOIRE UE LA COIFKURE FEMININE 



45 



qui donne une assez juste idée de certains calathos. Celui-ci 
devait être d'étoffe plissée à gros plis par devant et retombant 
avec quelques bouffants par derrière; des flots de rubans sur le 
côté et une double rangée de perles sur le front complètent cette 
coiffure originale, qui doit être classée dans les coiffures anciennes 
précédant l'époque de Phidias (fig. 29). 

Le calathos avait aussi la forme d'un chapiteau; dans la mytho- 
logie grecque, c'était la coiffure des 
divinités matronales. 

Le cydaris était également une 
haute coiffure cylindrique, mais elle 
se distinguait du polos par des orne- 
ments appliqués- en relief On désignait 
par ce nom, en Grèce, les coiffures 
des rois de Perse. C'est donc le polos 
élevé et orné, ainsi que nous le voyons 
dans le xoanon représenté dans la 
figure 27. 

La Stéphane était une couronne de 
métal précieux, ronde et beaucoup 
moins élevée que le polos, et d'une 

égale hauteur partout. Dans la mythologie, on attribuait cette 
coiffure aux grandes déesses, comme Héra, Aphrodite, Artémise. 
Dans le monde des humains, elle ornait la tête des femmes de 
grande naissance, des reines et des beautés célèbres (fig. 30). 

La richesse de ses ciselures et de son travail était ordinairement 
très grande. Parfois, mais rarement, la Stéphane se renflait légè- 
rement sur le front mais elle gardait cependant toujours sa forme 
de couronne. 

Le diadème fut, avec la Stéphane, l'ornement le plus apprécié 
des belles Grecques. 

Il y avait plusieurs formes de diadème ; d'abord le frontal, 
simple bande de métal uni se posant relevée sur le front (fig. 31) 
et aussi large aux bouts qu'au milieu. 11 s'appelait anadéma 




Vénus de Chypre. 



46 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



lorsqu'il était plus haut sur le front qu'aux extrémités, soit qu'il 
fût uni (fig. 32), soit qu'il fût orné de dessins ou d'applications 
de métal. Quelquefois il était gravé, d'autres fois l'orfèvre y faisait 




Fig. 30. — Hera, statue grecque de la villa Ludovisi. 



figurer, en fines ciselures, des scènes complètes de la mythologie 
ou des arabesques mêlées de fleurs et de fruits. Plus tard encore 
on y ajouta des pierreries, mais à cette époque l'anadéma n'était 
plus une parure exclusivement grecque. Rome s'en était emparée 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



47 



et avec son goût plus magnifique que délicat, elle s'était hâtée de 
faire du diadème un bijou somptueux. Enfin, on ornait le frontal 
ou Tanadéma d'une rangée de petites boules, losanges, triangles 
ou pointes finement ouvragées, qui donnait au bord supérieur du 
diadème plus de légèreté et moins de raideur. Mais en Grèce, 
cet ornement resta toujours dans les limites sobres. Un vase grec 
de la collection Campana donne le dessin d'un de ces diadèmes 
auxquels une rangée d'ovales fins prête un grand cachet d'élégance 

(%• 33)- 

Enfin, le diadème s'appelait miletta quand il formait un triangle 

sur le front, c'est-à-dire qu'il était en pointe 

vers le milieu. La Junon de la médaille 

d'Aptère a un miletta (fig. 34), Tous ces 

diadèmes s'attachaient par derrière au moyen 

d'un ruban dont on laissait quelquefois flotter 

les bouts. 

On avait toujours soin de relever les 

mèches des tempes et de les faire passer 

au-dessus de l'anadéma, effet gracieux et 

flatteur qui ôtait au diadème ce qu'il pou- 
vait avoir de trop raide dans la ligne. Enfin, 

les boucles légères tombant dans le cou, soit longues, soit courtes, 
terminaient toute coiffure soignée (fig. 35). 

Dans les temps plus anciens, ces coiffures se réservaient pour 
le gynécée. Quand une femme de qualité sortait, elle mettait sur 
sa Stéphane ou son miletta un de ces voiles que nous avons décrits 
plus haut. 

Tout en ayant l'air d'être cachées, aucune des grâces de la 
promeneuse n'échappait au public. 

On ne portait pas toujours la riche Stéphane ou l'anadéma 
somptueux; ces couronnes se réservaient pour les grandes fêtes ou 
pour les assemblées solennelles; il y avait une autre coiffure plus 
ordinaire et plus accessible à toutes les classes; c'étaient le crobyle 
et le cécryphale. On appelait eécryphale une espèce de réseau qui 




Fig. 31- 



48 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FEMININE 



recouvrait la tête en renfermant tous les cheveux. Quelquefois, il 
était en étoffe et ressemblait assez au serre-tête de foulard que 
portent les femmes de Marseille. On le fixait à la tête au moyen 




Fig- 3^- 



de deux ou trois bandelettes ou rubans qui le maintenaient (fig. 36). 
On appelait aussi cécryphale un mouchoir qu'on arrangeait en 
bandeau plus large derrière que devant et qui retenait les cheveux 
du chignon (fig. 37). 

Enfin, le crobyle était un genre de filet plus petit, mais on 



i^I.STOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



49 



donnait aussi ce nom au chignon, quand il était ramené en touffe 
de cheveux sur le haut de la tête. Il répondait alors à ce que 
nous appelons vulgairement un toupet. Un tombeau de la belle 




FJg- 33- 





Fig. 34. — Junon, médaille d'Aptère, Crète. 



F'g- 35- "~ Diane, médaille de Magnésie, lonie. 



époque grecque représentant Philis, fille de Cléomène, nous montre 
une autre coiffure. Comme le cécryphale, elle contient tous les 
cheveux, ne laissant paraître que deux rangées de petites boucles 
sur le front. Mais l'étoffe en paraît assez lourde, puisqu'elle soutient 

S 



5° 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FEMIiNINE 



une grosse houppe qui donne à cette coiffure une grande ressem- 
blance avec le bonnet grec actuel (fig. 39). 

On réunissait parfois plusieurs coiffures; on posait un anadéma 




Fig. 36 




Fig- 37- 




Fig. 38. — Coiffure corinthienne, 
d'après un vase antique. 



sur un crécyphale, on ajoutait à la Stéphane des bandelettes ou 
des rubans, on joignait à l'ampyx le frontal; la fantaisie féminine, 
comme toujours, se donnait libre cours, mais ajoutons, à la louange 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FÉMININE 



51 



des femmes grecques, qu'elles ne s'écartaient jamais des limites du 
bon goût.. 

L'ampyx était d'abord une simple bandelette de soie posée sur 
le front pour empêcher les boucles de s'emmêler; plus tard ces 
bandelettes se multiplièrent, puis le métal remplaça la soie; enfin 
à Rome on les surchargea de pierreries. 




Fig. 39. — Philis, fille de Cléomène. 



Les Corinthiennes portaient leurs cheveux dénoués, elles avaient 
sur le haut de la tête une petite calotte qui était entourée de 
médailles ou de monnaies. Pour la nuit et pour se livrer aux 
soins du ménage, les femmes renfermèrent d'abord leurs cheveux 
dans une vessie, qu'on préparait à cet effet en l'assouplissant et 
en l'ornant de rubans, mais la chaleur que devait causer à la tête 
un couvre-chef si impénétrable à l'air, le fit abandonner de plu- 
sieurs, néanmoins la forme resta et le bonnet de nuit en Grèce 
fut toujours un objet rond, sans plis, affectant la forme d'une 



52 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



vessie. Il cachait entièrement les cheveux. Les femmes du peuple 
ou les ouvrières avaient ce genre de bonnet comme coiffure 
habituelle (fig. 40). 

Toutefois la simple coiffure en cheveux fut toujours celle que 




Fig. 40. — I, Coifl'ure en boucles, de la Grèce primitive, 
-j 3. 4 et S, Coiffures de uuit ou d'intérieur. — 6 et 7, Femmes coiffées d'Anadéma el de réseaux. 



les jeunes filles et les jeunes femmes préférèrent comme la plus 
artistique et la plus capable ^e faire valoir la pureté des contours 
du visage. Elles étaient encouragées dans cette mode par les 
artistes dont l'opinion faisait loi à Athènes. Pour retenir leurs 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



53 



cheveux, les femmes se servaient d'épingles longues de bronze et 
de fer, mais surtout faites avec un roseau très dur et très pointu. 
Elles avaient aussi des épingles de luxe en or, terminées par de 
petits ornements ou garnies de perles. 

L'usage d'entremêler les cheveux de bijoux était du reste très 
pratiqué à Athènes. On relevait les cheveux par des chaînettes 
de métal, on les faisait passer dans des anneaux d'or, et on 
cousait des pierreries sur les rubans ou bandelettes dont on s'ornait 
le front. 

Mais le soleil brûlant de la patrie d'Alcibiade exigeait qu'on se 




Fig. 41 . — Pétase, chapeau grec, d'après des statuettes de Tanagra. 



préservât de l'ardeur de ses rayons. C'est pourquoi hommes et 
femmes en voyage ou à la campagne avaient adopté le chapeau, 
qui ne fut jamais considéré comme un ornement ou un objet de 
luxe, mais simplement comme un préservatif utile. 

Les Spartiates furent les inventeurs du chapeau de feutre. On 
le faisait à larges bords, il s'appelait skiadion et sa forme resta 
toujours la même. Le petasus, porté également à Rome, avait les 
bords plus petits et ronds. Pour le rendre plus léger, on le faisait 
déjà en paille ou en joncs. Il y avait enfin le chapeau à la 
Thessalienne, appelé caussia. Ce chapeau rond, presque plat et 
terminé au milieu par un petit cône, était absolument le même 



54 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



que celui des habitantes actuelles de Nicis. Il se portait sur le 
front par dessus le voile ou le cécryphale (fig. 41). Quelques 
statuettes curieuses de la grande fabrique de Tanagra représentent 
des femmes coiffées de ce chapeau que Sophocle fait porter à 
Ismène, la plus jeune fille d'Œdipe, quand, échappée de Thèbes, 
elle vient rejoindre son père à Athènes. 

La nymphe Atalante qui courait si légèrement qu'elle ne faisait 
pas ployer les épis sur lesquels elle passait, est représentée ordi- 
nairement avec un chapeau, symbole de ses goûts champêtres et 
voyageurs. La médaille d'Ionie que nous donnons ici, peut rendre 
la forme des chapeaux de Sparte (fig. 42). 

Disons un dernier mot de la chevelure des femmes grecques : 
c'est ici leur côté faible et celui où disparaît le bon goût qui fut 
le signe caractéristique de la nation à laquelle elles appartenaient. 

Les Grecques se teignaient les cheveux avec passion. Celles 
dont la chevelure n'avait pas la couleur d'aile de corbeau, se 
teignaient en noir. D'autres, plus fantaisistes, se teignaient en bleu 
d'azur, bleu de mer, bleu rosé aux reflets changeants pour imiter 
le cou des colombes, ou encore en couleurs aux reflets métalliques; 
d'autres avaient des préférences pour la couleur blonde comme le 
miel de l'Attique. Enfin non contentes des teintures, elles y ajou- 
taient des poudres dorées, blanches ou rouges. 

Leurs sourcils s'arquaient d'une large raie noire, que le pinceau 
accentuait le plus possible. Tels étaient les moyens qu'employaient 
les Grecques pour être belles. 

Le Lesché de Delphes, monument décoré par le peintre Poly- 
gnote, montre des femmes aux cheveux teints de différentes couleurs. 
C'est le premier peintre qui les ait représentées ainsi, c'est aussi 
lui qui le premier peignit des robes transparentes. Il vivait 
vers 444, on peut donc croire que c'est alors que commença cette 
vogue de teintures et de vêtements légers, plus gracieux que 
modestes. 

Anacharsis traversant un jour le cabinet de toilette de la belle 
Lysistrate, s'arrête stupéfait devant la quantité d'essences pour 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



55 



parfumer les cheveux qu'il aperçoit à côté de fers à friser de 
toutes formes, de poudres de toutes couleurs pour teindre, tout 
cela pêle-mêle avec de splendides bandelettes brodées, des réseaux 
d'or ou de soie et des peignes enrichis d'émeraudes et de cor- 
naline (fîg. 43). 

Enfin les perruques étaient estimées en Grèce comme ailleurs, 
par celles à qui la nature avait refusé une abondante chevelure. 
Le mot grec perruque signifie aussi trompeur, car, dit Enostathe, 





^\. . 



Fig. 42. — Atalante, médaille dlonie. 



Fig. 43. — Grecque avec réseau, d'après une 
médaille antique. 



la perruque est un couvre-chef fait de cheveux propres aux 
hommes efféminés comme aux femmes, et n'est portée que dans 
l'intention de tromper les spectateurs. 

Un autre auteur parle d'une femme nommée Aglaïs qui avait 
une chevelure artificielle et portait sur sa tête une aigrette. Cette 
Aglaïs n'avait rien de la poésie de son pays, car elle sonnait de 
la trompette et mangeait à son souper douze livres de viande et 
six livres de pain qu'elle arrosait de six pintes de vin. 

Enfin on avait aussi des mèches de cheveux qu'on ajoutait aux 
siennes propres. Elles étaient surtout employées pour faire une 



56 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



coiffure appelée corymbienne, coiffure qui consistait dans une ou 
deux longues tresses roulées en spirale autour de la tête en forme 
de mamelon. 

Les cheveux postiches étaient-ils uniquement employés par les 
jeunes femmes, telle est la question qu'on se pose devant certaines 
peintures grecques. Dans ces mêmes scènes du Lesché de Delphes 
de Polygnote, on voyait la mère de Thésée, la tête absolument 
rasée ainsi qu'une autre vieille femme. Le peintre a-t-il voulu 





Fig, 44. — Coiffure avec petit voile. 



Fig. 45. — Coiffure avec voile, d'après 
une ancienne médaille. 



appuyer avec plus de force sur les ravages de la vieillesse ou 
bien les femmes âgées se rasaient-elles les cheveux, la question 
est difficile à résoudre ; mais en ce pays où le beau était l'objet 
d'un culte, il semble improbable que les vieilles femmes sortissent 
autrement que cachées sous des voiles. On ne se rasait les 
cheveux qu'en signe de deuil, pour en faire hommage aux dieux, 
ou encore en signe d'esclavage. Les jeunes filles non mariées, 
dans certaines parties de la Grèce, avaient les cheveux tressés 
sans ornements. 

Enfin il était un petit voile court très en usage et qu'on arran- 
geait de toutes espèces de façons. Tantôt on le nouait simplement 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



57 



derrière la tête en laissant retomber un pan sur le dos (fig. 44), 
tantôt on le relevait presque entièrement, chiffonnant l'étoffe autour 
du chignon et la maintenant au moyen d'un ruban ou galon, uni 
ou brodé (fig. 45). C'était aussi une coiffure à l'usage des femmes 
de la basse classe, mais elles ne laissaient pas pendre le bout du 
voile, elles le relevaient selon leur coquetterie ou leur adresse pour 
en former une espèce de bonnet qu'elles nouaient à la manière des 
femmes du midi de la France ou 
qu'elles faisaient froncer autour 
d'une bande raide qui maintenait 
l'étoffe (fig. 46). 

Nous reproduisons ici une autre 
coiffure également prise sur un 
vase grec. Elle est formée par un 
bandeau qui paraît être d'étoffe 
brodée légèrement tordue ; car 
les plis ont deux dessins différents 
qui indiquent les deux faces de 
l'étoffe. Une rangée de médailles 
orne le front. Cette coiffure se 
retrouve encore dans le peuple 
hellène. Certaines paysannes la 

portent à peu près identique à celle-ci. Quand elles ne sont pas 
assez riches pour garnir leur front de sequins d'or remplaçant les 
médailles antiques, elles y mettent tout simplement des drachmes 

(fig- 47)- 

Disons un mot pour finir, des couronnes funéraires. L'usage 

de ces couronnes était universel. C'est par monceaux qu'on les 

déposait sur les tombeaux. On en plaçait même avec le mort dans 

le caveau où la piété des héritiers y joignait beaucoup d'autres 

petits objets, agréables ou utiles pour le grand voyage. 

On les faisait souvent en fleurs naturelles et même en métal 
précieux. 

Dans les fouilles faites en Grèce, on a trouvé bon nombre de 




Fig. 46. — Servante, d'après un vase grec. 



5» 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



ces couronnes, les unes en or, en argent, en bronze, en fer, les 
autres plus grossières en poterie; mais la plus belle que l'antiquité 
nous ait laissée est celle qui se trouve au musée de Munich. 
Elle est en or; c'est une guirlande légère formée de fleurs et de 
feuillage de pavots; de ces fleurs surgissent çà et là des petites 
figurines élégantes, et au milieu, la déesse des enfers, les ailes 
déployées, semble prête à s'envoler vers son royaume. 

Dernière pensée d'immortalité qui survivait au milieu des erreurs 




Fig- 47- — Coiffure avec médailles. 



du paganisme, et le forçait à croire à un monde meilleur dont ses 
dieux l'éloignaient instinctivement. 

Les femmes portaient le deuil en coupant leurs cheveux. Cet 
usage remontait à la plus haute antiquité, puisque dans Homère 
on lit les reproches qu'Electre adresse à Hélène pour n'avoir 
coupé que les extrémités de ses cheveux à la mort d'une de ses 
sœurs. Cet usage se perpétua pendant toute l'époque brillante 
de la Grèce. On appelait les cheveux ainsi coupés : ionsura 
lugubris. Il obligeait les femmes à une retraite forcée, car elles 
n'eussent pas osé se montrer en public la tête rasée. 

L'histoire de la Grèce finit à Rome. C'est dans la capitale du 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 59 



monde que vint expirer le génie et la poésie hellénique, ou plutôt 
Rome, comme un vampire colossal, s'appropria tout ce qui restait 
encore en Grèce d'esprit et de talent, comme elle suçait chez les 
autres nations conquises les trésors, les existences et tout ce qui 
pouvait augmenter son faste et sa gloire. Rome n'était pas artiste, 
mais avec ce sens pratique qui fut une de ses qualités, elle comprit 
combien les arts étaient une ressource précieuse, non seulement 
pour augmenter et rehausser la magnificence de ses monuments, 
mais aussi pour adoucir l'existence de l'homme. Comme elle était 
incapable d'avoir un art à elle, elle s'appropria l'art de la Grèce, 
l'accommoda à ses vertus et à ses vices. Avec la peinture, la 
sculpture et la littérature grecques, les modes d'Aspasie vinrent 
s'implanter à Rome, car, il faut le reconnaître, les arts ont tou- 
jours eu d'intimes liaisons avec les modes et plus d'une fois, dans 
le cours des siècles, les artistes ont donné une impulsion très 
grande au courant des fantaisies qui forment le costume. 

En étudiant la coiffure en Grèce, nous avons dû parler néces- 
sairement et assez longuement de la coiffure romaine. L'ampyx, 
le miletta, l'anadéma et le frontal ont été employés tout autant 
à Rome que dans le pays de Phidias et, dès l'origine de Rome, 
les modes grecques s'y acclimatèrent comme chez elles. 

Mais revenons un peu en arrière. Avant la civilisation gréco- 
romaine, une autre civilisation avait existé en Italie. Nous parlons 
de la civilisation étrusque. 

On a beaucoup discuté 1 origine des Etrusques sans arriver a 
obtenir une solution exacte de la question, mais il est certain que 
dans les monuments et les mœurs des Étrusques il y avait des 
traces visibles d'une influence asiatique. Les habitations, les objets 
mobiliers, les vêtements eux-mêmes avaient un cachet tout oriental. 
Les Etrusques se revêtaient de robes à fleurs bigarrées, à bordures 
éclatantes; leurs chaussures rappelaient les sandales lydiennes, 
leurs coiffures le bonnet phrygien, tout ce qui constituait le fond 
décoratif de leurs ornements était emprunté à la flore ou à la faune 
de l'Orient; mais cette époque de l'histoire de l'Étrurie ne nous 



6o 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



est encore que très imparfaitement connue, les documents sont 
rares et ce n'est que plus tard, lorsque l'influence grecque a déjà 
exercé son empire, que les vases, les monuments et les objets 
mobiliers se montrent en plus grand nombre dans les fouilles et 
les découvertes. 

Quelques sarcophages nous sont restés de cette époque. Les 
Étrusques avaient l'habitude de représenter les défunts sur leurs 
tombeaux. Voici une femme trouvée sur un sarcophage de Cseré 

(fîg. 48). Comme on le voit, la coiffure 
est bien orientale. C'est un polos peu 
élevé avec un diadème par devant. 
Les cheveux sont tressés avec des 
rubans. 

Dans certaines scènes funéraires on 
voit des femmes, les cheveux épars. 
Aucune n'est voilée, ce qui indiquerait 
que chez les Étrusques la femme jouis- 
sait d'une certaine liberté; l'étude des 
monuments de l'époque grecque confir- 
mera cette supposition ; nous y voyons 
les femmes assises ou couchées dans 
les banquets à côté d'hommes et mêlées 
à ceux-ci dans toutes les occupations et les fêtes de la vie de 
famille et de la vie publique. 

On ne peut assigner une date bien précise aux phases de 
l'histoire étrusque. Dès le xiii^ siècle avant notre ère, les marins 
gréco-pélasges avaient noué des relations suivies avec les peuples 
de l'Italie et apportaient dans la Péninsule les produits des civili- 
sations plus avancées de la Grèce, de la Phénicie et de l'Egypte. 
Mais la Grèce, plus rapprochée encore que les autres nations, 
finit par s'installer elle-même dans le sud de l'Italie, qui prit d'elle 
le nom de Grande-Grèce et de là, ses produits, ses mœurs et ses 
modes se répandirent dans les peuples voisins. C'est ainsi que 
l'Étrurie se teignit d'hellénisme. Mais cet hellénisme fut accommodé 




Fig. 48. — Femme étrusque, 
d'après un tombeau. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



6i 



à l'esprit étrusque, sombre, mystérieux, superstitieux, à sa religion 
terrible et sanglante, bien éloignée de la poésie, de la grâce et 
de la gaîté grecques. 

On abandonna aussi peu à peu les vêtements primitifs pour 
adopter les modes d'Athènes. Aux coiffures orientales succédèrent 
les couronnes de fleurs, le diadème et le voile grec si commode, 
morceau d'étoffe souple, transparente ou épaisse, brodée ou unie, 
mais qui s'ajustait de toutes façons, se prenait contre le froid ou 
contre le soleil, cachait celle qui 
voulait se cacher et contribuait à 
la beauté de celle qui voulait laisser 
deviner ses charmes. 

Le tutulus resta encore long- 
temps en usage cependant. Plus 
ancienne que la nation étrusque elle- 
même, cette antique coiffure ne put 
être portée, pendant de longs siècles, 
que par les mères de famille à titre 
de distinction honorifique. C'était 
un bonnet en forme de cône cachant 
toute la tête. Par devant, sur la 
poitrine, il en descendait deux petites 
bandelettes; par derrière, un voile 

s'y attachait parfois. Plusieurs matrones représentées sur des tom- 
beaux étrusques ont ce tutulus (fig. 49). 

Il fut abandonné des femmes qui voulaient être élégantes et 
admirées ; car cette coiffure était peu flatteuse. La couronne de lau- 
riers ou de fleurs était bien plus jolie pour paraître dans un de ces 
banquets dont les Étrusques faisaient leurs délices. Rien ne valait, 
en effet, l'élégant diadème grec (fig. 50) comme complément aux 
robes délicatement brodées, aux manteaux de pourpre à bordures 
semées d'or et aux colliers d'or et de pierreries. Généralement 
ces festins étaient agrémentés de joueurs de flûte et de danseuses. 
Celles-ci, en robes transparentes avec des semis d'or et de cou- 




Fig, 49, 



- Femme étrusque, coiffée 
du tutulus. 



62 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



leurs. Souvent leurs cheveux étaient retenus dans un morceau 
d'étoffe légère, pareille à leur robe, ou bien ils étaient entremêlés 
de fleurs ou de bijoux, et se déroulaient sur leurs épaules (fig. 51). 

A ces belles mondaines, la beauté naturelle ne suffisait pas. Le 
fard, les parfums, les onguents et les cosmétiques venaient en aide 
à leurs charmes; les perruques même ne furent pas dédaignées. 
On a trouvé dans les tombeaux un grand nombre de cistes qui 
contenaient tous les menus objets de la toilette féminine. 

Les Romaines des premiers temps de la République suivirent- 




J..L.lboniz 



Fig. 50" — Banquet étrusque, d'après un vase de Cornéto. 



elles les errements de leurs aïeules ? On a tant vanté la vertu 
austère de ces premiers Romains! Dès les bancs de l'école, nous 
avons appris à regarder ces hommes si fort au-dessus de toutes 
les faiblesses humaines, qu'on se demande si leurs femmes pou- 
vaient se plaire aux futilités de la parure. Il semble qu'une Lucrèce, 
une Clélie, une Véturie ne pouvaient marcher qu'enveloppées de 
robes sombres, cachées sous des voiles épais. Les admirateurs de 
la république Romaine aiment à nous représenter ces premiers 
temps comme l'âge d'or de la vertu républicaine. Mais si cette 
vertu ne produit que des actes comme celui de Brutus, qui tue 
ses fils, de Curtius, qui se précipite dans un gouffre par super- 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



63 



stition ; si, dans ce temps de vertu, Fabius Gurges, édile curule, 
peut bâtir un temple à Vénus avec les amendes encourues par les 
dames romaines pour avoir violé la foi conjugale, il faut convenir 
que la vertu républicaine est une singulière vertu. 

Il n'en est pas moins vrai qu'une certaine austérité apparente 
régnait à Rome pendant cette époque. La situation politique de 




Fig. 51. — Danseuse étrasque. 



la ville, toujours occupée à se défendre et à consolider sa puis- 
sance, ne donnait guère aux Romains le temps de se distraire 
dans les plaisirs et le luxe. Mais dès que Rome fut assez forte 
pour n'avoir plus à s'inquiéter de ses voisins, quand Albe, les 
Étrusques, les Samnites, les Gaulois furent vaincus, alors la tran- 
quillité relative dont purent jouir les citoyens fwt le signal d'une 
nouvelle ère, qui commença avec l'extension de la puissance romaine 
pour arriver à son point culminant sous les empereurs. 



64 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



C'est alors que les modes grecques commencèrent à s'introduire 
à Rome et déjà, vers l'an 215 avant Jésus-Christ, la loi Oppia 
contre le luxe des femmes soulevait parmi elles une telle colère 
qu'elles obligèrent, par leurs menaces tumultueuses, les magistrats 
à la retirer. 

Scipion l'Africain se plaignait de ce que les femmes étaient 
élevées comme des comédiennes, et Plaute raconte qu'elles mettaient 
leur amour-propre à avoir un grand nombre de serviteurs et d'ou- 
vriers occupés sans cesse aux différentes parties de leur toilette. 





Fig. 52. — Têtes de Romaines, d'après im vase antique. 



Dès lors, les recherches de la coiffure se multiplièrent et toute 
dame qui se respectait dut avoir une armée d'esclaves pour les 
seuls soins de la tête. 

L'élégance charmante des modes grecques fut, comme l'art, 
accommodée à la façon romaine. On avait bien pris tout d'abord les 
coiffures de la Grèce comme le type de la beauté, mais bientôt 
elles ne suffirent plus aux femmes qui voulaient se distinguer. On 
surchargea peu à peu les têtes de bouffants, de crépons, de 
frisures; on poussa l'exagération aussi loin que possible. On com- 
mença à porter les chignons proéminents (fig. 52). L'ampyx n'était 
plus une simple bandelette, c'était un large morceau d'étoffe brodée 
d'or ou de perles, garni de médailles et d'ornements précieux; 
parfois même il était entièrement en or et garni de pierreries. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 65 

Au vénérable tutulus on avait substitué une coiffure portant le même 
nom, qui consistait en touffes de cheveux relevés en pyramide ou 
en cône sur le sommet de la tête; enfin, les ornements qu'on y 
ajoutait devenaient de jour en jour plus nombreux et plus variés. 
Les temps troublés de l'Empire achevèrent de fausser le goût et 
de bouleverser les cervelles féminines. Il y eut comme un affole- 
ment dans la mode. Tous les jours surgissaient de nouvelles 
manières d'arranger les cheveux et l'on vit des impératrices et de 
grandes dames Romaines pousser la manie de la nouveauté jusqu'à 
se faire faire des bustes dont la chevelure était mobile et pouvait 
se changer de telle façon qu'elle fût toujours à la dernière mode. 

On a décrit tant de fois la toilette d'une Romaine qu'il serait 
fastidieux de recommencer ici cette description, mais toutefois, 
pénétrons encore un instant dans le cubiculum d'une patricienne en 
ce moment important de sa journée oîi, au milieu de ses nom- 
breuses esclaves, attentives aux moindres de ses désirs, elle procède 
à la grave opération de sa coiffure. 

Ces esclaves, spécialement destinées à coiffer, s'appelaient Psè- 
cades; elles avaient pour attributions la coiffure et les parfums et 
elles étaient placées spécialement sous la protection de Vénus. 

Tout autour de la maîtresse du logis sont rangées des tables 
légères où tous les instruments de la coiffure et les différents 
ornements de la tête sont posés avec ordre, depuis les calami (i) 
de toutes grandeurs et de toutes formes jusqu'aux diadèmes somp- 
tueux des fêtes impériales. 

Voici des aciculœ (épingles) de toutes les dimensions et de 
toutes les formes. Elles sont en bois de buis, de myrthe, d'olivier 
ou en os. Quelques-unes sont terminées par des boules finement 
ouvrées ou des petits sujets fantaisistes; à côté sont des comatortœ, 
longues épingles en or et en argent ; il y en a même en bronze et 
en ivoire, lorsque la Romaine se coiffe d'une façon simple pour 
quelque course mystérieuse où elle ne veut pas attirer les regards. 

(i) Fers à friser dans le genre de ceux que nos coiffeurs emploient encore aujourd'hui. 



66 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Toutes ces épingles vont servir à attacher les nattes, boucles, 
bouffes, tresses et autres touffes de cheveux qui s'accumuleront 
sur sa tête (fig. 53). 

Un riche discerniculum (i) est préparé pour être accroché au 




Fig- SZ- — Tête d'impératrice, d'après une statue antique. 

sommet du front, dans le cas où la patricienne aurait envie de se 
coiffer en bandeaux. 

Puis voici toute une collection de crinals, larges peignes convexes, 
les uns en or, les autres en ivoire sculpté; voici des ampyx de 
toutes espèces, en or, en argent, en rubans brodés, tous plus 
riches les uns que les autres. 



(i) Épingle à deux branches qui sei"vait à séparer les cheveux sur le front pour les diviser en 
bandeaux. Le disccniiciilmn n'était porté tjue par les femmes mariées. 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FÉMININE 



67 



La grande dame désire-t-elle se faire remarquer davantage 
lorsque, couchée dans sa litière, elle se promènera à la porte 
Capène? Voici un crepicuhmt, ornement mis dernièrement à la 
mode par une impératrice coquette, et qui fait entendre un son 
argentin chaque fois qu'on remue la tête. 

Sur une autre table se trouvent rangées les couronnes. Elles 




Fig. 54. — Julie, fille d'Auguste, d'après un camée. 



offrent les formes les plus diverses, frontals, anadémas, stéphanés 
(fig. 54) ; toutes sont enrichies de pierreries. Quelques-unes sont 
en fleurs nouvelles, d'autres en or et en argent mélangés, d'autres 
encore, connues sous le nom de coralla, en raclures de corne 
peinte, imrtant à s'y méprendre les fîeurs naturelles. N'oublions 
pas la viiia, ruban en bande, insigne de la femme de naissance 
libre, cette viita qu'aucune Romaine du beau temps de la Répu- 
blique n'eût voulu abandonner et qui maintenant est souvent oubliée 
pour des ornements plus coquets. 



68 



HISTOIRE DE L'A COIFFURE FEMININE 



Un instant, la maîtresse hésite entre la résille jaune dont elle 
entourerait ses cheveux et le coryuibiiuii, coiffure haute nouvelle 
qui prend son nom des corymbes ou baies de lierre, en grappes, 
dont elle imite vaguement la forme; mais elle adopte le corym- 
bium ; il est là, c'est une perruque que l'esclave perruquier vient 
d'apporter. Il la tient encore sur son poing. Elle est blonde et 
faite avec des cheveu.x de Germaine; les mille petites boucles 




■f^'g- 55- — Coiffure romaine. 



régulières qui la composent lui donnent l'air d'un fragment de ruche 
à miel. La patricienne y fait ajouter des antiœ, longues boucles 
qui partent des tempes et coulent le long des oreilles jusque 
sur les épaules. Enfin satisfaite d'elle-même, elle demande qu'on 
lui apporte un choix de 7'ica, car elle a envie de commencer 
ses courses dans Rome par l'offrande d'un sacrifice à Vesta. 
Aussitôt, d'un coffre parfumé, les esclaves tirent une quantité de 
morceaux d'étoffe carrés, les uns surchargés de broderies d'or et 
de couleurs, d'autres simplement bordés d'une guirlande ou semés 
de légers dessins; il y en a de transparents, d'épais, en soie, en 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 69 



laine ou en fin lin. Tous sont terminés par des franges. D'autres 
voiles plus petits et non moins riches, des riciilœ, sont étalés 
sous ses yeux et le choix est si grand qu'elle ne sait auquel se 
résoudre. Enfin, une de ses amies qui entre choisit pour elle. C'est 
un voile d'une transparence extrême, brodé d'un semis léger; 
l'impératrice Poppée en portait un semblable à la dernière fête de 
Néron et tout le monde sait que Poppée ne se montre jamais 
que voilée, afin de faire admirer davantage sa beauté, quand elle 
daigne soulever son voile. 

La litière s'avance maintenant toute ornée de riches draperies; 
la patricienne y monte et son amie la quitte. 

Dans quelques heures, quand le soleil prêt à se coucher dimi- 
nuera l'ardeur de ses rayons, elles se retrouveront à la porte 
Capène, avec tout ce que Rome contient de gens opulents ou 
célèbres à quelque titre. C'est en effet vers le soir que la foule 
des oisifs vient respirer l'air frais. Là se rendent les équipages 
les plus riches de Rome. 

Les chars attelés de chevaux magnifiques croisent les litières 
des molles patriciennes et la lourde et splendide rheda attelée de 
mules, étincelante de lames d'or et de pierres précieuses, dans 
laquelle trône une fière matrone enveloppée de longs voiles aux 
plis savants, et éventée par une noire esclave d'Afrique. C'est 
le forum des femmes. On va et vient jusqu'aux premiers tombeaux 
de la voie Appia. Quelques dames descendent de leurs chars ou 
de leurs litières pour causer avec des amies, ou pour faire 
quelques pas avec les jeunes gens à la mode ou les poètes préférés. 
Elles regardent passer le léger cisium des beautés de mœurs 
légères, qui, vêtues de soie et de broderies orientales, conduisent 
elles-mêmes leurs coursiers rapides; c'est là le grand concours des 
modes nouvelles, des innovations hardies, des surprises, des critiques, 
enfin de tout ce qui constitue le commerce d'une société brillante, 
riche et frivole (fig. 55). 

Voici une litière entourée d'esclaves nombreux, précédée de 
coureurs qui font faire place : c'est celle d'Agrippine. Sur ses 



70 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



cheveux ondulés en bandeaux la mère de Néron a roulé un 
léger ricula (fig. 56) tissé d'or et de soie; son péplum à mille 
plis est rattaché par de gros boutons d'or ornés de pierres pré- 
cieuses, elle passe, sombre et préoccupée, regardant à peine 
autour d'elle. 

Une autre femme de la famille de César la suit Ses cheveux 




Fig. 56. — Agrippine. 



sont roulés sur le front en boufïes régulières et surmontés d'un 
diadème d'or; une gracieuse antia vient se jouer sur son cou, qui 
peut-être se courbera bientôt sous la hache du bourreau. 

D'autres patriciennes forment un groupe brillant. Elles sont 
généralement en cheveux, coupés courts et frisés en nombreuses 
petites boucles, qui, venant s'étager en plusieurs rangées sur le 
front et par derrière, forment un volumineux chignon. Une ampyx 
brodée maintient l'échafaudage (fig. 58). Une jeune femme attire 
tous les regards, elle vient d'inaugurer une nouvelle coiffure; elle 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



71 



porte une perruque d'un blond ardent. Pour trouver cette belle 
couleur d'un or chaud, son mari, qui commande un corps d'armée 
dans le nord des Gaules, a dû envoyer des coureurs jusqu'auprès 
de la mer Baltique et ces cheveux ont coûté plus de cent fois 
lëkr poids d'or. C'est elle-même qui a donné l'idée à son coiffeur 
d'arranger ces boucles régulières, qui s'étagent si gracieusement 
à l'entour de sa tête et retombent sur son cou avec un art 





Fig. 57. — Impératrice romaine, d'après 
une statue antique. 



Fig, 58, — Julie, fille d Auguste, d'après 
une médaille. 



savant ; pas de bijoux, sa perruque vaut bien un diadème royal 

(fig- 59)- 

Une stola jaune sur une crocota ou robe de même couleur 

achève de la rendre tout à fait élégante. La couleur jaune, comme 

on le sait, était exclusivement réservée aux femmes et un homme 

qui se vêtissait de jaune passait pour efféminé. 

Une prêtresse de Junon passe sur une r/ieda entourée de licteurs; 

sur ses bandeaux blancs elle porte la bandelette sacrée en or 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



surmontée d'une couronne en feuilles d'olivier. Un long voile pend 
derrière elle. 

Partout des têtes jeunes ou vieilles, fardées et parées, avec des 
coiffures compliquées, les unes en cône, en pointe sur le crâne. 




Fig. 59. — Tête de Romaine, statue antique. 



d'autres tombant dans le cou, celles-là avec une quantité de petites 
boucles qui s'avancent sur le front et forment comme un immense 
bourrelet de crin; celles-ci chargées de mille petites tresses qui 
se croisent et cpnstituent un chiç^non extravagant. Des voiles 
brillants, des couronnes en fleurs de soie parfumée ou en or 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 73 

étincelantes aux derniers rayons du jour, achèvent de donner à 
cette foule parée un cachet pittoresque et animé. 

On se raconte tout bas les petites anecdotes scandaleuses du 
jour; tout bas, car en ce temps de despotisme il n'est pas bon de 
parler trop haut et quelque habitué qu'on soit aux orgies impériales 
et aux débordements des hautes classes, il n'en est pas moins 
séant de prendre des airs effarouchés en se confiant des choses 
qu'on était tout prêt à faire soi-même. Or ce jour-là on s'amusait 
beaucoup à raconter les incidents d'une fête intime qu'un riche 
consulaire avait donné, à sa villa de Baïes, en l'honneur d'une femme 
des plus élégantes de Rome et à l'occasion de la fin des ven- 
danges. On affirmait que telles et telles patriciennes des plus 
illustres races avaient osé courir dans les jardins vêtues seulement 
de vêtements courts et de couronnes de bacchantes, les cheveux 
flottants, comme des joueuses de flûte, ce qui était le comble de 
l'audace, dans Rome même si habituée à toutes les audaces, mais 
où une femme noble ne pouvait paraître échevelée sans déroger. 
On avait vu, il est vrai, Messaline courir les rues dans d'étranges 
costumes, mais au moins elle mettait une perruque blonde pour 
se cacher. 

Ces perruques ne donnaient aucune illusion, il faut l'avouer, à 
ceux qui les admiraient sur la tête des jolies femmes et plus d'une 
fois l'épigramme s'en mêla. On ne croyait pas toujours aux affir- 
mations de ces dames et on leur répondait comme Martial : 

Les cheveux d'or que GalJa porte 
Sont les siens, elle le jure ; 
Elle 'a le droit de le jurer, 
Car je sais où elle les a achetées ! 

Ainsi Martial, en lançant cette ironie à la pauvre Galla, nous 
fait entrevoir un commerce nouveau, celui des perruques. Ces 
postiches se vendaient très ostensiblement et les belles dames en 
effet n'avaient pas trop de fausse honte à les aller choisir en plein 
jour, soit dans les bazars du portique Minucius, soit ailleurs. 



74 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

— « Vous les voyez, dit Properce, porter fièrement l'opulente 
chevelure qu'elles viennent d'acheter. Avec de l'argent on se 
repeuple ainsi le crâne. » 

Et il ne s'agit pas seulement de quelques mèches ajoutées çà 
et là dans la masse des cheveu.x, les femmes les plus élégantes 
portaient des perruques entières, car l'usage de la teinture et des 
frisures faisait tomber les cheveux aussi bien que les excès aux- 
quels se livraient les Romaines. Aussi, pour changer plus facile- 
ment de coiffure, préférait-on se raser les cheveux et porter des 
perruques de diverses couleurs, mais surtout en cheveux blonds, 
tirés des Gaules ou de la Germanie. Juvénal dit avoir vu de 
véritables tours, des édifices énormes s'élever sur les têtes féminines. 

Aussi comme les poètes appréciaient les femmes qui pouvaient 
laisser leur porte ouverte pendant qu'on les peignait ! Comme 
Ovide se moque de cette coquette chez laquelle il était entré 
inopinément et qui, dans son trouble de se voir surprise la tête 
chauve comme le dos de la main, se saisit de sa perruque et la 
met à l'envers! 

La mode des perruques hâtant la chute des cheveux, on trouva 
plus simple de les raser entièrement, cela rendait la perruque 
plus adhérente. On les faisait tomber avec un certain onguent 
dépilatoire ou avec de l'ostracias (probablement os de seiche). 
On appelait les perruques calendrum ou encore galerus. Les pre- 
miers galeri étaient des bonnets de' laine auxquels on laissait 
des poils longs tout autour du bord, puis on y ajouta des cheveux 
cousus, finalement ils devinrent de vraies perruques, tout en gardant 
le nom de galerus, concurremment avec ce que nous appelons 
bonnet rond, improprement bonnet phrygien. 

La mode des cheveux postiches devint si générale, que les 
femmes n'eurent même plus la pudeur de celle dont Ovide se 
moque lorsqu'elle met sa perruque à l'envers . On ,se faisait 
cadeau d'une perruque comme de tout autre objet. Nous ne 
trouvons indiquée nulle part la manière dont on s'y prenait pour 
fabriquer ces postiches, mais ils devaient être très bien faits si 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



75 




a 








bù 



l'on en juge par les statues des impératrices romaines qui toutes 
portaient perruque. 

La chevelure d'une femme 's'appelait coma, qui emporte l'idée 



76 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

d'attifer, peigner soigneusement; celles des hommes cœsaries, de 
cœdere, couper, car à Rome tous les hommes portaient les cheveux 
courts. 

Apulée estimait très haut la beauté d'une chevelure féminine. 

« Si vous coupez les cheveux d'une femme, dit-il, si belle qu'elle 
« soit, et si vous dépouillez son visage de cet ornement naturel, 
« fût-elle descendue de celle qu'engendra la mer et nourrie au milieu 
« des ondes, en un mot quand ce serait Vénus elle-même, accom- 
« pagnée des grâces et des amours, parée de sa ceintftre et 
« parfumée des odeurs les plus exquises, si elle paraît avec une 
« tête tondue, elle ne vous plaira pas 

« Mais y a-t-il rien de plus charmant que les cheveux d'une 
« belle couleur qui brille au soleil d'un lustre changeant dont l'œil 
« est ébloui? 

« Quel charme de voir une masse épaisse de cheveux relevés 
« et ajustés sur le haut de la tête ou bien de les voir d'une 
« grande longueur épars sur les épaules ? Enfin la chevelure a 
« quelque chose de si beau que quand une femme paraîtrait avec 
« toutes sortes d'ajustements et avec des habits d'or chargés de 
« pierreries, s'il se trouve quelque négligence dans ses cheveux 
« ou quelque irrégularité dans sa coiffure, toute parure devient 
« inutile. » 

Martial lui aussi partage l'opinion d'Apulée: il prétend qu'une 
seule boucle détachée ou une épingle mal fixée eût excité la 
censure des Romains (fîg. 6i). 

La légende dit que Néron faisait enchâsser dans l'or les 
cheveux qui tombaient de la tête de Poppée ; enfin tous les poètes, 
satiriques ou autres, montrent à quel point la chevelure était 
chose estimée à Rome, par la prolixité avec laquelle ils en par- 
lent, décrivent les coiffures diverses des femmes, les soins qu'on 
en prenait, les parfums dont on les imprégnait, les ornements 
dont on les parait. 

Leurs œuvres nous révèlent non seulement les subterfuges au 
moyen desquels les femmes se faisaient passer pour avoir une 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



77 



belle chevelure, mais encore tous les autres petits secrets de 
toilette destinés à tromper le public vulgaire. 

Parmi ceux-ci, le premier c'est la teinture. On excellait dans cet 
art à Rome. Les boules de maltiac, 1 ecorce de noix, le plomb ser- 
vaient à dissimuler les cheveux blancs. Pour en changer la couleur 
et les rendre blonds ou roux, il y avait une certaine lotion faite avec 




Fig. 6i. — Tête d'impératrice, d'après une statue. 



le suc des herbes de Germanie et du savon caustique ; malheureu- 
sement les recettes employées amenaient souvent la calvitie. 

— « Je te le disais bien, dit Ovide à une jeune fille, cesse de 
droguer ainsi tes cheveux, tu as si bien fait qu'il ne t'en reste 
plus à teindre. » 

Observons ici que le jaune cru et certain bleu accentué n'étaient 
arborés que par les femmes de mœurs légères; une femme libre 
n'aurait pu adopter cette teinture sans compromettre sa bonne 
réputation. 



78 HISTOIRE DE LA COIFfUKE FEMININE 

« Il y a mille manières de se coiffer, dit Ovide; choisissez celle 
« qui vous sied le mieux, avant tout consultez votre miroir, un 
« nœud léger sur la partie supérieure de la tête sied bien aux 

« figures arrondies » (fig. 62). 

Et il ajoute ailleurs : 

« Cette femme laisse flotter ses cheveux sur ses deux épaules, 
« tel paraît Apollon lorsqu'il fait entendre les sons harmonieux de 
« sa lyre. D'autres sont relevés en tresses, comme ceux de Diane 
« lorsqu'à la chasse elle poursuit les animaux sauvages. 

« L'une plaît par le brillant étalage des siens, et l'autre par sa 
« simplicité à les rassembler. Celle-ci rattache sa chevelure par 
« l'écaillé, celle-là la fait ondoyer comme des flots » 

Ajoutez à ces recherches de coiffure qu'encourageaient les 
poètes et que flagellaient les satiriques, un usage immodéré d'eau 
de toilette, de parfums, de fards, de lotions et d'onguents de 
toutes espèces, faits avec les plus étranges et les plus dispendieux 
ingrédients, et vous aurez une faible idée des folies que pouvait 
enfanter la vanité féminine. 

Mais au milieu de ce monde frivole, léger, sceptique, impudent, 
affolé de plaisirs et de voluptés, surgissait une société nouvelle 
bien différente de la première. Au lieu de femmes couronnées 
comme des prêtresses de Bacchus ou de Vénus, parées de 
diadèmes orgueilleux ou cachées sous la perruque jaune des 
courtisanes, ce monde nouveau ne renfermait que des femmes 
modestes, humbles et pures. Pour elles pas de festins, ni d'orgies, 
plus de toilettes fastueuses, plus de soins immodérés d'un corps 
que l'eau sainte avait sanctifié. Voilées, revêtues d'habits sombres, 
elles traversaient les foules païennes sans se faire remarquer, si ce 
n'est par leur simplicité. 

L'esclave ne se distinguait pas de la matrone patricienne, car 
toutes deu.x s'appelaient sœurs et toutes deux s'aimaient dans 
celui auquel l'une et l'autre avait donné leur foi, dans Jésus-Christ. 

C'étaient ces femmes à qui saint Paul disait : « Que les femmes 
prient étant vêtues comme l'honnêteté le demande, qu'elles se 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 79 

parent de modestie et de chasteté, non avec des cheveux frisés, 
des ornements d'or, des perles, ou des habits somptueux, mais 
avec de bonnes œuvres, comme doivent le faire des femmes qui 
font profession de piété » (i) (fig. 63). 

Et ainsi allaient de ]:. r le monde ces femmes généreuses, qui 
avaient renoncé à Satan et à ses pompes. Tour elles le mar- 
tyre était un bonheur dont elles essayaient de se rendre dignes 




Fig. 62. — Tête de femme, d'après une fresque de Pompéi. 

par une vie de sainteté et de sacrifices. Et n'était-ce pas déjà un 
grand sacrifice, pour ces délicates patriciennes, de parcourir les 
prisons afin de soulager les chrétiens qui souffraient pour le Christ, 
d'aller recueillir dans les cloaques les restes vénérés des martyrs; 
pour ces élégantes, habituées à tous les raffinements du luxe, de 
renoncer à ces toilettes brillantes, à ces recherches de soins 
corporels, à ces coiffures qui les paraient, à cette vie de spectacles, 
de plaisirs et de glorioles! Pour elles plus de ces séances émou- 
vantes au cirque où jadis elles passaient des journées délirantes, 
plus de banquets somptueux où elles n'oseraient paraître sans 
se trahir, en refusant de faire des libations aux dieux ou de se 

(i) i''8 Ép!ire de saint Paul à Timothéc, chap. II. 



8o HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

couronner de fleurs en l'honneur de Vénus; plus de ces réunions 
littéraires où un Catulle, un Ovide, un Properce leur adressait 
des vers si pleins de délicates louanges, où un Salluste leur lisait 
son histoire romaine, un Suétone les amusait de sa chronique 
scandaleuse. Elles ont entendu la voix austère de Pierre, le chef 
des apôtres, leur dire : « Vous aussi, femmes, soyez soumises à vos 
maris, ne mettez point votre ornement à vous parer au dehors 
par la frisure de vos cheveux, les enrichissements d'or et la beauté 
de vos habits (i) » et elles ont essayé de suivre fidèlement ces 
conseils. 

Il fallait certainement une vertu surhumaine aux chrétiennes de 
la primitive Église, mais elles avaient pour les soutenir et les 
encourager le sacrifice mystérieux auquel elles participaient avec 
ferveur dans les catacombes. 

Tous les jours elles se rendaient à la réunion des fidèles. Hum- 
blement elles se plaçaient sur les bancs grossiers qui leur étaient 
réservés, les hommes et les femmes ayant chacun leurs places 
séparées dans la basilique. Là elles s'asseyaient sans aucune 
distinction, la patricienne à côté de l'esclave, la descendante des 
Césars à côté de la dernière des enfants du peuple. Aucune 
différence dans le vêtement, ni couleur vive, ni ornements d'or, 
ni pierreries n'étaient tolérées. 

Sous leurs voiles, une coiffure simple, pas de frisures, pas de 
ces échafaudages volumineux ni de perruques. 

Modestes et humbles, elles suivent l'office, mêlant leurs voix 
aux chœurs qui chantent les hymnes et les psaumes, assistent à 
la célébration des mystères et retournent chez elles pour reprendre 
avec plus de courage la lutte quotidienne et les dangers à courir. 

Il fallait armer ces primitives chrétiennes contre les dangers de 
leur nouvelle existence et les Pères de l'Éo'lise ne leur ménag-eaient 
ni les exhortations sévères ni les marques d'intérêt. C'était là une 
bien précieuse partie du troupeau du Christ que cette pépinière 

(i) i" Èpitre de saint Pierre, chap. m. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



8i 



de mères de famille, de vierges pures, de veuves dévouées et il 
fallait sans cesse les prévenir contre les tentations ou les encou- 
rager dans la bonne voie (fig. 64). 

C'est d'abord saint Paul qui fait entendre sa voix austère. Il 
veut que la femme regarde la modestie et la soumission comme 
deux vertus qu'elle doit surtout pratiquer. 

— « Si les hommes, leur dit le grand apôtre, doivent être à 




Fig. 63. ■ — Matrone chrétienne de l'Église primitive. 



l'église la tête découverte, il n'en est point ainsi des femmes; 
toute femme qui prie ou qui prophétise clans l'église sans être 
couverte d'un voile, déshonore sa tête, car c'est comme si elle 
était rasée; parce que si une femme ne se voile point la tête et 
si elle veut l'avoir découverte, elle devrait donc aussi avoir les 
cheveux coupés, car ses cheveux sont comme une espèce de voile 
qui la couvre. 

— « Mais s'il est honteux à une femme d'avoir les cheveux 
coupés ou d'être rasée, il faut donc qu'elle se voile la tête, car 

7 



82 HISTOIRE DE LA COIFP'URE FEMININE 



l'homme est la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire 
de l'homme. 

— « L'homme n'a pas été créé pour la femme, mais la femme 
pour l'homme; c'est pourquoi la femme doit porter sur la tête un 
voile, marque de la puissance que l'homme a sur elle et cela à 
cause des anges qui sont les témoins de nos actions; mais les 
hommes ne doivent point abuser de ces avantages qu'ils ont sur 
les femmes, car si d'abord l'homme n'a point été tiré de la femme, 
mais la femme de l'homme, toutefois ni l'homme n'est point sans 
femme, ni la femme sans l'homme en notre Seigneur, car comme 
la femme au commencement a été tirée de l'homme, aussi l'homme 
maintenant naît de la femme et l'un et l'autre viennent de Dieu qui 
l'a voulu ainsi, afin d'entretenir la paix et la charité entre l'homme 
et la femme par cette dépendance mutuelle et ce besoin réciproque 
qu'ils ont l'un de l'autre. Jugez-en donc vous-mêmes; est-il bien 
décent à une femme de prier Dieu dans l'assemblée des fidèles 
sans un voile sur la tête? La nature même ne nous enseigne-t-elle 
pas qu'il serait honteux à un homme de laisser toujours croître 
ses cheveux et qu'il est au contraire honorable à une femme de 
les laisser toujours croître, parce qu'ils ont été donnés comme un 
voile qui doit la couvrir. Si après cela quelqu'un veut encore 
contester, qu'il sache que ce n'est pas notre coutume ni celle de 
l'Église de Dieu de souffrir que les femmes paraissent dans les 
assemblées de fidèles sans être voilées (i). » 

Une autre question se soulevait dans l'Église. Quelques fidèles 
admettaient que les jeunes filles et les vierges parussent dans les 
assemblées relimeuses non voilées, afin de les distinsfuer des femmes 
mariées ; mais c'était donner entrée à la vanité, si petite qu'elle se fît ; 
et en ce temps où la chrétienne devait vivre au milieu de la corrup- 
tion païenne, il fallait veiller à ce qu'il n'y eût en elle aucun côté 
faible. Le voile, dans plusieurs églises, fut donc exigé de toute femme 
qui y entrait, et Tertullien écrivit un traité sur le voile des vierges. 

(i) !■''= Épiirc lie saint Paul aux Corinlliiens. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



83 



Voyez comme il est sévère pour celles qui refusent de se couvrir 
du voile : 

— « Elles veulent bien changer leur habillement de tête en 
quittant les ornements de leur enfance, elles tournent autrement 
leurs cheveux et se servent de l'aiguille des femmes pour se les 
diviser sur le front comme si elles étaient du nombre; elles con- 




Fig. 64. — Vierge chrétieune du III'^ siècle, d'après une peinture des catacombes. 



sultent leur miroir pour cultiver leur beauté, elles s'adoucissent la 
peau au moyen des essences dont elles se lavent. Peut-être même 
n'ignorent-elles pas l'usage des drogues dont les femmes se fardent; 
elles portent le manteau, elles se servent de différentes sortes de 
chaussures, elles portent plus d'équipages aux bains qu'elles ne 

faisaient auparavant elles ont tout l'extérieur de femmes 

mariées et ce n'est que par la nudité de leur tête qu'elles 

veulent se faire passer pour vierges Le soin de plaire aux 

hommes ne doit pas occuper l'esprit d'une vierge Il y a du 



84 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

danger à tout âge; revêtez-vous des armes de la pudeur, fortifiez- 
vous du rsmpart de la modestie, environnez votre tête d'une 
muraille qui vous garantisse de l'attaque d'autrui. 

« Et vous qui êtes mariées, gardez-vous de perdre la coutume 
du voile, n'allez pas le détruire sans le quitter comme font cer- 
taines femmes qui se lient plutôt la tête qu'elles ne la couvrent 
avec leurs petites bandes : elles sont à la vérité couvertes depuis 
le front, mais ce qu'il est le plus important de cacher demeure 
toujours à découvert. D'autres se couvrent seulement la tête jus- 
qu'aux oreilles avec de petits bonnets de toile bien fine Peut- 
on souffrir que dans l'oraison même elles se contentent de mettre 
sur leur tête quelque bande ou quelque ruban et se croient ainsi 
parfaitement voilées ?... » 

Reprenant dans un autre traité ce sujet de la parure de la 
femme, il entre dans plus de détails encore; il s'élève avec plus 
de force contre les fards; une chrétienne ne doit pas user de 
cent sortes d'ingrédients pour rendre sa peau blanche, pour far- 
der son visage, colorer ses joues de vermillon et noircir ses yeux 
avec de la suie. Trouvent-elles donc à redire à l'ouvrage du Créa- 
teur? 

— « J'en vois, dit-il, quelques-unes tout occupées à enduire 
incessamment leurs cheveux pour leur donner une couleur blonde. 
Elles rougissent presque de leur patrie, elles sont fâchées de 
n'avoir pas pris naissance dans les Gaules ou dans la Germanie. 
Triste présage que cette coiffure, vaine et triste beauté, qui se 
termine enfin par la laideur. N'est-il pas vrai que par l'usage de 
ces parfums on perd insensiblement ses cheveux, n'est-il pas vrai 
que le cerveau même est ordinairement affaibli par ces humeurs 
étrangères qui le gâtent à la fin et par l'excessive ardeur du soleil 
auquel vous prenez plaisir d'enflammer et de sécher votre tête ?... 
Une femme chrétienne fait de sa tête une espèce d'autel où elle 

répand à profusion les parfums Voyez, disent-elles, comme 

d'une chevelure blanche ou noire nous en faisons une blonde pour 
avoir meilleure grâce, et il vient un temps où elles n'omettent 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



rien pour changer leurs cheveux blancs en noirs lorsque, parvenues 

à une fatale vieillesse, elles sont désolées d'avoir trop vécu 

« Que sert à votre salut ce soin fatigant que vous prenez 
d'orner votre tête? 

« Quoi ! vous ne sauriez laisser vos cheveux en repos ! Tantôt 
vous les frisez, tantôt vous les défrisez ; tantôt vous les rehaussez, 
tantôt vous les rabaissez; aujourd'hui vous les tressez, demain 
vous les laisserez flotter avec une négli- 
gence affectée et, quelquefois, vous 
vous chargez d'un tas énorme de che- 
veux empruntés que vous accommodez 
tantôt en forme de bonnet pour y empri- 
sonner votre tête, tantôt en forme de 
pyramide pour montrer votre cou à 
découvert. Personne, dit Jésus-Christ, ne 
peut ajouter rien à ce qu'il est et vous 
y voulez ajouter quelque chose en accu- 
mulant sur votre tête des touffes de 
cheveux chargés d'ornements, comme le 
milieu d'un bouclier. Si vous ne rougissez 
pas du poids de ce fardeau, rougissez 
du moins de son indignité. Ne mettez 

pas sur une tête sanctifiée par le baptême les dépouilles de quelque 
misérable mort dans ses débauches ou de quelque scélérat condamné 
à expier ses crimes sur l'échafaud. Une tête libre doit bannir la 
servitude de toutes les parures gênantes 

< Plût à Dieu qu'au grand jour du triomphe des chrétiens, il 
me fût permis, tout misérable que je suis, d'élever ma tête jusqu'à 
votre fière hauteur pour apercevoir si vous ressusciterez avec 
votre fard, votre vermillon, vos parfums et vos superbes cheve- 
lures » 

Dans son traité du manteau, il se plaint de ce que les femmes 
les plus nobles abandonnent la stola pour la robe courte; qu'elles 
s'émancipent jusqu'à abandonner la cotte de dessous, les galoches 




65. — L'impératrice Faustiiie, 
d'après une médaille. 



86 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



et jusqu'aux coiffes et aux voiles; elles ne veulent plus ni litières 
ni chaises à bras, elles préfèrent se promener seules et libres. 11 
gémit de les voir revêtues de robes de soie à mille plis, qui font 
un bruissement tapageur en marchant, de ce qu'elles entourent leur 
cou d'un luxe scandaleux de colliers à plusieurs rangs de perles ou 
de pierreries et leurs bras de nombreux rangs de bracelets; puis, 
sur un ton ironique, il décrit les vêtements des prêtresses des idoles. 
Celles de Cérès, vêtues de blanc, portent sur leur tête des ban- 
delettes sous un chapeau ou une perruque qui en a la forme (i) 
avec un gâteau qu'elles mettent par dessus. 

Celles de Bellone sont vêtues de noir avec un chaperon noir 
qui couvre la tête, etc.; enfin, dans une dernière remontrance, le 
grand apologiste chrétien adjure les femmes de renoncer à toutes 
les vanités païennes et, leur montrant combien précaire était la 
vie d'un chrétien en ces temps de persécution, il finit ainsi : 

— « Je ne sais si des mains accoutumées au bracelet pourront 
soutenir la pesanteur des chaînes ; je doute si des jambes tant de 
fois ornées de bandelettes de soie pourront supporter la douleur 
des entraves. Je crains qu'une tête couverte d'émeraudes et de 
diamants ne plie lâchement sous le glaive dont nous sommes 
menacés à toute heure (fig. 65) ». 

Et cette doctrine rigide était suivie par toutes. Les exceptions 
étaient rares, les chrétiennes cherchaient à fuir tout ce qui, de 
près ou de loin, ressemblait au culte païen. Les couronnes de 
fleurs furent abolies, le flammeum, ce voile des fiancées couleur 
de flamme, ne fut plus porté par la fiancée chrétienne, qui prit 
désormais le voile blanc. Ce fut avec plus d'austérité dans les 
vêtements et dans la coiffure qu'on vécut dans la suite et lorsque 
Constantin proclama la liberté de l'Eglise, un grand changement 
.s'était déjà produit dans les mœurs comme dans le vêtement. 

Malheureusement, il ne devait pas en être longtemps ainsi. 



(i) Le pctase, chapeau qu'on portait eu voyage ou à la campagne. Cérès étant la déesse de 
l'Agriculture, ses prêtresses portaient une coiffure champêtre. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



87 



Pour le chrétien habitué aux persécutions violentes, la liberté 
de pratiquer sa religion était une situation toute nouvelle à laquelle 
il devait se faire peu à peu et, dès lors, deux sociétés se formèrent 
dans le sein même de l'Église. 

L'une qui conserva soigneusement toutes les traditions de l'Église 
primitive, éloignée du luxe, des plaisirs, des vanités, uniquement 
occupée à se perfectionner toujours davantage; l'autre frivole, légère, 
joyeuse, partageant les divertissements des païens, fréquentant les 
cours des empereurs et n'ayant bientôt 
plus du chrétien que le nom. A ce monde 
brillant, les modes de l'ancienne Rome ne 
suffisaient plus. Les empereurs, à dater de 
Dioclétien, s'étaient plu à s'entourer du 
luxe oriental et Constantin, magnifique et 
ami du faste, organisa sa cour d'après 
le modèle des cours somptueuses des rois 
Persans. Byzance devient la capitale de 
ce monde nouveau et avec elle tout se 
modifie dans les mœurs, les habitations, 
les vêtements. Toute trace du bel art 
gréco-romain disparaît ; au lieu de la beauté 

on ne cherche plus que la richesse. L'or s'introduit partout. On en 
fait des tissus, des bijoux, des meubles, des chars. Les perles, les 
diamants, les pierres précieuses s'amoncellent jusque sur les chaus- 
sures, couvertes de broderies et de joyaux. La soie prend une 
place officielle dans le vêtement, tout ce qui touche à la cour en 
est revêtu, les serviteurs, les esclaves en portent et cependant 
c'est presque au poids de l'or qu'on la paie (fig. 66). 

A Rome, l'influence byzantine fut moindre assurément, mais il 
n'y régnait pas moins un luxe de décadence qui n'était que la 
conséquence de l'impulsion impériale. Peut-être même l'absence des 
empereurs contribua-t-elle à l'augmenter au lieu de le faire périr, 
car, la cour omnipotente du César n'existant plus, il se forma une 
caste puissante de patriciens riches et illustres, où païens et chré- 




Fig. 66. — Hélèqp, mère de 
Constantin. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



tiens rivalisaient de splendeur et de luxe. La grande dame n'était 
ni moins coquette ni moins recherchée dans ses atours qu'autrefois; 
ses esclaves étaient tout aussi nombreux. Si elle ne les piquait plus 
à chaque maladresse, de ses longs stylets, elle n'en était pas moins 
exigeante et impérieuse. Les frisures reprennent leur vogue. On 
tresse les cheveux avec des fils d'or, on les couvre de paillettes 
dorées, on en fait des échafaudages monstrueux. On mêle ensemble 
des cheveux noirs et blonds. Les perruques rousses continuent à 
avoir un succès énorme. 

Enfin tout ce qui rend la nature méconnaissable est sûr de 
trouver des admirateurs. Sur l'échafaudage des cheveux, on pose 
une mitella persane ou un voile très léger, parfois une de ces 
écharpes brodées dont nous avons fait la description. Ajoutons à 
cela une robe magnifique en soie des Indes entièrement couverte 
de dessins représentant des animaux fantastiques, puis des cein- 
tures, des colliers, des bracelets, des boucles d'oreilles d'or et de 
pierreries, et nous aurons la toilette d'une de ces femmes à qui 
saint Jérôme adresse ses véhémentes mercuriales (fig. 67). C'est 
ainsi parées, en effet, que chrétiennes et païennes assistaient à ces 
banquets qui nous paraissent invraisemblables, quand nous en 
lisons les descriptions dans les auteurs du temps, après lesquels 
les fières patriciennes ne rougissaient pas de se livrer à des pan- 
tomimes et à des danses dignes d'histrions de bas étage. 

Les cheveux bouclés, couronnées de fleurs, elles dessinent des pas, 
des gestes et sont ravies de s'attirer des applaudissements de ceux 
mêmes qui devraient leur reprocher leurs folies. A Rome alors c'était 
un entraînement général pour la pantomime, les hautes classes se 
livraient à ce divertissement et chacun tenait à honneur de posséder 
une troupe de choristes et de danseurs pour égayer ses repas. 

Mais heureusement pour la société chrétienne, quelques âmes 
d'élite allaient la sauver de l'abîme où elle se précipitait. 

Athanase, le grand évêque Athanase, le défenseur de la foi à 
Nicée, exilé par la rage des hérétiques de son siège d'Alexandrie, 
vint à Rome avec deux solitaires d'Egypte. 




Fig. 67. — Noble dame romaine de l'époque de^saint Jérôme. 



go HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

On avait souvent entendu parler de ces hommes qui menaient 
une vie extraordinaire dans le désert, au milieu des bêtes féroces, 
dans les rochers et les sables ardents de la Nubie et de la Libye, 
mais jamais on n'en avait encore vu à Rome. 

L'arrivée d'Ammonius et d'Isidore (ainsi se nommaient les deux 
ermites) et la renommée acquise par Athanase fit que toute la 
société chrétienne accueillit les voyageurs avec un enthousiaste 
empressement. La mode s'en mêla, tout le monde voulut avoir 
chez soi les cénobites et le grand évêque. Isidore surtout plut 
beaucoup aux dames et la haute société s'en empara. La sœur de 
Constantin, Eutropie, les nobles dames Albutera, Sperantia,. Albine 
et beaucoup d'autres qui lormaient un cercle choisi de tout ce que 
Rome avait de plus illustre, se prirent d'une sympathie démonstrative 
pour les trois étrangers. Il se fit autour d'eux un cercle de femmes 
qui écoutaient avec avidité tout ce qu'ils racontaient sur la vie 
monacale, la sainteté de la vocation chrétienne, la beauté du 
renoncement aux choses mondaines. Quand ils partirent, ils avaient 
abondamment semé et la graine ne tarda pas à germer. Ce fut 
Marcella qui donna la première impulsion à la réforme. Et cepen- 
dant elle était une des plus élégantes et des plus nobles femmes 
de ce monde brillant. 

Jeune, belle, riche, veuve après quelques mois de mariage, elle 
refusa de se remarier, quelque glorieux que fussent les partis qu'on 
lui présentât, parmi lesquels se trouvait même un proche parent 
de l'empereur, Cerialis,. consul, frère de Galla, comblé d'honneurs 
et immensément riche. Elle se défit de toutes ses pierreries, de 
ses meubles précieux, ne gardant aucun ornement d'or, pas même 
son cachet. Elle ne voulut plus mettre ni fard, ni onguents, ni 
robes de soie, ni coiffures extraordinaires. Sa robe fut toujours 
simple, d'une étoffe commune de couleur brune, et c'est ainsi, un 
voile sur sa tête, qu'elle parut désormais dans le monde, bravant 
les critiques, les calomnies et les méchancetés qu'un tel changement 
ne pouvait -manquer de provoquer. 

De son magnifique palais du Mont-Aventin, elle fit un lieu de 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



91' 



réunion où quelques femmes pieuses comme elle venaient pour se 
livrer en commun à des œuvres de piété et surtout aux études 
théologiques. En ce temps bizarre, et malgré l'apparente légèreté 
de cette société romaine, les études scientifiques, les discussions 
sur les questions les plus ardues de la philosophie et de la 
théologie étaient suivies avec passion. Fabiola, la petite-fille de 
Ouintus Maximus, Furia, la descendante de Camille, Paule, qui 




Fig. 68. — Galla Placida. 



avait pour aïeul Paul Emile et se disait descendre d'Agamemnon, 
Asella, Marcellina et tant d'autres filles des races les plus illustres 
de la Rome antique, devinrent des adeptes ferventes de ce 
conventicule d'oi^i les modes frivoles, le luxe immodéré, les recher- 
ches païennes de la beauté furent sévèrement exclus, et d'où 
enfin devaient partir les premières fondatrices de couvents de 
femmes. 

Le grand Jérôme, le saint à la parole de feu, dirigeait ce petit 
cénacle de sa solitude de Jérusalem. 11 encourageait Eustochium 
lorsque ses parents païens, voulant la soustraire à sa vocation 



92 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

pour la solitude, essayaient d'un moyen bien païen pour y réussir 
en revêtant par force la jeune fille d'une toillette merveilleuse, en 
lui frisant les cheveux; et tressant ses longues boucles pour les 
arranger à la mode la plus nouvelle, enfin en lui mettant au cou 
et sur la tête des colliers et un diadème splendide, sans oublier le 
fard et le noir pour les yeux. 

Il gourmandait Blésille, la jeune et jolie veuve qui, aussitôt le 
tombeau de son mari fermé, courait à son miroir pour voir quels 
fards et quelle coiffure convenaient le mieux à son deuil, bientôt 
mêlait les tresses d'or à ses cheveux, les frisait et les parait de 
perles. Il mettait sous les yeux des jeunes filles tous les désagré- 
ments du mariage et adressait à Furia, autre veuve mondaine, 
les exhortations les plus pressantes à renoncer aux secondes noces; 
puis craignant un excès contraire dans ses néophytes, il engageait 
les vierges à ne pas se négliger dans leur toilette, à ne pas 
omettre les soins de la coiffure en laissant pendre les cheveux ou 
les couvrant à demi d'une écharpe couleur d'hyacinthe. Bref, c'est 
le fidèle gardien du troupeau fragile qui s'est confié à lui. Il 
l'éclairé, l'encourage, le guide et parfois aussi irappe fort les 
brebis rebelles, mais il réussit à restaurer les mœurs chrétiennes 
à Rome, à en faire le foyer qui échauffera le monde et il fonde 
les premiers couvents comme un rempart solide contre la faiblesse 
féminine. 

Cette époque fut une époque brillante pour les femmes. Leur 
influence fut immense. De tous côtés elles sont mêlées aux luttes 
politiques et religieuses, de tous côtés elles se signalent par leurs 
vertus, parfois hélas! aussi par des crimes (fig. 68). Elles font 
autorité dans le gouvernement des peuples ; les plus grands saints 
les prennent pour conseils ou pour appui, elles tiennent en échec 
de grands politiques. C'est l'époque où sainte Hélène est la princi- 
pale libératrice de la foi, où Galla Placida, la fille de Théodose, 
gouverne l'empire d'Occident, où Justine, la mère de Valenlinien, 
lutte contre saint Ambroise pour l'arianisme dont elle est le soutien, 
où les deux Eudoxie, la grande Pulchérie et Théodora illustrent 




Xi 

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94 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



l'empire à divers titres. A Rome, nous avons vu quelle prépon- 
dérance avaient les femmes dans cette société où les hommes 
s'amollissaient dans les délices ; il en est de même dans les 
provinces romaines : Monique, la mère d'Augustin, Macrina, sœur 
de saint Basile en Orient, sainte Geneviève à Lutèce et tant d'autres 
qu'il serait trop long de citer, raniment la foi chrétienne, fondent 




Fig. 70. — L'impératrice Eudoxie, d'après un ivoire du temps. 



des couvents et se distinguent par leurs qualités viriles autant que 
par leur intelligence. 

Jetons un dernier coup d'œil sur les modes de ces siècles tour- 
mentés, les plus bouleversés de l'histoire de l'humanité. 

Dans tout le monde romain c'est encore Byzance qui donne le 
ton et l'impulsion du luxe; ses armées, sans cesse en mouvement 
du Nord au Midi, ses juristes et ses diplomates, ses financiers 
entreprenants, ses marchands et ses marins répandaient parmi lés 
cours et les hautes classes de la société, les habitudes, les mœurs, 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMIiNlNE 



95 



les idées, et jusqu'aux modes byzantines. Les rois carlovingiens 
subirent son influence, comme nous le verrons, bientôt et les femmes 
franques s'affolèrent des étoffes orientales. 

Le mauvais goût byzantin gâta les formes des vêtements 
romains. Aux étoffes souples et moelleuses tombant en plis nobles 




Fig. 71. — Princesse italo-romaine, du liii^ au iv" siècle. 



et artistiques, on substitua la soie épaisse, raide et rendue plus 
consistante encore par la multitude de broderies, de perles, de 
pierreries, voire même de morceaux d'or et de verre qu'on y 
sertissait. 11 était impossible avec ces étoffes de fabriquer une 
toge ou une stola, on porta donc des robes tendues, des manteaux 
étriqués pour laisser paraître davantage les ornements luxueux 
dont ils étaient chargés. 

Les coiffures surtout changèrent complètement de caractère, 



96 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



comme on peut le voir à la figure 69 représentant l'impératrice 
Théodora et sa suite. 

Presque plus de cheveux visibles : on préfère cacher cette parure 
naturelle dans de lourds bourrelets d'étoffe précieuse qu'on embellit 
encore de perles ou de pierreries. L'impératrice et ses suivantes 
ont toutes trois des bourrelets qui sont posés de manière à cacher 
le front tout entier. Par derrière, une petite calotte de même étoffe 




Fig. 72. — Noble dame italo-iomaiae. 



dissimule le reste de la tête. L'impératrice porte une riche couronne 
de laquelle pend de chaque côté un triple rang de perles terminé 
par des poires splendides. Cet ornement est essentiellement byzantin, 
nous le voyons porté aussi par l'impératrice Eudoxie telle que la 
représente un ivoire du temps (fig. 70) . On remarquera la lour- 
deur de cette couronne massive et disgracieuse. Eudoxie laisse 
passer quelques cheveux sur le front ; c'était une mode plus 
romaine que byzantine. 

Les dames de l'Italie et des pays soumis à l'influence de Rome 
portaient de lourdes couronnes dans lesquelles étaient enchâssées 
beaucoup de grosses pierres précieuses, mais plus rien d'artistique 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 97 

n'apparaissait dans l'art de l'orfèvre. La décadence du goût était 
complète (fig. 71). 

La princesse italo-romaine des catacombes de Ste-Cécile est 
coiffée plus naturellement. Un simple cercle surmonté au milieu 
d'un ornement en forme de trèfle orne sa tête. Elle porte dans ses 
mains une riche barrette brodée d'or et de perles (fig. 72). Cette 




■f^'g- TZ- — Portrait de la princesse Irène. 

barrette était la coiffure des hommes comme des femmes dans 
les vi", \it et viii'' siècles ; peu à peu, elle devint le couvre-chef exclusif 
des hommes et enfin longtemps après encore la coiffure distinctive 
des monarques européens. La barrette a gardé actuellement encore 
une glorieuse destinée, les princes de l'Eglise la reçoivent des mains 
de leur souverain temporel lorsqu'ils sont admis à l'honneur du 
cardinalat. 

Un dernier mot sur Byzance, dont le souvenir résumé dans le 
mot de byzantinisme est devenu une sorte de flétrissure, qui 
s'applique aussi justement aux vêtements des Grecs du bas-empire 
qu'à toute autre chose les touchant de loin ou de près. 

8 



98 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Les vêtements sont de plus en plus lourds et disgracieux, plus 
une draperie, rien que des pierreries, de l'or et des perles. Les 
femmes se couvrent tellement de bijoux qu'elles semblent fléchir 
sous leur poids, sur les cheveux bouffants entremêlés de perles, 
les impératrices et les grandes dames posent une couronne massive 
où l'on a enchâssé le plus de joyaux possible. Il suffit de jeter 
un coup d'œil sur le portrait de la princesse Irène, mère de 
l'empereur Alexis Comnène (fig. 73), pour se convaincre qu'il eût 
été difficile de porter plus loin la recherche de la magnificence et 
l'absence de tout sentiment artistique. Ainsi s'habillèrent les Grec-iies 
de Byzance jusqu'au moment où l'empire des Comr' 1 ;érit 
misérablement sous le fer des musulmans. 



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CHAPITRE III 



EN GAULE 



L'Europe préhistorique. — Les Celtes. — Toilettes sommaires, — Premiers diadèmes. — 
Orfèvrerie Scandinave. — Les premiers Gaulois et la Gaule romaine. — Rois chevelus et sujets 
échevelés. — Premières civilisations franques. — Importance des cl eveux. — Épingles de coiffure. 

— Peignes. — Longues tresses. — Une chasse à la cour de Charlemagne. — Le voile franc. 

— Chapes. — Fondations religieuses. 




ENDANT que la civilisation se propageait en 
Orient et dans les pays du Midi, quel était 
le spectacle qu'offraient nos contrées ? 
D'une part le gigantesque mammouth, 
l'éléphant à toison, le rhinocéros, le grand 
ours, l'auroch se disputaient l'empire des 
bois immenses et des prairies touffues 
de l'Europe, de l'autre le crocodile et 
de grands sauriens dont les dimensions 
nous épouvantent peuplaient les eaux de 
nos fleuves (i), alors gigantesques courants, dont le débit était de 
quatre ou cinq fois plus grand que celui de nos jours. 

Depuis que la science préhistorique fait l'objet de l'étude appro- 



(i) Voyez sur les populations préhistoriques du globe les ouvrages de M. le marquis de Nadaillac. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



fondie des savants, on a essayé de classer l'existence des hommes 
en différents âges. Il y a lage de la pierre, de la pierre polie, 
du bronze," du fer. De même a-t-on essayé de classer les races 
d'hommes, dont les restes épars ont été retrouvés çà et là dans 
les cavernes de nos contrées. Mais toutes ces questions n'ont pas 
encore trouvé une solution complète malgré les ingénieuses déduc- 
tions des savants. 

Néanmoins, les recherches si patientes, la sagacité, la haute 
intelligence de tant d'hommes éminents qui s'occupent avec ardeur 
de cette science nouvelle, ne sont pas restées infructueuses et nous 
pouvons affirmer maintenant avec une quasi-certitude que la pre- 
mière race qui habita nos contrées fut une race mongole, petite, 
abrutie, sauvage, n'ayant qu'un culte grossier et des mœurs déri- 
vant de l'état de nature, ne connaissant ni l'art de se bâtir des 
abris ni celui de cultiver la terre. Des auteurs ont même cru 
pouvoir se demander si cette race primitive connaissait l'usage du 
feu. 

Ces hommes dégradés étaient peu susceptibles de progrès, 
comme on a pu le constater chez leurs descendants ou leurs 
congénères du Groenland et des pays habités par les Esquimaux, 
qui, depuis tant de siècles, ont pu à peine atteindre aux premiers 
degrés d'une civilisation même rudimentaire. Nous n'avons donc 
pas à nous occuper des costumes d'un tel peuple et encore moins 
à essayer de pénétrer ces ombres mystérieuses qui entravent si 
souvent l'histoire des migrations de races. Comment et quand ces 
Mongols vinrent-ils en Europe? Combien de temps y restèrent-ils? 
Autant de questions restées jusqu'ici sans solution. 

Il CI un point cependant qu'il ne faut jamais perdre de vue; 
c'est qu'il serait imprudent, surtout en matière scientifique, de 
s'appuyer sur un système absolu, quelque judicieux qu'il puisse 
paraître. Rien ne prouve que pendant qu'une partie de l'Europe 
jouissait déjà de l'aisance relative qu'avait amenée la connaissance 
de la fabrication du fer et du bronze, d'autres peuplades ne fussent 
encore plongées dans l'abrutissement de l'âge de la pierre. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



Il se peut que la race mongole habitât encore certaines contrées 
européennes plus inaccessibles, alors que déjà les Celtes s'étaient 
rendus maîtres des parties les plus belles du pays. 

Comme aucun monument ne vient appuyer d'une façon absolue 
l'authenticité des différents systèmes scientifiques, nous ne pouvons 
conclure que par des probabilités. 

Les ossements de ces premiers habitants des cavernes sont jetés 
pêle-mêle dans des trous. Quelques bribes de colliers de coquillages 
ou de pierres plus brillantes sont retrouvées dans les fouilles et 
ce sont les seuls documents d'après lesquels nous 
sommes obligés de reconstituer toute une époq'ue. 

Mais la race celto-gauloise succède aux petits 
Mongols et si nous ne pouvons suivre pas à pas 
les migrations des nouveaux venus, ni la manière 
dont ils prirent possession de nos contrées, il 
nous est au moins possible de refaire, dans les 
plus grandes lignes, l'histoire de leur civilisation. 
Les Gaulois étaient intelligents et industrieux, 
moins guerriers peut-être que leurs frères les 
Celtes, mais tout aussi courageux. Bientôt le silex 
se taille, les os des animaux sont utilisés pour 
façonner avec habileté les choses les plus diverses et les objets les 
plus nécessaires à la vie. L'industrie fait naître le goût de l'ordre 
et de la propreté. Ces chevelures incultes, ces grandes barbes de 
nos aïeux devaient être quelquefois d'un porter incommode; aussi 
l'idée de les ranger, de lés tresser et de les tordre dut-ellè venir 
rapidement à l'esprit. Avec les grands os des animaux on fabriqi'a 
des peignes. Cet objet de la toilette de nos pères, dont les fouilles 
du Jutland nous ont donné quelques types, est tout aussi ancien 
que les essais de la poterie rudimentaire et certainement plus ancien 
que l'âge du bronze (fig. 74). 

D'ailleurs, les marchands phéniciens, les hardis navigateurs 
tyriens et grecs ne cessaient d'aborder sur les côtes. Comme 
le font maintenant encore certains de nos commerçants, ils venaient 




Fig. 74- 



,n2 HISTOIRE Dl'l I.A COIFFURE FEMININE 

acheter les fourrures des animaux sauvages ou les matières pre- 
mières faciles à obtenir des peuplades avoisinantes et les échan- 
geaient contre des haches de jade, de néphrite ou de serpentine, 
des verroteries, des pierres de fluorine, voire même de petits bijoux 
d'or pour les femmes ou des grains de blé d'Egypte. 

A ce contact, les Gaulois apprirent bientôt à travailler le bronze, 
à tisser les étoffes, à cultiver la terre et, si leurs mœurs ne se 
modifièrent que faiblement jusqu'à la conquête des Gaules par 
Rome, leur industrie arrive vite à un certain degré de perfection 
en même temps que le goût de la parure prend de plus grandes 
proportions. 

Un courant industriel et artistique se forma bientôt, venant de 
l'Italie en Suisse et se répandant jusque vers les forêts de la 
Belgique. C'est de là cjLie date le bel âge du bronze dont nous 
possédons dans nos musées de si beau.x et si nombreux échan- 
tillons, torques ou colliers, parure ordinaire de tout Gaulois, ces 
plaques de ceintures, bijoux de cou et surtout épingles à cheveux 
dont on retrouve fréquemment de nombreux exemplaires et qui 
prouvent que la coiffure tenait alors déjà une place importante 
dans la toilette féminine (fig. 75). 

Ce qu'était cette coiffure de nos premières aïeules, nous ne 
pouvons que le supposer, aucune image d'elles ne nous en étant 
parvenue. Il est probable qu'elles faisaient de leurs cheveux de 
longues nattes ou torsades qu'elles relevaient en chignon sur le 
haut de la tête en les attachant avec des épingles spéciales comme 
celles que nous donnons ci-contre. 

Ln plus grande de ces épingles, ornée d'une plaque avec bouton 
;u: ; i'ieu, traversait sans doute le chignon d'outre en outre pour 
achever de le fixer solidement à la tête. 

Tous les Gaulois, au Nord comme au Midi, possédaient ce 
genre d'épingles qui étaient décorées plus ou moins richement, 
comme on a pu le constater spécialement, à la suite de décou- 
vertes faites dans la caverne sépulcrale de Sinsin, dont les trou- 
vailles appartiennent au musée archéologique de Namur. Les 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



103 



Celtes aussi en portaient de semblables, mais les peuplades des 
bords de la mer Baltique arrivèrent plus rapidement que leurs 
voisins à un degré supérieur de civilisation. On attribue cela aux 




■^ig- 75- — Épingles gauloises, du musée archéologique de Namur. 



rapports fréquents qu'elles eurent avec les marins phéniciens, qui 
venant chercher jusque-là l'ambre et le succin, apportèrent avec 
leur commerce le goût du luxe et plus de recherche dans les objets 
usuels. On connaît ces kjœkkenmœddings ou amas immenses de 
détritus comestibles laissés là par les tribus celtiques de l'âge 



I04 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

de la pierre. En fouillant ces restes amoncelés on a pu recons- 
tituer leur existence de pêcheurs et de chasseurs sauvages. Les 
tourbières du Jutland nous ont livré de plus précieux trésors 
encore : grâce aux propriétés particulières du sol, les tombeaux 
qu'on y a trouvés étaient presque intacts, et les étoffes, le bois, 
les cuirs, les bijoux, les cheveux même gardaient un état surpre- 
nant de conservation. C'est alors qu'on put voir jusqu'où était 
arrivée l'industrie celtique à la fin de ces temps préhistoriques. 

Les vêtements et les parures, pour ne parler que du sujet qui 
nous occupe, sont presque identiques avec ceux que l'on porte 
encore aujourd'hui en Danemark, en Suède et en Norwège. Dans 
un de ces tombeaux du Jutland on a découvert un costume de 
femme complet. Le petit vêtement court, la ceinture de laine 
tressée ainsi que le petit béguin rond brodé se rencontrent encore 
communément dans ces contrées (fig. 76). Les deux bonnets de 
laine ressemblent beaucoup aux coiffures épaisses que les hommes 
et les femmes enfoncent profondément sur la tête en hiver pour 
se cacher les oreilles (fig. 77). Mais tout ceci ne constituait que 
de simples vêtements d'utilité pratique, tels que l'exigeait le climat 
du pays; il y avait d'autres parures pour les grands et pour les 
jours de fêtes. Le petit bonnet était bon pour la ménagère, il 
parait à la nécessité de lutter contre les intempéries des saisons. 
Les grandes dames, les femmes des chefs avaient de riches joyaux 
et ici encore nous retrouvons la parure nationale usuelle encore 
dans le Danemark. Il y avait le grand diadème en éventail, lourde 
parure qui formait un disque énorme sur le front. Il était souvent 
n.né de fines ciselures. Ceux qui sont parvenus jusqu'à nous sont 
presque tous en bronze; deux beaux échantillons ont été tirés de 
ces mêmes tombeaux Scandinaves de la période de l'âge du fer 
celtico-scandinave. Ils peuvent dater de l'an 700 à l'an 500 avant 
Jésus-Christ. Quelques diadèmes de la même période, désignée 
sous le nom de période des Vikungs, sont en or (fig. 78). 
Toutefois on en a retrouvé nombre d'autres ayant généralement 
la même forme modifiée seulement dans les ornements. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



105 



Ces diadèmes se plaçaient sur le front oi^i ils formaient ressort 
autour de la tête et maintenaient ainsi les cheveux et les voiles. 
Les Francs portèrent plus tard le même cercle d'or jusque vers 




Fig. 76. — Costume de femme celtico-schandinave, 
trouvé dans uu tombeau du Jutland. 



la fin du moyen âge. Les Celtes Scandinaves étaient d'habiles 

orfèvres, on peut les considérer comme les premiers artisans de 

ce genre de bijoux, qui fut appelé dans la suite bijouterie franque. 

Les couronnes ne formaient pas l'unique parure des têtes 



lOÔ 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 




celtiques. Les précieux tombeaux du Jutland nous ont révélé encore 
d'autres couvre-chefs. A Borum-Eshoï, près d'Arhus, on trouva 
un costume complet de femme datant au moins de deux mille ans. 
C'était un gand manteau de laine grossière mêlée de poils rugueux. 
La chevelure très longue était retenue par un peigne de corne 
et renfermée dans un filet très travaillé. La tunique, qui recouvrait 
une longue jupe, était courte. Une résille était 
déposée dans le tombeau. C'est tout ce que 
nous connaissons sur le costume de ces temps 
préhistoriques et il est probable que les Gau- 
loises s'habillaient à peu près comme les Jutlan- 
daises. Dom Martin, dans son livre sur la 
religion des Gaulois, publie le croquis d'une 
statuette trouvée aux environs de Clermont, 
qui représente une femme portant exactement 
le même petit bonnet rond que celui du tombeau 
du Jutland. Hors ces renseignements som- 
maires, on ne trouve rien sur les costumes 
des Gauloises de l'époque anté-romaine. 

Lorsque César vint implanter les aigles de 
la République dans nos contrées, il y apporta 
la civilisation romaine, mais les Gaulois furent 
d'abord rebelles à ces usasfes nouveau.x. Il 
fallut que les avantages du titre de citoyen 
romain et les douceurs d'une vie luxueuse 
vinssent les persuader du charme de la romanisation. Les alliances 
eutic les deux peuples achevèrent d'égaliser les niveaux. Quand 
les empereurs romains venaient séjourner dans les Gaules, ils 
pouvaient se figurer qu'ils n'avaient pas quitté Rome. 

Nous ne parlerons donc pas de la coiffure des Gauloises de 
l'époque romaine, les modes de Rome que nous avons étudiées 
dans le chapitre précédent étant celles de toute la Gaule. Les 
mêmes excentricités de vêtement, les mêmes parures de têtes 
étaient adoptées alors dans toutes les parties du monde soumis 




Fig. 77. 

Bonnets d'hommes et de 
femmes celtico-scandi- 
naves trouvés dans les 
tombeaux du Jutland. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



107 



aux Césars. Toute femme élégante tenait à honneur de s'habiller 
ou de se coiffer de la même manière que les habitants de la 
ville aux Sept Collines. 

Non seulement les documents écrits nous racontent cette parfaite 
unité de mœurs, mais encore les découvertes journalières que l'on 
fait dans tout ce qui fut jadis la Gaule, confirment cette opinion. 
Les villas gallo-romaines de France et de Belgique sont aussi 




Fig. 78. 



belles et aussi confortables que celles de l'Italie. Dans toutes on 
trouve des bains, des fontaines, des meubles précieux, des statues 
et des fresques semblables à ceux qui ornent les villas de Baïes 
et de Pompéi. 

Les Gauloises sont coiffées tout aussi bien que les plus élégantes 
Romaines. Elles portaient également le corymbus, l'anadéma, la 
tiare. Elles aussi enveloppaient leurs cheveux de réseaux d'or et, 
comme il est dit que la femme ne peut pas se contenter de la 
beauté que Dieu lui donna, pendant qu'à Rome on imitait les 



io8 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

chevelures des Gauloises, les Gauloises dissimulaient l'or de leurs 
tresses sous une poudre faite de cendres blanches finement tamisées. 
De là, nécessité de rehausser les traits; on se teignait les sourcils 
avec de la suie ou avec un liquide tiré de l'orphie, poisson qu'on 
trouvait sur les côtes de Bretagne; de plus, pour conserver leur 
beau teint, les femmes se lavaient le visage avec l'écume de la 
bière et se barbouillaient ensuite de vermillon et d'un fard blanc, 
fait de craie dissoute dans du vinaigre. 

Ce goût de la parure était naturel à toutes les classes en 
Gaule. Les paysans, les plus pauvres artisans, eussent rougi de 
se montrer hirsutes; ils avaient toujours la tête proprement peignée, 
les cheveux en ordre et les vêtements sans souillures. Leurs 
mœurs douces, leur caractère jovial, leur intelligence et leur 
aptitude à l'industrie et aux arts faisaient du Gaulois le peuple 
le plus aimable du globe. Aussi quel effroi quand les barbares 
vinrent bouleverser ces belles contrées prospères! 

Commencées à la fin du iii"^ siècle, les invasions des barbares 
dans les Gaules ne cessèrent que lorsqu'ils se furent complètement 
emparés du pays. Mais les conquérants n'implantèrent pas leurs 
mœurs et leurs habitudes dans les Gaules. 

Les Francs ne cherchaient qu'à se tailler un domaine dans un 
pays fertile, ils ne voulaient ni détruire les indigènes, ni les forcer 
à adopter leurs mœurs. Ce fut le contraire qui se produisit. A 
peine en possession de la terre, les Francs subirent l'influence de 
la population civilisée qui les entourait, et ce travail insensible, 
qui devait ou tempérer les mœurs des plus sauvages ou donner 
de l'énergie à ceux qui en manquaient, produisit le moyen âge. 

Commençons donc à étudier la coiffure des Franques à l'époque 
Mérovingienne. Ce ne sont plus les femmes échevelées qui, à l'exemple 
des amazones antiques, couraient dans les batailles pour exciter les 
guerriers par leurs cris, relever les mour-ants et au besoin prendre 
part au combat. 

Elles se sont soumises au joug des longues robes d'étoffe de 
soie qui les recouvrent. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 109 



Déjà l'or et la broderie éclatent sur leurs vêtements, car la 
chose qui plaît le plus au barbare, c'est le luxe extérieur et la 
beauté de la toilette. C'est par là du reste qu'ont commencé 
toutes les civilisations. Les Francs, se conformant inconsciemment 
à la tradition des autres peuples, s'occupèrent de perfectionner 
leurs parures avant de chercher à transformer leurs mœurs. 

La femme chez les Francs jouait un grand rôle, on l'écoutait 
dans la famille comme un oracle et elle était souvent l'instiaatrice 
des actions bonnes ou mauvaises de son époux. Pendant qu'une 
Brunehaut et une Frédégonde bouleversaient leurs royaumes par 
leurs emportements et leur orgueil, nous voyons une Clotilde, une 
Bathilde, une Radegonde pleines de sollicitude pour leurs peuples. 
L'histoire de ces reines nous montre quel fut le rôle important 
que jouait la femme dans la société franque. 

Leur costume, a une allure dégagée qui convient aux femmes 
libres. La robe est étroite, la taille est dessinée sous l'étoffe, rien 
d'encombrant pour la démarche. Le manteau est vaste, souple, 
chaud, c'est le vêtement de nécessité, comme le vêtement de luxe. 
Dans ce dernier cas il devient d'une grande magnificence et 
cherche à égaler les manteaux byzantins. 

Le voile dont les Franques se couvrent est généralement long. 
C'est souvent un fragment de tissu arrondi. Il ne cache pas la 
figure, mais l'entoure gracieusement. 

Les poètes célèbrent les femmes, décrivent leurs ajustements ou 
leurs parures. Fortunat nous révèle dans ses poésies comment 
sainte Radegonde arrange elle-même sur sa tête des couronnes de 

o o 

fleurs fraîches, comment, lorsqu'elle veut s'habiller à la mode 
barbare, elle enveloppe sa tête d'une pièce de linon brodé d'or 
dont elle entoure son cou comme d'une guimpe, parure mondaine, 
qui sera bientôt remplacée par la guimpe et le voile monastiques. ' 
Les jeunes filles franques laissaient pendre leurs cheveux 
épars. Elles les ornaient d'un étroit cercle d'or ou d'une lame d'or 
ou de métal qu'elles mettaient en bandeau et attachaient par 
derrière au moyen d'un ruban noué. Jamais elles ne mettaient de 






N-3. 



N- I. 



^^g' 79- — Épingles franques de la collection du musée archéologique 
de Namur. 






Fig. 80. — Peignes francs de la collection du Musée archéologique de Namur. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



voile, mais, pour se garantir du froid, elles jetaient un manteau 
sur leur tête. 

Les femmes mariées ne pouvaient pas couper leurs cheveux, car 
Dieu, dit le concile de Langres, les leur a donnés pour rappeler 
leur sujétion. Elles les tressaient en longues nattes ou les décoraient 
de bandelettes, appelées stapions du tudesque Stappel, guirlande. 

La coiffe était portée par les Franques et déjà elle était réservée aux 
femmes âgées, aux veuves ou à celles qui faisaient des vœux de reli- 
gion. Cependant souvent elles roulaient leurs cheveux en un chignon 
qu'elles retenaient, comme les Gauloises, avec de longues épingles. 

Ces épingles étaient jolies de forme et même très riches et 
très ornées; nous en donnons ici trois spécimens qui montrent 
toute l'originalité et la variété de l'orfèvrerie franque. 

Les n°' I et 2 sont en argent doré et portent pour motifs de 
décorations des verres rouges taillés en table. L'épingle n° i repré- 
sente un oiseau fantastique à bec proéminent, c'est un bijou du 
style sud-est de l'Europe. L'autre est formé d'une collerette étalant 
ses plis autour de la tige. La bande porte sur quatre côtés des verres 
rouges sertis dans des battes saillantes. Les fonds sont couverts 
d'un ornement en filigrane soudé sur le fond. Le style de cette 
gracieuse épingle dénote une influence romaine. Enfin la petite 
épingle du milieu est en bronze vert et sa forme de francisque est 
bien digne de la compagne d'un guerrier franc (fig. 79). 

Les nombreux cimetières francs fouillés depuis quelques années 
nous ont aussi fourni l'occasion d'étudier, jusque dans ses plus intimes 
détails, la manière de soigner la chevelure, à l'époque même où 
on l'ornait de toutes ces jolies épingles. Il y avait le peigne à 
grosses dents pour démêler et le peigne fin. Aucun homme 
soucieux de sa bonne tenue, aucune femme n'eût voulu se séparer 
de ces outils indispensables d'une toilette soignée. On les suspen- 
dait à la ceinture ; de là vient le luxe qu'on déployait dans leur 
ornementation. Ils étaient très finement gravés et d'élégantes 
arabesques en égayaient les surfaces planes (fîg. 80). 

Le dessus de ces peignes portait naturellement un anneau de 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 113 



suspension. L'usage continuel qu'on faisait du peigne explique le 
genre de coiffure qu'on portait. La jeune fille qui laissait retomber 
ses cheveux sur son dos avait souvent besoin de les démêler. 
La femme dont les longues tresses allaient battre les talons ne 
manquait pas de les refaire plusieurs fois par jour si elle voulait 
garder un aspect propre et décent. 

L'habitude qu'on avait- de ramener un pan du manteau sur la 
tête devait aussi déranger l'équilibre de la coiffure ; il est donc 
naturel que chacun portât sur soi un peigne élégant, colifichet 
utile qu'on n'avait nulle honte de montrer. 

L'usage si général du peigne et l'art avec lequel on les ornait 
viennent aussi d'une autre cause. Chez les Francs les cheveux avaient 
une grande importance symbolique. D'abord ils étaient une marque 
de royauté.' On sait qu'on appelait les Mérovingiens : rois 
chevelus. 

Couper les cheveux était une injure sanglante. On regarda 
comme un comble de barbarie de la part de Frédégonde d'avoir 
fait couper les cheveux à une femme que son beau-fils aimait 
et de les avoir fait suspendre à la porte de l'appartement de ce 
jeune prince. 

Ceux qui ne pouvaient payer leurs dettes présentaient des 
ciseaux à leurs créanciers, en se déclarant esclaves. De là vient 
la tonsure des prêtres, marque de leur servitude à l'égard de Dieu. 

Celui qui coupait le premier les cheveux d'un enfant était 
regardé comme son parrain. Dans certaines rencontres on se 
saluait en s'arrachant un cheveu et en le présentant à la personne 
qu'on saluait. C'est ainsi que Clovis salua saint Germain la première 
fois qu'il le vit. 

Les Gaulois juraient aussi par leurs cheveux. Une formule de 
serment très usitée parmi eux commençait ainsi : 

« Je veux qu'on me tonde si » 

Comme on le voit, la chevelure jouait un rôle très important 
dans les mœurs de nos pères. Elle garda plus longtemps que le 
costume son cachet national. 



114 HISTOIRE UE LA COIFFURE FEMININE 




Les rois Mérovingiens, devenus un appui pour les empereurs 
romains contre les nouveaux barbares, Saxons, Huns et Goths 
qui menaçaient l'empire, étaient en quelque sorte les délégués du 
pouvoir impérial dans les Gaules. Il s'en suivit un commerce 
intime entre l'empire latin-grec et les chefs francs. A ce contact, 
la jeune nation prit goût à la magnificence, aux étoffes de soie, 
aux broderies d'or, à tout le faste oriental, et le costume des 
successeurs de Mérovée fut un reflet de celui des empereurs de 
Byzance (fig. 8i). 

On connaît le luxe de Frédégonde et de Brunehaut quant à 
leurs vêtements. La coiffure resta toujours 
simple, les longues tresses, le voile et la cou- 
ronne, tels étaient les éléments de la parure de 
toutes les femmes franques des hautes classes. 
Les autres se contentaient de la coiffe ou 
d'une écharpe nouée autour de la tête. 

Sous Charlemagne la mode n'avait pas 
Kig. 8i. — Reine méio- changé, si nous en jugeons par les mosaïques, 
vingieniie, d après un manuscrits et autrcs monuments qui sont arrivés 

manuscrit, '■ 

jusqu'à nous. Toujours les longues tresses ou 
bien encore les cheveux partagés en deux mèches autour desquelles 
on enroule des rubans ou orfroi. La statue de sainte Clotilde, de 
l'église de Corbeil, donne une idée assez exacte du costume des 
femmes du ix" au xii" siècle. La robe d'étoffe orientale crépelée, 
le long manteau garni d'orfroi , les mèches de cheveux retenues 
par des galons brodés; sur la tête, un voile de linon, de soie ou 
de lin et une couronne ou un cercle d'or pour le ceindre. 

On ^"oit ce même costume dans les statues qui ornent la curieuse 
église de Montmorillon, dans le Bourbonnais. Les longues tresses 
ou les mèches retenues par des galons sont une des coiffures les 
plus typiques du temps. 

Le poète anonyme du viii" siècle, tant de fois cité par les 
auteurs qui se sont occupés de l'histoire du costume, donne de si 
précieux détails et des descriptions d'une si complète vérité sur la 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



"5 



manière dont s'habillaient les femmes à la cour de Charlemaane 
que nous n'hésitons pas à reproduire une fois de plus cette citation. 
Il s'agit d'une grande chasse que donne l'empereur et à laquelle 
doivent assister toutes les princesses et même l'impératrice. C'est à 
cheval qu'elles vont suivre cette chasse et sans doute elle était donnée 
en l'honneur de quelque noble hôte, car les costumes décrits sont 




Fig. 82, — Reine carlovingienne, d'après un manuscrit du temps. 



bien riches pour les hasarder à travers les halliers et les marais. 

Les belles chasseresses sont en selle. 

— « La reine Luitgarde est la première, dit notre chroniqueur, 
des bandelettes de pourpre s'enlacent dans ses cheveu.x et serrent 
ses tempes éblouissantes de blancheur. Des fils d'or attachent sa 
chlamyde, un béryl est enchâssé dans le métal de son diadème. 
Son habit est de fin lin teint de pourpre et son cou étincelle de 
pierreries. 

« Rhodrude la suit, enveloppée d'un manteau que retient une 
agrafe d'or enrichie de pierres précieuses; des bandes d'étoffes 



ii6 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



violettes se mêlent à sa blonde chevelure, sa tête est ceinte d'une 
couronne d'or diaprée de pierreries. Telle est aussi la coiffure de 
Berthe; mais ses cheveux disparaissent sous un réseau d'or, et 
de riches fourrures d'hermine couvrent ses épaules. Des chrysolithes 
parsèment les feuilles d'or de son vêtement. Gisèle porte un voile 
rayé de pourpre et un manteau teint avec des étamines de 
mauves. Rhodaïde vient ensuite, montée sur un superbe coursier. 
Une pointe d'or, dont la tête est émaillée de pierreries, ferme 
sa chlamyde de soie. Le manteau de Théodrade est de couleur 
d'hyacinthe rehaussé par un mélange de peaux 
de taupes; les perles rares scintillent à son 
beau col ; elle est chaussée du cothurne de 

Sophocle 

Il semble difficile de concilier cette abon- 
dance de joyaux, de fourrures et d'étoffes de 
prix avec la simplicité célèbre du grand empe- 
reur, mais on sait que lorsqu'il fallait rehausser 
le prestige de la couronne aux yeux des étran- 
gers, nul n'était plus magnifique. 




Fig. 83. — Femme avec 
voile, d'après un manus- 
crit du ix" siècle. 



Le voile en usagée sous les Carlovingfiens 

o o 



était un grand morceau d'étoffe semi-circulaire 
que toutes les femmes portaient, à quelque classe qu'elles appar- 
tinssent. L'étoffe différait d'après le rang et la richesse de la 
personne. Généralement, on se l'attachait par devant sur la poitrine 
au moyen d'une broche ou plaque d'orfèvrerie, et ces plaques 
étaient parfois énormes (fig. 82). 

Les princesses portaient sur ce voile des couronnes dont les 
modèles étaient très variés suivant les contrées. 

Tous les pays du Midi adoptaient les couronnes byzantines 
comme nous en avons vues dans les chapitres précédents. La cou- 
ronne fermée fut portée par Charlemagne et par ses successeurs 
tout autant que le cercle fleurdelisé. 

C'est à l'époque de Charlemagne, du reste, que l'on commença 
à voir paraître la fleur de lys. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



117 



Les voiles étaient presque toujours bordés d'un galon plus ou 
moins riche ou de deux ou trois petits galons comme l'indique 
une figure (fig. 83) tirée d'un manuscrit de Prudence du x« siècle, 
appartenant à la bibliothèque de Bourgogne. On le portait de 
différentes manières. On le mettait soit en écharpe, soit en le 
tordant autour de la tête (fig. 84). Cette dernière façon d'arranger 
le voile ne pouvait se faire qu'avec des 
étoffes fines et se maintenait sans doute au 
moyen de ces longues épingles franques 
qui furent utilisées pendant tout le moyen 
âge (fig. 85). 

Quand le voile était en étoffe épaisse, 
il ne se distinguait plus guère du manteau 
qui, lui aussi, était un morceau de drap 
semi-circulaire. 

Pour se garantir du froid on le plaçait 
sur les épaules à la manière des capas 
espagnoles et, du pan rejeté sur l'épaule, 
on se couvrait la tête. 

Mais plus ordinairement les femmes 
l'attachaient au milieu de la tête et s'en 
enveloppaient ainsi tout le corps. 

Beaucoup de manuscrits des ix" et x*" 
siècles ne donnent que des portraits de 
femmes ainsi enveloppées se livrant à 

diverses occupations sans quitter leurs voiles, dont quelques-uns 
sont semés de perles, brodés de fleurs ou segmentés de grands 
morceaux d'étoffes de couleurs tranchantes, en forme de rond ou 
de losange comme les vêtements byzantins. 

Cette mode de porter sans cesse des voiles épais vient proba- 
blement des sévères prescriptions de l'Église, renouvelées souvent 
par les conciles, qui ne permettaient pas aux femmes de communier 
ou même d'assister aux offices sans voile. 

Vers le x" siècle, les femmes avaient aussi des chapes comme 




Fig. 84. — Dame du IX« siècle, 
d'après un manuscrit. 



HISTOIRE ]JE LA COIFFURE FEMININE 



manteaux de grandes cérémonies; ces chapes étaient munies d'un 
chaperon, mais les détails nous manquent pour en déterminer 
exactement la forme. 

Un autre genre de capuchon se voyait déjà au x^ siècle; nous 
le rencontrons dans un Officiiun ecclesiasticum, manuscrit du x^ siècle 
de la bibliothèque de Bourgogne. Ce capuchon avait quelque 
chose de monacal. La manière de l'arranger est assez curieuse. 




I^'g- ^5 — Dame apprenant à lire à des enfants, d'après un manuscrit du IX^ siècle. 



C'était un rond d'étoffe au milieu duquel on avait fait un trou 
oval garni d'une broderie légère ou d'un rang de perles. On 
formait des plis autour du cou et par devant on le rattachait 
sous le bord replié du vêtement (fig. 86). 

Enfin, en Belgique, le voile des femmes avait déjà la forme de 
ces failles que portaient encore les Flamandes dans la première 
moitié de ce siècle, et elles le mettaient dès lors sur leur tête 
comme leurs descendantes modernes. Cette forme de voile est 
décrite par Tacite, lorsqu'il parle des Ménapiens. Aujourd'hui la 



HISTOIRE ]JE LA COIFFURE FÉMININE 



119 



faille, après un règne long et glorieux de plus de deux mille ans, 
vient de périr sous les coups du luxe banal du xix<^ siècle (fig. 87). 

C'est ainsi que cette époque de transition entre l'ancienne civi- 
lisation romaine et la nouvelle civilisation chrétienne ne nous a 
laissé que peu de choses à dire sur le costume de la femme. 
Tantôt il se rapproche du luxe de Byzance, tantôt il rappelle 
les vêtements des Francs primitifs. 

Une transformation singulière s'opérait cependant dans les mœurs. 





Fig. 86. — Femme eu capuchon, 
tiré d'un manuscrit du x" siècle. 



Fig. 87. — Femme avec voile , 
d'après un manuscrit du x« siècle. 



Pendant que Charlemagne interrompait les négociations les plus 
graves de sa politique pour aller compter les œufs de sa basse- 
cour, ses filles et sa femme surveillaient la cuisson des repas et 
ne dédaignaient pas de pétrir la farine de leurs blanches mains 
ou de filer la laine et le coton qui devaient servir à leurs propres 
habits. 

Les couvents de femmes se fondaient partout. Sainte Begge 
installait les premières chanoinesses dans les monastères qu'elle 
bâtissait, sainte Gertrude, sainte Waudru, sainte Gudule et tant 
d'autres formaient une pléiade de saintes autour de la famille 
royale. La Belgique, le nord de la France et l'Allemagne occiden- 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



taie devenaient un foyer de civilisation, un refuge pour les sciences 
et les arts, un sanctuaire pour le catholicisme. Malheureusement, cet 
état florissant devait bien vite s'obscurcir après la mort du grand 
empereur qui en était l'âme et le soutien. Déjà avant lui beau- 
coup d'abus s'étaient élevés dans le clergé. L'éloignement et la 




Fig. 8S. — Tiré de miniatures d'un évangéliaire des comtes de Namur sur lequel 
on prêtait serment, art roman-byzantin, bibliothèque de Biiixelles. 



difficulté de communications entre les chefs divers de la hiérarchie 
catholique donnaient trop de liberté aux rangs inférieurs du clergé, 
(fig. 88). 

Les couvents, de leur côté, souvent fondés par de puissants 
seigneurs et soutenus par eux, gardaient une certaine indépendance 
vis-à-vis des évêques et, quand ils étaient riches, se laissaient aisé- 
ment aller à une vie plus mondaine que pieuse. Il est constaté 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE. 



que les couvents de femmes surtout étaient en proie à ces abus. 
Beaucoup de femmes, filles, sœurs de rois ou de châtelains 
puissants y étaient enfermées par force ou réduites à s'y réfugier 
par suite des révolutions fréquentes qu'amenaient les guerres ou 
la violence des grands. Ces religieuses sans vocation n'acceptaient 
pas toutes d'un cœur tranquille une réclusion si contraire à leurs 




Fig. 89. — Voile-écharpe, d'après un monument du x» siècle. 



goûts; de là des intrigues, des désordres, une licence que cher- 
chaient vainement à réprimer les conciles fréquemment assemblés. 

On peut se faire une idée de ce qu'était une de ces élégantes 
abbesses, plus occupées de leurs personnes que du bien de leur 
couvent, en lisant le portrait que saint Adelme fait d'une abbesse 
de son temps (fig. 89). 

— « Elle a une jupe (subucula) de toile fine, dit-il, de couleur 
violette; par dessus, une tunique écarlate à larges manches et une 
coiffe de soie rayée; chaussée de souliers en peau rouge; ses 
cheveux, frisés avec le fer, lui tombent sur le front et sur les 



122 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



tempes; un voile attaché sur sa tête avec des rubans lui descend 
sur la poitrine et flotte par derrière jusqu'à terre; ses ongles, 
qu'elle a taillés en pointes, ressemblent à des griffes de faucon ». 

Il est certain qu'une telle mise ne devait guère avoir pour 
résultat de nourrir chez cette abbesse des idées ascétiques bien 
pures. 

Hélas! ce désordre devait aller en augmentant après la dispa- 
rition de Charlemagne, jusqu'au moment où le grand Grégoire, en 
sage réformateur, mettrait une digue au torrent et rendrait à 
l'Église sa pureté primitive. 





CHAPITRE IV 



La Barbarie et la femme. — Mathilde la grande Comtesse. — Premiers manuscrits. — Étoffes. 

— Premiers romans de chevalerie. — La coiffure du xi« au xu» siècle. — Rôle de la cou- 
ronne et du voile. — Guimpes et mentonnières. — Le mortier. — Les cornes. — Comment on 

brodait avec ses cheveux. — L'Italie avant la Renaissance. — Ordonnances somptuaires. 

Le capuchon et son rôle dans les costumes. — Coiffure sévère. — Revirement vers la cheve- 
lure libre. — Les coquettes du moyen âge. — Perruques et fards. — Le Roman de la Rose. 

— La Karole et ses entraînements. — La philosophie d'un Trouvère. 




ES Barbares, les Francs, les Normands, 
les Saxons, les Goths, les Huns, les Suèves 
et les Vandales sont enfin arrivés à prendre 
définitivement place sur le sol de l'Europe. 
Ils y ont créé une puissante hiérarchie 
militaire, depuis le souverain et le comte 
jusqu'au simple soudard possesseur 
de quelque arrière-fief, à laquelle ils 
ont attaché les populations vaincues, en leur faisant payer de leur 
liberté le droit de travailler en sécurité à l'ombre des hautes tours 
que gardent les hommes d'armes. Bon nombre s'établissent dans les 
villes abandonnées de leurs habitants et y reconstituent peu à peu, 
grâce à leur esprit d'activité et d'entreprise, de florissantes cités. 
L'Eglise ouvre les bras à ces flots pressés d'âmes neuves et d'intelli- 
gences droites, avides de savoir et de lumière. Elle a assumé 



124 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



la tâche de les instruire, de les convertir et de les civiliser. Ses 
monastères s'élèvent de tous côtés et se peuplent de cœurs pleins 
de foi ardente et de passion pour les sacrifices. La tâche de 
gouverner, de diriger, d'assouplir ces foules ignorantes du droit, 
nourries dans le culte de la force brutale, pleines d'instincts farou- 
ches, était immense. L'Eglise sut la remplir en dépit de toutes les 
résistances et des révoltes du vieux levain barbare et indiscipliné. 
Dans cette' lutte gigantesque l'Eglise rencontre dans la femme un 
appui fidèle et dévoué. En proposant aux hommages enthousiastes 
des conquérants avides de foi qu'elle baptisait, le culte de la Vierge 
Mère de Dieu, en proclamant les gloires de la virginité, l'Eglise 
avait tiré la femme des abîmes de l'ignominie païenne pour la 
transporter sur le trône dû à sa haute dignité native et l'entourer 
de respect. 

La femme à son tour sut comprendre toute l'étendue des 
devoirs que lui imposait la reconnaissance envers sa bienfaitrice et 
les remplit héroïquement. Elle l'aida à calmer, à adoucir la férocité 
du sang bouillant des guerriers insuffisamment domptés. Avec 
l'Eglise, elle se dévoue, pour protéger l'innocence, à lutter contre 
les emportements de la colère, les violences de l'esprit de rapine, 
les Instincts mauvais de l'orgueil, les complots de l'esprit de 
vengeance, les attentats contre le sanctuaire. Grâce à la femme, 
l'Eglise trouve accès auprès des puissants et des forts, elle se fait 
écouter d'eux. Grâce à la femme encore, la divine charité, cette 
vertu jusqu'alors inconnue du monde barbare, autant que de 
l'ancien monde romain, répand ses bienfaits dans toutes les classes 
de la population conquérante et conquise, les relie entre elles par 
d'ineffables liens et complète peu à peu par sa douce mais irré- 
sistible influence, l'œuvre de la civilisation chrétienne. 

Le rôle de la femme à cette époque de transformation morale est 
capital. Pour maintenir sa dignité, pour conserver sa bienfaisante 
influence au milieu de ces peuples belliqueux habitués à adorer la 
force, elle dut pousser la vertu jusqu'à l'héroïsme, et le sacrifice 
jusqu'au sang, trouvant la force nécessaire dans la seule religion. 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FÉMININE 



I2S 



La chevalerie n'existait encore qu'à l'état d'embryon au x" siècle. 

Elle naissait à peine quand s'ouvrit ce triste siècle oii la foi 
catholique sembla bien près de sombrer sous les désordres du 
clergé et les violences de la puissance séculière. Le bras qui vint 
soutenir et défendre l'Eglise fut celui d'une simple temme d'un 




Fig. 90. — Statue de la cathédrale de Corbeil, représentant sainte Clotilde. 



cœur aussi haut que sa piété, sans plus de peur ni de reproches 
que les plus vaillants chevaliers. 

Mathilde de Toscane, à qui son courage et sa constance valurent 
le nom de Grande Comtesse, mit à la disposition du saint Pape 
Grégoire VII vaincu, persécuté et abandonné, ses richesses, son 
armée, sa personne et sa vie pour sauver l'Eglise et avec l'Eglise 
la société chrétienne menacée de retomber dans la barbarie. 

Mathilde personnifie la chrétienne de son t^mps. Elle tut l'hon- 



,26 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



neur de son sexe, dont elle releva glorieusement le prestige par 
ses hautes qualités, et la vénération qui s'attache à sa mémoire 
est largement justifiée. 

Mais ce livre n'est pas destiné à faire son panégyrique; si nous 
nous sommes arrêté un instant à jeter un coup d'œil sur la 
société du x° siècle, c'est que, nous l'avons dit, le costume est 
fait pour le temps qu'il traverse et plus d'une corrélation existe 
entre la vêture de l'humanité et les mœurs qu'elle adopte à 
chaque époque de l'histoire. 

Le goût et le style byzantin régnaient encore en Europe. Tous 
les vêtements du corps gardaient le cachet du Bas-Empire, toute- 
fois débarrassé des ornements exagérés que lui avait imposés 
l'amour de l'ornement poussé si loin chez les Romains dégénérés. 
La mode suivait nécessairement le progrès de la civilisation. 

Un manuscrit du Vatican représente la comtesse Mathilde 
avec de riches habits bordés de larges orfrois semés de pier- 
reries. Sa coiffure consiste en un singulier bonnet pointu en 
drap d'or, également bordé d'orfroi et de joyaux. 

Ce bonnet est posé sur un voile léger et semble une coiffure 
particulière à cette princesse, car on n'en rencontre nulle part 
ailleurs de semblables, en tant que coiffure de femmes. C'est la 
barrette allongée portée pendant longtemps par les hommes . 
Peut-être Mathilde avait-elle adopté cette coiffure comme plus 
commode que toute autre, pour aller à la guerre et mener ces 
nombreuses expéditions qu'elle commandait avec autant de sagesse 
que d'énergie (fig. 91). 

Les modes changèrent très peu pendant les premiers temps 
du moyen âge. Ces périodes de guerres et d'alertes perpétuelles, 
l'instabilité des événements et des existences elles-mêmes n'étaient 
guère de nature à favoriser le développement du luxe, ni les 
instincts de la coquetterie. 

Les femmes nobles ne pouvaient voyager qu'à cheval et, dans 
leurs châteaux, elles manquaient des plus simples éléments du 
confort. Par-ci par-là surgissaient des éclaircies de calme et de 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



127 



soleil, dont la beauté et la magnificence profitaient pour étaler 

leurs splendeurs, comme une fleur éphémère, sauf à s'effacer plus 

rapidement encore, aux heures sombres et lugubres des combats. 

Les femmes, vivant au milieu de craintes et de transes 




Fig. 91. — La comtesse Mathilde de Toscane, d'après une minialure d'un manuscrit du Vatican. 



continuelles, ne songeaient guère à s'occuper de colifichets; il 
leur fallait une mise simple et commode, des robes dégagées, 
des manteaux souples et chauds, des coiffes, des guimpes col- 
lantes, également utiles à préserver du froid et à dissimuler les 
traits. 

C'était le plus souvent une écharpe qui servait de couvre- 
chef. On la roulait à l'entour de la tête selon la fantaisie, pour 



128 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

en former soit une sorte de turban, soit une véritable guimpe. 
Une miniature d'un manuscrit du xi" siècle représente deux 
dames instruisant des enfants, l'une a une écharpe enroulée en 
turban autour de la tête, l'autre une espèce de bonnet dont la 
forme rappelle celle du tutuhis étrusque ; ces coiffures paraissent 
richement ornées. La tête était donc toujours couverte. Toutefois, 
seules chez elles, les femmes laissaient flotter librement leurs che- 
veux ou les tressaient en longues nattes comme au temps de 
la reine Clotilde. 

Au xi" siècle surtout on porta les cheveux flottants. Quantité 
de manuscrits nous montrent des femmes, les cheveux pendants 
sur le dos, retenus sur le front par un galon ou une étroite 
couronne. On relevait les cheveux quand on voulait se mettre 
en voyage et on les cachait sous l'écharpe roulée autour de la 
tête (fig. 92). 

Nous avons vu que, dès avant Charlemagne, les étoffes d'Orient 
étaient très estimées en Europe. Cette faveur continua aussi 
longtemps qu'on fut privé de la fabrication de tissus indigènes. 
Mais quand l'Italie fut parvenue à fournir des étoffes fines comme 
la mousseline et riches comme les draps de soie de Damas 
ou de Chypre, on abandonna les produits de l'Orient. Le tissage 
de la soie devint général. Les seigneurs mêmes en fabriquaient 
dans leurs châteaux. Le mûrier et le ver à soie furent cultivés 
partout où l'on put les acclimater. 

Un aperçu des étoffes en usage pendant tout le moyen âge 
facilitera l'explication de beaucoup de coiffures. 

Constatons d'abord que l'Europe possédait de nombreuses 
fabriques d'étoffes de lin, livrant au commerce des toiles fortes 
et solides, du linon fin et souple. 

Les étoffes de coton se divisaient en variétés nombreuses. Les 
plus fines étaient la mousseline d'origine indienne, dont la pro- 
duction fut longtemps le privilège presque exclusif de l'Orient. 
Elle était à la fois souple et fine. Une robe de mousseline, 
disent les poètes indiens, doit passer dans une bague. On y 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 129 

mêlait de l'or et la vogue, dans le monde féminin, s'attacha surtout 
aux tissus légers à dessins métalliques pour les voiles et les 
guimpes. 

Les mousselines d'Italie ne furent jamais aussi belles que celles 
de l'Inde. On appelait mollequin. une étoffe fine et transparente 
faite de coton et de lin mélangés également, très employée pour les 
guimpes et les voiles. 

Une autre espèce de coton portait le nom de bogerant ou 
bougran, de Bockhara, en Tartarie, où elle fut d'abord fabriquée. 
C'était une étoffe ferme et résistante. 

La futaine désignait un tissu croisé de coton et de fil épais et 
velu, très chaud, fabriqué surtout en France et employé aussi 
bien pour les vêtements que pour l'ameublement. 

Les principales étoffes de laine connues à cette époque étaient : 
Le camelot, fait de poil de chèvre ou de chameau. Un camelot 
plus riche avait la trame en soie et même parfois mêlée de fil 
d'or. 

Le camelin, tissu de pure laine. 

Le burel, bureau ou buriau, lainage grossier dont se servait le 
peuple. 

XJétaniine, tissu léger et laineux, imprimé ou peint de diverses 
couleurs. 

La brunette, étoffe de drap fin teinte, et toute la collection des 
draps belges, français et anglais, drap brusseguin, drap fnarbré, 
drap camelin, tanné, etc., dont on faisait les manteaux, capes, 
capuchons et autres vêtements chauds. 

La serge, tissu croisé en laine, et enfin la tireiaine, mélange 
de fil et de laine porté principalement par la bourgeoisie. 

Viennent ensuite les étoffes de soie et toutes les étoffes de 
grand luxe mêlées d'or et d'argent; elles sont innombrables et il 
serait impossible de les désigner toutes. Passons en revue les 
principales. 

C'est d'abord le cendal, l'une des plus en faveur, ayant quel- 
que ressemblance avec le taffetas moderne. On en faisait de 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



toutes couleurs, rayés de toutes façons en plusieurs nuances. Le 
cendal noir était moins estimé que le cendal écarlate et son 
prix beaucoup moins élevé. 

Le cendal tiercelin ou simplement tiercelin était plus épais que 
l'autre. 

Le cendal à or battu formait de magnifiques vêtements avec 
ses feuilles d'or découpées de mille formes, collées sur la soie au 
moyen d'un mordant. 

On appelait samict une étoffe de soie épaisse portée seulement 
par la noblesse. 

Gentement étaient parées 
Vestues de samis vermeil 
Ains ne vi plus rice appareil (i) 

Les draps de soie de Damas ou camocas étaient des soies 
brochées et ouvragées. 

D'autres soies également brochées s'appelaient pailes. Ces tissus, 
très riches, très rares et très coûteux, venaient de l'Orient. 

Son chapel n'ierst pas de festiis 
Ains était d'un noir sebelin 
Couvert d'un paile alexandrin (2) 

Le drap d'or de Frise rivalisait avec le drap d'or de Chypre 
ou d'Otrante, le drap d'or Mathebas, de Paris, etc. 

Sous le nom de pourpre et ^écarlate on désignait aussi des 
étoffes de soie de très grand prix. 

C'est au xiii^ siècle surtout que l'Italie devint le centre de la 
production des étoffes de soie, rivalisant non sans succès avec 
les plus célèbres produits de l'Orient. De nombreuses fabriques 
s'établirent surtout en Lombardie. La culture du mûrier et du 
ver à soie devint universelle, beaucoup plus par la force que 
par le goût des particuliers. Ces derniers ne paraissaient pas 
apprécier vivement les avantages de cette culture. Un statut de 

(i) Roman du chastelain de Coticy. 
(2) Roman de Perceval. 




Fig g,, — Noble dame du xi= siècle, d'après une miniature du temps. 



132 HISTOIRE UE LA COIFFURE FEMININE 

Modène du commencement du siècle suivant ordonne, en effet, 
à tout propriétaire du plus petit enclos de cultiver au moins 
trois mûriers « afin de faciliter et de propager l'élevage de vers 
à soie que tout le monde semble vouloir abandonner. » 

Les moines appelés humiliés fabriquèrent beaucoup de belles 
étoffes de soie et amassèrent par cette fabrication des richesses 
immenses. On dit que c'est à eux qu'on doit l'invention des 
draps d'or et d'argent. Ces draps tissés d'abord exclusivement 
pour les ornements d'église, devinrent dans la suite d'un usage 
général pour les particuliers. 

La soie qui valait au xii° siècle six sous l'aune, fut abordable 
à tous à tel point que, dans une cérémonie publique, mille Génois 
parurent revêtus de cette étoffe. 

Dans beaucoup de châteaux des pays où le climat permettait 
la culture du mûrier, on établit des fabriques de soie dont les 
seigneurs tiraient grand profit. Mais il existait encore un autre 
genre de soierie, c'était le satin. 

Le satin et le demi-satin étaient déjà connus au xiii" siècle. 
Enfin le veluiau ou velours commença à se répandre au xiii* siècle 
et devint d'un usage général au xv°. On en fabriqua alors broché 
en or et en couleurs diverses. Toutes ces étoffes ne pouvaient 
être portées que par les princes, le haut clergé et la noblesse. 

Un dernier mot sur les tissus réservés presque exclusivement 
à la coiffure féminine. 

Nous voulons parler des gazes, des crêpes, des crêpelés, mous- 
selines de soies légères, transparentes, de couleurs tendres, rayées, 
brodées, semées d'or et d'argent, particulièrement employées à 
la confection des voiles, des écharpes et plus tard de ces turbans 
volumineux qui firent fureur aux xiv® et xv* siècles. 

Telles sont les étoffes principales dont se vêtirent nos ancêtres 
depuis Charlemagne jusqu'à la Renaissance. Ajoutons que quel- 
ques-unes n'ont jamais cessé d'être fabriquées jusqu'à nos jours (i). 

( I ) Pour plus de détails sur les ëtofles, voir Violet-Leduc, Dictionnaire du mobilier français, 
tome m, article: Étoffes. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



133 



Nous avons dit que les longues tresses et les cheveux roulés 
avec des rubans furent portés jusqu'au xii° siècle. Sur la tête 
ainsi coiffée, se posait la couronne quand cette tête appartenait 
à un roi, à un prince, ou à un comte. Les barons n'y avaient 
pas droit. 

Les couronnes héraldiques, telles que nous les classons aujour- 
d'hui, n'étaient pas encore bien déterminées au commencement du 




Fig. 93. — Couronne du trésor de la cathédrale de Namnr ayant appartenu aux deux premiers 
empereurs latins de la maison de Flandre, Baudouin !<"' et son frère Henry. 



moyen âge. C'est seulement au xvi" siècle qu'on fixa les différentes 
formes qu'elles ont conservées depuis. 

Auparavant la couronne était un joyau auquel la fantaisie des 
orfèvres donnait les contours les plus divers. Fermée, elle resta 
toujours l'apanage exclusif de la dignité souveraine. Les rois 
et les empereurs seuls avaient le droit d'en ceindre -leurs têtes. 
La couronne la plus en usage ne dépassait pas une certaine 
hauteur. D'ordinaire elle se composait de plaques reliées entre 
elles par des charnières, de façon à bien adhérer à la tête. 

On y sertissait des pierres précieuses et on y ajoutait de légers 
ornements en filigrane. Enfin on la doublait d'un petit bourrelet 
de soie à l'intérieur pour la rendre moins dure au porter (fig. 93). 

Il n'existait aucune différence entre les couronnes des hommes 



134 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE | 

et celles des femmes, sinon pour la grandeur. Jusqu'au xui" siècle 
ces dernières se portaient simplement posées sur les cheveux 
tressés et recouverts du voile. 

Les femmes qui ne pouvaient pas porter la couronne, celles 
qui ne voulaient pas en faire un usage journalier et enfin les 
jeunes filles la remplaçaient par un cercle d'or ou d'argent, simple 
bandeau de métal uni déjà en usage chez les dames franques. 
Plus tard, le cercle fut agrandi et orné d'émaux, de pierres ou 
de perles. Au xiv° siècle on appelait cercle une sorte de parure 
de tête qui ressemblait beaucoup à la couronne. Nous la ren- 
contrerons en étudiant les modes sous Isabeau de Bavière. 

Au xi" et au xii" siècle, le cercle ne sortit pas de sa simplicité 
originelle. Les jeunes filles surtout en faisaient grand usage. 

Elles le ceignaient sur leur chevelure dénouée. De là l'usage, 
au moyen âge, de représenter les vierges la chevelure flottante 
et le front orné d'un cercle d'or (fîg. 94). 

Ainsi le constate Garin, parlant d'une jeune fille : 

Le cercle d'or li ert el chief assis. 

En Allemagne, l'usage de la couronne était très répandu, une 
princesse ne sortait pas sans ce signe distinctif de sa dignité. 
Ecoutons la duchesse Sophie de Thuringe parlant à sa fille 
Agnès et à sa future belle-fîlle Elisabeth : 

« Descendons dans la ville à Eisenach, allons à l'ég-Hse de 
Notre-Dame entendre la belle messe des chevaliers teutoniques, 
qui l'honorent spécialement. Peut-être y entendrons-nous prêcher 
sur elle. Mettez vos plus beaux habits et vos couronnes d'or ». 
Sur ces ordres les jeunes princesses richement parées vont avec 
la duchesse à la ville. Dans l'église, Elisabeth est tellement 
émue à l'aspect du Christ couronné d'épines qu'elle ôte sa cou- 
ronne, au grand scandale de sa belle-mère et d'Agnès, qui 
regardent cela comme une haute inconvenance. Le chroniqueur 
auquel nous empruntons cette anecdote décrit aussi le costume 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



135 



d'Elisabeth, d'Agnès et de deux jeunes filles d'honneur qui les 
accompagnaient (fig. 95). 

Toutes les quatre, dit-il, avaient la même parure; des vêtements 




Fig- 94. — Sainte Catherine vêttie en jeune fille noble, d'après un vitrail 
de la cathédrale de Fribourg, xil« siècle. 



d'une même couleur, des bandeaux dans les cheveux, des bracelets, 
des ornements sur la poitrine, une tunique, un surcot, un bandeau 
et un voile. 

Une autre fois, Elisabeth ressentit encore une telle émotion. 



136 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



en entrant couronnée dans l'église, qu'elle en tomba évanouie. 
A dater de ce jour, elle ne voulut plus porter la couronne dans 
le sanctuaire. 

En certaines occasions, le cercle était surmonté d'une rangée 




FJg 95- — Dames nobles d'après les miniatures d'un évangéliaire 
du xil^ siècle de la bibliothèque de Bourgogne. 



^^^v 



de petites boules. Les fiancées, lorsqu'elles se revêtaient de leurs 
habits de noces, ornaient leurs têtes de ce cercle qui faisait ressortir 
la beauté de leurs cheveux dénoués. 

Un manuscrit de la bibliothèque du Vatican, du xii' siècle, nous 
montre une jeune fiancée ainsi parée au pied de 
l'autel (fig. 96). 

La mode des voiles, un peu délaissée au xf siècle, 
reprit faveur au xii". On les porta d'abord simple 
ment jetés sur la tête, retenus par la couronne ou 
le cercle. A travers la transparence du léger tissu, 
on pouvait -apercevoir les ondes brillantes des che- 
veu.Y nattés ou dénoués, mais cette jolie coiffure 
ne dura guère. Peu à peu on releva les cheveux sous le voile, 
on en fit un chignon de tresses ou de torsades, retenu par un 
ruban, puis on y ajouta une bande d'étoffe qui passait sous le 




Fig. 96. 
Jeune fiancée. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 137 

menton et se rattachait sur le dessus de la tête. On appelait 
cela une mentonnière. On peut y voir le premier pas vers les 
coiffures, si fort en vogue plus tard, visant à cacher les cheveux 
avec un soin jaloux (fig. 97). 

La mentonnière fut le point de départ d'une foule de couvre- 
chefs, tels que la gorgière, la guimpe, la barrette, etc. 

La statue d'Eléonore de Guyenne, à l'abbaye de Fontevrault, 




■y.- ■ ^^ \ 

I^ig- 97- — Dame en mentonnière. 

a une de ces mentonnières. La couronne semble doublée d'une 
petite barrette plissée (fig. 98). 

La barrette, sorte de petite calotte, fut d'un fréquent usage aux 
xii" et xiii" siècles. Les jeunes filles variaient leur parure entre 
le cercle d'or et ce petit bonnet. 

On la faisait ordinairement en étoffe précieuse, en paile, en 
samict, en drap de soie. Elle était absolument sphérique et 
emboîtait exactement le dessus du crâne. Avec la barrette on 
laissait les cheveux épars (fig. 99). Les auteurs du temps dési- 
gnent-ils ce genre de coiffure quand ils parlent des chapels d'orfroi.-* 
On peut le croire, ces petites calottes consdtuant un porter élégant. 




Fig. 98. — ■ Eléonore de Guyenne, statue de l'abbaye de Fontevrault. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



139 



Elles se garnissaient soit d'une broderie, soit d'un galon brodé, 
et comme l'orfroi n'est autre chose qu'un galon brodé on dut 
appeler chapel d'orfroi une barrette, soit garnie, soit faite toute 
entière d'orfroi. 

On sait que ce galon se fabriquait en toute largeur. Les orfrois 
de Chypre variaient entre 30 et 50 centimètres de largeur; rien 
d'étonnant à ce qu'on découpât des barrettes dans ces larges 
bandes, chose d'autant plus vraisemblable que certains auteurs 
emploient le mot seul d'orfroi pour désigner un objet à mettre 
sur la tête: 

Bien fu vestiie de paile de Diterne 
Et un orfroi a mis dessus sa tête 

dit le roman de Garin. d'une jeune personne (1180). 




Fig. 99. — Barrette, d'après luie 
miniature du XII" siècle. 




Fig. 100. — Barrette du 
XIII" siècle. 



Nous trouvons l'orfroi encore porté un siècle plus tard. Jean 
de Meung en parle souvent et toujours comme d'une coiffure 
élégante, telle que celle de cette jeune danseuse de Karole, du 
Roman de la Rose : 

Et un chapel d'orfroi eût neuf 
Le plus beau fut de dix-neuf 
Jamais nul jour ou je n'avoye 
Chapeau si bien ouvré de soye, 
D'un samit qui est tout dorés 
Fu ses cors richement parés. 



Voilà bien la calotte d'orfroi nettement définie (fig. 100). 



I40 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

On l'embellissait d'une couronne de roses. 

La rose du roman, la charmante Bel-Accueil porte 

Un chapel de roses tout frais 
Ot dessus le chapel d'orfrois 

Plus loin encore Oiseuse, la belle nonchalante, ouvrant la porte 
à l'Amour est représentée 

D'orfroi ot un chapel mignot 
Sur ses treces sores (i) . . . 

Remarquons en passant qu'au moyen âge nulle beauté n'eût 
semblé parfaite sans les cheveux blonds, et de fait il y avait 
peu de chevelures noires en ce temps-là. Etait-ce l'effet de la 
teinture ? 

Il est probable qu'on usait dès lors de beaucoup d'artifices 
de coquetterie, car un moine grec appelé Zonare, qui écrivit au 
xii" siècle, se plaint de ce que les chrétiens de son temps se 
faisaient tondre la tête pour la couvrir d'une perruque ou bien 
encore se teignaient les cheveux. 

Cette blonde Oiseuse ne fait pas grand'chose de ses dix 
doigts. Elle s'occupe surtout de sa jolie tête : 

Son chief trécié moult ricement 
Quant de s'ière bien pignée 
Et bien parée et atornée 
Elle avait faite sa journée. 

Les chapels d'orfroi nous ont conduit un peu loin, car le 
Roman de la Rose a été écrit entre 1290 et 1300. Il nous faut 
•donc revenir un moment sur nos pas afin de terminer l'étude 
des coiffures antérieures. 

Au xii" siècle on remplaçait souvent le cercle d'or par un 
galon ou un ruban brodé. Les longues tresses qui formaient toute 
la coiffure des femmes et pouvaient se défaire facilement exigeaient 
l'adjonction d'un ruban pour les maintenir. 

(i) Sore, couleur blonde. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 141 

Afin d'empêcher que le ruban ne remontât on enfonçait un 
peigne derrière la tête. 

Ce peigne s'appelait fraiseau ou fréseau. Il était généralement 
élégant de forme et en métal, or, argent ou bronze (fig. ici). 

Il fut naturellement abandonné quand disparut la coiffure à 
longues tresses. On appelait aussi fréseau une garniture bouil- 
lonnée qui ornait les côtés du bliaud. 

Au commencement du xiii" siècle on voit surgir le mortier, 




Fig. loi . — Dame avec fraiseau, d'après un monument du temps. 

appelé par certains auteurs chaperon, car les désignations des 
coiffures sont souvent difficiles à classer. Entre le mortier et le 
chaperon il n'y eut primitivement aucune différence, sinon que le 
chaperon était exclusivement de laine ou de coton et prenait le 
nom de mortier quand il était fait de velours. 

Une miniature de manuscrit du xiii° siècle de la bibliothèque 
de Bourgogne nous montre deux chaperons ou mortiers, rattachés 
par une mentonnière (fig. 102). Souvent une bande d'étoffe ou un 
voile pendait par derrière. Un peu plus tard on plaça le morder 
au-dessus de la résille. On plissait partout l'étoffe qui le recouvrait 



142 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



et alors il ressemblait tout à fait à la toque de nos avocats. Le 
mortier primitif est encore porté dans la magistrature et l'on 
sait ce qu'on appelait en France président à mortier, aux beaux 
jours des parlements (fig. 103). Le mortier ou chaperon jouit 
d'une grande vogue pendant tout le cours du xiii* siècle et une 
partie du XIV^ 

Marguerite, femme de Louis IX, portait à son sacre un haut 
mortier de samict brun à filets d'or terminé par une couronne 
de fleurs de lys d'or. 

Enfin ce même mortier était aussi d'un usage général en Italie. 




Fig. 102. — Dames en mortier, d'après une miniature d'un manuscrit 
de la bibliothèque de Bourgogne. 



On en rencontre souvent dans les manuscrits et sur les monu- 
ments (fig. 104). Il est plus bas que celui des Françaises et 
ordinairement accompagné d'un joyau ou autre ornement placé 
sur le front. Le voile est attaché par dessus. Cette manière de 
mettre le voile se retrouve dans plusieurs peintures du temps. 

Peu de temps après l'apparition des chaperons ou mortiers 
parurent les filets, appelés aussi crépines. Le filet n'est pas une 
invention moderne. Il est d'un âge très vénérable, mais après 
avoir brillé à Rome pendant de longs siècles, il avait sombré 
avec l'empire romain et toute trace de sa transparente person- 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FÉMININE 



143 



nalité fut perdue jusque vers 1230, époque à laquelle nous le 
voyons reparaître et se prêter aux coiffures les plus diverses. Les 
premiers filets furent très simples. Ils étaient en gros fil ou cordonnet 
de soie, en petits galons, voire même en fil d'or, mais sa forme 
resta longtemps la même. On bourrait le filet de cheveux sur 
les côtés, de manière à représenter deux boules sur chaque oreille. 




Fig. 103. — La coiffure en mortier. 



Quand les cheveux ne suffisaient pas à remplir ces bouffants on 
comblait le vide à l'aide d'étoupe, de crin ou de faux cheveux. 

La crépine recouvrait entièrement la tête, sauf par devant où 
l'on faisait ressortir soit une rangée de petites boucles, soit une 
mèche formant bandeau sur le front (fig. 105). 

La mode des bouftants persista de longues années en France. 
On les agrandit, on les plaça plus haut, plus bas, tout en 
arrière ou par devant, mais les bouffants n'en restèrent pas 
moins en honneur jusqu'au xv^ siècle, époque à laquelle ils prirent 
le nom de cornes et enfantèrent ces coiffures fameuses, qui parurent 
le comble de la folie féminine. 



144 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



On portait les bouffants de plusieurs manières. Quelquefois ils 
recouvraient les tempes et se portaient au-dessus des oreilles. 
D'autres fois on les roulait et on les renfermait dans une espèce 
de sac assujetti par une mentonnière ou un bandeau de toile 
ou de coton (fig. io6). 

Les femmes du peuple ou des classes inférieures ne se mon- 
traient jamais en cheveux; cette manière de se coiffer paraît 
avoir été réservée exclusivement aux dames nobles (fig. 109). 




Fig. 104. — Coiffure d'après une mosaïque de l'église Saiut-Marc à Venise. 



Enfin on portait une guimpe ou une coiffe de laquelle on 
faisait ressortir les cornes de chaque côté (fig. 107). 

On commençait par ramener les deux côtés des cheveux sur 
la figure et quand la guimpe était « enfourmée » on replaçait 
les bouffes sur l'étoffe même en les assujettissant au moyen 
.d'épingles (fig. 108). 

Enfin le filet se portait aussi avec une étroite mentonnière 
attachée à un bandeau. 

A la place du filet on se servit bientôt de galons larges qui 
finirent par cacher entièrement les cheveux sous leurs croisillons; 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



145 



on mit aussi les cheveux dans un sac fait d'étoffe très riche et 
finement brodée. Le cercle d'or le retenait sur la tête (hg. m). 

Ces sacs, comme les galons, les orfrois, les semis brodés 
étaient souvent l'ouvrage des dames. Les longs séjours au fond 
de châteaux isolés favorisaient beaucoup les travaux de ce genre. 
Non seulement les dames brodaient de menus objets mais elles 
ne reculaient pas devant la confection des immenses tapisseries 
qui devaient orner les murs de leurs appartements. 

Déjà au ix° siècle on vantait les broderies de l'impératrice 
Judith. Dans le roman de la Violette, la 
jeune fille du bourgeois Marate travaille 
dans la chambre de son père à une étole 
sur laquelle elle brode mainte croisette et 
maintes étoiles. Quel soin, quelle patience 
n'apportait-on pas à ces travaux lorsqu'ils 
étaient destinés au bien-aimé ! On lui brodait 
des écharpes, des gants, des manches, des 
lacs, qui devaient lui être des souvenirs pré- 
cieux, des porte-bonheur, quand il s'en allait 
au loin à la guerre ou dans les courses 
d'aventures si fréquentes en ces temps trou- 
blés. Aussi, pour les rendre plus précieux, 
on mêlait à la soie ses propres cheveux. 

Voyez la fille du roi de Perse, dans le roman de l'Escouffle; 
elle n'a pas donné son cœur à demi, la France l'a pris tout 
entier; car son ami est un Français et pour lui elle a brodé 
une écharpe : 




Fig. 105. — Dame en crépine et 
cheveux bouclés, d'après un 
manuscrit du Roman de la 
Jiosede la bibliothèque royale 
de Bruxelles. 



Jamais en quel lieu que je soie 
N'arrai parler d'une plus riche. 



Une agrafe d'or la retient près du poing, elle est massive et 
ornée de deux léopards. Sur le riche tissu se déroule une guir- 
lande de glaïeuls entourant des lettres faites des cheveux de la 
belle, cheveux si blonds et si fins qu'on les croirait en or et 



146 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FEMININE 



ces lettres disent que la gente princesse a fait ce travail pour 
son ami. 

Combien pareilles écharpes devaient être chères à ceux qui les 
portaient ! 

Toutes les écharpes n'avaient pas une aussi grande valeur. Il 
en était de vulgaires dont s'enveloppaient les femmes du peuple, 





Fig. 106 . — Dame en crépine et bandeau, 
d'après un manuscrit du XIII" siècle de la 
bibliothèque royale de Bruxelles. 



Fig. 107. — Dame noble d'après le Roman 
de la Rose, manuscrit de la bibliothèque 
royale de Bruxelles 



servantes, duègnes et en général celles que leur position obligeait 
à garder la tête couverte. Ces écharpes après avoir entortillé le 
cou faisaient le tour du visage, simples morceaux d'étamine ou 
d'autre étoffe souple à la portée de toutes les bourses. On les 
nouait à sa fantaisie, sur le côté ou par derrière (fig. 112). 

Dans les couches sociales plus élevées, la mode de se couvrir 
la tête se répandit de plus en plus surtout en Allemagne, en 
France, en Belgique et en Angleterre. La mentonnière s'était 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



147 



agrandie et devenait la guimpe, objet d'usage universel, excepté 
pour les jeunes filles, qui continuèrent à porter les cheveux au 
vent ou tressés et arrangés avec grâce autour de la tête. 

Les guimpes se divisèrent en plusieurs genres et il y eut la 
guimpe monastique et la guimpe des femmes du monde. 

La guimpe monastique se portait avec le voile, soit simple- 
ment autour du cou retenant le voile dont elle cache les bords 
(fig. 113), soit qu'elle se relève autour du visage, en formant 
des plis nombreux. C'est le type sur lequel toutes les coiffures 





Fig. 108. — ■ Femme du 
peuple, d'après le même 
manuscrit. 



Fig. log. — Dames nobles, d'après une 
miniature d'un manuscrit du XIIF siècle 
de la bibliothèque royale de Bruxelles. 



religieuses se sont modelées, avec quelques modifications de peu 
d'importance (fig. 114). 

Le voile religieux n'était pas toujours de lin ou de coton, on 
en voyait en laine légère, en étamine ou en tiretaine, plus 
rarement en soie, mais dans ce cas toujours en simple cendal 
noir. Le costume monastique était dès lors choisi et fixé par 
chaque règle, comme un uniforme destiné à distinguer les divers 
ordres ou congrégations. 

La guimpe laïque n'était guère portée par les jeunes femmes 
aux xf et xii" siècles. Elle composait surtout la coiffure des 
matrones, des veuves, des femmes plus spécialement dévouées 



148 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



aux œuvres de piété. Sa simplicité contrastait parfois avec la 
somptuosité des robes de damas ou de velluiau, à l'orfroi enrichi 
de cabochons et de perles (fig. 115). 

La vie des femmes en ces temps de guerres constantes était 
austère et dure. Si elles gardaient le 'foyer pendant les absences 




Fig. 110. — Dame noble, d'après le Roman de la Rose, manuscrit 
de la bibliothèque de Bourgogne. 



si fréquentes de leurs belliqueux maris, elles devaient rester 
enfermées dans leurs manoirs sous peine de s'exposer à être 
surprises par les ennemis, les brigands, les maraudeurs de toutes 
espèces qui rôdaient partout où ils flairaient une proie. 

Le cercle étroit où elles pouvaient dépenser leur activité se 
réduisait presque toujours à l'enceinte du château. Là se trouvait 
leur petit royaume, composé de quelques hommes d'armes, de 
serviteurs, de serfs ; heureuses si quelque clerc, prêtre ou moine 
abrégeait les moments d'ennui en lisant tantôt les psaumes ou 
les écrits des saints pères, tantôt les chants héroïques des 
ménestrels, ou les récits naïfs du roman de chevalerie (fig. 116). 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



149 



Lorsque la châtelaine était obligée de sortir, elle n'avait pour 
la porter qu'un cheval ou une litière. Or la litière n'était pas 
toujours praticable dans les chemins qu'il fallait parcourir. Le 
cheval était plus sûr et d'usage plus fréquent. Alors, vêtue de 
son bliaud de drap, d'une chape à capuchon ou d'un manteau 
et d'une aumusse bien chaude, armée d'une canne en pommier 
à grosse tête ciselée, qui lui servait d'appui ou de défense, la 
dame, suivie de son escorte, se mettait bravement en route. 

Parfois force lui était de descendre de sa monture et de la 






Fig. III. — Noble dame 
d'après une miniature d'un 
manuscrit du xil^ siècle. 



Fig. 112. — Femmes coiffées d'écharpes, d'après un manuscrit 
du xill° siècle de la bibliothèque royale de Bnixelles. 



tirer par la bride ou bien encore de manier le bâton pour tenir 
en respect les ribauds et les mendiants suspects, qui infestaient 
les mauvaises routes. Il faut croire que les femmes savaient très 
bien se servir de ces gros bâtons, trop bien parfois, puisqu'on 
raconte que l'irascible Constance, seconde femme du roi Robert, 
creva les yeux de son confesseur avec une canne de cette espèce. 

En Italie même, ce pays qui, de tous temps, a passé pour 
l'asile de la magnificence et des richesses, les mœurs étaient alors 
d'une simplicité rustique. 

Un auteur du commencement du xiii" siècle, Ricobaldo, rapporte 
qu'au temps de l'empereur Frédéric II, il n'était pas rare de 



15° 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



voir deux époux appartenant à la noblesse manger dans la même 
assiette de bois, et ne posséder dans leur ménage qu'un ou deux 
verres à boire. 

La nuit, la table était éclairée au moyen d'une torche tenue 
par un valet. Les toilettes des hommes et des femmes étaient 
de valeur minime. L'or et l'argent ne se mêlaient aux habits 
qu'en petite quantité et seulement lorsqu'ils appartenaient à de 

très grands seigneurs. 

Les filles se mariaient avec une dot 
exiguë et leur trousseau se composait 
d'une jupe de droguet (pignolato) et 
d'une guimpe en linon, sans aucun orne- 
ment de tête. Mariées, elles s'entou- 
raient les tempes et les joues de larges 
bandes nouées sous le menton. 

Le Dante se faisant raconter par 
son ami Cacciaguida la manière de 
vivre de la société de Florence vers 
l'an I200, nous transcrit ses paroles : 
« On n'y voyait ni chaînettes, ni 
« couronnes, ni ~ brodequins, ni riches 
« ceintures d'or, rien enfin de nature 
« à attirer les regards plus que la personne. La naissance d'une 
« fille n'effrayait pas encore ses parents ; car l'heure nuptiale 
« n'avait pas à sonner avant le temps, ni la dot à se grossir 
« hors de toute raison. Tenant tout le jour la quenouille et le 
« fuseau en main, les femmes des plus grands citoyens se sépa- 
« raient du miroir sans que leurs joues offrissent la moindre trace 
« d'enluminure. » 

Et plus tard, en 1250, Jean Villain disait dans ses vers : 

« En ces temps-là, les citoyens de Florence vivaient sobrement 

« de mets grossiers avec une petite dépense ; leurs mœurs 

« étaient simples et rudes; les femmes s'habillaient de gros 

« drap et beaucoup d'hommes portaient des peaux d'animaux. 




Fig. 113. — Sainte Alêne d'après 
son tombeau situé à Forest (Bel- 
gique). 




Fig. 114. — ■ Abbesse du XII" siècle, statuette d'une châsse de l'époque. 



152 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



« Le dames florentines ne portaient pas d'ornements. Celles du 
« plus haut parage se contentaient d'une robe très étroite de 
« grosse étoffe écarlate, avec une ceinture à l'antique serrant la 
« taille. Elles avaient pour pardessus unique un manteau doublé 
« de vair avec un collet qu'elles rabattaient sur la tête. Les 
« femmes des classes inférieures s'habillaient également d'une grosse 
« étoffe de Cambrai verte et on leur donnait d'ordinaire cent 
« livres de dot; la dot de 200 livres était réputée fort riche, 
« celle de 300 splendide; et la plupart des jeunes filles qui se 




Fi. 



;• 115. 



Deux coiffes en guimpes d'après des tombeaux du xui^ siècle. 



« mariaient avaient 20 ans au plus. Telles étaient alors réelle- 
« ment la manière de se vêtir, les mœurs et les habitudes 



« simples des Florentins avec leur âme loyale et leur bonne foi 
« réciproque. » 

Déjà peu d'années après, un auteur commentant le Dante disait : 
« Les boulangères ne portaient point alors de perles ni de 
« brodequins, comme elles le font aujourd'hui à Gênes et à Venise. » 

Le luxe augmenta avec une telle rapidité que vers le milieu 
du xnf siècle un auteur anonyme rapporte qu'à Padoue, au 
temps d'Ezzelin, les hommes commencèrent à porter des mitres, 
des capuces à becs et des surcots valant plus de 20 sous la 
brasse. Les jeunes gens nobles se mirent à traiter les dames, à 
les servir, à leur donner des fêtes et des tournois. Dans les châteaux 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



153 



on tenait des cours splendides. Les femmes avaient renoncé à 
la grosse jupe de droguet crépu; les robes de linon fin prirent 
une grande vogue; on dépensa jusque 50 à 60 brasses pour un 
vêtement, selon sa fortune. 

Le bourgeois qui aurait eu l'audace de se présenter à une 




V 



Fig. 116. — Noble dame du xil" siècle. 



dame de l'aristocratie eût été souffleté par les nobles. Un noble 
courtisant une bourgeoise ne pouvait l'introduire à la danse sans 
y être formellement autorisé. 

II ne faut pas toujours prendre au pied de la lettre les criti- 



154 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

ques des historiens sur les temps présents comparés aux temps 
antérieurs. Les abus qui frappent nos yeux paraissent toujours 
beaucoup plus grands que ceux du passé. Il y eut certainement 
des siècles de luxe et de dépenses excessives, mais à toute 
époque de l'histoire humaine, il exista des amateurs de magni- 
ficences, des fanatiques du plaisir et du faste, des prodigues et 
des dissipateurs, comme aussi d'honnêtes gens économes, des 
esprits austères, des calculateurs prudents et prévoyants. 

C'est ainsi que côte à côte pouvaient exister deux centres de 
caractères et de mœurs très différents. Cependant, avant le 
xiii^ siècle, il faut le reconnaître, la vie était partout simple et 
frugale. C'est vers 1200 qu'on commença à prendre goût aux 
attraits de la société. Les petites cours des princes, des grands 
seiofneurs attiraient autour d'elles les fils de sfrandes familles. La 
chevalerie commençait brillamment. Elle voulut fêter les dames. 
Elle les conviait à toutes ses solennités. Pas de création de 
chevaliers, pas de joutes, ni de passes d'armes sans la présence 
d'une foule de dames. Bientôt on inventa les cours d'amour, les 
réunions de danse. Les trouvères, les troubadours donnèrent des 
assauts poétiques. Autant d'occasions de rassembler une société 
nombreuse et choisie. Le résultat fut une poussée violente vers 
le luxe et la somptuosité. 

En France le roi saint Louis y mit le frein le plus efficace 
en pratiquant lui-même la simplicité qu'il prêchait. Comment 
résister à un roi, qui, congédiant une grande dame après une 
audience, lui disait : 

« Madame, je prendrai votre affaire à cœur ; mais j'y mets une 
condition : c'est que vous même prendrez plus cure de votre 
salut. La beauté du corps n'a qu'un jour et passe comme la 
fleur des champs. On a beau faire, on ne saurait la rappeler. 
Pensons donc à la beauté de l'âme, fleur immortelle qui jamais 
ne se flétrit. » 

L'Italie, malgré toutes les misères engendrées par les rivalités 
politiques et les dissensions intestines qui la ravageaient, était 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 155 



devenue, vers le xiii° siècle, un foyer brillant de plaisir et de 
magnificence. 

Les croisades ramenèrent un instant la vogue des étoffes 
d'Orient. Les modes se prêtèrent à ce goût des étoffes légères 
et soyeuses, tissées d'or ou ornées de couleurs vives. 

Les récits du temps ne nous parlent que de belles dames 
vêtues de bliauds 

Painturez à or fin 

OU de pourpre d' «. Aumarie », de draps de soie à grandes « bendes 
de fin or », ou 

D'Abilant à oysieaux colorés 

De pierres précieuses tôt entor orlés. 

Toutes ces belles étoffes servaient aux voiles, aux guimpes, 
aux mentonnières, ou bien remplaçaient les filets à bouffants et 
recouvraient les mortiers et les barrettes. 

Les bouffants étaient dégénérés en cornes. Au lieu d'être 
simplement retenus dans un filet, ils était entièrement cachés 
dans un sac d'étoffe de soie plus ou moins somptueux et sur ce 
sac même on posait soit un filet de cordonnet d'or, soit un 
réseau de petits galons d'orfroi. Naturellement cette coiffure n'était 
portée que par les grandes dames. 

En Espagne prévalait la mode des coiffures très élevées. Sans 
doute le voisinage des Maures aux vastes turbans n'était pas sans 
influence sur le costume des chrétiens; tout le luxe de la Péninsule 
s'était réfugié chez les sectateurs de Mahomet, ce n'était guère 
que chez eux qu'on trouvait des parures brillantes. Les femmes 
chrétiennes n'avaient pas les recherches de vêtements des belles 
Abencerrages. Le peu de documents qu'on possède sur elles, nous 
les montrent simplement vêtues de longues robes unies, chargées 
de hautes coiffures rondes . en étoffe brodée ou ornées de galons 
et de perles posés sur les cheveux épars et assujettis par une 
mentonnière (fig. 117). 

Le vêtement le plus important, le plus universel, le plus 



156 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



estimé pour son utilité pratique pendant tout le moyen âge est 
certainement le capuchon. Grands ou petits, riches ou pauvres, 
tout le monde s'en servait et aucun objet de toilette n'eut un 
règne aussi long. La mode lui fut clémente parce qu'en dépit de 





Fig. 117. — Coiffures espagnoles tirées d'un manuscrit de l'Escurial de 1275 intitulé: 
les Canti^tias de Niieslra Seliora, 



sa versatilité, elle devait se plier au climat de nos contrées, pour 
lequel le q^ipuchon semble avoir été expressément inventé. 

Il nous faut consacrer une étude spéciale au capuchon, son 
rôle important l'exige. Il compte de nombreuses catégories dont 
voici les principales : 

Umimusse, la cape, la chape, le caperon, le chaperon, le 
capuchon, la goule, le gouleron, la cagoule, la gonelle, Xesclavine, 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 157 

la hucque, le fond de cuve, que nous confondons dans notre 
langage actuel sous le nom général de capuchon. 

Entre la cape, la cagoule, la hucque, il est malaisé de distin- 
guer un type générateur, cependant nous pouvons diviser ces 
variétés en deux catégories, le chaperon proprement dit et le 
chaperon à manteau. 

Le caperon, le capuchon, la hucque étaient des vêtements 
uniquement destinés à couvrir la tête et les épaules. Nous lais- 
serons de côté ceux de ces couvre-chefs plus spécialement portés 
par les hommes comme la cagoule, le gouleron, ainsi que 
l'aumusse, cette dernière étant devenue le capuchon ecclésiastique, 
que les femmes reprirent un siècle plus tard. 

Les manteaux ou surtouts munis de capuchons se nommaient 
la gonelle, la cape, la cagoule et l'esclavine. 

Le capuchon a une origine très ancienne, on en voit déjà sur 
des monuments gallo-romains. Il fut porté pendant les x°, xi°, 
xif et xiii" siècles autant par les hommes que par les femmes. 

La fantaisie et la mode n'eurent aucune part à sa naissance, 
sa raison d'être fut la nécessité de se pourvoir d'un vêtement 
commode et indispensable pour le voyage et contre le froid 
(fig. 118). 

Les premiers capuchons ou chaperons furent très simples de 
forme. On ménagea vers la pointe du vêtement un trou dans 
lequel passait la figure. Le reste de l'étoffe se plissait au cou 
et abritait les épaules (i). Il était alors en drap, de camelin 
ou en brunette. 

Quand il faisait chaud, on l'ôtait et on le laissait tomber sur 
l'épaule ou autour du cou. Les femmes le portaient aussi ouvert 
entièrement sur le devant; la pointe seule était cousue; en 
cet état il ressemblait au capulet des Béarnaises. Le capuchon 
ouvert se mettait avec une gorgière. Toutes les classes le portaient 



(i) Voyez pour la coupe des capuchons, Violet-Leduc, Mobilier français , art. Aumusse, tome, m, 
page 36 et Chaperon, tom. m, page 131. 



158 



HISl-UIKE I;E la coiffure FEMININE 



de la même façon, le peuple comme la bourgeoisie ou la noblesse 
(fig. 119). Point d'autre différence que dans le tissu dont il était 
fait. 

Vers le xiii' siècle, le capuchon des nobles est en soie épaisse. 
Les femmes du peuple avaient adojîté le capuchon dès le x* siècle; 
elles le gardèrent fidèlement pendant tout le moyen âge et ce ne 




Fig. I iS. — Capuchons du xi" et du xil" siècle. 



fut qu'à la Renaissance qu'elles commencèrent à l'abandonner pour 
la coiffe et le bonnet. 

Peu à peu les formes du manteau se modifièrent, la fantaisie 
s'en mêla et imagina des variantes sans nombre, surtout dans 
les xiv° et xv" siècles. Du xi* au xiv", il resta à peu près ce 
que nous le voyons ici. 

La hucque était un grand camail pourvu d'un capuchon. Son 
nom de hucque date du xv° siècle. 

La gonelle a une origine très ancienne. Elle avait la forme 
d'une chape, c'est-à-dire d'un manteau arrondi avec un vaste 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



'59 



capuchon ou cagoule. Ouverte par devant, elle rappelle assez bien les 
limousines des paysans français. On en attribue l'invention aux Gaëls, 
ce nom se trouvant déjà dans le vocabulaire gaélique le plus ancien. 
Les paysans portaient la gonelle assez courte. Chez les nobles 
elle était plus ample et souvent fourrée. On appelait également 
gonelle le capuchon des femmes du xiv" siècle, couvrant seule- 
ment la tête, ou la pèlerine sans capuchon qu'elles mettaient 
pour monter à cheval et se garantir de la pluie et du brouillard. 





Kig. 119. — Cipuclion de femme du peuple, 
d'après une miniature du xlll= siècle. 



Fig. 120. — Dame en capuchon, d'après 
une miniature du xill° siècle. 



La différence entre l'esclavine et la gonelle consiste en ce que 
celle-ci n'est qu'une pèlerine à capiuche, tandis que l'esclavine a 
la forme d'un paletot à manches également muni du capuchon. 

Tous les capuchons n'étaient pas nécessairement terminés en 
pointe. Il en était qui s'arrondissaient comme la tête. Quelques 
femmes les faisaient très larges, et les retenaient sur le front 
avec une espèce de bandeau ; les nombreux plis de l'étoffe 
retombaient alors de chaque côté du visage (fig. 120). D'autres 
capuchons également arrondis sur la tête étaient très courts et 
ressemblaient à des bonnets auxquels on aurait ajouté un bavolet; 
les statues de l'église de Saint-Denis nous fournissent plusieurs 



i6o 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 




Fig. 121. 
Blanche de Valois, 
d'après sa statue 
à St-Denis. 



Spécimens du genre, entre autres la statue de Blanche, fille de 
Philippe de Valois, morte en 137 1, et de Marguerite de Flandre 
fille de Philippe le Long, morte en 1382 (fig. 121). 

Tel fut le capuchon du xiii" siècle, humble 
compagnon de voyage ou de travail d'abord, ami 
du manant comme du gentilhomme, lorsque la 
bise soufflait sur les grandes routes et quand la 
neige encombrait les rues de la vieille cité, mais 
surtout fidèle serviteur du bourgeois qui finit par 
l'adopter à titre de signe distinctif de sa position 
sociale. 

La forme pacifique du capuchon convenait du 
reste aux classes moyennes, qui n'avaient que faire 
de coifïures guerrières considérées par elles avec une sorte d'hor- 
reur. 

Il surpassait en confort la barrette trop petite pour préserver 
des atteintes du froid. 

D'ailleurs son ampleur et l'étoffe cossue dont elle était faite lui 
donnaient une sorte de physionomie digne et 
tranquille, qui convenait au bon marchand de 
Londres et au riche négociant brugeois. 

Les bourgeoises s'en contentaient-elles toujours .'' 
Il paraît que non, si l'on en juge par les décrets, 
les ordonnances, les lois somptuaires dont il fut 
si fréquemment l'objet, depuis le x* siècle jusqu'à 
la Révolution française. 

On n'est pas jeune, riche, jolie et avenante pour 
se cacher le visasse au fond d'une aumusse de 
moine, se disaient les jolies filles des cités, et comme 
plusieurs d'entre elles appartenaient à des familles 
opulentes, possédant de beaux et bons écus, elles ne se faisaient pas 
faute de se parer de belles robes de samit ou de tiercelin, de 
fourrer leur peliçon de vair, de poser sur leurs cheveux dorés 
un beau cercle tout scintillant de pierreries. 




Fig. 122. 
Béatrix de Bourbon, 
reine de Bohême-|- 
1 383, d'après sa 
statue détruite à 
la Révolution. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



i6i 



Aussi quels cris dans la noblesse pour empêcher ces. audaces 
et ces téméraires usurpations. Peut-on permettre qu'une fille de 
roture soit aussi belle que la femme d'un chevalier? 
Ecoutez ce concert de prohibitions et de menaces : 
— « Défense aux bourgeois de porter de la soie, du velours, 
du satin, du paile, du damas, défense même de porter du drap fin, 
défense de fourrer les robes de vair ou de gris, défense de porter 




Fig. 123. — Coiffure_en cheveux de la fin du xill^ siècle. 

couronnes ou joyaux,? ou ceintures dorées, ou queues à la robe, ou 
broderies aux voiles. Défense d'aller en litière, de se faire éclairer 
avec des flambeaux, de porter armes nobles (i). Les défenses se 

multiplient, se hérissent de pénalités, font rage et tempête et 

n'obtiennent rien. 

L'histoire des lois somptuaires a été la même en tous temps 
et en tous pays. Les mœurs ne se corrigent pas à coups d'ordon- 
nances ou de décrets. La contrebande des passions a toujours eu 



(i) Ordonnances de Philippe le Bel 



l62 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



raison des obstacles humains que tous les régimes, empereurs, 
rois ou républiques ont essayé de lui opposer. Elle les franchit 
ejffrontément, se glisse en dessous, les tourne ou les paralyse. 
Sisyphe en son vivant a dû faire des lois somptuaires. 

Mais ce livre na aucune prétention à la philosophie. Retour- 
nons donc à nos coiffures. 

La fin du xiii" siècle vit un instant les guimpes tomber devant 




Fig. I2i). — Jeune fille coiflee en cheveux tressés, d'après une miniature du Rovuin de la Rosf, 
manuscrit de la bibliothèque royale de Bruxelles. — xill" siècle. 



la coiffure en cheveux. Les jeunes femmes s'étaient vite fatiguées 
de cacher leurs belles tresses sous les chiffons qui les sanglaient. 
Leur esprit inventif imagina une coiffure charmante qui, malheu- 
reusement, ne dura pas longtemps. Cette coiffure et ses dérivés se 
composaient d'une ou deu.x; grosses tresses. Quand on ne formait 
qu'une seule natte de tous les cheveux, on l'arrangeait (fig. 123) 
en diadème autour du front. Mais lorsqu'on séparait la chevelure 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 163 



en deux pour en faire deux tresses, on remontait celle-ci de 
chaque côté des joues, après les avoir croisées derrière. 

La jeune Bel-Accueil qui présente à l'Amour une feuille verte 
de rosier, d'après une miniature du Roman de la Rose, est chez 
elle et n'a rien sur la tête que sa parure de blonds cheveux. 
Cette coiffure si gracieuse et si élégante ne garda pas longtemps 
sa charmante simplicité (fig. 124). 

Tel est le monde, croyant toujours progresser et s'apercevant 
trop tard qu'il n'est arrivé qu'au ridicule. 

L'abondance de belles chevelures à cette époque indique assez 
qu'on les cultivait avec zèle. L'erreur est grande de ceux qui se 
figurent que les soins de propreté, d'hygiène et 'même de coquet- 
terie étaient inconnus au moyen âge. Non seulement les familles 
opulentes et aisées avaient des bains chez elles, mais encore 
chaque ville possédait des étuves publiques où les moins riches 
pouvaient se donner le luxe d'être propres. Les couvents en 
possédaient à l'usage des moines et des étrangers. 

On méprisait les gens malpropres et ceux qui osaient se présenter 
dans une réunion, les vêtements et les cheveux en désordre. 

Dans le Dici de la contenance des James on lit : 

Or est lavée, or est peignée, 
Or est coifée, or est tréciée. 
Et mult la tendrait à desdaîn, 
S'elle n'avait souvent le bain. 

Le Roman de la Rose vante la femme d'ordre, sage et soigneuse. 
Bien plus soigneuse encore doit-elle être de sa personne « s'ele 
n'est belle de visage. » 

Elle doit prendre attention à ses « beles treces » blondes : 

Et tout le haterel (nuque) derrière 
Quand bel et bien tréciée le sont, 
C'est une chose moult plaisant 
Que beautés de chevelure 
Toujours doit famé mettre cure. 

Avec le culte de la chevelure revient naturellement la vogue 
des peignes ornementés si appréciés des Francs. Ils sont généra- 



i64 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



lement en ivoire ou en buis. L'art leur consacre son travail le plus 
délicat, il les sculpte, les cisèle, les orne de cent façons. Quelques- 
uns sont à secret et renferment toute une trousse de toilette; 
d'autres sont si précieux qu'on les met dans un écrin. Il y en a 
à grandes dents et d'autres à petites dents fines; leur complément, 
c'est la gravouère ou broche, objet pointu qui sert à tracer la 
raie bien droite au milieu des cheveux. On fait la gravouère en 
ivoire, en cristal, en argent, on la garnit d'or et même de pierreries. 

Dans sa trousse de toilette, Clémence de Hongrie possédait 
une gravouère de cristal garnie d'or. 

On avait un « jeu de peignes » comme nous avons maintenant 
des jeux de brosses. 

Certains comptes de Charles V nous apprennent qu'un jeu de 
onze peignes d'ivoire « garnis de petits peignes » et de gravouères 
avoit coûté sept sous parisis. 

On paie en 131 6 à Huet le Barbier septante-quatre sols pour 
un peigne, un miroir, une gravouère et un fourrel de cuir bouilli. 
Cet attirail de toilette capillaire était souvent enfermé dans de 
somptueux écrins. 

Voyez la trousse de la Reine; elle consiste en « un écrin de 
■« cuir bouilli, poinçonné et « armoié » aux armes de la Reine, 
« pendant à deux gros lacs de soie, garni de trois peignes, un 
« miroir et une broche ou gravouère. » 

La ligne formée par la gravouère s'appelait grève : 

Gaieté li remet devant 

Et sont gent cors, et son talent, 

Sa face blanche, sou doux riz, 

Sa belle bouche comme lys, 

Ses eux vaire et ses sourcils 

La grève droicte en la cervis (i). 

La première occupation de la femme après son lever était sa 
toilette. 

(i) Roman iVAthys, 1160. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 165 



Elle ne sort pas de son appartement avant d'être bien coiffée. 

La grève de mon chef 
Faites la grève au lever. 

dit Gautier de Bibelswarthe. 

Si les cheveux ne sont pas assez fournis elle recourt aux 
cheveux d'emprunt : 

Que famé est trop foie musarde 
Qui forre son chief et se farde 
Por plere au monde. 
Famé n'est pas de péchié monde 
Qui à sa crine noire ou blonde 

Selon nature 
Qui i met s'entente et sa cure 
A ajouster une forreure 
Au lieu de treces. 

La vieille du Roman de la Rose recommande à Bel-Accueil 
de ne pas laisser tomber ses beaux cheveux, car on lui appor- 
terait pour les remplacer des cheveux de morte ou des bourrelets 
de soie blonde pour bourrer sa crépine et se faire des cornes sur 
les oreilles, (i) 

Quand l'âge fait tomber les cheveux, il ôte au teint sa fraîcheur 
et sa jeunesse (fig. 125). 

L'art de remédier à cette dernière misère était aussi connu au 
moyen âge. Le fard était d'un usage journalier. Les élégantes 
avaient des boîtes fermées pour les fards et les onguents. Comme 
le dit un trouvère en parlant des femmes : 

Et enluminent lor visage 

Et vous font tendre le musage 

Por esgarder 

Les parfums étant le complément des bains, des fards et des 
onguents, nous ne nous étonnerons pas qu'ils aient été en grande 
vogue au xiii^ siècle. 

(i) Ce nom de cornes s'appliqua dans la suite à toutes les coiffures bouffantes en large. 



i66 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



En tous temps et en tous lieux, le désir de plaire est inhérent 
à la nature féminine et si la coquetterie, qui n'est autre chose 
que la recherche des moyens de satisfaire ce désir, trouve déjà 
des censeurs rigides parmi le sexe fort, même lorsqu'elle est 




Fig. 125. — Tristece, figurine d'une miniature du Roman de la Rose. 



contenue dans des bornes légitimes, quelle tempête d'imprécations 
ne soulève-t-elle pas pour peu qu'elle tombe dans l'excès et mène 
au désordre ! Les moralistes sont faits pour courir sus aux abus. 
Jamais à aucune époque plus qu'au moyen âge ces austères 
défenseurs de la famille et de la société ne s'occupèrent davantage 
de la toilette des femmes et jamais celles-ci ne furent en butte à 
d'aussi virulentes apostrophes. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



167 



— « Voyez, s'écrie l'un d'eux, en 1273, voyez cette femme, 
« une de ces femmes parées qui sont l'instrument du diable. 

« En l'apercevant, ne la prendrait-on pas pour un chevalier 
« se rendant à la Table Ronde? Elle est si bien équipée de la 
« tête aux pieds! Regardez ses pieds, sa chaussure est si étroite! 

« Regardez sa taille, c'est pis encore! Elle serre ses entrailles 
« avec une ceinture de soie, d'or et d'argent telle que Jésus- 




Fig. 126. — Noble dame avec coiuoiinc, d'après un ivoire du XIII» siècle. 



« Christ, ni sa bienheureuse mère, qui était pourtant de sang 
« royal, n'en ont jamais portée. 

« Levez les yeux vers sa tête, c'est là que se voient les 
« insignes de l'enfer! Ce sont des cornes, ce sont des cheveux 
« de morts, ce sont des figures de diables 

« Elle ne craint pas de se mettre sur la tête les cheveux 
« d'une personne qui est peut-être dans l'enfer ou dans le purga- 
« toire et dont elle ne voudrait pas pour tout l'or du monde 
« partager une seule nuit la couche » (fig. 126). , 

Déjà sous le règne du roi Robert, Guillaume, abbé de Saint- 
Benigne, à Dijon, reprochait à la reine Constance d'avoir apporté 
la dissolution et la perturbation des mœurs à la cour de France, en 
y introduisant des modes dépravées et un luxe inconnu jusque-là. 



i68 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Lors des croisades, les femmes déployèrent une ostentation de 
toilette qui dut singulièrernent contribuer aux désordres trop 
fréquents qui se produisirent dans ces nobles guerres. Les prin- 
cesses rivalisaient de luxe. Elles marchaient à la tête des troupes en 
grand apparat. L'une d'elles mettait des chaussures d'un tel prix et si 
richement brodées qu'on ne l'appelait que la dame aux jambes d'or. 

Écoutez la description du costume d'Urrasque, princesse de 
Constantinople , d'après Parthénopix de Blois : 

— « Robe de samict vermeil, à demi lacée, laissant voir la 
« blancheur de la chemise béant, mantel de samict frais, fourré 
« à petits points rouges et blancs d'hermine et de zybeline, 
« relevé de saphyrs » 

Les vêtements étaient très artistiques vers l'époque de Louis IX, 
la coiffure n'avait pas encore de dimensions démesurées, les 
voiles brodés, les chapels d'orfrois, les riches couronnes d'orfèvrerie 
étaient de seyants ornements de tête; les femmes d'alors avaient 
l'instinct du beau et de l'harmonie du costume. La passion de la 
toilette semble avoir été très développée et la recherche de 
l'ajustement n'était pas seulement une habitude de grandes dames. 
Les bourgeoises en avaient subi la contagion. Encore moins était- 
elle étrangère à la masse de suivantes, de chambrières, de femmes 
de toutes catégories qui entouraient les dames nobles, formaient 
leur nombreuse suite, et emplissaient les châteaux et les palais 
(fig. 127). 

La chambrière et la suivante, dit un troubadour, doivent 
toujours se lever de bonne heure afin que, lorsque leur maîtresse 
les appellera, elles soient toujours chaussées, habillées et coiffées 
proprement; qu'elles aient eu le temps de se laver, d'entretenir 
leurs longs ongles et de peigner soigneusement leurs cheveux 

Rien n'était plus honteux pour une femme que d'être surprise 
la chevelure en désordre; encore bien davantage si elle avait la 
tête rasée, soit par suite de maladie, soit pour mettre plus 
facilement une perruque. 

De là, sans doute, l'idée dont s'inspiraient tous les législateurs 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



169 



pour ordonner que l'épouse infidèle, condamnée à être enfermée 
pour la vie, aurait préalablement la tête rasée. 

Cette prescription fut observée en France jusqu'à la Révolution, 
pour les femmes de mauvaise vie. 

Le xiii<= siècle vit naître la grande efflorescence du gothique, 
nom très impropre appliqué au bel art du moyen âge, car l'influence 
de la race des Goths est absolument nulle comme inspiratrice de 
ce beau mouvement artistique qui fit la 
gloire de cette époque. 

Cet art eut surtout son foyer en France 
et en Belgique et c'est de là qu'il rayonna 
sur le reste de l'Europe (i). 

Étrange époque que ce xiii^ siècle, mé- 
lange de foi ardente et de débordements la- 
mentables, où les combats interrompaient les 
cours d'amour, où la trêve de Dieu arrêtait 
les guerriers par la force de l'obéissance à la 
plus faible des puissances humaines devenue 
la plus forte majesté terrestre. Or, la femme 
atteignant l'apogée de son influence devenait 
à la fois le soutien de la vertu et de la 
religion et l'écueil de plus d'une conscience. 
Mais quoi qu'on puisse dire, en effet, des désordres que ce culte 
de la femme, poussé à l'excès, fit commettre trop souvent, il n'en 
est pas moins vrai que son influence contribua beaucoup à adoucir 
les mœurs et à hâter les progrès de la civilisation chrétienne. 
Pour quelques femmes qu'une conduite trop légère désigne au 
mépris ou à la pitié de l'histoire, que de nobles et vertueuses 
mères, femmes ou vierges portant haute, fière et intacte la cou- 
ronne de leur royauté morale! Que de merveilles dans ce monde 
de saintes, à la tête duquel brille Elisabeth de Hongrie, cette 
chère sainte dont la vie est un roman miraculeux! Et la grande 




Fig. 127. 
Dame avec mortier et voile, 
d'après une miniature de la 
bibliothèque royale de Bru- 
xelles. — xni» siècle. 



(i) Voir Lecoy de la Marche : UArt au XIII" siècle. 



I70 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Catherine de Sienne, la douce Marguerite de Hongrie, Agnès 
de Monte-Pulciano, la belle Clara Sciffi, fondatrice des Clarisses, 
entraînant à sa suite dans la voie de la pénitence et des plus 
effrayantes austérités une armée de princesses et de reines, ou bien 
encore la suave pénitente Marguerite de Cortone, la vaillante Rose 
de Viterbe qui ne craint pas de proclamer et de soutenir les droits 
du Pape sur les places publiques de sa ville natale. Et Mafalda, 
Marie d'Oignies, Humilité, l'abbesse de Vallombreuse, Verdiane, 
Zita, Gertrude et sa sœur Melchtilde, Hildegarde, Julienne et tant 
d'autres, dont la vie est pleine de merveilles et qui attestent d'une 
admirable façon la puissance de la foi et le prestige de la femme 
chrétienne. Combien d'autres dans le monde ne reculent ni devant 
les sacrifices les plus héroïques, ni devant les missions les plus 
accablantes : qu'il suffise de citer cette reine de France qui 
suivit son époux aux croisades, la Marguerite de saint Louis dont 
Joinville nous conte des traits si touchants; Alix de Monfort 
allant au secours de son mari, le terrible Simon, à la tête d'une 
armée qu'elle conduit elle-même; cette autre Marguerite défendant 
seule Jérusalem contre Saladin; la comtesse de Blois reprochant 
à son mari d'avoir déserté la Terre-Sainte et le contraignant à y 
retourner! Non les femmes n'étaient pas des corruptrices comme 
certains écrivains hostiles au moyen âge s'efforcent de le faire 
entendre. Loin de là, c'est au plus grand nombre d'entre elles que 
nous devons reconnaître la gloire d'avoir su garder intactes les fortes 
traditions de foi et d'honneur de la famille, du foyer domestique 
et de la patrie. 

A côté de ces héfoines de la foi et du devoir, il y avait sans 
doute un monde frivole qui faisait passer avant tout l'affolement 
des joies de la terre. Il serait cependant excessif de confondre 
avec cette catégorie de dévoyées bon nombre de femmes qui, 
sans être de grandes pécheresses, aimaient à profiter de certaines 
occasions de plaisir. Les romans de chevalerie, les jolis refrains 
des trouvères avaient excité leur imagination, et de là une source 
danaeureuse de tentations. Comment rester dans un château sombre 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 171 

et désert quand, pas loin de là, une joyeuse réunion d'amis de 
la gaie science ne demandent qu'à entrouvrir ses rangs devant 
la jeune et jolie châtelaine ? Comme elles sont entraînantes ces 
karoles qu'on danse, le rire aux lèvres, au son des gais instruments ! 

Il y eut alors un moment d'effervescence de plaisirs, un entraî- 
nement puissant vers toutes les réunions de fêtes, au grand émoi 
du clergé et des sages. Jean de Meung, dans ce curieux Roman 
de la Rose qui nous donne tant de détails sur les mœurs du 
xiii^ siècle, fait intervenir un mari jaloux qui est l'écho des 
mécontents, et ils étaient nombreux (fig. 128). 

Il reproche à sa femme de n'avoir plus pour lui ni attention, 
ni affection. Plus de coquetterie pour cet époux morose, la coiffe 
de nuit est bien suffisante, à quoi bon se parer pour si peu! 
Mais pour les autres! Que de dépenses, de frais, de soins! 

Vous y portés qui vaut cent livres 
D'or et d'argent sur votre teste 
Et commandés que l'on vous veste 
De camelot, de vair, de gris 

et de plus en plus exaspéré, il ajoute : 

Que me valent ces gallendes (guirlandes) 

Ces coiffes à dorées bendes 

Et ces dioré trécéor 

Et ces ivorins miréor 

Ces cercles d'or tien entaillés 

Précieusement esmaillés 

Et ces coronnes de fin or 

Dont enragiés ne me fine or 

Tant son bêles et bien polies 

Ou tout ce bêles pierreries 

Saphirs, rubis et émeraudes 

Qui si vous font les chières baudes(i). 

Et il finit son sermon par déclarer qu'il est à bout de patience 
et qu'il va couper les vivres. Désormais, la dame n'aura plus 

(i) Chières baudes, visage gaillard, éveillé. 



172 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

que de la brunette, du buriau ou telle autre vilaine étoffe pour 
se vêtir et il mettra à la porte sa belle-mère, cette vieille coquette 
fardée qui ne donne à sa fille que des mauvais conseils. 

Dans la Contenance des femmes, un trouvère moraliste égaré 
parmi ses confrères, nous montre, à ses heures de solitude, une de 
ces frivoles créatures qu'on idolâtre tant dans les cercles mondains. 

« Elle prend ses joyaux, dit-il, elle les admire, les étale, puis 
les remet, puis se détend les membres, soupire, se plaint, s'agite. 
Elle court à droite et à gauche, elle va rêver à la fenestre, puis 
chante, ou pense, ou rit, ou pleure, enfin son cœur ne sait où 
se poser. 

« Elle se trouve pâle, mais la voici bien vite d'un joli coloris, 
grâce aux artifices qu'elle emploie. 

« Elle se coiffe, lie ses cheveux, puis tout à coup se décoiffe, 
dénoue ses cheveux, renverse tout. 

« Elle veut sortir, puis rentre. 

« Elle est orgueilleuse et fière, il lui faut un chaperon, puis 
une couronne. 

« Elle regarde à droite, puis à gauche. 

C'est merveille que de lor evre. 

Les religieuses elles-mêmes' donnent parfois lieu à de justes 
critiques, comme on peut le voir dans le Dict des Chanoinesses 
et des Bernardines de Jean de Condé; elles ont des robes plissées 
avec grâce, des surcots de lin blanc comme neige et des guimpes 
des plus coquettes. Si la conduite de quelques-unes d'entre elles 
laissait à désirer, il faut remarquer que beaucoup étaient mises 
au couvent par force, soit comme punition, soit par calcul et 
raisons de famille. De pareilles vocations offraient peu de garanties 
contre les abus. 

Le Concile de Paris dut promulguer une ordonnance pour 
défendre aux reliofieuses de danser. 

Il ne visait cependant que des exceptions qui avaient naturel- 
lement fait scandale. Aussi les couvents de femmes n'en conservèrent 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



173 



pas moins leur bonne réputation. Astenance-Contrainte, qui veut 
tromper M aie- Bouche dans le Roman de la Rose, prend le 
costume d'une nonnain d'un ordre bien sévère afin de tromper 
plus sûrement : 

Elle veit une robe caraeline 

Et s'atorne comme béguine 

Et ot d'un large couvrechief 

Et d'un blanc drap couvert le chief. 

Quittons Jean de Meung, pour tout de bon cette fois, sur ces 
mots adressés par l'Amant à la vieille Rusée qui lui donne de 
si précieux avis sur la manière de traiter les femmes : 

Ai gaus, dame, aius vous dis sans labe (i) 
Que vous aurez mantel et robe 
Et chaperon a penne (2) grise. 

Et la vieille de. remercier vivement le généreux et naïf jouvencel. 
Alors comme maintenant il fallait se défier des flatteurs. 

(1) Labe, mensonge. 

(2) Penne, bordure. 




Fig. 128. — Noble dame du xill» siècle, d'après le manuscrit 
des Sept sages de Rome. 



CHAPITRE V 



LE GRAND MOYEN AGE 



Le capuchon féminin. — Le règne des cornes. — Deuil de cour et deuil de cœur. — Ce que 
nous a fait perdre la Révolution. — Les livres de comptes d'un roi de France. — Guimpes 
religieuses et guimpes laïques. — Ce que coûtait une toilette de femme au XIV siècle. — 
L'aumusse de la bourgeoise et la couronne de la grande dame. — Un joyeux ménestrel 
ardennais. — Un grand dîner chez le comte de Flandre. — Le Touret. — Les coiffures en 
cheveux. — Vogue de la perruque. — Une partie fine au moyen âge. — Soins de la toilette. 

— La birette. — Joyaux et bijoux. — La brillante Italie. — Le Dante et ses satellites. — 
Les beautés de Florence et leur lu.'^e. — La belle Savelli. — Combat de taureaux au Colysée. 

— Comment on esquivait la loi. — Les élégances anglaises et les prédicateurs. — En Espagne. 

— Les aventures d'un roi vagabond. 




luivoNS le capuchon féminin dans sa course 
à travers les âges. 

Il a traversé le xiii^ siècle sans grandes 
modifications; c'était le bon et tranquille 
vêtement bourgeois, l'ami bienvenu de 
tous pendant les mauvais temps; main- 
tenant il va prendre de nouvelles allures, 
il se transformera de mille façons, il finira 
par perdre toute ressemblance avec son 
humble ancêtre dont il ne cessera cependant pas de porter le nom. 
Déjà le capuchon italien s'était déformé à la fin du xiii« siècle. 
11 avait peu à peu diminué d'ampleur et n'était plus qu'une sorte 



176 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



de coiffe couvrant à peine les oreilles par devant et s'allongeant 
en pointe par derrière, comme une longue queue jusqu'aux talons, 
traînant même parfois à terre. Par devant, le capuchon s'élargit en 
pointes de chaque côté du visage. On en portait dans ce genre en 




Fig. 129. — Capuchon italien. 



Italie, surtout à Florence (fig. 129). En France on avait égale- 
ment adopté cette longue queue, mais dans quelques parties de ce 
royaume on inventa un capuchon monté sur une sorte de support en 
triangle, formant pointe sur le front et au-dessus de chaque oreille. 
Sur cette monture on plissait l'étoffe en petits plis (fig. 130). 




Fig. 128. — Nobles dames du XIII= siècle, d'après des statuettes 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



177 



Cette forme du capuchon continua à dominer jusqu'à la fin du 
xiv^ siècle; elle devint même obligatoire pour les gens qui portaient 
le deuil. 

Avant le xv<= siècle, le deuil n'était pas prescrit d'une iaçon 
absolue. Dans les temps plus anciens, il ne -se portait même pas 
en noir; mais il est dans l'instinct de la nature humaine affligée 








Fig. 130. — Capuchon français, d'après un manuscrit du temps. 



ou cruellement éprouvée de répugner aux vêtements de couleurs 
vives, gaies et brillantes. C'est un sentiment si profond que tous 
les peuples l'ont compris. Au commencement du xiv^ siècle, le 
deuil se manifestait par des habits plus sombres que d'ordinaire 
et l'abstention complète de garnitures dorées, de pierreries ou de 
bijoux. Vers le milieu du même siècle, la mode ayant mis en 
faveur les vêtements collants et les robes courtes, on trouva que 
ce genre de costume avait un aspect trop leste pour convenir 
aux personnes frappées par des pertes de famille. La robe longue 



13 



lyS HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

fut adoptée comme robe de deuil et le manteau à capuchon 
comme son complément indispensable. Dans leur intérieur, les 
dames conservèrent le capuchon seul (fig. 131). Ce capuchon avait 
une forme particulière; on le relevait sur le front. Quand on sortait 
et qu'on voulait être moins en vue, on le rabattait sur les yeux. 
Il était ordinairement noir, mais c'est seulement au siècle suivant 
que la couleur noire devint définitivement le symbole obligé du 
deuil, sauf les exceptions que nous signalerons. 

Bien qu'aucune règle fixe ne fût encore établie, les veuves 
portaient pendant tout le temps de leur veuvage une espèce de 
capuchon de toile formant guimpe et gorgière et rentrant dans 
la classe des coiffes passablement variées — s'il faut s'en rapporter 
aux manuscrits du moyen âge — désignées sous le nom de touret. 

Le touret de deuil le plus employé était en toile blanche et 
entourait étroitement la tête. C'était la coiffure des veuves nobles 
et surtout des reines de France qui adoptèrent en même temps 
le costume blanc, d'où leur vint le nom de reines blanches pour 
les distinguer des reines régnantes. 

Aux tourets, en général, on ajoutait à volonté une barbette, 
petit tour de tête qui encadrait le visage. Les plis nombreux des 
tourets, des guimpes, des capuchons et des barbettes se fixaient 
avec soin au moyen d'épingles d'or. On tenait beaucoup à leur 
donner certaine forme et, pour arriver à ce grand résultat, force 
était de multiplier les points d'attache et, comme les dames ne 
les épargnaient pas, on ne se faisait pas faute d'en rire : 

Mes il y a d'espingles une demie écuelle 
Fichies en deux coroes et entor la touelle, 

dit Jehan de Meung dans son Testament. 

C'est-à-dire fichées dans les deux cornes ou bouffants, qui 
commençaient dès lors à se porter et sur lesquels se plissait le 
touret, ou touelle. Le difficile était de tendre si bien' l'étoffe à 
l'entour du menton et du cou que le public pût croire 

Qu'elle eust l'espingle dedans la chair fichée. 



HISTOIRE' DE LA COIFFURE FÉMININE 



'79 



Les guimpes et les voiles se plaçaient au-dessus des cornes, 
ce qui rendait fort malaisé de les plisser en lignes harmonieuses 
et serrées autour de la tête (fig. 132). 

Bien arranger sa guimpe et sa touelle était un art exigeant 
de longues études. Les chanoinesses mêmes passaient pour ne 
pas dédaigner d'y consacrer tous leurs soins. 




Fig. 131. — Dame en capuchon d? deuil 



En voyage, les femmes ajoutaient quelquefois au capuchon un 
chapeau de feutre. Ces couvre-chefs auxiliaires étaient relevés par 
derrière et formaient visière par devant (fig. 133). Ils n'étaient 
pas considérés comme un objet de parure; aussi n'avaient-ils 
aucun ornement. 

Les capuchons du xiv« siècle avaient des formes si variées 
qu'il serait trop long de les passer toutes en revue. Chaque 



i8o 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



pays, chaque localité de l'Europe avait adopté une forme spéciale 
de capuchons dont nous donnerons les types principaux. 

Il est à remarquer d'abord que la guimpe et le capuchon 
avaient la même forme; seulement, le capuchon était nécessairement 
fait d'étoffe de laine ou de soie, la guimpe était en toile ou en 
coton. Cette dernière coiffure devenait alors coiffure de deuil en 
beaucoup de pays. 

Nombre de grandes dames portaient la guimpe. Les monuments 




Fig. 132. — Dame noble et sa suivante, d'après une miniature d'un manuscrit de Gautier de 
Quoincy : Les miracles de la Vierge, appartenant à la bibliothèque royale de Bruxelles. 



funèbres du xiV^ siècle nous fournissent de nombreux spécimens 
de cette coiffure austère qu'aimaient les femmes d'un certain âge 
et dont toutes s'enveloppaient, en signe de modestie, pour assister 
aux offices religieux. Les tombes de Saint-Denis auraient été 
extrêmement intéressantes à étudier sous le rapport du costume 
historique. Malheureusement, la fureur révolutionnaire s'est attaquée 
avec un acharnement particulier à ce vénérable sanctuaire si plein 
de souvenirs glorieux, au grand détriment de l'archéologie comme 
de l'histoire. Ce qu'on a pu préserver d'une entière destruction 
est peu de chose. Cependant, quelques rares statues de princesses 
heureusement sauvées les montrent couvertes d'une guimpe étroite 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 




cachant le cou et les cheveux (fig. 134) et surmontée de la cou- 
ronne. 

Plusieurs tombes étaient revêtues de grandes plaques en cuivre 
repoussé, représentant des reines avec leurs vêtements les plus 
somptueux. Les couleurs des diverses pièces du costume sont indi- 
quées par des émaux; des pierreries fausses figurent les bijoux 
et les couronnes. D'autres grandes dames, au contraire, se faisaient 
représenter dans le costume religieux d'un ordre ou congrégation 
de femmes quelconque, le plus souvent de celui dont elles avaient 
été, pendant leur vie, les protectrices spéciales. En ces siècles de 
foi on tenait à honneur de protéger l'Église, dans 
ses membres comme dans son culte. 

Vers la seconde moitié du xiV^ siècle, le capu- 
chon reprit une nouvelle faveur. Pendant un 
certain temps, les femmes élégantes l'avaient aban- 
donné, mais vers 1350, elles se reprirent d'un 
goût très vif pour cette coiffure bourgeoise, dont Fig. 133. 

elles firent un objet élégant. Les hommes suivirent Chapeau de voyage 

■' ° au xive siècle. 

cet exemple. Le capuchon de laine fut laissé aux 
vilains; on se réserva les plus belles étoffes pour le confectionner, 
on le doubla des fourrures les plus rares, on le déchiqueta, on le 
couvrit de broderies et de pierreries, et dans cet assaut de luxe, les 
hommes ne voulurent pas se laisser dépasser par leurs compagnes. 
Les comptes de l'époque nous offrent une foule de descriptions 
de capuchons de grande richesse. Geoffroi de Fleuru mentionne, 
dès 13 16, des capuchons fourrés. Trente ans après, on ne se 
contentait plus d'une simple fourrure. Les comptes d'Etienne de 
La Fontaine, datant de 1352, contiennent beaucoup de descriptions 
de vêtements. On voit entre autres 120 ventres de menu vair 
pour fourrer deux chaperons « pendans » avec broderies à^ 
perles pour les dames Marie et Isabelle de France, et nous 
transcrivons ici l'une de ces descriptions pour donner à nos lecteurs, 
une idée de ce que pouvait être un chaperon de princesse et 
quel travail énorme il devait coûter. 



l82 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



« Pour un chaperon de deux escarlattes (i), brodé à plusieurs 
et diverses ouvrages de perles grosses et menues, fait et délivré 
pour mon dit seigneur (le Dauphin) et mis en ses garnisons avec 
le senxat prins cy-dessus, c'est assavoir : 

« Le champ brodé de 44 arbreciaux (2) à grans touffes de 
feuillages de brodeure, dont les tiges sont de grosses perles a 




Fig. 134. — Blanche, fille de Philippe de Valois, morte en 1371, 
d'après son tombeau à St-Denis détruit en 1793. 



un pymart (3) de broderie d'or nue sur chascune tige et le tour 
dudit chaperon brodé a une roe (4) d'une orbevoie (5) à quatre 
chapiteaux, tout de perles grosses et menues ; es quels chapiteaux 
à hommes sauvaiges de brodeure montez sur diverses bestes; en 
la poitrine devant, à un chatel de perles grosses et menues duquel 
issent damoiselles montées sur autres bestes diverses, qui joustent 



(i) Escarlatte, drap d'un prix très élevé 

(2) Arbreciaux, arbrisseau. 

(3) Pymart, pivert. 

(4) Roe, roue. 

{5) Orbevoie, arcade. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



■83 



aux hommes sauvaiges; et est le champ dudit chaperon partout 
semé et cointé (i) de perles par manières de grennes des dits 
arbreciaux. » 

La guimpe, nous l'avons vu plus haut, toujours de même forme 
que le capuchon, dont elle ne différait que par l'étoffe, n'était 
pas l'attribut exclusif des veuves, mais elle était obligatoire 
pour elles. 

Pour les autres femmes, la guimpe devenait un vêtement chaud, 
surtout un vêtement bourgeois. Les vieilles bourgeoises et même 
quelques nobles douairières se couvraient d'une guimpe de toile 
toute ronde sans pointe derrière, entourant les joues et le menton, 
et prenant alors le nom de barbette. Un voile s'attachait par 
dessus. Les femmes de tous rangs mettaient des guimpes pour 
aller à l'église. 

Dans le conte du Ségretain Moine, on dit que 

Au matin quand il ajoriia 
Ydoine se vest et chaiiça. 
Quand aie fu appareillée, 
Bien affublée et bien lacée 
D'une bêle guimple de soye 
Droict au mostier a pris sa voie. 
Mais ainçois qu'ele y fust entrée 
Estait ja la messe chantée. 

L'aspect sévère de la guimpe imposait le respect. 

— « Vous avez mauvaise grâce de médire ainsi de la plus 
tranche des femmes, dit-on dans le Roman du Renard, vous qui 
ne portez ni guimpe, ni manches, ni lacs de soie, ni çainture. » 

Les jeunes filles mêmes portaient la guimpe en voyage. On 
trouvait peu modeste qu'elles se montrassent en cheveux aux 
étrangers qu'elles pouvaient rencontrer sur leur chemin. Le peu 
de sûreté des routes les obligeaient à cacher le plus possible 
leurs jeunes visages. Guy de Nanteuil peint dans une de ses 
chansons l'effroi de deux jeunes filles qui avaient ôté leurs 

(l) Cointé, de cointise, élégance. 



i84 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



guimpes pour traverser le bois à cause de la chaleur et qui 
voient arriver à elles des cavaliers inconnus. 

Presque toutes les religieuses portaient la guimpe recouverte 
d'un voile et même parfois de deux. Les dominicaines d'Italie 
mettent un voile noir par dessus leur voile blanc (fig. 135). 

Quand une nouvelle congrégation religieuse se fonde, elle prend 

presque toujours le costume de la classe moyenne de son temps. 

Cet usage remonte aux premiers ordres monastiques, aussi 

peut-on encore reconnaître l'ancienneté de beaucoup de familles 

religieuses aux vêtements, que la plupart 
ont gardés, tels que leurs fondateurs les 
leur avaient donnés. Il existe en France 
des religieuses qui portent le hennin. 
Toutes les guimpes des bénédictines, des 
augustines et de toutes les congrégations 
de femmes du moyen âge sont les mêmes 
que celles portées par les femmes de la 
bourgeoisie du temps. Il ne serait pas 
sans intérêt, à ce point de vue, de faire 
l'historique du costume des ordres reli- 
gieux. Nous ne pouvons toutefois que 
jeter en passant un coup d'œil sur leur coiffure au fur et à mesure 
de l'occasion « s'offrante » pour parler le langage de nos pères. 
Au commencement du xiv" siècle, la guimpe fut séparée de la 
gorgière. La première enveloppait toute la tête, la gorgière se 
bornait à couvrir le cou. 

C'était une pièce d'étoffe carrée qui s'attachait d'une oreille à 
l'autre, sous les cheveux, et que nous pourrions comparer à une 
bavette d'enfant. 

D'autres gorgières étaient faites d'une longue pièce d'étoffe, 
qui s'enroulait autour du cou, comme une large cravate, et 
rentrait dans l'encolure de la robe (fig. 136). 

La gonelle, chape à capuchon, était le vêtement de voyage 
le plus répandu et le plus commode. On la doublait de fourrures. 




Fig. 135. — Dominicaiae d'Italie 
au xiii" siècle. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 185 

Les romans de chevalerie parlent souvent de dames enveloppées 
de gonelles doublées de martre ou d'hermine. 

Le capuchon fit aussi partie de la robe. 

Mais que désignaient nos ancêtres du xiv' siècle sous le nom 
de robe? 

Appuyés sur les Comptes de Geoffroy de Fleuru (13 16) et sur 
l'Inventaire du Roi Charles V, nous pouvons répondre que le 
mot robe s'appliquait à un vêtement complet. En voici la preuve. 




Fig. 136. — Dame avec gorgièie. 



— « Pour ime robe de pers de 5 garnements qu'elle vesti le 
lendemain du sacre, en laquelle il at 3 fourrures de menuver 
pour les 2 seurcos, et pour le cors de la chappe tenant 226 ven- 
tres chacune, et pour une manche de chappe tenant 220 ventres, 
et pour le chaperon tenant 104 ventres. Item un mantel de 
menuver tenant 350 ventres, et pour les manches du seurcos 
48 ventres et pour pourfîler 12 ventres, somme de cette robe 
1392 ventres valent 81 1. 4 s. (i). 

— « Une robe, c'est assavoir, houce, surcot et chapperon sans 



(i) Comptes de Geoffroy de Fleuru (1316). 



i86 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



cotte dung satin tanné sur le brun tout fourré de menu vair (i). 
La gonelle avait un sosie, le siglaton, généralement muni d'un 
capuchon, mais avec cette différence que le siglaton était toujours 
fait d'une étoffe précieuse; long, il se portait seul, court et avec 
capuchon il se mettait sur la chape ou sur le peliçon. Dans ce 
dernier cas il constituait un vêtement de grande cérémonie. 

Vestu at UQ vert peliçon 
Qui fu covers d'un siglaton, 

dit, à propos d'une demoiselle, le conte du Biaus desconneiis. 

Comment ne pas signaler encore le siglaton de XHistoire de 
Fierabras fait d'un paile galacien soffré si merveilleusement tissu 
d'or, qu'il semblait qu'une fée l'eût ouvré avec i les rayons 
d'une étoile » ? 

L'étoffe de soie dont on faisait le siglaton finit par garder ce 
nom. Elle se fabriquait principalement en Italie. 

Les écharpes blanches soit en laine, soit en soie, avec orne- 
ments tissés ou brodés, étaient également très bien portées. Elles 
accompagnaient ordinairement le voile de linon qu'on disposait 
autour de la tête (fig. 137), voile d'environ trois mètres cinquante 
de long sur trente centimètres de large. On les drapait, en les 
passant d'abord deux fois autour des épaules et du cou, puis 
en les roulant autour de la tête, d'où elles retombaient sur un côté 
du visage. 

Dans quelques pays, lès femmes adoptèrent l'aumusse des 
chanoines, les bourgeoises françaises surtout. Elles les fourraient 
d'hermine ou de vair selon leur fortune et les Q'arnissaient de 
crépines d'or et de broderies (fig. 138). 

Les princesses et les grandes dames suivirent cette mode s'il 
faut en croire les Comptes d'Etienne de la Fontaine qui notent 
en 1351 : « Pour fourrer une bracerole et une aumusse pour la 
dite Madame Ysabel ». 



(i) Inventaire de Charles V. 




Fig 137. — Dame en écharpe ou voile de linon, d'après une miniature du XIV siècle. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMKNINE 



Le baconnet était une variété de l'aumusse, également doublée 
de fourrure. On en voit figurer plusieurs dans les mandements 
de Charles V. Destinés à son fils Charles, comme à sa fille 
Isabelle, ils étaient naturellement travaillés avec luxe. En 1371 
le même roi Charles V donne à sa fille Marie une pièce de 
drap de plusieurs soies en champ vermeil à rosiers, pour faire 
baconnets et peliçons. 

La bourgeoisie et le peuple se coiffaient encore de la hive, 
cornette de toile ou de moleskine empesée, prenant sur le front 
une forme carrée, maintenue à l'aide d'un fil d'archal. 

Les hives des femmes de distinction se faisaient en soie et 
s'embellissaient de broderies. 

Dans le peuple on attachait grande importance à posséder 
une belle hive; les manantes avaient leur modeste coquetterie 
tout comme les dames et les bourgeoises (fig. 139). 

Celle du Miroir de mariage s'excuse vivement de n'avoir pas 
une très belle hive : 

Et si vous trouvez que ma huve 
Est vieille et de povre fasson 
Je sçay telle femme de masson 
Qui n'est pas à moi comparable 
Qui meilleur l'a et plus constable 
Quatre foiz que la mienne n'est.- 

Vers la fin du xiv° siècle, la huve, hive ou huvet fut vouée 
au deuil, et alors elle était noire et les barbes qui pendaient de 
chaque côté se ramenaient sous le menton. 

C'est de la huve que dérivent les bonnets de toile et de 
mousseline qui n'ont cessé d'être portés depuis le moyen âge. Dès 
la fin du xiv" siècle, les femmes avaient toutes des bonnets de 
toile dans leur garde-robe. Le linge était déjà d'un usage général. 
Les mêmes mandements de Charles V auxquels nous empruntons 
tant de détails intéressants nous montrent le roi faisant délivrer 
à Kathellot la chapeliere et à Gtàllenietie de la Pomme, marchandes 
de robes, des pièces de toile de Reims et de toile bourgeoise. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



pour faire des robes, du linge, des couvre-chefs et des doublez 
pour la reine, les princes, les princesses et même pour lui. 

Les doublez dont il est ici question devaient être des bonnets 
de toile très fine, brodés de couleurs. Ils coûtaient o-ros tant 
de façon que par leur matière. 

La même Guillemette de la Pomme, recevait 12 pièces de 
veluyau azuré pour faire une robe à la reine. 

Les corporations de Paris comptaient comme l'une des plus 




Fig. 13S. — Bourgeoise en aumusse, d'après un tombeau. 

importantes d'entre elles celle des aulmussiers-mitonniers, ainsi 
appelés parce qu'eux seuls confectionnaient les aumusses, capuchons, 
bonnets de voyage et autres coiffures de laine, de même qu'ils 
avaient la vente exclusive des mitaines, moufles et autres objets 
de tricot et de tissus de sfrosse laine. Ces aumussiers faisaient 
partie des six grands corps de métiers établis par Philippe- 
Auguste, avec privilège du pas sur tous les autres métiers de 
Paris. Leurs plus beaux étalages se voyaient rue Ouinkempois 
où ils faisaient concurrence aux merciers ou marchands de nou- 



igo 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



veautés. Ils mêlaient au commerce de quincaillerie toutes les 
élégances de la parure féminine, rubans, galons, broderies, ainsi 
que les bonnets de moleskine, les guimpes, les voiles, enfin tout 
ce que nous attribuons aux modistes actuelles (i). 

Etudions maintenant le rôle de la couronne dans la coiffure 
féminine au ' xiv° siècle. A ce moment, le port de la couronne 
appartenait au domaine public , comme celui de toute autre 
parure de fête ou de luxe. 

Du reste la couronne de roses, sur laquelle nous aurons occasion 
de revenir, avait chez les femmes un succès égal à celui de la 

couronne de métal, toutes deux étaient 
l'occasion de folles dépenses. 

Sous Amédée VI de Savoie, les bour- 
geoises du pays portaient des couronnes 
d'or agrémentées de perles et de pierres 
précieuses d'une valeur de 60 à 100 florins 
ou de tresses faites en fils de perles, appelées 
terzuoles, dont la valeur dépassait parfois 
cent vingt florins. Ce prince, dit le Comte 
Vert, aimait passionnément les fêtes et 
dépensait largement en festins, bals et tour- 
nois l'argent que ses conquêtes lui avaient procuré. 

C'est lui qui, à l'occasion d'une fête donnée à Chambéry, fit venir 

d'Orient de splendides costumes tartares dont il gratifia ses invités. 

Si les bourgeoises osaient mêler ainsi à leurs chevelures les 




Fig. 139- 

Femme en huve, d'après une 

miniature du xiv<^ siècle. 



(i) J'ai les mignotes ceinturières 
J'ai beau ganz à demoiseletes 
J'ai ganz forrez doubles et sanglez 
J'ai de bonnes bendes à cengles 
J'ai chaînètes de fers belcs 
J'ai bonnes cordes à vicies 
J'ai les guimples ensafranées 
J'ai aiguilles encliarnelées 
J'ai escrin a mettre joyaux 
J'ai borses de cuirs a noiaux. 

(Chanson d'un mercier tirée d'un fabliau du xiv« siècle.) 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



191 



bijoux les plus riches, combien devaient être plus brillantes les 
parures des grandes dames? (ûg. 140). 

L'art de l'orfèvrerie avait commencé à se déveloiaper dès le 
xiii* siècle. Au xiv'' il atteignait son apogée, au point de vue 
de l'originalité et de la pureté du style, qualités qu'il devait 
bientôt perdre. 

Rien ne peut donner une idée plus complète de l'emploi de la 
couronne d'orfrèvrerie à cette époque que la description de cer- 
taines festivités par un témoin oculaire, le 
joyeux ménestrel Watriquet de Couvin. 

Watriquet a vu le jour au commen- 
cement du XIV® siècle, au milieu des forêts 
de la Thiérache, dans la petite ville de 
Couvin. Il quitta de bonne heure son 
pays natal, pour courir les aventures et 
sa bonne étoile le conduisit chez le comte 
de Rethel, Louis de Crécy, grand sei- 
gneur magnifique, qui avait épousé une 
fille du roi de France, la belle Mar- 
guerite. 

Watriquet suivit son maître dans tous 
ses voyages, divertissant les nobles hôtes de Louis de Crécy par 
des chansons, des lais et des dits, que n'inspire pas toujours 
malheureusement la saine morale, mais qui donnent des aperçus 
intéressants sur les mœurs et la vie des grands seigneurs de son 
temps. 

Dans un de ces dus, il raconte une fête donnée par le comte 
de Flandre au comte Louis et à sa femme Marguerite. Les 
magnificences de la réception, l'excellence et la longueur des 
repas, les intermèdes, les surprises, les jeux qui accompagnent la 
solennité, tout est décrit avec l'abondance d'un cœur bienveillant 
et d'un estomac reconnaissant; mais surtout les belles dames sont 
l'objet de ses principales préoccupations, en vrai trouvère, qui 
sait son métier et qui possède l'âme sensible d'un galant homme. 




Fig. 140. 

Noble Française, d'après une 

miniature du xiv^ siècle. 



192 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Aussi comme il s'étend avec complaisance sur les beautés qui 
l'entouraient; comme il décrit avec enthousiasme les héroïnes de 
la fête, dont pas une, à son avis, ne fait tache dans cette réunion 
de perfections féminines. 

C'est d'abord sa Dame, Marguerite de Rethel, si bien « façonnée » 
dans sa taille souveraine avec sa splendide couronne de rubis 
« vermaus, de zaphyrs, d'émaux, de gemmes, dyamants et balais » 
si brillants que le palais du comi;e de Flandre en est tout illuminé. 
Et sous cette belle couronne, quel visage riant et gracieux ! Quel 
éblouissant vêtement en or « esméré » d'argent! 

il semblait à la gent 

De paradiz fussent issus 

Ou de pennes (l) à paoa tissés 

A veoir ierl grans mélodie. 

A côté d'elle, voici la comtesse de Valois : 

Dieix I qu'elle avait le cors faitiz ! 
Le viaire (2) bel et traitiz. 

Et sa compagne, que chacun regardait sans pouvoir se « soûler » 
de l'admirer et de contempler ce corps « gens, jone et mollez » 
si bien recouvert d'un drap de soie! 

S'avait au chief riche couronne 
Apeles l'ay belle et bonne 
Et Jehanne par son droit non. 

Telle Watriquet dépeint avec non moins d'enthousiasme la belle 
duchesse de Bourgfosfne. 

Mais son admiration est plus grande encore pour la comtesse 
de Beaumont, femme de Robert d'Artois, alors âgée de quinze 
ans et déjà resplendissante de charmes. 



(i) Penne, plum'e. 
(2) Viaire, visage. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 193 

Il a des louanges sans fin pour son clair visage, ses belles 
couleurs « roisines », ses blanches mains et ses longs doigts! 

Moult li seoit bien seur la teste 
Sa très-belle couronne d'or 
Car si cheveulx étaient sor (l) 
S'ot front large et bien affactié 
Et menton fourchié à moitié 
Vairs iex riants, bouchete saine.... 

Vient ensuite une jeune fille de quatorze ans, que Watriquet 
appelle la dauphine, « de beauté claire et fine ; » celle-ci est assise 
auprès d'une autre jeune fille de quinze ans, Jeanne, fille du comte 
d'Evreux, et cousine du roi saint Louis, une fleur de beauté, qui 
le charme au point qu'il ne voit plus ses atours et oublie de les 
décrire. 

La comtesse d'Aumale, sœur de Robert d'Artois, excite aussi 
sa lyre : 

Belle estait et plaisant assez. 

Aucun homme sage et juste n'eût pu lui refiiser son admiration, 
« tant estait son visage débonnaire et doux ». 

Son maintien si plaisant à tous. 

Elle aussi portait 

Sa couronne, qui tant iert riche. 

Madame de Beaufort est la voisine de la comtesse d'Aumale. 
Tous les chevaliers prenaient grand « comfort » de la regarder. 
Watriquet n'a pas le temps de « pourtraicter » cette belle dame. 

Mais ne la royne Guenoivre 
Ou Floripasse ou Blancheflour 
Qui roynes furent d'amour 
Ou la fille du roy de Castelle 
N'urent tant de beauté comme elle. 



Lors revint chascuns tout entour 
Veoir celle qui sist à coste. 



(l) Car ses cheveux étaient blonds. 

14 



194 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Vient, à son tour, la jeune épouse du comte de Dammartin 

Plus blanche est que flour d'aubespin 

Et vermeille com rose en mai.... 

Richement s'iert fait acesmer (i) 

A une manière françoise 

Si comme orendroit entrecroise 

Sa teste chascune d'orfrois 

Avoit elle en plus de XX crois (2) 

Chapiaus à perles et à rubis 

N'at pas cheveux roux, noirs, ne bis 

Mais plus que fin or reluisant. 

Sa compagne portait une couronne non moins riche. Watriquet 
ne la nomme pas, mais il est tout aussi prodigue de louanges 
enthousiastes que pour les autres dames. 

Le voilà discutant avec les chevaliers laquelle de toutes ces 
ravissantes créatures mérite le prix de beauté. L'hésitation est 
grande. Enfin, l'accord se fait, la rose est offerte à la comtesse 
d'Aspremont. Toutefois, le ménestrel, en homme prudent, ajoute 
qu'il juge le prix très bien donné, mais qu'il ne dira pas s'il ne 
l'eût pas donné aussi à d'autres. 

Il ressort du récit de Watriquet que toutes les dames conviées 
au banquet du comte de Flandre portaient des couronnes. Les 
unes avaient leurs cheveux découverts, d'autres à demi cachés 
sous un voile, ou bien encore entièrement recouverts de ces résilles 
en galons qui sont en si grande vogue pendant le xiv^ et le 
xv^ siècle. Ces résilles, nous l'avons vu, différaient de matières; 
galons, lacets d'or ou de soie, orfrois, étoffes, tout s'employait 
pour former les sacs bouffants qui cachaient les oreilles et servaient 
de complément à la couronne. 

Dans les manuscrits du temps, cette coiffure se retrouve sou- 
vent (fig. 141). 

De même que maintenant nos grandes dames contemporaines 
aiment à varier leurs bijoux, de même celles du xiv^ sièle tenaient 



(i) Elle est habillée richement. 

(2) Elle avait la tête couverte d'orfrois qui, en s'entrecroisant, formaient plus de vingt croix. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



195 



à pouvoir -disposer de couronnes variées, plus ou moins riches 
selon les circonstances. 

Les inventaires des rois et des reines relatent un nombre pro- 
digieux de couronnes et de cercles simples ou ornés de pierreries. 
Les couronnes des hommes ne différaient en rien de celles des 
femmes, témoin la couronne de Charles V. 

« Laquelle a quatre grands fleurons et quatre petits garnis de 
« pierreries, et en chascune des grands fleurons, c'est assavoir au 
« maître floron endroit le chappel (i), à 
« un très grand ballay (2) carré accosté 
« de deux grans saphyrs et aux quatre 
« coins du dit ballay carré a en chascun 
« une très grosse perle. Et au dessus 
« du dit ballay a ung autre ballay carré 
« au dessus duquel a deux perles et un 
"« dyamant au mylieu et au dessus ung 
« autre ballay long sur le tout et au dessus 
« a pareillement deux perles et ung dya- 
« mant. Et au mylieu du dit floron a 
« ung grand saphyr a huit costés au dessus 
« duquel a ung dyamant. Et au chef du 

« dit floron a ung gros ballay cabouchon et aux deux costés 
« deux ballays carrés à l'environ desquels a quatre grosses perles 
« et aux costez du dit saphyr a en chascun costé trois gros ballays 
« cabouchons au mylieu desquels trois ballays a ung dyamant et 
« trois perles entre deux. Et en chascune pointe de dessoubs la 
« dicte fleur de lys a une troche de trois perles et ung dyamant 
« au mylieu. Et au chef du dit floron a une troche de cinq très 
« grosses perles et ung dyamant au mylieu. 

« Et au petit floron de ladite coronne a au chappel ung très 
« grand saphyr acosté de quatre ballays au dessus duquel saphyr 




Fig. 141. 

Marie de Hainaut, d'après m\ 
vieil armoriai d'Auvergne. 



■(l) Au milieu de la couronne. 
(2) Rubis. 



igô 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



a ung ballay carré et au milieu du dit floron un gros ballay 
cabouchon alentour duquel a trois saphyrs et quatre perles et 
au chef du dit floron a une troche de trois perles et ung dyamant 
au mylieu. Et ainsi se poursuivent tous les dits florons en 
nombre de pierreries. Et outtre a au chappel huit bastonnez 
dont en chascun a quatre grosses perles. » 
Outre les couronnes, les dames avaient une grande variété de 




Fig. 142. — Noble dame, d'après mie miniahu'e du XIV' siècle. 



cercles. L'inventaire de la reine Jeanne de Bourbon mentionne : 

« Le grand cercle auquel a sept assiettes garny de dyamants, 

« balais, saphyrs et troches de perles. C'est assavoir vingt et 

« trois balays, seize saphyrs, soi.xante dyamants et cent seize 

« perles. Et es bastonnez (i) du dit cercle a sept balays, sept 

« saphyrs et quatorze dyamants, pesants cinq marcs deux onces. 

« Item un autre petit cercle estroit appelé le cercle rouge. 

« Item deux petits cercles d'or d'une mesme façon à lozanges 



(i) Les bastonnez élaienl les broches qui relenaieut les charnières des couronnes. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



197 



« de France et de Navarre dont en leur cercle a vingt et deux 
« lozanges, c'est assavoir une lozange de perles, etc. 

En 1390, le duc d'Orléans fait acheter à Manuel de Lancer, 
marchand de Gênes, une couronne garnie de pierreries et de 
perles du prix de trois mille francs d'or pour sa bien aimée 




Fig. 143. ■ — Dames en touret, d'après une miniature de Lancelot du Lac. 



compagne la duchesse; ces trois mille francs équivalent à plus de 
40,000 francs de notre monnaie. 

Vers la fin du xiV^ siècle, la vogue des couronnes reprit avec une 
force nouvelle. Les cercles formaient partie intégrante de la garde- 
robe de toute temme qui voulait suivre la mode (fig. 142). Un 
manuscrit français de 1370, le livre des Histoires du Commencement 
du Monde, donne le portrait d'une jeune femme coiffée d'un cercle 
très riche dont nous pouvons recomposer l'ornement à l'aide des 
inventaires royaux cités plus haut. Dans le même temps, la coiffure 




198 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

en cheveux bouffants fit échec un instant aux cornes recouvertes 
de crépines. Dès lors, le luxe des coiffures ne connut plus de 
bornes; on mit des pierreries partout et l'étude des joyaux de 
tête occupera une bonne partie de l'histoire du xV^ siècle (fig. 143). 
Le touret au xn"^ siècle ne doit pas être confondu avec celui 
du x\'i'= siècle. On appelait touret un bijou qui rappelait assez le 
diadème antique. C'est du moins l'explication que donnent quelques 
auteurs sur ce mot, dont la signification reste jusqu'ici assez vague. 
Violet- Leduc désigne sous le nom de touret tout ce qui n'est 

ni cercle, ni couronne, ni escofifion, 

ni voile, ni hennin. Mais quand au 

touret lui-même, on ne le trouve 

décrit exactement dans aucun docu- 

. ' ment ancien. Certains de ces tourets 

\ >x, avaient une voilette attachée, re- 

K^ tombant sur le visage. Sans doute 

on comprenait aussi les calottes sous 

Fig. 144. - Dame en touiet, d'après Jg ^^^^ ^^ tOUret, puisqUC nOUS trOU- 

un manuscrit du XIV siècle. 

vons dans un manuscrit de \Ama7tt 
rendu cordelier, ce voile attaché à une calotte et désigné comme 
un touret (fig. 144). 

Nous avons vu qu'à la fin du xiii'^ siècle, beaucoup de femmes 
recommencèrent à se coiffer en cheveux d'une façon fort seyante. 

Cette heureuse modification dans la mode se continua au 
commencement du xiv^ siècle, mais les tresses s'avancèrent davan- 
tasfe sur les oreilles. L'usage des cornes aux dimensions encore 
raisonnables avait fait contracter l'habitude d'avoir les oreilles 
couvertes. 

En abandonnant ces sacs disgracieux, on n'en laissait pas moins 
les cheveux tomber le long des tempes. Mais la simplification ne 
fut pas de longue durée. Aux nattes relevées sur les oreilles, 
on commença à mêler des cordons de soie, des galons étroits, 
des lacets d'or, des fils de perles; quelquefois, aux nattes on 
substitua des torsades maintenues par des rubans roulés alentour. 




Fig. 145. - Détails de coiffure, d'après la statue de Blanehe d'Evreux. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Enfin, on plaça sur le derrière de la tête une petite coiffe, sem- 
blable à un bonnet ou béguin, généralement faite d'étoffe précieuse 
et toujours brodée très richement, ou rehaussée de perles ou de 
pierreries; ces petites coiffes remplacèrent les crépines et furent 
les compagnes inséparables des couronnes. Peu après, on imagina 
de relever les cheveux au-dessus de ces bésfuins. De là une série 
de coiffures toutes plus compliquées les unes que les autres et 
entremêlées de bijoux, d'agrafes, de broches, d'épingles où s'enchâs- 
saient force pierres fines. Pour mieux faire comprendre ce genre 
de coiffure, nous empruntons à M. Violet-Leduc une description 
imagée des plus intéressantes (fig. 145). Par les croquis qu'il y 
a parsemés, il est aisé de se rendre compte. du procédé appliqué à 
l'agencement de tant d'objets sur la même tête. Le savant archi-' 
tecte, dont les études consciencieuses font loi en tout ce qui regarde 
le mobilier et le costume du moyen âge, a pris comme type une 
statue de Blanche d'Evreux, femme du comte d'Alençon (1340). 

La princesse a commencé par relever la mèche du milieu du 
front, car la mode des fronts découverts commençait déjà. Cette 
mèche formera le bourrelet qui sortira du béguin par derrière. A. 
Les cheveux sur les tempes ont été coupés un peu plus bas que 
l'oreille; ils resteront ainsi très droits et raides, formant une 
frange qui semble doubler le bonnet B. Les deux mèches des côtés 
de la tête sont tordues avec des lacets d'or. Elles sont très 
volumineuses et l'histoire ne dit pas si la princesse n'a pas eu 
recours à quelques subterfuges pour les rendre aussi massives. 

Avant de les placer définitivement, on a posé sur la tête le 
joli béguin garni de perles C ; puis sur le béguin même, on a 
attaché les torsades en les faisant d'abord remonter le long du 
visage, puis tourner un peu vers le haut de la tête pour redes- 
cendre et en cacher les bouts sous le rouleau que forme la mèche 
rejetée derrière. Afin de maintenir solidement cette coiffure, un 
cercle d'or enrichi de pierreries enferme le tout et s'accroche par 
derrière au moyen d'un fermoir également orné de pierres précieuses. 
Deux afhquets sont plantés par devant, passant à travers le cercle 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



et s'enfonçant dans la torsade pour la consolider. On appelait 
affiquet toutes sortes de joyaux, mais surtout un genre d'épingles 
qu'on mettait dans les cheveux : 

« Affiquets surbrunis de fin or que portait sur sa teste la 
princesse », dit Pierre Desrez (1396). 

Ce n'était pas encore assez compliqué. On inventa une nouvelle 




Fig. 146. — Coiffure en cheveux avec couronne, d'après une statue. 



combinaison. Les cheveux 
Toujours roulés en torsades 
ils vinrent s'arrondir sur les 
entouraient eux-mêmes une ' 
nente étalée sans doute sur 
tout. Elle semble obligatoire 
c'est la pièce résistante, se 
maintenant en même temps 
coiffure (fig. 146). 



recouvrirent entièrement le bonnet. 
et entourés de lacets ou de rubans, 
tempes en deux gros bourrelets, qui 
arge coque de cheveux très proémi- 
un crêpé. La couronne surmontait le 

dans ce genre de coiffure, parce que 
maintenant par son propre poids et 

l'échafaudage délicat d'une semblable 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Avec cette disposition des cheveux, il fallait nécessairement en 
ajouter de faux; pas une femme n'était assez fournie de ces 
accessoires naturels de la beauté pour y suffire. Aussi vit-on 
réapparaître ces fausses nattes « cheveux de morts qui peut-être 
gémissaient en enfer », comme les dénonçaient les prédicateurs. 
On pouvait bourrer les résilles de laine ou de coton, mais ces 
volumineuses torsades apparentes n'auraient jamais été assez grosses 
sans l'adjonction de fausses mèches, en dépit des moqueries du 
public désintéressé. 

Écoutez ce que dit Eustache Dechamps, poète de la seconde 
moitié du xiv^ siècle : 



Atournez-vous, mesdames, autrement 
Sans emprunter tant de harribourras 
Ne de quérir cheveulx estrangement 
Que maintes fois rungent souris et ras. 
Vostre afubler est comme un grand cabas 
Bourriaux y a de coton et de laine. 
Autres choses plus qu'une quarantaine, 
Frontiaux, filez, soye, épingles et neux, 
De les trousser est à vous très grand paine. 
Rendez l'emprunt dos estranges cheveulx. 

Faictes vo chief des vostres proprement 

Sans faire ainsi la torche depesas. 

Sans adjouter estrange habillement 

Que destrousser fault, comme jument à bas, 

Chascune nuit et jetter en un tas, 

Puis au matin fault retrousser s'ensaigne 

Aide avoir ; l'œuvre d'une semaine 

Y convient bien et qu'om soit un ou deux 

A ce trousser ; pour tel chose vilainne 

Rendez l'emprunt des estranges cheveulx. 

Onques ne fut si lourde afublement 

Ne si cornu visaige fait de chas 

Et si desplait à tous communément 

Tel chief fourré d'estrange chauvenas, 

Cornes portez comme font les limas ; 

Atournez-vous d'une atournure pleine 

De vostre poil ; d'autre ne vous souveigne, 

Ostez du tout ces grans hures beleux 

Qui vous deffont ; nulle plus ne les praigne. 

Rendez l'emprunt des estranges cheveulx. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 203 



Envoy 

Jeunes dames eavoy tele trique dondaine 

Ne portez plus ; aux vieilles en convaigne 

Soit vos atours humbles et gracieux, 

Plaisans à tous, Dieu en bien vous maintiengne^ 

Car raison dit qui veult que tout le craigne, 

Rendez l'emprunt des estranges cheveulx. 



La toilette d'une coquette du moyen âge ne valait-elle pas celle 
d'une coquette du xix^ siècle? Où sont les progrès qu'on a faits 
depuis cette époque prétendument barbare? 

Dès le xiv^ siècle, on voit des femmes pratiquant le métier de 
coiffeuses et non sans célébrité. Il fallait une science spéciale 
pour bâtir des coiffures aussi compliquées. 

Eustache Deschamps en dit quelque chose dans sa ballade. 

D'autres troubadours nous reparleront de ces ancêtres de Léonard 
et de Champagne. Watriquet de Couvin, le brillant convive des 
banquets princiers, a légué à la postérité le récit des aventures 
d'une coëffière. Elles ne nous donnent pas une idée bien haute de 
cette habile personne, mais le joyeux Couvinois n'était pas de ces 
Fierabras qui se glorifient de ne fréquenter que les têtes couronnées ; 
il aimait aussi les compagnies moins relevées où il pouvait, tout 
à son aise, laisser déborder le sel gaulois dans ses discours. 

C'est ainsi qu'on le rencontre avec Margot Clippe, femme d'Adam 
de Gonesse et sa jolie nièce Marion, qu'entre amis on appelle 
Tifaigne, la coiffière, à cause de son talent reconnu pour atorner 
les dames. On vide ensemble force pochonnets ; bientôt aux pochon- 
nets déclarés trop petits de contenance, la bande joyeuse fait 
substituer des quartes; on commande un bon repas, sans songer 
que les bourses sont plates et finalement on a maille à partir 
avec l'hôte qui met nos festoyeurs à la porte après avoir gardé 
leurs capuchons en gage. 

La passion effrénée du plaisir envahissait toutes les classes, 
préparant les désordres et les folies du siècle suivant. 

Les femmes se livraient aux danses, aux karoles, à tous les 



204 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

entraînements des réunions mondaines; les tournois se multipliaient 
accompagnés ou suivis de festivités sans fin, surexcitant l'amour 
de la parure et le désir de plaire. Il fallait briller et paraître 
belle coûte que coûte. Celles qui ne l'étaient pas cherchaient à 
remplacer l'absence de la beauté par les recherches du maquillage. 
On prisait alors beaucoup les teints blancs et roses. Le fard était 
d'un usage fréquent. Les Parisiennes, dès lors, furent à la tête de 
ce mouvement de coquetterie. 

L'auteur des Chroniques de Normandie fait une virulente sortie 
contre les femmes qui se fardent : 

Tele se fait molt regarder 
Par son blanchir, par son farder 
Qui plus lede et plus est peme 
Que péchier mortel en caresme. 

Les charlatans avaient beau jeu. Pour se blanchir ou se colorer 
la peau, se noircir les sourcils et le dessous des yeux, se teindre 
les cheveux en toutes nuances, les élégantes employaient les ingré- 
dients les plus extraordinaires, de la fiente de crocodile, de la 
cervelle de sanglier séchée et pulvérisée, des dents d'animaux 
broyées avec des huiles mystérieuses, du safran mêlé aux cendres 
d'arbres exotiques et rares. Plus la matière employée venait de 
loin, et plus la mixture ou poudre s'annonçait bizarre, plus elle 
semblait efficace et précieuse. 

Honoré Bonnet, prieur de Salon, adresse ce reproche aux 
Français : 

Cuidez-vous que vous estuver 
Pour doulx vivre, pour déporter 
Pour penser toujours en véandes 
Pour mangier des choses fréandes. 

Ces soins de la toilette atteignaient des rafifinements qui nous 
étonnent, malgré notre civilisation avancée. 

Nous n'avons pas à passer en revue tous les genres d'étuves 
et de bains employés au moyen âge; il y en avait de toutes 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 205 

espèces, mais nous devons mentionner les bassins réservés aux 
soins de la tête. 

Dans l'inventaire de la reine Clémence, en 1328, on lit : 

« Trois bacins à lavier chef valent 70 livres. » 

Ils étaient probablement en argent. 

Ces bassins se rencontrent dans plusieurs inventaires de l'époque. 
Presque toutes les femmes de grande naissance, aussi bien que 
celles de la haute bourgeoisie, se servaient d'accessoires de toilette 
, en argent et même en or. 

Les cendres avaient la réputation de conserver les cheveux. 
Elles servaient aussi à les décolorer, car la mode des chevelures 
blondes était universelle et dura pendant plusieurs siècles. On les 
abritait contre l'air dans des sacs spéciaux. 

« Pour une grande bourse à mettre cendres pour laver le 
chief de ma dite dame », lit-on dans les comptes de Blanche de 
Bourbon. 

La nuit on enfermait les cheveux dans un bonnet de forme 
particulière fait en étoffe piquée ou bien l'on enveloppait la tête 
dans un mouchoir. La nuit avait ses vêtements comme le jour, 
contrairement à ce que racontent les détracteurs du moyen âge, 
qui aiment à prendre cette époque comme un temps barbare où 
les mœurs étaient aussi grossières que dissolues. Il suffit de jeter 
un coup d'œil sur les manuscrits de l'époque pour se convaincre 
de la réalité de ce fait. 

Dans une vieille histoire de Griselidis, tirée d'un manuscrit 
remarquable de la bibliothèque royale de Bruxelles, on voit la jeune 
femme chassée par son mari vêtue d'un déshabillé de nuit. 

Elle porte une longue chemise blanche et ses cheveux sont 
cachés sous un mouchoir. 

L'usage exigeait que les grandes dames gardassent le lit pendant 
un temps plus ou moins long, lors de la naissance des enfants ou 
à l'occasion de la mort de proches. 

Dans les deux cas, elles recevaient au lit. Les jeunes mères 
déployaient alors une grande élégance. Les bonnets étaient à cornes. 



206 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FEMININE 



brodés et piqués, les couvertures de soie épaisse, les vêtements 
aussi riches que possible (fig. 147). 

Nous verrons plus tard ce qu'était la toilette de deuil au lit. 

Reprenons l'histoire des cornes au xiv^ siècle. D'abord modérées 
au siècle précédent, elles augmentèrent de volume à mesure qu'elles 
se généralisèrent. Les femmes du peuple même donnaient dans ce 
travers et tout le xiV^ siècle n'est qu'un immense crescendo vers 
les coiffures monstrueuses qui atteignirent leur plus haut point au 
temps d'Isabeau de Bavière (fig. 148). 

A la vérité, les coiffures en cheveux arrêtèrent un instant cet 




Fig. 147. — Bonnet de nuit, d'après un manuscrit de Lancelot du Lac (xiv° siècle). 



essor, mais encore réussit-on à faire bouffer ses cheveux aux 
oreilles. La couronne, parure de grande fête, fit alors place à la 
birette. La mode donna ce nom à une petite calotte rembourrée, 
fort simple au début, mais qui se développa et s'allongea rapi- 
dement jusqu'à former un coussin plus large que long, que l'on 
posait sur la tête de façon à lui faire dépasser de chaque côté 
les bouffants des oreilles. La birette était un porter de femmes 
nobles; elle se faisait en soie et s'ornait de perles, de broderies, 
voire même de joyau.x. On y attachait par derrière un léger voile 
ou Jhquart (fig. 149). 

Le floquart s'adaptait aussi à la couronne. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



207 



Les tresses remontantes sur les tempes durèrent jusqu'à la fin 
du règne de Charles V. C'est ainsi qu'est coiffée la reine Jeanne 
de Bourbon et cette princesse sage et vertueuse ne se laissa jamais 
entraîner dans les exagérations du luxe ou de la mode. Son 
exemple arrêta pour un temps l'essor des folies qui semblaient 
toutes prêtes à éclore. 

Quelques rares congrégations religieuses paraissent avoir adopté 




Fig. 148. — Femme du peuple, d'après un manuscrit de Gautier de Quoincy, 
de la bibliothèque royale de Bruxelles. 



les tresses, les laissant sortir hors de la guimpe vers les tempes. 

Si ■ sage que fût Jeanne de Bourbon, elle n'en fut pas moins 
. obligée de subir les exigences de son rang. Lors de son mariage, 
en 1352, la manie de surcharger sa coiffure de joyaux était déjà 
poussée fort loin. 

Birettes, petits bonnets, calottes, mortiers, chaperons étaient 
garnis d'une profusion de pierreries; les coiffures en cheveux 
elles-mêmes ruisselaient de diamants et de pierres précieuses. 



2o8 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Son trousseau dut naturellement être digne de la magnificence 
du royal époux auquel elle allait donner sa main. Les comptes 
des dépenses faites pour elle dans cette grande circonstance nous 
ont été conservés et nous en extrayons le passage qui concerne 
sa coiffure : 

« Kathellot, la chapellière, pour un chapel de bièvre (i) a 
« parer ouvré sur un fin velluiau vermeil de grainne, auquel 
« chapel avait enfans fait d'or nue près du vit qui abataient glans 




Fig. 149. — Nobles dames avec birette ronde et birette allongée, 
d'après des miniatures du xiv siècle. 



« de chesne dont les tiges étaient de grosses perles et les feuilles 
« d'or de Chypre à un point, lesquels glans estaient de grosses 
« perles de comptes, et par dessoubs les chesnes avait pors, 
« sangliers, fais d'or nue près du vif qui mangeaient les glans que 
« lesdits enfans abataient, et par dessus les chesnes avoit oyseaux 
« de plusieurs et estranges manières fais d'or nue près du vit le 
« miez que l'on povait, et la terrasse par dessoubs les pors, faicte 



(i) Bièvre, petit animal assez semblable à la loutre dont la fourrure était très estimée. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



2og 



« et ouvrée de fleurettes d'or a un point de perles et de plusieurs 
« petites bestelettes semées parmy la terrasse. Lequel chapel étoit 
« cointi par dessus de grans quintefeuilles d'or soudé treillié d'or de 
« Chippre par dessus et dessoubs et semé parmy de grosses perles 
« de compte, de pièces d'esmaux de plicte et de guergnas (i) 
« garni avec tout ce, de gros boutons de perles dessus et dessoubs 
« et d'un bon las de soye. Pour la façon, pour velluàu et pour tout 
« sans les perles, 32 escus à 22 s. pièce, valent 35 1. 4 s. p. » 







Fig. 150. — Dame en birette, d'après un 
manuscrit de la bibliothèque Angélique de Rome. 




Fig. 151. — Dame coiffée d'un couvre-chef, 
d'après une miniature de 1385. 



Il semble difficile d'aller plus loin en surcharge d'ornements et 
cependant le xv* siècle dépassera de loin le xiv". Il est vrai que 
la coiffure de Blanche de Bourbon, si curieusement brodée, n'a 
pas encore les dimensions monumentales mises en vogue plus tard. 

Avait-elle la forme d'un capuchon ou d'une birette? Le scribe 
nous le laisse à deviner. 

Cette dernière se développa si rapidement en largeur que les 
femmes devaient se glisser de côté pour passer dans les portes, 
alors généralement étroites et basses (fig. 150). 

Sous le coussin de la birette on plaçait les cornes renfermées 
dans une résille ou dans un sac d'étoffe. 

(i) Guergnas, grenats. 



iS 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 




A ces splendides coiffures, à ces bourrelets ou birettes de drap d'or, 
de velluiau, de paile ou de samit si éclatantes de pierreries il fallait 
des écrins en proportion. Les comptes royaux sont remplis d'achats 
d'écrins pour les atours et les chaperons des reines et des princesses. 
Veut-on savoir ce que contenait la garde-robe d'une princesse 
bien fournie en coiffures à la mode? 
Les comptes royaux nous le diront : 

— « Un grand chapel d'or garny à gros balays, à grosses 
émeraudes et à grosses perles. » 

« Une coiffe garnie de grosses perles, de 
saphyrs, et de doublois vermaux et yndes 
avec un frontier de douzes troches de perles. » 
« Deux chappeaux de paile lesquels ont 
été fourrés de cendal turcain, en grainne et 
frangés de franges de fin or de Chypre. » 

Ces derniers ont été vendus par Deniso 
Homo, chappelier du Roy Charles V. 
^'^' '5^' Avec les couronnes rivalisent les frontiers. 

Dame en couvre-chief. 

OU les diadèmes. La reine Jeanne a des fron- 
tiers garnis d'or; l'un d'eux est orné de douze balais, quinze grosses 
perles et trente-trois diamants; elle a aussi plusieurs chapeaux de 
bièvre orfroisiez de bel orfroi d'Arras. 

Vient tout un choix de couvre-chefs, c'est-à-dire de ces coiffures 
rembourrées qui donnèrent plus tard l'idée des escoffions. Ils sont 
faits d'étoffes précieuses et garnis avec luxe de galons d'orfrois, 
de rangées de perles ou de toute autre ornementation de fantaisie; 
quelques-uns ont une légère voilette d'étoffe très empesée qui 
retombe tout autour de la tête (fig. 151). 

Les couvre-chefs affectaient toutes les formes possibles, mais 
les femmes de goût savaient accommoder la mode avec la distinc- 
tion, la plus adroite des coquetteries (fig. 152). 

Il ne faut pas s'étonner si, de bonne heure, les poètes satiriques 
ont cherché dans les exagérations de la mode plus d'un sujet pour 
déployer leur verve caustique. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Eustache Deschamps est à leur tête. Quand il s'agit de s'atta- 
quer aux défauts de la gent féminine, nul n'est plus ardent que 
lui: 

Qui fille a n'esL pas en repos, dit-il, 
Terre lui fault premièrement, 
Robes, joyaux, or et argent. 
Menu vair, gris, chapel d'or gay, 
Fronteaux, couronnes, Dieu quel gay 
Vaisselle, plas, escuelles, pas 
Jamais fille ne maviray ! (i) 

Déjà s ouvrait l'ère malheureuse qui devait en quelques années 
mettre la France si florissante à deux doigts d'une ruine totale 
amenée par la licence des mœurs et la frénésie des passions 
humaines; les femmes y jouèrent un triste rôle. 

A la fin du xiv" siècle la femme était bien déchue du trône 
où le moyen âge l'avait d'abord placée. A mesure que s'approche 
le xv^ siècle, elle devient plus frivole, plus coquette, plus altérée 
de succès. Ils sont loin, les jours oii elle était l'inspiratrice des 
faits glorieux de la chevalerie. Maintenant elle aime mieux trôner 
dans les tournois, lutter de luxe avec ses rivales, compter ses 
succès frivoles que de remplir les graves devoirs que ses aïeules 
mettaient à honneur d'accomplir quelque pénibles qu'ils fussent. 
Elle ne se contente pas du succès de sa beauté, elle recherche les 
jouissances grossières de la table et ne recule pas devant les 
fumées dégradantes de l'ivresse. 

Nous n'exagérons pas, il suffit de lire les récits du temps pour 
se convaincre que la gourrnandise avait fait des progrès énormes. 

Robert de Blois s'écrie que la femme qui boit trop n'est pas 
digne de vivre et déplore les excès de son temps. 

(i) Le même auteur, dans le Miroir du mariage place le quatrain suivant : 

Et pour aler entre la gent 
Fins couvrechefs a or battu, 
A pierres et perles dessus 
Tissu de soye et de fin or. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Un autre auteur, Honoré Bonnet, reproche à ses contemporains 
et contemporaines leurs festins dignes de Rabelais : 

Vous fûtes gens, car appris l'ay, dit-il 
Qui vivez délicieusement 
Se vous n'avez pain de froment, 
Char de mouton, bœuf et pourcet 
Perdrix, poucins, chappons, chevret 
Canars, faisans, et canins gras 1 

Les vieillards soupiraient en jetant un regard sur le passé. Le 
chevalier de la Tour dit à ses filles en 1371 : 

— « Le temps de lors, les bons chevaliers estaient en paix et 
« démènoient festes et grants joyeusetés en toutes manières de 
« chevalerie, de Dames et Damoiselles, se assemblaient là où 
« ils sçavaient que estaient faictes mêmes et souvent. 

« Et là venaient par grand honneur les bons chevaliers de 
« celluy temps. Mais s'il advenait par aucune aventure que 
« Dame et Damoiselle que eust mauvais renom ou que feust 
« blasmée de son honneur se mict avec une bonne Dame ou 
«■ Damoiselle de bonne renommée, combien qu'elle feust plus 
« gentil femme ou eust plus noble et plus riche mary soûlaient 
« ces bons chevaliers user de leurs droits, n'avoient point de honte 
« de venir à elles devant tous et de prendre les bonnes et les 
« mettre au-dessus des blasmées et leur disoient devant tous : 
« Dame ne vous déplaise, ceste Dame ou Damoiselle vous va 
« devant, car combien qu'elle ne soit pas si noble ou si riche 
<i comme vous, elle n'est point blasmée ains est mise au compte 
« des bonnes et ainsi ne dit l'on pas de vous, dont il me déplaist, 
« mais l'en fera honneur à qui le desseray et ne vous émerveillez 
« pas. 

« Ainsi parlaient ces bons chevaliers et mettaient les bonnes 
« et de bonne renommée les premières dont elles remerciaient 
« Dieu dans leur cœur de elles être tenues nettement parquoy 
« elles étaient honorées et mises devant. Et les autres se pre- 
« naient au nez et baissaient le visage et recevaient de grant 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 213 

« vergongne et pour ce étoit bon exemple à toutes gentilz-femmes 
;< car pour la honte qu'elles oyoient dire des aultres femmes elles 
« doublaient et craignaient de faire mal à poinct (i). » 

L'Italie subit d'abord l'impulsion générale et bientôt prit la tête 
dans ce concours acharné des idées de luxe et de magnificence. 
Sa civilisation était plus raffinée que dans aucune autre contrée, 
les arts et les sciences y étoient plus dévelo^Dpés que partout 
ailleurs et les Italiennes aimaient à briller plus qu'aucune Française. 

Entraînés dans le tourbillon, les hommes rivalisaient de faste 
dans leurs costumes comme dans leurs états de maison. 

Les Visconti, les Scaliger, les Scala et tous les autres princes 
qui avaient partagé l'Italie en une infinité de principautés luttaient 
entre eux d'orgueil et de somptuosité. 

Mastin, l'un des plus grands tyrans de Lombardie, fit bâtir le 
magnifique palais de Vérone, sa table était somptueuse, il ne 
sortait qu'accompagné de mille chevaux. Cosme le Grand fut 
célèbre par l'éclat de son luxe; Florence, dès le commencement 
du xiv" siècle, mérita le surnom de l'Athènes de l'Italie. Les 
fêtes et les affaires, les arts et les sciences, tout s'y menait de 
front avec l'enthousiasme d'une nation du Midi intelligente et 
i m pressionnable . 

Aussi, tandis qu'en France l'art de la peinture se réduisait à 
enluminer les manuscrits, Giotto de Bondone, Cimabue et leurs 
élèves ont déjà rempli l'Italie de leurs œuvres, estimées au poids 
de l'or, Verrocchio, Donatello, Brunelleschi, Jacob de Guerico ont 
orné de monuments admirables les places de leurs cités natales, 
et embelli les églises de statues, où brille, avec le vif sentiment 
de la nature, l'art le plus profondément chrétien. Le Dante 
avait passé comme un flambeau éclatant laissant après lui une 
traînée lumineuse où se pressent les poètes et les penseurs. 
Pétrarque était couronné de lauriers et déposait sa couronne aux 
pieds de Laure, l'inspiratrice de ses vers (fig. 153). 

(l) Sainte Palaye, MJmoires IT, sur l'ancienne chetmlerie. 



214 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



Dans cette fermentation artistique d'où allait sortir la Renais- 
sance, la femme joua un rôle important, elle inspirait les poètes 
et les artistes et, disposant d'une puissance souveraine elle ne s'en 
servait que pour soutenir et protéger le monde de la science et 
de l'intelligence. 

Partout la femme est fêtée, c'est la reine des festivités brillantes 



.-^-^ 




^'S- 1S3' — Laute de Noves. 



qu'interrompent à peine les guerres intestines des cités et deS 
tyrans. Béatrix et Laure ont de nombreuses sœurs. D'autres 
femmes ne se contentent pas d'être aimées et célébrées, elles 
veulent aussi cultiver les arts. Nina la Sicilienne, la Pisani, 
Hortense de Guglielmo, Éléonore de Genga, Livie de Chiavello, 
Elisabeth Tribani, Jeanne Bianchetti, Justine Lévi Perotti, la 
Selvaggia et bien d'autres forment une brillante et charmante 
pléiade. Comment ne pas subir les influences d'une contrée 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



215 



privilégiée où tout sourit, le ciel, la terre, les fleurs, les eaux, 
où la nature elle-même prêche la grandeur et la magnificence? 
Nous pouvons difficilement nous faire une juste idée de ce 
qu'avait de vraiment grand la somptuosité ancienne, nous qui 
vivons petitement dans un confort mesquin, entourés de splen- 
deurs de pacotille. Les anciens palais d'Italie peuvent cependant 
nous en donner un aperçu. Si dégradés ou ruinés qu'ils soient. 




Fig. 154. — Noble Sicanoise, d'après une peinlure de Dominique Bartoli 
à l'hôpital de .Sienne 



ils nous parlent encore d'une vie large, grandiose, .superbe que 
personne ne pourrait faire renaître aujourd'hui. Le costume des 
femmes est bien fait pour paraître dans ces palais, pour passer 
au milieu de ces colonnades, drapées d'étoffes précieuses, ou se 
promener parmi les jardins embaumés, le long des fontaines 
jaillissantes. Du sol aux combles, ce ne sont que draperies d'or, 
damas, soie de Chypre, pierreries, broderies, joyaux. Les formes 
sont amples et nobles. Il y a une différence sensible entre les 
modes italiennes et celles de la France et des pays plus septen- 



2i6 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

trionaux. Les coiffures sont très variées, les cheveux s'y montrent 
à découvert, surtout dans la première moitié du xiv* siècle. Une 
grande fantaisie règne dans la manière de s'habiller et de se 
coiffer. Chaque ville de l'Italie a ses modes à elle. Il n'est pas 
possible de les décrire toutes. Force est de se borner à quelques 
exemples. A Sienne on portait des bonnets carrés en drap d'or 
ou en soie rappelant un peu certains bonnets de chanoines. Ils 
se terminaient sur le front par une couronne. On les parsemait de 
joyaux selon la fortune ou le rang des personnes qui les portaient. 
Souvent un voile flottait autour de la tête (fig. 154). Les cheveux 
de beaucoup de Siennoises étaient simplement partagés en deux 
tresses qu'on rattachait au bout par derrière, ou par devant, au 
moyen d'un ruban ou d'une agrafe de métal. 

Bartoli nous fait connaître un autre genre de coiffure qui a 
quelque rapport avec la birette française et se retrouve souvent 
dans ses tableaux. C'est une sorte de turban en soie épaisse 
recouvert d'un filet de cordonnet d'or et brodé de perles, qui 
recouvre une coiffure en cheveux formée de torsades retenues par 
un orfroi. Sur le front pend une petite chaîne ornée d'une perle, 
bijou alors en grande vogue. 

A côté de ces volumineuses coiffures nous voyons de très 
gracieux arrangements de cheveux. Florence, la patrie des arts, 
était aussi celle des femmes de goût. Au xiii° siècle, beaucoup 
d'entre elles se coiffaient simplement en cheveux, y mêlant un étroit 
ruban tressé entre les mèches de leurs nattes ou quelques fils 
de perles rehaussés par un joyau. Les cheveux nattés étaient 
relevés en une épaisse torsade sur la nuque ou enroulés en 
diadème, sur le haut de la tête. Cette simplicité très artistique 
s'alliait fort bien avec les robes longues et amples, les grandes 
manches tombantes des nobles femmes de la patrie du Dante 

(fig- 155)- 

Les jeunes filles étaient encore plus simples dans leurs parures. 
La plupart laissaient flotter leurs cheveux au vent, les retenant 
par un galon d'orfroi ou un étroit cercle d'or. Quand elles 




Fig. 155. — Noble Florentine, d'après une miniature d'un manuscrit du Décaméron de Boccace. 



2i8 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

avaient à se préserver du froid elles se couvraient du capuchon, 
la coiffure de toutes les classes en Italie (fig. 156). 

Les femmes âgées s'enveloppaient la tête d'une écharpe, d'une 
guimpe ou d'un capuchon. 

A Venise, la pureté du style était moins estimée que la richesse 
de la parure. Les femmes se surchargeaient la tête de fau.x cheveux. 




Fi^. 156. — Jeune fille italienne, d'après un tableau d'Ambroise Lorenzetti. 

Elles aimaient à avoir une profusion de boucles qui entouraient 
leurs cous de touffes épaisses (fig. 157). Imitant le corymbium 
antique, elles élevaient d'épaisses torsades enroulées qu'elles entre- 
mêlaient de perles. Leurs vêtements étaient aussi plus lourds. Les 
tailles très courtes, les jupes aux plis nombreux accumulés sur 
les hanches et les manches très bouffantes donnaient un air empa- 
queté aux femmes les plus sveltes. Mais comme tous ces vêtements 
se distinguaient par leur somptuosité, on s'apercevait moins de la 
manière dont ils défiguraient la forme humaine. On dut aux 
peintres qui illustrèrent, plus tard, l'école de Venise, d'avoir ramené 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



219 



leurs concitoyennes à des costumes plus gracieux sans cesser d'être 
moins majestueux. 

Quelques jeunes femmes italiennes imaginèrent de placer sur 
leur tête une petite calotte ou barrette de dimensions exiguës et 
très élégante. Mais la plus grande vogue resta aux couronnes 
et surtout aux couronnes enrichies de pierreries. 

Les orfèvres italiens excellaient dans la fabrication de ces 
bijoux. Ils ne se contentaient pas de la forme héraldique; ils 
inventaient des guirlandes imitant les fleurs naturelles et embellies 
de pierreries. Ces nouveautés coûtaient 
des sommes énormes, raison de plus 
pour que toutes les femmes voulussent 
en posséder. Ces excès efirayèrent les 
magistrats de Florence, car les richesses 
des familles se dissipaient en frivolités 
extravagantes. Ils publièrent donc, en 
1330, une ordonnance visant à répri- 
mer les excès du luxe féminin. Villani, 
historien du temps, rapporte ce décret 
et le justifie, car, dit-il : 

« Les femmes donnaient dans un grand 
« excès pour les ornements superflus, 

« en couronnes, guirlandes d'or et d'argent, pour les perles, les 
« pierreries, les réseaux et certaines parures de perles et autres 
« ornements de tête d'une grande dépense. » 

Les magistrats instituèrent certains officiers chargés de veiller à 
ce que nulle femme ne se pût coiffer avec une guirlande ou avec 
une couronne d'or, d'argent, de perles, de pierreries, de verroteries, 
de soie, de quoi que ce soit qui ressemblât à une couronne, fût-ce 
même en papier peint. L'interdiction fut étendue aux réseaux et 
aux tresses de toutes espèces. Les ordonnances relatives au reste 
du vêtement étaient non moins sévères que minutieuses, mais pas 
plus qu'ailleurs, elles ne furent observées. 

A Mantoue, en 1325, il était défendu aux femmes, quel 




Fig. 157. — Jeune patricienne de 
Venise, d'après Gentile Bellino. 



HISTOIKF. DE LA COIKKURK FÉMININE 



que fût leur rang, d'avoir tics couronnes de perles ou de pierreries. 
A Milan, en 1340, Galvano Fiamma regrette amèrement l'abandon 
des anciennes modes et des anciens usages ; il attribue à un senti- 
ment d'imitation enthousiaste pour les nations étrangères les 
nouvelles modes qui surgissent de tous côtés. « Les femmes, dit-il, 
ont changé leurs anciennes habitudes pour d'autres plus mauvaises; 
elles s'en vont avec des robes étranglées laissant à découvert le 




Fig. 158. — ■ Noble Halici\no, d'après un tnblcau du xiv" siècle. 



cou et la gorge qu'elles entourent de bandes dorées. Elles portent 
des vêtements de soie et même parfois d'or. Elles se couvrent la 
tête de frisures à hi manière étrangère; serrées dans des ceintures 
d'or, elles semblent des amazones ; elles cheminent avec des 
souliers pointus et s'adonnent au jeu de dés » (fig. 15S) 

Le moine Jacob des Bussalori, pendant le siège de Pavie, 
attribuait au luxe excessif des femmes les malheurs de la patrie. 

Le mal a pris, en effet, des proportions effrayantes; les villes 
d'Italie ne se contentent pas des étoffes de soie fabriquées chez 
elles; Vérone importe annuellement de l'étranger 200 pièces de 
brocart d'or ou (.l'aroent ; Padoue autant, Vicence et Trévise 120. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



Les Lombards tiraient de Venise, chaque année, pour 250,000 
ducats de draps de soie et pour 30,000 ducats de soies à broder. 
Comment résister au courant? Aussi voyons-nous les censeurs se 
plaindre de ce que les femmes cluerchent par tous les moyens 
possibles à attirer les regards sur elles. Tantôt elles se grandissent 
en relevant les cheveux sur la tête ou en se coiffant de hauts 
bonnets, tantôt elles laissent flotter leurs cheveux sur leurs épaules 
en y entremêlant divers petits animaux en or, pendus au milieu 




Fig. 159. — Noble Italienne, d'après un lableau de Vanni. 



des mèches et tombant sur la poitrine. Tous les hommes sensés 
sont d'accord pour déplorer les folies du beau sexe. Ce qui leur 
parut le comble de l'égarement, ce fut la manie, introduite alors, 
de se teindre les cheveux pour les blondir. Le scandale de ce 
nouveau caprice fut plus grand en Italie qu'en France et dans les 
pays du Nord, où la couleur blonde étant beaucoup plus commune, 
les femmes noires pouvaient dissimuler le mensonge de leurs 
cheveux au milieu des vraies blondes. En Italie, au contraire, 
comme les cheveux blonds sont une exception, cette mode de la 
teinture fut considérée et traitée d'excès lamentable de frivolité 
et même de dévergondage. 



222 1 IIS roi Kl', Dl'. I.A Coll'l'UKl'; l'I'.MlNlNK 

11 scmhlc ([lie le tonnidahle toile des gens de bien contre la 
« blondissomanie » ait ])r()(hiiL une salutaire réaction, car dans la 
deuxième moitié du xiv'^ siècle, beaucoup de femmes commencèrent 
alors à cacher leurs cheveux, l'iusieurs atloptèrent un bonnet élevé 
à lieux ))ointes recouvert d'un morceau de soie frangé ou garni 




Kiij. l6o. — Jouno fciimio jouant :\ la iiaumc, d'ainos une peiiiluio du temiis. 



de bixxleries. Ce bonnet se posait sur une première petite calotte 
de velouiv qui ne monlrait qu'un bout de bandeaux en cheveux 

(%• 159)- 

\"int ensuite une petite toque ronde issue du mortier du siècle 

précédent. Elle emboîtait entièrement le crâne et ne laissait passer 

aucun cheveu. Elle convenait aux jeunes femmes engouées de 

certains exercices violents, tels que le jeu de paume, qui avait 

alors luie grande vogue et se jouait aussi par les femmes, malgré 



HISTOIRE DE EA COIFFURE FÉMININE 



223 



l'incommodité de leurs costumes amples et longs, si peu combinés 
pour courir (fig. 160). 

Si l'éducation religieuse reçue dans leur enfance par toutes ces 
belles élégantes ne put les préserver des folies mondaines, du 
moins elle leur rendait souvent quelques lueurs de bon sens. Il 
est une heure dans la vie où le rire cesse pour faire place aux 




Fig. 161. — Dame noble de la famille Visconti, d'après «on tombeau. 



pensées graves; l'heure de l'épreuve et surtout l'heure où apparaît 
de près ou de loin le spectre de la mort (fîg. 161). C'est sans 
doute à la force des retours de contrition qui les terrassaient, à la 
pensée de la nécessité d'une longue pénitence et d'une expiation 
publique que nous devoas de rencontrer, sur les tombeaux qui les 
recouvrent, les patriciennes les pi as belles, les plus fêtées, les 
plus prodigues de leurs attraits et de leurs richesses, représentées 
sous le costume monastique ou sous les vêtements austères des 
femmes ayant renoncé au monde et à ses pompes. 

Nombreuses sont encore dans les églises italiennes les tombes 



224 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



sur lesquelles l'œil étonné du touriste moderne découvre gravées 
ou sculptées dans le marbre ou la pierre des figures embéguinées, 
aux traits graves et sévères, dont les noms ne lui avaient rappelé 
que grandeurs, faste ef orgueil de la vie (fig. 162). 

L'église de Sainte-Sabine, à Rome, possède le tombeau d'une 
Orsini, femme de Lino Savelli, célèbre par sa beauté, sa magni- 
ficence et les charmes de son esprit. Sa statue la représente la 
tête enveloppée d'une écharpe qui ne laisse voir que le visage et 




■m^ 



Fig. 162. — Duègne vénitienne, d'après une peinture de Gentile Bellino. 



le corps couvert d'un manteau de religieuse; rien ne rappelle la 
belle patricienne, l'ornement des fêtes de la ville éternelle (fig. 163). 

Ludovico Monaldeschi raconte que, en 1332, on fit le « jeu du 
taureau » au Colysée, oii l'on avait disposé plusieurs rangs de 
gradins. On publia un ban, dit-il, dans tous les environs pour 
inviter tous les barons à s'y trouver. 

« La fête eut lieu le 3 septembre. Toutes les matrones de 
Rome étaient placées sur des balcons garnis d'étoffes vermeilles. 
Parmi elles brillait la belle Savelli Orsini, avec deux de ses 
parentes ; deux dames de la maison Colonna s'y trouvèrent aussi, 
mais la plus jeune ne put accompagner ses sœurs parce qu'elle 
s'était démis le pied au jardin de la Tour de Néron. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



225 



« La belle Jacova de Vico ou de la Rovère s'y trouvait aussi; 
ces dames avaient amené avec elles toutes les belles femmes de 
Rome; car la Rovère conduisait les femmes du Transtévère, 
la Orsini celles de la place de Navone et de Saint-Pierre; les 
Colonna celles des quartiers des Monts, des places Montanara et 
Saint-Jérôme, près le palais Savelli. Enfin, toutes les femmes 
nobles étaient assises d'un côté, celles d'un rang inférieur de 
l'autre et les combattants se tenaient à part. 




Fig. 163. — N. Orsiai, femme de Lino Savelli, d'après la statue de son tombeau 
en l'église de Ste-Sabine, à Rome. 



« Les taureaux furent tirés au sort par le vieux Jacovo Rossi 
de Saint-Ans^e à la Pêcherie. Chacun d'eux combattit son taureau. 
Il y eut 18 hommes tués et 9 blessés; 11 taureaux restèrent 
morts sur la place. Les combattants qui perdirent la vie furent 
honorablement ensevelis à Sainte-Marie Majeure et à Saint-Jean 
de Latran. » 

Il faut convenir que les jolies femmes de Rome ne devaient 
pas avoir les nerfs bien sensibles! 

A Sienne, comme partout en Italie, on dépensait, on s'amusait 
et le luxe croissait (fig. 164). 

Les magistrats de la ville de sainte Catherine essayèrent 

16 



226 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



d'enrayer le mal en multipliant les lois somptuaires, mais ils n'y 
réussirent pas mieux que les autres législateurs qui ont voulu 
lutter avec les femmes coquettes. Ils avaient beau s'assembler et 
se sermonner mutuellement, nous dit un auteur du temps (Franco 
Sacchetti), ils ne parvinrent pas à se faire obéir. L'un de ces 
graves magistrats, poussé à bout par les remontrances de ses 
collègues sur sa négligence, répondit vivement : 

— « Comment voulez-vous que je prenne une femme en flagrant 




Fig. 164. — Noble Italienne, d'après une peinture du xiv« siècle. 

délit? J'en rencontre une portant une pointe ouvragée autour de 
son capuchon; je lui dis de se nommer parce qu'elle porte un 
ornement prohibé. Mais aussitôt elle prend dans sa main la pointe 
qui ne tient qu'à une épingle et répond que c'est une guirlande. 
■ « J'en trouve une autre plus loin dont le devant de la robe 
est Qfarni de boutons. 

— « Vous ne pouvez porter de boutons. 

— « Pardonnez-moi, messire, réplique-t-elle, ce ne sont pas des 
boutons; l'egardez-les, ils n'ont ni queue ni boutonnière. 

— « J'arrête une troisième qui a des fourrures d'hermine; je 
veux l'inscrire. 



i 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



— « Arrêtez, crie-t-elle, ce n'est pas de l'hermine, se sont des 
Lattizzi. 

— « Qu'est-ce que des Lattizzi? 

— « C'est un animal, dit la dame, qui passe fièrement » 

Les magistrats, ne pouvant rien répondre à leur confrère, 

passèrent à l'ordre du jour. 

L'Angleterre était trop proche voisine de la France et ■ entre- 
tenait avec elle trop de relations de tout genre pour ne pas 
ressentir l'influence de ses modes. Les mœurs de ses hautes classes 





Fig. 165. — Chapeau de voyage. 






Fig. 166. — Femme du peuple, d'après un 
manuscrit du XIV siècle. 



ne différaient pas sensiblement de celles de la noblesse française. 
Le costume était à peu près le même dans les deux pays, mais 
si l'on en croit les auteurs du temps, les côtés ridicules des 
modes furent sinafulièrement exaspérés dans l'île d'Albion. 

o o 

Au commencement du xiv^ siècle, on portait, en Angleterre 
comme en France, la couronne, le réseau ou la crépine, le 
mortier retenu par une mentonnière et le chaperon d'étoffe de 
soie. Les cornes, adoptées par toutes les femmes, étaient recouvertes 
d'un réseau plus ou moins riche; elles s'étalaient sous la couronne 
comme sous le capuchon et faisaient rebondir l'étoffe légère des 
voiles de moleskine, de soie transparente ou de gaze, souvent 
bordés d'une broderie d'or ou de soie. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Les Anglaises se coiffaient aussi en voyage de grands chapeaux 
à larges bords maintenus par une mentonnière (fig. 165). 

Les femmes du peuple portaient, comme en France, diverses 
sortes de capuchons ou encore la guimpe de grosse toile qu'elles 
avaient bien soin de bourrer de chaque côté, à l'aide de crin 
ou de foin, pour imiter les cornes des belles dames de haut 
parage. 

Pour aller travailler aux champs, elles avaient le chapeau de 
grosse paille tressée (fig. 166). Enfin les femmes âgées de toutes 





Fig. 167. — Philippine de Hainaut, d'après 
son tombeau à l'abbaye de Weslminster. 



Fig. 168. — Lady Joyeuse Tiptoft, d'après 
son tombeau de l'église d'Enfield, 1346. 



classes portaient la guimpe et la mentonnière recouvertes ordinai- 
rement d'un voile ou du capuchon. 

Peu à peu, on en vint à augmenter les cornes, à les décorer 
plus richement; cependant, les premières années du xiv^ siècle ne 
virent apparaître aucune extravagance. Philippine de Hainaut, sur 
son tombeau de l'abbave de Westminster, a une coiffure très raison- 
nable. Les cheveux sont entièrement recouverts d'une étoffe très 
richement brodée. Par derrière, sous sa belle couronne fleuronnée, 
on remarque un voile qui retombe jusqu'à ses pieds. C'est une 
coiffure de femme âgée (fig. 167). 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 229 

Bientôt les jeunes femmes se mirent en quête d'édifices capil- 
laires plus nouveaux. 

On augmenta le voulume des bourriaulx ou cornes; on ne se 
contenta plus d'avoir sur les tempes deux bouffes proéminentes, 
on les fit monter plus haut pour les remplacer par une coiffure 
élevée se terminant en pointes et composée d'étoffes de soie, de 
drap tissé d'or ou d'argent, tendues sur une monture raide. On 
y enroulait un voile et on posait entre les cornes une petite 
couronne doublée de velours (fig. 168). 

Déjà on cachait les cheveux, préférant à leurs souples ondulations 
la raideur des étoffes coûteuses. 

Dans les occasions solennelles, les reines d'Angleterre ne 
portaient que la couronne sur les cheveux simplement tressés ou 
même tombant sans apprêt sur le dos. 

Cette coiffure primitive était celle que leur prescrivait la 
coutume aux cérémonies de leur mariage ; toutes les princesses 
du sang et les reines de France étaient soumises aux mêmes 
règles. 

Dans le roman si populaire de Tristan et Ysetdù, le poète 
décrit ainsi le costume de la reine, d'une richesse vraiment royale: 

La raine ont de soie dras, 
Aporté furent de Bandas, 
Ferré forent de blanc hermine 
Mantel, bliault, tôt li traîne 
Sor ses épaules sont si crin 
Bendé à ligne sor or fin 
Un cercle d'or ont sou son chief. 

Un ivoire très curieux conservé au musée archéologique de 
Namur, représente Tristan et Yseult; celle-ci est vêtue d'un 
simple bliault, les cheveux dénoués retenus par un cercle d'or. 

La simplicité du commencement du siècle était, lors de sa fin, 
complètement disparue. Si les cheveux étaient enfermés dans une 
cornette, celle-ci était d'un tissu si délicat que Chancer affirme 
que les coiffes qu'une élégante portait le dimanche ne pesaient pas 



230 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

une livre. Souvent cette élégante tissait elle-même, de ses blanches 
mains, une toile qui surpassait en finesse celle d'Ypres ou de 
Gand. Elle montait un joli palefroi; sa poitrine était ornée d'une 
belle guimpe et sur sa tête elle avait un chaperon de la largeur 
d'un bouclier ou d'un écusson. 

Aussi les moralistes élèvent une voix sévère : 

« C'est ainsi que le diable agit avec les hommes et les 
femmes : d'abord il les excite à amollir et à engraisser leur 
chair par le désir des boissons et des mets délicieux et aussi 
à danser sur le pilier (des tentations du diable) avec leurs 
cornes, leurs cheveux bouclés, leurs guirlandes d'or et de perles, 
leurs coiffes, leurs bandeaux et leurs guimpes, leurs robes dentel- 
lées, leurs rochets, leurs colliers, leurs dentelles, leurs paltocks 
avec leurs longues crakoives et ainsi le diable les porte sur le 
pilier afin de leur enseigner à voler plus haut que les autres 
gens simples, leur assurant qu'ils ne se feront pas de mal; mais 
il ment faussement, car s'ils ne se repentent, ils seront forcés de 
sauter du haut de ce pilier dans l'abîme de l'enfer. » 

Certaines religieuses n'avaient pas échappé aux lamentables 
faiblesses de l'amour-propre et aux fallacieux attraits des vanités 
du siècle. La nonne que chante Chancer a une guimpe bien 
gaufrée, le nez bien fait; ses yeux gris, limpides comme du 
cristal, sa bouche petite, rose et délicate en font une personne 
très attrayante, mais elle ajoute encore à ses charmes naturels 
un manteau ample. Ses bras sont chargés de bracelets à perles 
du corail le plus fin, ou d'émail vert, retenus par une magnifique 
broche resplendissante d'or. 

Si l'Espagne reste en arrière sous le rapport du luxe, il faut 
l'attribuer en grande partie à sa situation politique. Les guerres 
avec les Maures étaient loin d'être terminées, l'ambition et la 
violence de rois rivaux empêchaient la tranquillité nécessaire à 
l'essor des passions mondaines et au développement du commerce. 

Il s'en fallait d'un siècle que Ferdinand entrât triomphant dans 
l'Alhambra. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 231 

Les femmes menaient une vie dure au milieu de ces jours 
troublés. Enfermées dans des châteaux inaccessibles ou obliofées 
de veiller elles-mêmes à leur propre sûreté, elles formaient une 
race vaillante et conservaient ardents dans la nation le souffle de 
la chevalerie. Leur costume ne pouvait être aussi riche que ceux 
des Italiennes dont elles étaient d'ailleurs loin d'envier l'existence 
molle et joyeuse. Sans doute on connaissait l'usage des somp- 
tueuses étoffes, des joyaux; on portait des couronnes et à la cour 
on ne manquait pas de drap d'or et de pierreries, mais dans une 
nation où l'esprit militaire domine, les modes se plient aux 
exigences de l'épée et comme il nous reste peu de détails sur les 
vêtements portés par les Espagnoles au xiv^ siècle, nous y 
suppléerons par un récit recueilli dans une vieille chronique, qui 
montrera ce qu'était la vie d'une femme à cette époque et quel 
courage il lui fallait parfois déployer. Nous y rencontrerons d'ailleurs 
l'occasion d'un aperçu rapide sur le costume des Maures, costume 
auquel les Espagnoles avaient fait plus d'un emprunt. 

On retrouve à chaque instant dans les monuments de la vieille 
Espagne cette influence mauresque qui, du reste, n'était qu'exté- 
rieure, car, il faut le reconnaître à la louange de la race espagnole, 
aucune nation ne garda plus intacte sa croyance et son esprit 
national au milieu de plus grands motifs d'altération. 

Elle eut pourtant des transfuges. 

Au XIV ^ siècle, l'Espagne était gouvernée par plusieurs princes, 
dont la vie ne valait guère mieux que celle d'un émir, sectateur 
fanatique de Mahomet. De ce nombre fut Pierre le Cruel, roi de 
Castille. On connaît sa vie agitée, pleine de crimes et d'horreurs. 
On sait comment Henri de Transtamarre, son frère naturel, dont 
il avait égorgé la mère, la femme et les enfants, s'arma contre 
lui et le vainquit avec l'aide de Duguesclin. Ce qu'on connaît 
moins de cette existence mouvementée, ce sont ses aventures et 
son esclavage en Afrique. 

Pierre, vaincu par Henri, s'était sauvé chez les Maures, seul, 
sans troupes ni argent. Il fut pris par un Juif qui en fit son 



232 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

esclave. Il resta dans ce misérable état jusqu'à ce que ses partisans 
lui eussent envoyé un peu d'argent à l'aide duquel il put se 
racheter et recouvrer sa liberté. 

Sans ressources suffisantes pour retourner en Castille, il aborde 
sur les terres d'un prince musulman que le chroniqueur nomme 
le roi de Belmarine dans la ville de Sarmaranc, sa capitale. Le 
roi, informé de l'arrivée de Pierre, lui fît dire de se présenter 
au palais et celui-ci se hâta de se rendre à cette invitation. 

Il trouva le roi au milieu d'une foule de seigneurs qui lui 
faisaient fort respectueusement leur cour. Le monarque se montra 
très affable pour le prince vaincu et Pierre, reprenant toute sa 
faconde et son astuce, représenta Henri de Transtamarre comme un 
usurpateur qui l'avait chassé de ses États par les armes d'un chevalier 
breton nommé Bertrand, à la tête de tous les vagabonds de France. 

« Il le pria de le secourir dans le pressant besoin où il se 
trouvait. Ce souverain lui répondit qu'il le ferait très volontiers, 
mais qu'il fallait auparavant que Pierre exécutât les deux promesses 
qu'il lui avait faites, dont la première était d'abjurer la foi de 
Jésus-Christ et de se faire mahométan; la seconde était d'épouser 
l'une de ses deux filles, dont il lui donnait le choix, étant toutes 
deux également belles ; et là-dessus il commanda qu'on les fît 
venir, afin que Pierre vît laquelle serait le plus à son gré. 

« Elles entrèrent dans la chambre se tenant par la main, fort 
superbement parées, portant sur leur tête des couronnes d'un 
or arabe le plus pur et le plus fin, dans lesquelles étaient 
enchâssées des pierres précieuses et des grosses perles d'un prix 
inestimable. Le roi, leur père, les fit asseoir toutes deux auprès 
de lui; elles paraissaient dans cette salle comme deux idoles à 
qui l'on allait donner de l'encens. On fit toucher en leur présence 
les luths, les violes et tous les instruments de musique, afin que, 
les oreilles et les yeux recevant dans le même temps un égal 
plaisir, le roi Pierre sentît en lui-même un plus grand désir 
de posséder quelqu'une des deux. L'une s'appelait Mondaine et 
l'autre se nommait Marie. » 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



233 



Le roi Pierre, dont la conscience était fort émoussée, se hâta 
d'accéder aux désirs du roi de Belmarine. Il abjura la foi du 
Christ et épousa Mondaine. En retour de ce double crime, il 
obtint des secours généreux pour l'aider à recouvrer son royaume. 

Le fils' du monarque lui-même- devait se mettre à la tête d'une 




Fig. 169. — Noble Espagnole, d'après une miniature d'un office 
de la sainte Vierge de 1400. 



flotte nombreuse et bien équipée pour aider son nouveau beau- 
frère. 

Au milieu des préparatifs immenses qui bouleversaient le 
royaume de Belmarine, deux pèlerins revenant de Terre-Sainte 
arrivèrent dans ce pays. Ils apprirent le but de ces apprêts 
guerriers et se résolurent à tout faire pour éviter un grand 
désastre à la chrétienté. Ils se jetèrent dans un mauvais petit 



234 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

bâtiment qui, poussé par un vent favorable, aborda rapidement 
en Espagne, auprès de Monfusain. 

« Il y avait une citadelle à Monfusain, dont la gouvernante 
était une fort belle dame d'une naissance distinguée, charitable 
et aumônière. Elle voulut se donner le plaisir de faire manger 
ces pauvres pèlerins en sa présence pour contenter la curiosité 
qu'elle avait d'apprendre ce qui se passait à Jérusalem. Elle leur 
demanda si les chrétiens étaient toujours fort maltraités des 
Turcs. Ils lui répondirent qu'ils étaient plus acharnés contre 
eux que jamais depuis qu'ils avaient entendu dire qu'un Breton, 
nommé Bertrand, homme très intrépide et fort expérimenté dans 
la guerre, avait juré leur ruine et résolu de les venir attaquer 
dans le centre de leurs États. 

« La dame répondit que Bertrand ne le pouvait encore faire 
maintenant, étant occupé au siège de Tolède, lequel ne pourrait 
plus durer longtemps, étant privé du secours du roi Pierre que 
l'on croyait avoir été noyé dans la mer. 

« Ces pèlerins la détrompèrent là-dessus en l'assurant que 
Pierre était encore tout plein de vie, qu'ils l'avaient vu depuis 
peu dans le royaume de Belmarine, faisant sa cour au roi des 
Sarrazins pour en obtenir des secours contre Henri et que non 
seulement ce roi lui avait donné la plus belle de ses filles en 
mariage, mais il lui avait confié ses plus grands secrets et promis 
un gros corps de troupes que son propre fils devait commander 
en personne pour faire retirer de devant Tolède toute l'armée 
d'Henry. Cette nouvelle étonna beaucoup cette dame, qui prenait 
une fort grande part aux intérêts d'Henry, dont elle était assez 
proche parente. Elle crut qu'il était important de lui en donner 
avis au plus tôt. Elle congédia donc les pèlerins auxquels elle 
donna cinquante doubles d'or pour continuer le voyage et résolut 
d'aller elle-même de son pied trouver Henry pour l'avertir du 
péril qui le menaçait. 

« Elle s'habilla donc en pèlerine pour marcher avec plus de 
liberté et moins de soupçons, prenant seulement deux personnes 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 235 

avec elle pour l'accompagner et la servir sur les chemins. Elle 
fit tant de diligence qu'en peu de temps elle arriva devant Tolède, 
dont Henry continuait toujours le siège. Elle commença par 
parler à la reine, à laquelle elle se découvrit et qui, la voyant 
ainsi travestie, lui fit aussitôt donner des habits proportionnés à 
sa qualité (fig. 169). 

« Quand elle se fut un peu rafraîchie, la reine la mena dans 
la tente d'Henry, son époux, en conférence avec les chefs de 
l'armée. Cette conférence fut fort à propos interrompue par la 
présence de la dame, qui, par son discours, leur fit connaître 
qu'ils avaient à délibérer sur un objet plus important. 

« On devine l'émoi des généraux à la nouvelle d'un danger aussi 
menaçant. Bertrand du Guesclin dut remonter le courage du roi, 
qui calculait avec effroi le peu de forces qu'il possédait pour 
faire tête à un pareil ennemi. La confiance du vieux et valeu- 
reux connétable ne fut pas vaine. On sait comment le misérable 
Pierre fut battu honteusement, lui et ses alliés, et finit comme 
un infâme renégat. 

« Quant à la belle châteleine de Monfusain, elle fut comblée de 
présents et d'amitiés par son royal cousin, qui la fit reconduire 
chez elle avec une escorte dio-ne d'elle. » 

Le lecteur nous pardonnera cette digression, un peu longue 
peut-être pour le maigre renseignement que nous y puisons sur 
la coiffure des princesses arabes au xiv^ siècle. Le costume des 
femmes mauresques était d'une grande richesse et le vieux 
chroniqueur qui nous montre les couronnes d'or arabe fin des 
filles du roi de Belmarine n'est pas le seul qui parle de ces 
splendides bijoux. 

Le Caire était renommé pour l'opulence de ses habitants; des 
voyageurs italiens de cette époque, si habitués qu'ils fussent aux 
magnificences de leur patrie, racontent que jamais ils n'eussent 
osé rêver plus de richesse dans les toilettes des femmes. Les 
chaussures étaient ornées d'or et de pierreries, les diadèmes qui 
couvraient leurs fronts semblaient autant d'étoiles tombées du ciel. 



236 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



Les chrétiens mêmes se laissaient entraîner à cette passion du 
faste. A Famagouste, capitale de Chypre, il y avait de telles 
fortunes qu'un prêtre allemand, Rodolphe de Saxe, qui visitait 
cette ville en 1341, raconte qu'il vit un marchand de cette 
ville donner à sa fille, lors de son mariage, pour sa seule coiffure, 
des bijoux qui valaient plus que toutes les parures des reines 
de France ensemble. 




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CHAPITRE VI 



LE RÈGNE DU HENNIN 



Ce qu'était la France et ce que pouvait Ja Bourgogne. — Marguerite de Flandre et sa cour. 

— Un voyage de duchesse. — Escoffions, bourrelets et bourriaulx. — ■ Les escorcheurs. — 
Couronnes de fiancées. — Les escrocs de la maison de Bourgogne. — Fous et folles. — 
Coiffures hautes. — ■ Les hennins et Isabeau de Bavière. — Un coffret de mariage. — Moines 
et chanoinesses. — Les règles du deuil par Aliénor de Poitiers. — Manuscrits et enluminures. 

— La guerre aux hennins. — Le père Richard, le père Thomas et leurs émules. — Agnès 
Sorel. — Marie de Bourgogne. — • Vieux monuments flamands. — Olivier de la Marche et 
ses narrations. — La cour du bon roi René. — La mode des voyages au XV» siècle. — Un 
tombeau à Bréda. — Les atours de nuit. — Les modes anglaises. — L'armoire d'une élégante. 

— Les peignes et les pigniers. — Le pays de Boccace. — Béatrix d'Esté. — Léonard de 
Vinci. — Les Vénitiennes et le blond Vénitien. — Maris italiens. — Espagne et Portugal. 

— Le chaperon allemand. — Le chapeau de Jeanne d'Arc. 




[evenons vers le Nord et occupons-nous de 
la coiffure en Flandre. Ce pays, par sa 
réunion au duché de Bourgogne, partici- 
pait à toute la magnificence d'une cour 
qui fut l'une des plus brillantes du moyen 
âge, égalant et surpassant même celle de 
beaucoup de rois. 

La splendeur de la vie marchait de pair 
avec la richesse du vêtement. Le faste de 
la cour de Bourgogne éclipsa celui de la 
cour de France, croissant sans cesse avec la puissance de ses 
redoutables ducs, jusqu'à ce qu'elle s'écroula dans les marais 



238 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

de la Suisse avec Charles le Téméraire. La Flandre et la Bour- 
gogne n'étaient mêlées qu'indirectement aux troubles qui désolaient 
la France et furent relativement tranquilles pendant cette période. 
Elles purent prospérer sans trop de secousses, sous la protection 
de leurs puissants souverains. La cour de France ne regagna un 
peu d'animation et de prestige qu'à la fin du règne de Charles VII 
et sous Louis XL Elle ne porta pas d'ombrage à celle de 
Bourgogne. Pendant l'espace d'un siècle, les ducs de Bourgogne 
brillèrent de tout l'éclat d'une puissance et d'une richesse sans 
égale. C'est leur entourage qui inventait et propageait les modes 
nouvelles, comme c'est dans leur résidence qu'on admirait les 
plus beaux tournois et que se donnaient les banquets les plus 
somptueux. 

A l'époque du mariage de Charles VI avec Isabeau de Bavière, 
de. triste mémoire, le centre de ce que, dans notre langage actuel, 
nous nommerions le « mouvement élégant », était essentiellement 
à la cour de Bouroroo^ne. 

o o 

Le caractère de la duchesse Marguerite, comtesse de Flandre, 
femme du duc Philippe et mère de Jean sans Peur, n'était cepen- 
dant guère accessible aux fumées de la gloriole et de la frivolité, 
car elle passait pour une personne de grand sens, pieuse et plus 
occupée de ses enfants que de plaisirs, de fêtes et de toilettes. 
Mais elle savait se soumettre aux exigences de son rang et 
surtout à celles de son fier et ambitieux mari. Elle préférait, aux 
agitations incessantes de la capitale de France, où elle ne se 
montra que le plus rarement possible, le séjour des palais et des 
châteaux qu'elle possédait dans ses Etats. 

Elle y entretenait une cour aussi nombreuse que magnifique 
qui donnait, comme nous l'avons dit, le ton à presque toutes les 
autres cours de l'Europe et n'avait pas de rivale. 

Suivons-la, les comptes ou « escroes » de son trésorier à la 
main, dans une de ses visites à Bruges, en 1400. Elle est accom- 
pagnée de son fils aîné, Jean, comte de Nevers, de la jeune 
épouse de ce dernier, Marguerite de Bavière, de sa fille aînée. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 239 

Isabelle, et de son gendre, Guillaume de Bavière, comte d'Ostrevant 
et enfin de Catherine, sa fille cadette. Chacun de ces hauts person- 
nages a une suite nombreuse et brillante et, à son tour, cette 
suite a derrière elle un personnel considérable de serviteurs et 
suivantes (fig. 170). 

En dehors des seigneurs de marque et des gentilshommes qui 
l'entourent sous différents titres, « l'hôtel » de la duchesse se 
compose d'un premier maître d'hôtel, de maîtres d'hôtel ordinaires, 
d'écuyers, paiietiers, sommeliers, fourriers, fruitiers, cuisiniers, 
valets, au nombre de plus de cinquante personnes, sans compter 
le service subalterne. A la tête du service féminin sont deux 
dames d'honneur, madame de Sully, femme de Guy de la 
Trémoille et madame de Bellanviller, femme de Louis de Poissy. 
La comtesse de Nevers a aussi une dame d'honneur, Jeanne de 
Melun, dame de Beauval, mais par contre, il y a deux demoi- 
selles d'honneur, sans doute la monnaie de la seconde dame, 
mesdemoiselles de Gazeron et de Saint-Légier, attachées à la 
personne de la princesse Catherine. Pour terminer, ajoutons que 
madame de Sully a elle-même une suite spéciale, a. savoir : huit 
valets, quinze chevaux et une meute. Bref, le train ordinaire de 
la duchesse dépasse deux cents personnes, sans y comprendre 
celui de son fils, ni la chapelle ducale, ni bien d'autres services 
encore. 

Nous laisserons de côté la description des riches tapisseries 
d'Audenarde ou de Bruxelles, des tentures de soie aux armes 
de Flandre et de Bourgogne, dont la demeure ducale est embellie 
à l'occasion; sur les buffets s'étale la splendide argenterie ducale, 
estimée alors à plus de 50,000 marcs. Nous passons encore 
d'autres magnificences, mais nous ne pouvons résister à mentionner 
une nouveauté qui est l'objet d'une vive curiosité et d'une admi- 
ration bruyante dans la foule des vassaux de tous degrés, 
accourus pour faire loyal accueil aux augustes personnages. C'est 
le c/tar branlant ou curre de la duchesse. Il n'en existe encore 
que trois. Le premier appartient au roi de France, la duchesse de 







Fig. 170. ■ — Comtesses de Flandre d'après des statues du Musée d'Amsterdam. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



241 



Bourgogne a le second et le troisième est à la comtesse de Nevers. 
Les comptes ducaux nous apprennent que ce dernier est peint 
en vert et qu'il a coûté au taux actuel de l'argent, 13,860 francs!. 
Ils nous renseignent moins bien sur le char branlant de la duchesse. 
Ce nom nous fait supposer qu'il était muni de quelques engins 
ressemblant à des ressorts, chose bien nécessaire dans un temps 
où les routes étaient plus que caho- 
teuses. Ce qu'on sait du char bran- 
lant, c'est qu'il se composait d'un 
grand coffre fermé, posé sur quatre 
roues et si haut juché qu'il fallait 
une échelle pour en descendre. L'ex- 
térieur de la dite caisse était couvert 
de peintures artistiques et de dorures, 
l'intérieur garni de tapis luxueux et 
de quatre coussins brodés aux armes 
ducales. 

La duchesse descend de son cii,rre 
non sans aides et salue les dames 
de haute distinction venues dans 
leurs plus beaux atours pour la 
recevoir. 

Madame Marguerite de Flandre 
porte un vaste couvre-chef haut et 

large en soie, orné de rangées de grosses perles et d'un joyau 
magnifique par devant. Cette coiffure est maintenue par une 
écharpe qui vient s attacher sous le menton. Sa fille Catherine la suit. 
La jeune princesse a un petit bonnet garni de perles très seyant 
et couvrant seulement le haut de la tête, laissant à découvert les 
tresses de ses cheveux qui sont fixées sur l'oreille (fig. 171). 

La comtesse de Nevers est aussi sortie de son véhicule. Elle 
porte un vaste chapeau d'un goût tout allemand, arrondi en forme 
de bourrelet et garni tout autour de bandes de drap festonné 
avec un joyau par devant. 

- 17 




Fig. 171. — Comtesse de Flandre, d'après 
une statue du musée d'Amsterdam. 



242 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



La jeune comtesse d'Ostrevant est à cheval ainsi que son 
mari; sa longue cotte hardie flottante à grandes manches, traîne 
presque jusqu'à terre. Sur la tête se dresse cette singulière coiffure 
à deux cornes qu'elle inaugure dans le pays, car elle est une des 
plus élégantes princesses de la cour de France. 

Madame de Sully et les autres dames d'honneur descendent de 

leurs litières de brocart ou de drap 
d'or. La dame de Sully porte un 
vaste bonnet.de toile empesée égale- 
ment à deux cornes. 

Puis vient la suite immense de la 
famille ducale, litières, charrettes, cava- 
lerie, hommes d'armes, gens d'équipe; 
tout cela arrive en bon ordre et vient 
se ranger dans la cour. 

Mais la duchesse est entrée dans 
la grande salle d'honneur; les dames 
la suivent ; elle les reçoit gracieu- 
sement et c'est un défilé superbe 
que forment toutes ces nobles dames 
revêtues des étoffes les plus belles, 
brodées de leur blason, les unes 
couronnées de pierreries, les autres, 
selon la mode du pays, coiffées 
de hauts bonnets à ailes, en toile fine d'où pend un voile léger 
(fig. 172). 

Dans une vaste galerie, on a préparé un repas plantureux, car 
la magnificence de la maison de Bourgogne exige que la duchesse 
tienne toujours table ouverte et toute la noblesse sait qu'elle est 
de droit la commensale de son suzerain. 

Après quelques instants de repos, la duchesse et sa famille 
reparaissent et tout le monde s'assied autour de l'immense table 
couverte des mets les plus exquis et les plus coûteux. Sous un 
dais élevé se placent la duchesse et ses enfants. 




Fi 



172. — Noble Flamande, d'après 
une peinture du temps. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



243 



Bientôt, le grand écuyer sonne le premier service, composé de 
limons, cerises, fruits tendres et salades diverses. 

Mais notre sujet ne nous permet pas de nous égarer davantage 
dans les descriptions culinaires des cinq services qui composent 
tout repas bien ordonné à la cour ducale; nous ne parlerons ni 
des potages au fenouil, au millet, à la moutarde, ni des rôtis à 
la sauce de cannelle, aux genêts ou aux roses, ni des pâtés 
gigantesques faits avec douze oisons et un agneau farci, ni des 
pâtisseries aux citrouilles, des tartes à l'avoine, des crèmes blason-, 
nées en couleurs diverses aux armes de Flandre. 

Arrivons bien vite au lever de table, quand la noble compagnie 



4^S 





Fig. 173. — Coiffures de dames nobles, d'après une ancienne tapisserie. 



étant passée dans une nouvelle salle, cause et se divertit en 
grignotant les épices de chambre, les confitures sèches, les sucreries, 
ou en vidant à petits coups les vins de Corse miellés et l'hypocras. 
Des pages parcourent les groupes, portant des aiguières d'eau de 
rose où l'on vient tremper ses doigts : le dîner ou plutôt la 
disnée est finie et nous pouvons examiner à notre aise les belles 
toilettes des dames et les costumes brillants des chevaliers. 

Voici d'abord trois jeunes filles nobles. Elles laissent leurs cheveux 
épars ou retombant en une seule grosse mèche. Deux d'entre elles 
portent le chapel d'orfèvrerie auquel est attaché le léger flocquart 
transparent si aimé des dames flamandes. La jeune fille du milieu 
n'a qu'un petit couvre-chef en forme de toque (fig. 173). 

Auprès d'elles est une jeune femme de haut rang, à en juger 



2-14 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



par sa couronne à trèfles. Les cheveux sont enfermés dans une 
crépine et son visage est légèrement ombragé par un petit flocquart 
qui tombe sur son front et entoure la tête (fig. 174). 

Les grandes coiffures de toile empesées dominent; les Flamandes 
ont toujours préféré les beaux produits de leur industrie nationale 
aux plus brillantes étoffes de l'étranger. Beaucoup de seigneurs 
sont vêtus de draps fins dont la Flandre a le monopole. Les 
femmes préfèrent cependant la soie d'Italie, qui donne à leurs 

longues robes tant de richesse et. de 
beauté. 

La duchesse adresse à chacun un 
mot de bienvenue et ses fidèles sujets 
lui expriment la joie de retrouver dans 
leurs murs la descendante de leurs 
vaillants Comtes. 

Mais il se fait tard et les illustres 
voyageuses sont fatiguées. 

Des pages arrivent avec des flam- 
beaux pour éclairer la sortie des con- 
vives et bientôt la bonne ville de 
Bruges est retombée dans le silence 
que le veilleur de nuit interrompt seul de son pas monotone. 

C est dans la bibliothèque même de la duchesse Marguerite, 
enrichie par ses fils et petits-fils, que nous allons puiser les plus 
amples renseignements sur les modes du xv^ siècle. 

Les manuscrits que firent exécuter Philippe II, Jean sans Peur 
et Philippe le Bon forment la collection la plus magnifique qu'on 
puisse admirer; elle est conservée à la bibliothèque royale de 
Bruxelles et les nombreuses miniatures qui en font l'incomparable 
ornement offrent une ample moisson de documents aux chercheurs 
admis à les feuilleter. Le plus beau de ces manuscrits est sans 
contredit celui intitulé : Les Chroniques dti Hainaut. Nous lui 
avons fait de nombreux emprunts. 

Les grandes dames et les princesses dont on rencontre les por- 




Fig. 174. — Dame noble, d'après 
un monument du temps. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



245 



traits presque à chaque page, sont généralement coiffées du grand 
escoffion à cornes, sorte de bourrelet qui s'avance par dessus 
les bouffants des oreilles. Cette coiffure est le plus souvent faite 
en damas de soie à fleurs d'or et ornée d'une écharpe à deux 
bouts bordée de perles. 

Le petit escoffion en étoffe précieuse, ^ posé sur des bouffants 
d'oreilles garnis de galons d'or ou de perles (fig. 175) s'y voit 
aussi avec la grande coiffure, qui consiste en cornes élevées 




Fig. 175. ' — Dames nobles, d'après une miniature du manuscrit des Chroniques 
du. Hainaiit de la bibliothèque de Bourgogne. 



recouvertes d'un réseau d'orfroi surmontée d'une grande coiffe de 
toile blanche empesée, terminée par un voile. Enfin une foule 
d'autres coiffes, crépines, cornes ou escoffions témoignent d'une 
imagination aussi fertile que variée chez les élégantes de cette 
époque. 

Les cornes les plus volumineuses étaient les plus admirées. On 
les augmentait encore en les recouvrant d'une écharpe de soie 
légère, drapée en plis gracieux sur le front, dont les bouts 
retombaient de chaque côté (fig. 176). 

Enfin quelques jeunes filles se coiffaient de l'escoffion de velluiau, 
orné d'un joyau sur le front. Elles aussi retiraient le plus possible 
leurs cheveux en arrière et les nattaient en une seule grosse 



246 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



tresse, sortant au-dessus de l'oreille et venant ceindre l'escoffion 
dans toute sa largeur (fig. 177). 

Le vrai hennin n'était encore guère répandu en Flandre l'an 1400. 
Ce qu'on y portait surtout, c'était les couvre-chefs de toile dont 
nous étudierons plus tard les formes diverses; mais cette obser- 
vation n'exclut pas les riches et dispendieuses coiffures de grandes 
cérémonies. En décrivant plus haut l'arrivée de la duchesse de 
Bourgogne à Bruges, nous nous sommes bornés à mentionner 

les modes les plus usitées. 

La réception de la dernière descendante 
des comtes de Flandre était pour ainsi dire 
une réception au pied levé, mais quelle 
magnificence, quel luxe royal ne déployait-on 
pas quand il s'agissait d'un tournoi, d'une 
grande fête, d'un de ces Pas qui plaisaient 
tant aux ducs de Bourgogne et pour lesquels 
ils se montraient d'une somptuosité que nul 
souverain n'aurait pu alors égaler. 

Au milieu de ces tournois, de ces fêtes qui 
sembleraient indiquer un état permanent de 
paix et de tranquillité, les scènes les plus 
tragiques succédaient parfois aux spectacles les plus attrayants. 
N'est-ce pas au sortir d'un bal donné par la reine Isabeau que le 
duc d'Orléans tomba sous les coups des sicaires de Jean sans Peur? 
La Bourgogne elle-même, malgré toute la puissance de son 
duc, n'était que trop souvent le théâtre des exploits de bandes 
de brigands sans entrailles qui parcouraient toute la France et 
les pays voisins, mettant à rançon les pauvres gens, pillant les 
couvents et les églises, massacrant tout ce qui leur résistait, 
promenant en tous lieux le fer et le feu. 

Formées de soudards de toutes nations, conduites par des 
aventuriers, par des gentilshommes perdus de dettes et de mœurs, 
quelquefois même par des grands seigneurs déclassés prêts à 
vendre leurs services au plus offrant, elles n'épargnaient ni l'âge 




Fig. 176. 

Dame noble, d'après une 

ancienne miniature. 



-1%-^ -.'-■> \^^^j2m^^,2ç_^£^kim^tliUiL^^ 



















Succa en i5oi, tiré du curieux album de cet artiste, conseive a la 
Bruxelles. 



248 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



ni l'enfance et s'attaquaient même aux manoirs de la noblesse 
comme aux villes mal gardées. Une de ces bandes, sous les 
ordres du bâtard de Bourbon et d'Antoine de Chabannes, surprit 
la ville de Moulins et la mit à sac. Le commandant de la place, 
Jean, seigneur de Busseul, fut un des premiers pillés, honneur bien 
mérité pour le peu de soin qu'il eut de remplir son devoir de 
gardien de la ville. 

Soumis plus tard à une enquête, il fournit la liste des objets 

de prix qui lui avaient été enlevés. 
Ce document, qui a été conservé, 
jette une triste lumière sur les 
effrayants progrès du luxe parmi la 
noblesse de second rane. Busseul, 
qui ne prend pas d'autre qualifica- 
tion que celle d'écuyer, déclare lui 
avoir été dérobé « quantité de vais- 
« selle d'argent valisant 40 marcks, 
« tant en aiguières que gobelets ; 
« trois calices pesant 6 marcks ; 
« dix robes, tant d'homme que de 
« femme, tant de drap d'argent, de 
« soie, d'écarlate que autres fourrées de martre, gris et munières ; 
« plusieurs huques et chaperons d'orfèvrerie où il pouvait avoir 
« dix à douze marcks d'argent doré valant 40 escus d'or. Deux 
« chamées (?) d'or pesans environ un marck garnies de croix et 
« burlètes. Plusieurs aultres menus joyaux et bagues, comme 
« dyamants, saphyrs, rubis, verges d'or etc. » 

Nous ignorons si le seigneur de Busseul, réduit à la besace, 
se fit à son tour « écorcheur ». Ce qu'il y a de certain, c'est 
qu'il était en plein milieu de la voie qui conduit à ces déchéances. 
Nombre de ses congénères, pillés comme lui, ou comme lui 
ruinés par leurs dispendieuses extravagances, allèrent logiquement 
jusqu'au bout, donnant à leurs successeurs et élèves, les gueux du 
xvis siècle, un exemple trop bien imité. 




Fig. 177. — Jeune fille, d'après une 
peinture du xve siècle. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 249 

Le luxe le plus répandu était celui de la joaillerie. 

Jamais, en aucun siècle, on n'orna sa tête de telles quantités 
de bijoux. Les moindres coiffures devaient posséder au moins 
quelque belle pierre, bien brillante, et l'on vit des coiffes de 
simple toile ceintes de couronnes scintillantes; il fallait, n'importe 
comment, jeter de la poudre aux yeux. 

La duchesse d'Orléans attachait une plume à sa coiffure au 
moyen d'une « chantepleure » d'or à sa devise. La ceinture ou 
cordon de chapeau de la reine de France est ainsi décrite dans 
les comptes de sa maison : 

« Pour une ceinture d'or, en façon de cordon, ployant à char- 
« nières, bordée de fils d'or, à guippleure, à branche de rosiers 
« esmaillée de leurs couleurs, et à roses blanches enlevées et 
« percées à jour sur un fond bruny, avec une chesnette de même 
« pendant à la dite ceinture pour à icelle attacher deux houppes 
« faictes de fil d'or de Florence pour ceindre et mettre autour 
« du chaperon. » 

Le reste du vêtement s'ornait à l'avenant. Grands colliers, 
agrafes, ceintures, plaques, bracelets ou brassards, voire même 
chaussures, tout se couvrait de bijoux. 

Leur importance est telle que lorsqu'une maison princière se 
déplace, l'emballage des objets précieux est une des principales 
préoccupations des maîtres d'hôtel. On achète par gros paquets 
le « coton à empoustrer (i) » et les chariots chargés de ces 
richesses sont l'objet d'une surveillance active pendant la route, 
car ils offrent un appât bien grand aux détrousseurs qui hantent 
les grands chemins. 

La cour de Bourgogne, comme toutes celles de son temps, 
entretenait des fous. Le rôle que jouaient ces fous heurte nos 
idées modernes. Nous ne comprenons pas que de grands seigneurs, 
des hommes graves, des femmes bien élevées fissent leur société 
habituelle de ces pauvres insensés et prissent un plaisir énorme à 

(1) Empoustrer, emballer. 



250 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

leur voir faire et dire mille sottises qui nous sembleraient plus 
dignes de pitié que de tout autre sentiment. 

11 n'en était pas ainsi pourtant. Les fous faisaient partie intégrante 
de toute suite princière et souvent même de la petite cour d'un 
simple baron sans grandes allures. 

Les « escroes » de l'hôtel de Marguerite de Flandre, duchesse 
de Bourgogne, prouvent que ses fous ne la quittaient pas. Ils 
étaient de tous les voyages, des moindres déplacements de chasse 
ou de plaisir. 

C'est tantôt un voyage à Corbeil, où la duchesse va passer 
lés fêtes de Noël et se fait accompagner de ses fous, tantôt un 
déplacement à Péronne où huit chevaux sont réservés pour le 
char des fous. 

En février 1385, les fous vont à Arras avec la duchesse et y 
passent quelque temps; on les met à l'auberge au prix de 16 sous 
par jour; ils sont quatre et ont deux varlets pour les servir. A 
chaque instant, ces pauvres insensés sont mentionnés. On leur 
achète des vêtements, on les nourrit, on les loge, avec le même 
soin que les chiens favoris, les faucons et les ours apprivoisés. 
Ils font partie de la ménagerie. 

Plus on avait de fous, plus on était heureux. L'espèce devait 
en être assez recherchée, un fou de cour devant posséder une 
certaine dose d'esprit drolatique; aussi, à défaut de vrais fous, 
admettait-on souvent quelque jovial personnage, ayant son franc 
parler, sans timidité ni vergogne, auquel on passait beaucoup de 
choses, s'il savait amuser son maître. 

A ces pauvres gens on donnait une brillante livrée, dont le 
type est devenu pour nous celui de la folie elle-même. Le plus 
ordinairement, ce costume était de deux couleurs tranchées, orné 
de nombreuses taillades et de pointes terminées souvent par un 
grelot. Le capuchon finissait derrière par une longue pointe garnie 
de sonnailles comme le reste. La marotte à la main, le fou 
pouvait se croire armé du sceptre d'un empire dans la lune. 

Cet usage, qui nous paraît une vraie dégradation de la nature 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



251 



humaine, était encore plus révoltant quand on l'appliquait aux 
femmes. Il y eut des folles de cour, cependant, et personne ne 
pensait à protester contre cet usage, qui nous semble monstrueux. 
Mais la délicatesse des mœurs avait encore beaucoup à gagner 
pour se débarrasser du vieux levain barbare et, fou ou folle, s'ils 
amusaient, peu importait le reste. 

L'histoire nous a conservé quelques noms de ces malheureuses: 




Fig. 178. — Dame noble, d'apiès un tableau du musée d'Amsterdam. 



elle ne nous donne pas la description exacte de leurs costumes, 
mais on peut croire qu'il ressemblait à celui des fous. 

Il était ordinairement de deux couleurs, le plus souvent en soie 
ou en velours, richement garni de galons dorés ou autres. 

Une vieille chronique raconte que la ville de Louvain, voulant se 
rendre agréable à son souverain, Philippe le Bon, fils de Jean sans 
Peur, offrit en 1347 à mademoiselle d'Or, folle de Monseigneur le 
duc, un costume de drap rouge et blanc avec capuchon pareil. 
Remarquons que le drap fin valait alors presque autant que la soie. 

Aux fous, il faut oindre les moinmeiirs et inom^neuses, com- 



252 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



pagnies de joyeux baladins, donnant des représentations grotesques 
ou comiques, acteurs et joueurs de farces, représentations aussi 
goûtées des princes que des peuples. Aussi, pas de fêtes sans 
mommeurs. Les grands seigneurs gardaient chez eux, souvent 




Fig. 179. — Jacoba de Bavière, XV siècle, musée d'Amsterda 



pendant longtemps, des troupes de mommeurs et régalaient 
convives et amis de leurs joyeuses facéties. 

En 143 1, dans les « escrocs » de l'hôtel du duc de Bourgogne, 
on rencontre des notes de paiements pour la garniture des 
chapeaux de mommeurs et mommeuses. Ils étaient de feutre gris 
garnis de plumes laites avec des fils d'archal et de rosettes 
faites de « peaux dor et d'argent ». 

En 1434, le même duc achète à Bruges trente chapeaux noirs 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 253 

et gris pour les mommeries qu'on devait faire aux joutes à cause 
des noces du seigneur de Croy. Enfin, ailleurs on voit qu'il donna 
l'ordre de garnir de coton des chapeaux de mommeurs. 

Vers l'époque du mariage d'Isabeau de Bavière, en 1385, le 
goût des grandes coiffures était déjà fortement développé. Les 
cornes s'étaient allongées et cachaient les oreilles. L'escoffion avait 
remplacé la birette. Un certain nombre de femmes, demeurées 
fidèles aux cornes de l'ancien modèle, se bornèrent à les rendre 
beaucoup plus proéminentes. Les cheveux frappés de proscription 
chez toutes les femmes mariées, se dissimulèrent sous un morceau 
d'étoffe riche, brodée, ornée de joyaux, de perles, de tout ce que 
la richesse pouvait donner (fig. 178). 

Les cheveux se relevaient avec soin et se cachaient sous le 
couvre-chef ou la coiffe. Les femmes se faisaient épiler le front 
et les tempes pour avoir un espace plus large et bien dégarni à 
montrer sous le grand escoffion (fig. 179). 

La beauté consistait à avoir la peau du front très blanche et 
très lisse. Mais les rides étaient bien visibles avec une telle mode. 
On s'infligea le cruel supplice de se tirer fortement la peau sous 
la coiffe au moyen de cordons, voire même de pinces, ce qui 
devenait un vrai martyre pour les victimes de la coquetterie. 
Mais que ne peut le désir d'être belle? 

Écoutez ce qu'en dit l'auteur du Mariage des filles du diable : 

Or venons à danies cornues 

Chiés de Paris, (i) testes tondues, 

Qui se vont pour offrant à vente 

Com cerf ramu vont par rues 

En bourriauJx, en fors, en sambues (2) 

Usent et metent lor jouvente 

Tele qui pert et bêle et gente 

Seroit, je croi, assez pullente 

Qui verroit lor defantes nues 

Si vent abas la ilour de l'ente 

Quand ils seront en enfer tente 

Lor cornes seront abattues. 

(i) Chiés de Paris, chefs, têtes de Paris. 
(2) Sambues, selles de cheval pour femmes. 



254 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



On donnait à toutes les coiffures hautes le nom général de 
hennin, qui n'était pas encore le cornet pointu qui représente pour 
nous cette coiffure. 

Il y avait le hennin à deux cornes et le hennin en forme de 
cône arrondi. Le hennin à deux cornes était porté tout autant 
que l'autre. 11 ressemblait tantôt à une mitre mise à rebours, 
tantôt à un énorme boudin surmontant les oreilles. Les filles de 
Juvénal des Ursins ont des hennins à doubles cornes sur la verrière 
qui représente la famille de ce magistrat (fig. i8o). Un petit voile 

est attaché à chaque pointe du 
hennin et retombe de côté. Un 
large orfroi borde les cornes. 

Isabeau de Bavière préférait 
le hennin rond, sorte de haut 
bonnet allant en s'évasant lé- 
gèrement vers le haut, magni- 
fiquement brodé et parsemé de 
pierreries. Un épais rouleau 
d'étoffe descendait sur le front 
et se relevait jusqu'en haiit du 
hennin, d'où il retombait parfois en forme d'écharpe ou allait se 
perdre par derrière sous un léger voile de gaze ou de moleskine. 
Enfin, une couronne d'une forme particulière surmontait cet 
énorme et lourd édifice (fig. i8i). 

Les proportions monumentales des hennins ainsi que des escoffions 
épouvantaient tous les honnêtes gens. 




Fig. i8o. — La femme et les filles de Jean 
Juvenal des Ursins, d'après un vitrail. 



Je ne saye s'on appelle potences ou corbeaux 
Ce qui soustient leurs cornes que tant tiennent à biaux, 
Mais bien vous ose dire que Sainte Elysabiaux 
N'est pas en paradis pour porter tels babiaux. 



dit Jehan de Meung dans son Testament. 

Une autre haute coiffure très usitée consistait dans un béguin 
ajusté à la tête et cachant tous les cheveux. Sur ce béguin était 




Fig. l8l, — Isabeau de Bavière eu costume d'apparat. 



256 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



COUSU OU épingle une légère carcasse de fil d'archal ou de baleine 
sur laquelle on pliait ou drapait un morceau de toile fortement 
empesé. Il s'élevait en pointe, s'élargissait en ailes, s'allongeait 
devant ou derrière de mille façons selon l'adresse ou le caprice 
des doigts qui le disposaient ; aussi, ce genre de coiffure variait-il 
de formes à l'infini. Il était porté par les nobles comme, par les 
boursfeois et fut surtout en voo-ue dans le nord de la France et 
en Flandre. 

Concurremment avec ce couvre-chef toujours monumental et 

avec le hennin, on portait l'escoffion non 
moins varié dans sa silhouette. L'escoffion 
était toujours une coiffure de grand luxe, 
orné de joyaux et de broderies à profu- 
sion (fig. 182). 

En première ligne, nous mettons l'escof- 
fion aux larges cornes évasées (fig. 183) 
auquel on ajouta, vers 1420, un petit 
voile de mousseline empesée ou bien des 
flots de mousseline s'échappant entre les 
cornes, retombant par derrière et entou- 
rant le cou de ses plis transparents si 
doux au visage. Les pointes de certains 
escoffions se dressaient presque perpendiculaires comme les tours 
d'une cathédrale, d'autres au contraire s'éloignaient entre eux le 
plus possible; toujours le voile rond ou carré retombait sur le 
dos (fig. 184). 

Le musée archéologique de Namur possède un très curieux 
coffret de mariage provenant de l'abbaye de Marche-les-Dames. 
Il représente, sur l'un de ses panneaux, un fiancé et deux amis 
s avançant à la rencontre de sa fiancée et de sa famille. Le fiancé 
présente une gerbe de fleurs à la jeune fille. Près de celle-ci se 
tient sa mère, coiffée d'un escoffion de dimensions immenses 
(fig. 185) aux pointes extrêmement effilées, fait d'une étoffe 
brodée avec bordure de perles. La fiancée porte un chaperon à 




Fig. 182. — Jacqueline de Biu- 
couit, d'après son tombeau à 
Launay-sur-Calonne (1488). 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



257 



plis; la suivante ou la sœur a la tête ornée d'une sorte de 
frontail, derrière lequel ses cheveux sont dressés en chignon. 

Il est à remarquer que la fiancée, ayant les cheveux cachés, 
ne peut pas être en costume de mariage, car l'usage exigeait 




Fig, 183. — Escoffion à larges cornes. 



que toute jeune fille portât ses cheveux épars pour cette cérémonie 
et longtemps encore on se servit du dicton populaire : 

Cheveux épars comme espoiisée. 

Les grandes différences de tormes et de dimensions des coiffures 
de ces trois personnes prouvent combien alors on avait de liberté 
dans la mode. Il ne faut pas croire que les vastes couvre-chefs 
fussent les seuls portés. Le coffret de Namur nous prouve le 
contraire. 

Les femmes du peuple portaient la coiffe et le capuchon. La 

18 



258 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



forme variait légèrement d'après les contrées. En Belgique et en 
Hollande, les pans des capuchons s'allongeaient un peu et se 
croisaient sur la poitrine. On voit ce genre de capuchons sur 
beaucoup de monuments de l'époque (fig. i88). 

Quand il faisait chaud et qu'on se livrait au travail, les pans 
du capuchon étaient rejetés par derrière ou attachés sur le haut 
de la tête avec une épingle. 

D'autres portaient une coiffe de linge presque semblable à celles 




Fig. 184. — Escoffiou à hautes cornes, d'après une miniature d'un manuscrit 
de Gérard de Nevers de la bibliotlièque impériale. 



que nous voyons maintenant encore aux femmes de Flandre et 
d'Anvers, coiffe un peu élevée du fond et descendant assez bas 
sur les joues (fig. 190). Les bandeaux lisses des cheveux se 
montraient discrètement sur le front (fig. 187). Dans la bourgeoisie, 
beaucoup de femmes portaient encore le chaperon; les jeunes 
filles élégantes l'avaient en drap fin écarlate. En France, la longue 
queue du chaperon devint une bande large de 30 à 40 centimètres, 
qui tombait droite jusqu'aux talons. En Flandre, le capuchon 
n'était pas à queue; du moins il ne s'en trouve aucune trace 
dans les monuments ou les miniatures. En revanche, on se servait 
beaucoup de la gorgière. Les bourgeoises flamandes y restèrent 
longtemps fidèles, quelque incommode que fût ce vêtement (fig. 186). 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



2 59 



Les jeunes filles étaient seules restées fidèles à la coiffure en 
cheveux. Elles portaient tantôt de grosses nattes retombant sur 
les talons, tantôt des torsades s'enroulant autour d'un béguin de 
soie ou de drap d'or, tresses et torsades entremêlées de rubans 
(fig. 189). 

Peu de cornes et de bouffants pour orner ces jeunes têtes et 
cependant combien on abusait de cette excroissance disgracieuse 




Fig. 185. — Un panneau du coffret de mariage du xv" siècle appartenant 
au Musée archéologique de Namur. 



qui ôtait toute grâce à la tête. Les femmes du peuple même 
s'attifaient de toutes sortes de bourriaulx. Les congrégations 
religieuses de emmes avaient aussi suivi cette mode de plus ou 
moins loin. 

Les chanoinesses de l'illustre chapitre de Sainte-Waudru, à Mons, 
gardèrent les cornes au moins deux siècles durant. Elles portaient 
en outre un escoffïon de grandeur" moyenne et un voile blanc. 

Sous l'escoffion, les bourriaulx se montraient avec leur réseau 
de galons dorés. C'était à coup sûr une coiffure bien élégante, 



26o 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



mais les chanoinesses n'étaient pas considérées comme des reli- 
gieuses (fig. 191). 

Ces nobles dames, que la piété ou des intérêts de famille 
rassemblaient sous le toit hospitalier d'un chapitre, recevaient une 
assez large prébende et, sous une règle dont la sévérité se tempérait 
plus ou moins, selon les chapitres, menaient une vie pieuse à 
demi monastique. Leur costume tenait donc de cet état mi- 
séculier, mi-religieux et comme, dans toute institution humaine, 
quelque parfaite qu'elle paraisse, s'introduisent des' abus ou se 




Fig. :86. — Bourgeoise, d'après une statue de la catliédrale de Bois-le-Duc. 



glissent des faiblesses, il arriva que plusieurs chanoinesses trans- 
formèrent peu à peu leurs costumes en le surchargeant de tous 
les ornements possibles. Celles-là n'avaient évidemment plus de 
la chanoinesse que le nom. Plusieurs décrets de conciles et de 
synodes nous montrent que l'autorité ecclésiastique ne perdait pas 
de vue ces brebis en voie de s'égarer et savaient les rappeler à 
l'ordre. 

Si les religieuses mêmes portaient des cornes ou bourriaulx, 
les veuves n'avaient garde de s'en abstenir. Malgré la barbette, 
la guimpe et le voile pesant et incommode qui devait cacher à 
demi les traits de toute femme en deuil, on trouvait le moyen 
d'y ajouter des cornes (fig. 192). 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEiMININE 



261 



Nous avons déjà exposé que le deuil commença à se plier à 
une certaine étiquette au commencement du xiv^ siècle. Les rois 
le portèrent d'abord en noir, les particuliers le prenaient encore 
selon leur fantaisie. 



Et s'elle veult aller au corps (i) 
De Gautier, Herson ou Jehaiinette 
Il li fault robe de brunette 
Et mantel pour faire le deuil 



dit Eustache. Deschamps. 

Aliénor de Poitiers, qui écrivait Les honneurs de la cour en 





Fig. 187. — Femme du peuple, 
d'après une sculpture du temps. 



Fig. 188. — Femme du peu- 
ple d'après une sculpture 
du banc des maîtres des 
pauvres dans la grande 
église de Harlem. 




Fig. 189. — Jeune fille, d'après 
une miniature du xv^ siècle. 



1435, nous donne le premier code de deuil qui ait quelque 
règle fixe. 

D'après lui les rois ont abandonné le noir et portent le deuil 
en rouge, mais la reine se vêt de noir. 

Madame de Charolais, fille du duc de Bourbon, demeura, après 
la mort de son père, six semaines en sa chambre, couchée sur un 
lit couvert de draps de toile blancs et appuyée sur des oreillers. 

« Elle avait mis sa barbette et son manteau de chapperon. 



(l) Corps, convoi funèbre. 



202 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



« lesquels étaient fourrez de menu vair et avait le dit manteau 
« une longue queue aux bords devant le chapperon, une paulme de 
« large, le menu vair (c'est à savoir le gris) estait crespé dehors. 
« En deuil de marit, poursuit l'auteur, ou de père, on ne 
« soûlait porter verges (i) ny gants es mains. Et il faut savoir 
« que la robbe est aussi à queue fourrée de vair, et le poil qui 




Fig. 190. — Servante, d'après une peinture du XV- siècle. 

« passe en haut et en bas le gris est osté et ne voit oncques 
« que le blanc; et durant qu'on porte la barbette ou le mantelet, 
« il ne fault porter nul ceintures ne ruban de soye ne autre que 

« ce soit 

« Les dames ne doibvent point aller au service de leurs marits, 



(i) Verge, bague. 




Fig. 191. — Chnnoinesse de Sainte-Waudru à Mons, d'après une miniature delà Ckroiiicq'ie d'i 
Hayiiaut, manuscrit de la bibliothèque royale de Bruxelles. 



204 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



« s'il ne se fait après les six semaines; aussi ne font les princesses, 
« mais pour père et mère, ouy. 

« Item pour le frère aisné l'on porte tel deuil que pour père 
« et mère et tient-on chambre sept semaines, mais l'on ne couche 
« point. 

« Item pour autres frères et sœurs on ne porte que la barbette 




Fig. 192. — Portrait de la femme du seigneur de Moiret, d'après son tombeau 
en l'église de Ste-Alpine à Châlons, 



« et le couvrechef dessus. Générallement pour oncles ou cousins 
« germains le mantelet; pour issus de germains le tourel et le 
« noir. 

« Et est à sçavoir que pour marit on portera demy an le 
« manteau et le chapperon, trois mois la barbette et le couvre- 
« chef dessus, trois mois le mantelet, trois mois le tourel et trois 
« mois le noir, et toujours robes fourrées de menu vair; au tems 
« passé on ne les portait qu'un an ; mais il me semble que pour 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



265 



« marit on le doit porter deux si l'on ne se remarie. Item pour 
« père et mère un an; pour aisné frère l'on dit un an; mais peu. 
« le portent si longuement; pour aultres frères, sœurs et aultres 
« amys demy an, trois mois, si lorsque le cas le requiert. 

« J'ay veu du tems passé, que princes et grands, nobles gens, 
« quand on faisait le service de leurs parents ils avaient queue 
« d'une aulne ou de trois quartiers et les cornettes de leurs 
« chapperons aussy longues, mais maintenant l'on porte toutes 
« courtes cornettes et aussy bien les princesses que les aultres. > 





Fig. 193. — Touret de deuil. 



Fig. 194. — Jeune fille noble, d'après une 
ancienne miniature. 



Le touret de deuil était une sorte de calotte noire autour de 
laquelle se tournait un morceau d'étoffe de 50 à 60 centimètres 
de long. On ramenait les deux bouts au-dessus du front et on 
les y fixait avec une épingle (fig. 193). 

La barbette et la guimpe étaient obligatoires en deuil. Comme 
on le voit dans les explications d'Aliénor de Poitiers, il ne faut 
pas confondre ce touret avec le manteau à capuchon qui est le 
vêtement du plus grand deuil. 

Mais revenons aux grandes coiffures. Outre le hennin, le caprice 
féminin avait inventé un autre genre de chapel ayant quelque 
rapport avec le turban, 



266 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Sur une riche étoffe de soie, on étendait un réseau de fils d'or 
entremêlés de perles. On drapait de chaque côté un morceau de 
linon et on surmontait le tout d'une grosse torsade faite de deux 
bandes d'étoffé de couleurs différentes (fig. 194). 

Tous les genres de couvre-chefs étant admis, on ne peut s'étonner 
de voir surgir une singulière coiffure à trois pointes, en forme 
d'étoile, qui se bâtissait avec du velours ou de . la soie. Quelques- 
unes se portèrent garnies de délicates pièces d'orfèvrerie travaillées 
à jour, ornées de pierreries et surmontées d'une grande draperie 
de gaze ou de mousseline qui s'étendait d'une pointe à l'autre et 
retombait par derrière sur le cou (fig. 195). 

Un autre pfenre nouveau d'ornement se faisait en fils d'or et 
d'argent et s'appliquait sur les coiffures comme sur les autres 
vêtements; on l'appelait bisette et il ressemblait un peu à une 
dentelle très grossière. C'est le premier essai de ce tissu artistique, 
qui devait être plus tard l'une des branches les plus dispendieuses 
et les plus admirables du travail et de la coquetterie féminine. 

Les nombreux manuscrits du xv^ siècle ornés de ces précieuses 
miniatures, source inépuisable des plus intéressants aperçus sur 
les mœurs de ce siècle, démontrent, mieux que nous ne pourrions 
le faire, le grand éclectisme qui régnait alors dans la coiffure. 
Hennins, escoffions, bourriaulx, couvre-chefs de toile, de laine, de 
soie, tout était porté et tout était de fait à la mode, pourvu que 
la fantaisie y introduisît quelque chose de nouveau. Témoins ces 
belles planches représentant tantôt un festin, tantôt une réunion 
de cour, voire même les occupations habituelles de la noblesse 
comme de la bourgeoisie. Prenons au hasard ; voici une assemblée 
de piété; un groupe de femmes entend la messe. Il y a là des 
échantillons de toutes les classes. D'abord trois nobles dames, 
ayant chacune une coiffure différente. L'une a le hennin sans voile 
à double bourrelet posé sur les cornes (fig. 196). Par derrière est 
une cascade de coques de rubans. La seconde a un large couvre- 
chef de toile empesée dont les plis rappellent la cornette des 
soeurs de Saint- Vincent de Paul. Une couronne est posée sur 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



267 



la calotte. La troisième, au surcot fourré d'hermine, a rassemblé 
ses cheveux à la chinoise en un seul chianon au sommet de la 
tête; une énorme coiffe à deux cornes en mousseline transparente 




I 



Fig 195' — Extrait d'une minialure de la bibliothèque nationale de Paris. 

est posée par dessus. Cette mousseline était ou brodée très 
légèrement ou à dessins tissés dans l'étoffe. Les autres femmes 
ont toutes des capuchons ou coiffes. La plus grande a la mante 
à capuche, qu'on rencontre encore, presque absolument pareille. 



26S 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



chez les femmes du peuple, en certains villages de la Belgique. 
Une autre a le capuchon à queue, sans mante au-dessus de la 
grosse robe de brunette. Une barbette et une guimpe entourent 
le visage. Des deux femmes qui portent des coiffes de linge, 
l'une, la plus élégante, appartient à la bourgeoisie. Une guimpe 
de linon en pointe sur le dos cache l'ouverture décolletée de sa 
robe. La coiffe tombe par derrière en plis réguliers. L'autre, la 




Fig. 196. — Femmes à la messe, d'après un ancien manuscrit. 



dernière, au large manteau venant resserrer la cornette au cou, 
est bien une femme du peuple. Sa singulière coiffure la fait 
ressembler à un hanneton. 

Le hennin n'était pas exclusif. Toute coiffure était admise, 
pourvu que la tête fût volumineuse, qu'elle le fût en largeur où 
en hauteur. 

Mais le hennin était surtout la coiffure favorite de la reine 
Isabeau de Bavière. Sans doute, il convenait à son genre de 
beauté. On a attribué à cette princesse l'importation du luxe et 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 269 

des parures luxueuses en France, c'est faire injure aux Françaises. 
Les femmes, en France^ ont toujours eu le sens délicat du beau 
et du brillant et quand Isabeau arriva au milieu d'elles, son 
trousseau était si simple que sa tante, la comtesse de Hainaut, 
dut lui donner un costume digne de sa haute position. Mais dans 
cette atmosphère d'élégance, la jeune Allemande développa bientôt 
ses goûts pour la toilette et dépassa de loin ses premières 
maîtresses. Juvenal des Ursins parle en ces termes des modes 
sous la jeune reine : 

« En quelques guerres qu'il y eust, tempestes et tribulations, 
« les dames et damoiselles menaient grands et excessifs états et 
« cornes merveilleuses, hautes et larges, et avaient de chacun 
« costé au lieu de bourlées deux grandes oreilles si larges que 
« quand elles voulaient passer à l'huis d'une chambre, il fallait 
« qu'elles se tournassent de côté et baissassent où elles n'eussent 
« pu passer. La chose déplaisait fort à gens de bien. » 

Un autre contemporain s'est amusé à compter les pierreries 
qui décoraient une coiffure de la belle reine; il a noté quatre- 
vingt treize diamants et tout autant de perles, de rubis et de 
saphirs. 

Une locution du temps indique d'une façon originale le peu de 
femmes raisonnables qui avaient su résister à l'entraînement 
général. On disait d'une personne de mine modeste et digne : 

« Elle est vêtue sans péché! » 

La cour, comme le reste des hautes classes, s'habillait en 
costume de « folie » et riait elle-même de ce nom dont on 
baptisait les nouvelles modes. Les femmes aimaient alors à prendre 
des allures cavalières; elles avaient des bottes, de gros gants 
d'homme et souvent, dans le jour, s'affublaient de lourds cha- 
perons doublés d'épaisses fourrures, ou de chaperons à cornet 
comme les hommes seuls en portaient. Dans les fêtes de la cour, 
pendant la démence du malheureux Charles VL le fastueux duc 
de Bourgogne distribuait aux dames des étoffes d'or et d'argent 
qu'il faisait venir à grands frais de Chypre et de Lombardie et 



270 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

les joyaux de la couronne de France servaient à embellir les 
ajustements de la fière duchesse (fig. 197). 

Le peuple, témoin et victime de ces débordements, se soulevait 
de toute part. La jacquerie, les cabochiens, les loups, les écorcheurs, 
brigands de toute espèce, formaient des bandes redoutables 
s'alimentant de tous les mécontents que les exactions du fisc et 
des grands avaient poussés à bout et enflammés de haine. Dans 
la classe bourgeoise, la jalousie mordait les plus frivoles; on 
cherchait par tous les moyens à avoir de beaux habits et les 
mœurs s'en ressentaient, surtout à Paris. La province, plus sage, 
subissait cependant aussi la mauvaise influence de la capitale; 
partout, d'ailleurs, les bandes pillardes entretenaient l'agitation et 
le désordre. A Beauvais, à Noyon, à Laôn, les femmes du peuple 
et de la bourgeoisie se jetaient sur les nobles dames, les battaient, 
leur arrachaient leurs beaux vêtements, puis allaient piller ou 
dévaster les hôtels et les châteaux. 

Il fallait remédier à cet état de choses autrement que par la 
force armée; c'est ce qu'entreprirent les prédicateurs. 

En ces temps où, malgré la dissolution des mœurs, la foi 
était encore simple et forte, les orateurs sacrés osaient dire en 
chaire les vérités les plus dures et les plus sévères. Leurs re- 
proches violents, souvent très personnels, loin d'être mal accueillis, 
excitaient au contraire de tels enthousiasmes qu'il n'était pas rare 
de voir accomplir à l'instant les sacrifices demandés par l'orateur 
sacré. 

Un certain père Richard, cordelier bien connu en son temps 
par son pèlerinage à Jérusalem, plus encore par la véhémence de 
ses prédications, avait fait un jour à Paris un sermon si chaleureux 
contre le luxe des cornes et des chaperons que tous les Parisiens 
qui l'entendirent, hommes et femmes, transportés d'un saint enthou- 
siasme, se dépouillèrent de tous les objets de luxe qu'ils portaient 
et les jetèrent dans un grand bûcher qu'on alluma au milieu de 
la rue. L'exemple fut si bien suivi qu'il se fit en peu de jours 
dans la capitale de la France plus de cent feux expiatoires. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



271 



Toutes les dames, dit le chroniqueur, jetèrent les atours de tête, 
bourriaulx, truffeaux, pièces de cuir ou de baleine qu'elles mettaient 
en leurs chaperons pour les rendre plus roides. Les demoiselles 
abandonnèrent leurs cornes, leurs queues et grand foison de leur 

pompe 

Un carme appelé Breton prêchait de telle façon que partout 




Fig. 197. — Noble dame, d'après un tableau du Musée d'Amsterdam. 



OÙ il avait parlé on voyait disparaître l'usage des cornes chez 
toutes les dames. 

Enfin, un autre carme, le père Thomas Conette, occasionnait 
de véritables révolutions. 

Paradin, dans ses annales de Bourgogne, raconte ce qu'était 
ce religieux, considéré comme un saint, à tel point qu'il ne 
pouvait entrer dans une ville sans que la multitude ne se pressât 
autour de lui, allant à sa rencontre dans la campagne, le suivant 
de ville en ville, ne ' sachant se décider à le quitter. Les plus 
grands seigneurs se disputaient l'honneur de le recevoir chez eux 



272 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

et quand il voulait prêcher, on édifiait pour lui, sur la plus 
vaste place de l'endroit, une immense estrade recouverte des plus 
riches tapisseries, parée et tendue de « si belles estoffes que 
c'était ofrande merveille de le voir. » Sur cette estrade était 
dressé un autel orné des plus riches parements que l'on pût 
trouver. Le père Thomas y disait la messe avant de commencer 
sa prédication, puis il se mettait à parler pendant des heures 
entières! Tous les vices, toutes les faiblesses de son temps y 
passaient. Rien n'échappait à sa rude franchise ou à sa sévérité ; 
les grands comme les petits, les gens d'église, les « presbtres, 
moines et nonnains, » tous étaient fustigés à leur tour. Mais la 
plainte aiguë de son éloquence s'attaquait surtout aux coiffures 
des femmes : « Car, dit Paradin, elles portaient de hauts atours 
« sur leurs têtes de la longueur d'une aune environ, aigus comme 
« clochers, desquels dépendaient derrière de longs crêpes à riches 
« franges comme étendars. Ce prescheur avait cette faschon de 
« coëffure en tele horreur que la plupart de ces sermons s'adres- 
« saient à ces atours des dames ; avec les plus véhémentes invectives 
« qu'il pouvait songer, sans épargner toutes espèces d'injures dont 
« il se pouvait souvenir, dont il usait et déboquait à toute bride 
« contre les dames usant de tels atours, lesquels il nommait les 
« hennins. 

« Pour les rendre plus odieux au peuple, il attirait tous les 
« petits enfants des lieux oi^i il prêchait auxquels il donnait 
« certains petits présents puérils pour crier et faire la huée contre 
« ces hennins. Et étaient iceux petits enfants tous instruits que 
« quand ils voyaient venir une dame au prêche du frère Thomas 
« étant ainsi atournée, fût en pleine assemblée ou non et 
« criaient : au hennin, au hennin! sans intermission et jusque 
< icelles dames qu se fussent absentées de la compagnie ou bien 
« qu'elles eussent ôté tels atours. Et étaient iceu.x petits enfants 
« tant animés après ces hennins que quand les grandes dames 
« se partaient de honte des assemblées, les enfants couraient 
« après, toujours les poursuivans avec telles huées. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



273 



« Voire en vindrent les choses sy avant qu'ils prenaient des 
« pierres et les jectaient contre iceux hennins; dont il advint 
« de grands maux pour les injures faites à plusieurs grandes 
« dames, lesquelles ne se pouvaient sauver à demi dedans les 
« maisons pour l'importunîté que leur faisait cette tourbe de petits 
« enfants animés par ce prescheur qui leur donnait infinis pardons, 




Fig. 198. — Portrait du xv"^ siècle du Musée de Vereailles. 



« de la puissance qu'il se disait avoir pour faire ces exclamations, 
« lesquelles furent coutumées si affectueusement que les dames 
« atournées n'osaient plus sortir en public; et ne venaient point 
« au sermon de ce frère Thomas que desguisées et avec coiffure 
« de simple linge comme femme de bas étage (fig. 198). 

« De manière que partout où frère Thomas allait, les hennins 
« ne s'osaient plus trouver pour la haine qu'il leur avait vouée. 

19 



274 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



/ 



« Chose qui proufita quelque temps et jusques à ce prescheur 
« fut parti des pays susnommés (i). 

« Mais après son partement les dames relevèrent leurs cornes 
« et firent comme les limaçons, lesquels, quand ils entendent 
« quelque bruit se retirent et resserrent tout bellement leurs 
« cornes, mais le bruit passé, soudain ils les relèvent plus grands 
« que devant. Ainsi firent les dames, car les hennins et atours 

« ne furent jamais plus grands, plus 
« pompeux et plus superbes qu'après 
« le partement de frère Thomas. Voilà 
« ce qu'on gaigne à s'oppiniastrer contre 

« l'oppiniastrerie d'aucunes cruelles 

Quoique ce fût, ce bon frère Thomas, 
qui était révéré deçà les monts comme 
personne divine et céleste et aux ser- 
mons duquel se trouvaient souvent en- 
viron vingt mille personnes, ne trouva 
pas telle faveur en Italie, car environ 
cinq ans après qu'il eust presché en 
France et qu'il eust tant proufité contre 
les atours que les dames même les 
lui apportaient publiquement en plein 
« sermon, et sur son echaffaut les brûlaient publicquement en un 
« grand feu qu'il allumait auprès de sa chaire, il s'en alla à Rome 
« séant le pape Eugène quatrième. » 

Paradin conte ensuite la fin malheureuse du père Thomas, qui, 
étant tombé dans l'hérésie et la révolte contre le Saint-Siège 
avec la même fougue qu'il déployait contre les hennins, fut mis 
en jugement, convaincu d'hérésie opiniâtre et enfin brûlé. 

Malgré ces attaques ou peut-être à cause d'elles, les hennins res- 
tèrent en grande faveur jusqu'à la fin du siècle et l'on vit Anne de 
Bretagne en porter encore à sa cour. Des portraits d'Agnès Sorel 




Fig. 199. — Hennin à deux cornes 
d'après une ancienne miniature. 



(i) Bretagne, Flandre, Artois, Tournésis et pays adjacents, d'où il alla en Bourgogne. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



275 



la montrent avec le même hennin que celui de la reine Isabeau. 
Le voile de brocart retombe par derrière et traîne à terre, 
recouvrant la longue queue de la belle dame. Digne de succéder 
à la triste Isabeau, Agnès donna comme elle l'exemple d'un luxe 
effronté et scandaleux. Georges Chastelain dit d'elle : « En tout 
« ce qui pouvait conduire en ribaudise et dissolution en fait 
« d'habillement, elle fut toujours produiseuse et monstrueuse. » 




Fig. 200. — Hennin avec grand voile, d'après une miniature du xv siècle. 



En même temps que le hennin à bourriaux ou bourrelets 
parut le hennin à' deux cornes, bonnet élevé, partagé en deux, 
comme l'autre hennin recouvert de belles et riches soieries, brodé 
de perles ou enrichi de pierreries (fig. 199), enfin brodé et orné 
par derrière comme par devant. 

A dater de 1440, les hennins s'allongèrent prodigieusement; 
les cônes tronqués ou ornés de bourriaux disparurent pour faire 
place au seul hennin pointu. Les dames nobles le portaient 
beaucoup plus haut que celui des bourgeoises. 

Ils furent d'abord recouverts presque entièrement d'un immense 



276 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



voile rond d'étofte transparente, qui s'attachait sur le front et 
retombait en plis nombreux autour de la taille (fig. 200). 

Il n'était pas permis aux bourgeoises de porter des voiles aussi 
longs que ceux des dames nobles. Cette interdiction donna lieu 
à de vifs et curieux débats entre les femmes des deux castes. 
Les gentilsfemmes, très jalouses du privilège des longs voiles, 







Fig. 201. — Hennin à voilette circulaire, d'après une miniature. 



faisaient une guerre sans merci aux bourgeoises, lesquelles essayaient 
sans cesse de leur côté, de tricher en allongeant insensiblement 
leurs légers floquarts. Il fallut une sévère ordonnance pour mettre 
fin à la querelle. 

Il y eut des hennins bordés d'une espèce de turban assez 
volumineux, en velours ou en fourrure, mais ils disparurent 
rapidement devant les hennins bordés d'une voilette transparente 
qui retombait sur "le visage et sur la nuque (fig. 201). 

Parfois, la voilette était plus grande derrière que devant et 
une couronne entourait la base du hennin. Ces voiles, d'étoffes 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 277 

très fines, étaient d'un grand luxe. Ils devaient être renouvelés 
souvent pour se garder légers et vaporeux. On en vint à les 
empeser fortement et à leur faire prendre des formes tout à fait 
bizarres. Pour les maintenir dans cet état monumental, il fallat 



y'f. 



x-. 




/ 

Fig. 202. — Hennins recouverts de voiles empesés, d'après une miniature du xv" siècle. 

des montures de fer ou de baleine, s'employant également pour 
soutenir les voiles empesés ou les coiffes à ailes superposées qui 
ne manquaient pas d'un certain charme (fig. 202). 

Toutes les critiques et les moqueries qui ont assailli le hennin 
ne peuvent empêcher de reconnaître que cette coiffure pittoresque 
avait une grande élégance et devait certainement être favorable 
à la beauté, sans quoi sa vogue n'eût pas duré si longtemps. 



278 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

On comprend aisément que les coiffures de hauteurs et dimensions 
fabuleuses ne se portaient pas habituellement. Elles servaient aux 
grandes fêtes, aux réunions brillantes, aux tournois surtout, si 
nombreux pendant le xv"^ siècle. Les dames du pays tenaient à 
honneur d'y paraître. Elles y faisaient assaut de toilettes et de 
magnifiques atours. C'est là que se montraient, dans toute leur 
gloire, ces gigantesques hennins, garnis de bandes brodées, tour- 
nant en spirale sur le cône de drap d'or, au bout duquel était 




Fig.. 203. — Hennin, d'après une miniatuie d'un manuscrit des tournois du roi René. 

suspendu le voile. Autour du front, une bande de velours noir 
se relevait pour retomber de chaque côté. Un petit volant de 
même mousseline flottait légèrement jusqu'aux yeux. 

Les larges revers au bord du hennin ne parurent qu'à la fin 
du siècle. Ils étaient ordinairement en couleur foncée et laissaient 
passer un bout de mousseline autour du front. On appelait cela 
le capuchon du hennin (fig. 203). 

On voyait aussi d'autres hennins moins hauts, mais non moins 
élégants; toutes les coiffures, nous l'avons dit, pouvaient se porter, 
pourvu qu'elles fussent somptueuses et quelque peu originales. 

Marsfuerite d'York, deuxième femme de Charles le Téméraire, 
est représentée, dans un manuscrit de la bibliothèque royale de 
Bruxelles, avec un hennin à capuchon en velours noir uni (fig. 204). 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



279 



Combien devaient être incommodes à porter, ces hauts édifices 
qui, avec leurs long voiles, offraient large prise au vent ! La 
tradition veut que le premier essai de suppression des hennins 
ait été tenté par une dame de Sens qui, venue à Paris pour un 
procès, essuya tant de tribulations de sa haute coiffure qu'elle se 
couvrit, la tête d'une pièce plate façonnée en sac pour contenir 
ses cheveux. Mais ce fait, arrivé en 1450, n'eut guère de suite. 




Ï^Séirf^-^^^^^^^^^iiàSS'::^^- 



Fig. 204. — Marguerite d'York, deuxième femme de Charles le Téméraire, 
d'après une miniature du temps. 



La plupart des dames restèrent fidèles au hennin, seulement 
plusieurs d'entre elles se décidèrent, comme Marie d'Anjou, à 
montrer un peu de cheveux. Lorsqu'on ouvrit le tombeau d'Agnès 
Sorel, en 1777, on put constater qu'elle était coiffée avec les 
cheveux en évidence, formant sur le front un haut et large crêpé 
qui sortait de la coiffe. Enfin, une dernière favorite de Charles VII 
a légué son souvenir à l'histoire sous le nom de « Madame des 
chaperons » parce qu'elle ne voulait pas se coiffer de hennins, mais 
avait une bonne grâce toute particulière à s'ajuster des chaperons. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Du reste, même lors de leur plus grande faveur, les hennins 
n'étaient pas toujours si élevés (fig. 205). Pour la vie ordinaire, 
en voyage ils s'abaissaient modestement et le voile était supprimé. 
Un très curieux manuscrit de la bibliothèque royale de Bruxelles, 
le Livre du roy Modms, nous montre une dame à cheval suivant 
une chasse. Son hennin, plat du haut, est d'étoffe noire, en 
velours sans doute et bordé d'un orfroi. Un large ruban le 
maintient sur la tête (fig. 206). Les jours ordinaires, on portait 




Fig. 205. — • Vignette extraite de la Grande chronique, ancienne et moderne, de Hollande, 
imprimée à Dordrecht en 1601 et dessinée par Cliristoffel van Sichem. 



des hennins plus petits encore. La collection des costumes de 
Gaignières reproduit un hennin de Marie d'Anjou, qui n'est pas 
plus haut qu'un bonnet persan; une voilette entoure le visage. 
Une médaille, frappée pour le mariage de la fille de Charles le 
Téméraire, Marie de Bourgogne, avec Maximilien d'Autriche, la 
représente avec un singulier hennin, plutôt un capuchon pointu 
dont la pointe se termine en queue. Il semble être moins raide 
que les autres et les plis indiquent une étoffe épaisse. Une bande 
richement semée d'orfèvrerie passe sur le front et vient retomber 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



sur les épaules. Cette médaille porte le millésime de 1479; la 
princesse était âgée de 20 ans (fig. 207). 

Elle n'était pas aussi correctement coiffée, un an auparavant, 
cette infortunée héritière d'un si beau duché, lorsqu'elle allait se 
jeter en suppliante aux pieds de ses sujets. 




Fig. 206. — Dame en chasse, d'après une miniature du T.ive dit roy Modius, 
manuscrit de la bibliothèque royale de Bruxelles. 

Philippe de Commines rapporte ainsi ce moment si douloureux 
de la vie de la malheureuse princesse : 

« Et s'en alla sur le marché o\x tout le peuple estait assemblé 
« et énorme; et vit. les deux susdits i\) sur l'eschaffaut. Ladite 
« damoiselle estait en son habit de deuil; et n'avait qu'un couvre- 
« chief sur la teste qui estait habit humble et simple pour leur 
« faire pitié par raison et là supplia au peuple les larmes aux 

(i) Hugonet et Ymbercourt. 



282 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

« yeux et touste eschevelée, qu'il leur pleut avoir pitié de ses 

« deux serviteurs et les luy vouloir rendre. Une grande partie 

« de ce peuple voulait que son plaisir fust fait et qu'ils ne 

« mourussent point. Aultres voulaient au contraire; et baissèrent 

« les piques les uns contre les aultres, comme pour se combattre; 

« mais ceux qui voulaient la mort se trouvèrent les plus forts et 

« finalement crièrent à ceux qui estaient sur l'eschaffaut qu'ils 

« les expédiassent; or par conclusion ils eurent tous deux la teste 




Fig. 207. — Marie de Bourgogne, d'après une médaille frappée en 1479. 

« coupée et s'en retourna cette povre damoiselle en cest estât en 
« sa maison, bien dolente et desconfortie, car c'estaient les deux 
« principaux personages où elle avait mis sa fyance. » 

C'est de cette même année que date une autre médaille 
représentant la jeune héritière de Bourgogne avec une coiffure en 
cheveux peu usitée dans le pays, mais tort en usage en Italie. 
Les cheveux sont partagés en une multitude de petites tresses 
séparées les unes des autres par autant de mèches et se rejoignant 
par derrière pour former un chignon. Cette coiffure de jeune 
fille ne manque pas de grâce (fig. 208). 

Pour en finir avec les hennins, disons que les femmes âgées le 
portaient avec une guimpe et une gorgière. Ils diminuèrent de 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



283 



plus en plus, si .bien qu'en 1490 ils n'avaient pas plus de hauteur 
qu'une calotte un peu élevée. Le musée de Bruxelles contient un 
beau portrait de Memling, celui de Barbara de Vlandenbergh, 
épouse de Guillaume Moreel. Son hennin de velours noir est 
garni d'une bande de soie claire. Un voile de gaze diaphane le 
recouvre entièrement, formant sur le devant une sorte de coiffe 
et retombant en larges plis dans le dos. Tels furent les derniers 
hennins; bientôt après il n'en resta plus que le souvenir (fig. 209). 

Nous avons dit que le hennin n'était 
nullement exclusif comme ornement de 
tête. A côté de lui, en effet, fîorissait un 
nombre très grand de coiffures et de couvre- 
chefs, aussi variés que possible et dont 
les monuments de la Belgique nous ont 
conservé ample moisson d'exemplaires. 
Peu de pays ont gardé de plus précieux 
restes du passé. Les sculptures que nous 
retrouvons dans les églises sont aussi 
intéressantes au point de vue de l'art 
qu'instructives sous le rapport des cos- 
tumes ; les artistes du moyen âge négli- 
geaient complètement de donner à leurs 
œuvres cet aspect de vérité archéologique qu'on exige d'eux 
aujourd'hui. Peu leur importait que saint Joseph portât des pou- 
laines et qu'Hérode fût vêtu en prince paladin. Ils habillaient 
saints, héros et déesses comme les gens qu ils voyaient autour 
d'eux avec une sincérité d'exécution qui exclut toute accusation 
d'invention fantaisiste. 

Il sufSt donc d'étudier les tableaux et les sculptures de ce 
temps pour faire un excellent cours d'histoire du costume au 
xv^ siècle. L'examen de quelques retables mettra en pleine lumière 
l'exactitude de cette assertion. 

Commençons par le retable de l'église de Gheel, si curieux et 
si admirablement conservé. 




Fig. 208. 
Marie de Bourgogne, d'après 
une médaille frappée en 1478. 



284 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Il contient la merveilleuse histoire de sainte Dympne, racontée 
dans une série de petits tableaux d'un travail d'exécution exquis, 
encadrés dans un fouillis d'ornements du plus beau dessin. 

Ce retable doit dater du commencement du xv^ siècle. Les 
costumes des minuscules personnages mis en scène offrent le plus 
grand intérêt. L'auteur a varié ses types à l'infini (fig. 210). 

Il nous représente d'abord la sainte fuyant ses persécuteurs 





Fig. 209. — Barbara de Vlandenbeigh, tableau de Memling du Musée de Bruxelles. 

dans une barque. Elle est accompagnée de deux femmes et d'un 
homme, son fidèle serviteur, qui l'aide à passer la mer dans un 
frêle esquif. 

Dympne a, selon la coutume des jeunes filles de son temps, 
ses cheveux épars et retenus par un frontier en or garni de grosses 
perles. Ses compagnes, au contraire, ont toutes deux la tête 
enveloppée. L'une doit être quelque noble dame, à voir son beau 
voile brodé et les boucles artistiques qui ornent son front; l'autre 
est une suivante. Une guimpe de toile fait tout l'appareil de sa 
coiffure. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



285 



Dans une autre scène, la sainte a rassemblé tous ses cheveux 
en une seule mèche qui sort au-dessus de sa haute couronne 
d'or (fig. 211). 

Une autre princesse, sa mère sans doute, a une couronne d'un 
modèle plus usité, posée sur un voile qui forme guimpe en 
s'enroulant autour du cou (fig. 212). 

A côté de ces coiffures relativement simples, nous trouvons 




Fig. 210. — Sainte Dympne et ses compagnes, sculptures de l'église de Gheel. 



dans les mêmes sculptures de l'église de Gheel un choix de 
couvre-chefs aussi variés qu'extraordinaires. Le premier est le 
turban. Il semble que cette coifiure n'ait cessé d'être en vogue 
depuis les croisades qui, bien certainement, ont dû l'apporter dans 
les pays du Nord. La plupart du temps, les turbans consistaient 
dans une volumineuse écharpe qu'on drapait autour d'une forme 
faite en baleine ou en osier. Les bouts de cette écharpe retom- 
baient tantôt sur le dos ou sur l'oreille, tantôt repassaient sous 
le menton en forme de gorgière (fig. 213 et 214). 

Il était quelquefois creux au milieu comme une couronne et se 
mettait par dessus une guimpe, un capuchon ou encore un voile. 



286 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



On portait aussi de volumineux chapeaux dont l'origine semble 
être allemande. Ces chapeaux étaient ronds ou s'allongeaient 
de chaque côté. D'autres se relevaient avec des pointes en forme 
de cornes. Tous étaient généralement accompagnés d'une guimpe 
ou d'un voile. Les femmes aimaient également les petits béguins 
serrant sous les grandes coiffures, parce qu'ils étaient moins 
chauds que la guimpe. Les sculptures belges nous montrent des 
hennins courts et larges, des chapeaux se relevant par devant, 
se retroussant par derrière, tout cela garni de galons d'orfrois, de 




Fig. 211. 

Sainte Dympne, d'après une sculpture 

du retable de l'éçlise de Gheel. 




Fig. 212. 
La mère de Sainte Dympne, d'après une 
sculpture du retable de l'église de Gheel. 



joyaux et de broderies. Quantité de ces coiffures sont munies d'un 
voile, de moleskine, de mousseline ou de gaze de soie. Les gazes 
venaient d'Orient, ainsi que beaucoup d'autres étoffes précieuses 
fort recherchées des grandes dames, car le commerce avec l'Orient 
n'avait cessé d'être très actif depuis les croisades et alimentait 
largement les marchés de France et des Pays-Bas et toutes les 
élégantes s'arrachaient ces jolis chiffons du pays du soleil. 

Elles se fust au monter vestir 
Des plus riches samicts de Tyr 
Que l'on pot trouver pour argent 

dit Mérangis de Portlesguez d'une femme à la mode (fig. 215 et 216). 
Olivier de la Marche, cet inépuisable conteur, s'occupe aussi 
de la toilette féminine. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



287 



Il entremêle les récits de festins à ceux des exploits guerriers, 
ou des splendeurs des tournois. 

On aime à revivre un moment avec lui dans ce monde brillant 
de la cour de Bourgogne, au milieu des splendeurs d'une joute 
ou d'une cérémonie nuptiale. Arrêtons-nous quelques instants au 
banquet que le duc de Bourgogne offre au duc de Clèves après 
la joute qu'il avait donnée sous le nom de chevalier du Cygne. 





Fig. 214. — Turban de femme du peuple, 

Fig. 213. — Turban, d'après une statuette du d'après une miniature de la Chronique dtt 

retable de l'église de Gheel. Haiimtit, manuscrit de la bibliothèque de 

Bourgogne. 



C'est à ce banquet qu'allait être prononcé le célèbre « vœu du 
paon ». 

Les entremets, ou surprises et spectacles, qui se donnent entre 
les différents services sont vraiment merveilleux; les décrire tous 
serait sortir de notre sujet, voyons seulement ceux où figurent des 
dames. ■ , 

On vit arriver deux chevaliers, les sires de Miraumont et de 
Drueul, couverts de longues robes' de velours fourrées de martres, 
têtes nues et portant chacun d'une main une couronne de fleurs. 
Ils étaient suivis d'une très belle damoiselle âgée de douze ans, 



288 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



vêtue d'une robe de soie violette richement brodée et étoffée d'or. 
Ses manches, très longues et de soie très légère, étaient entièrement 
recouvertes de lettres « ofréofeoises. » 

Sur ses beaux cheveux blonds brillait une toque couverte d'un 
voile et enrichie de pierreries. Cette jeune fille était montée sur 
une haquenée houssée de soie bleue et tenue à la bride par trois 
hommes qui chantaient une chanson de circonstance. 





Fig. 215. — Statuette du retable de l'église 
de Ste-Dympne à Gheel. 



Fig. 216. 
Statuette du xié siècle. 



Cette compagnie arriva devant la place où le duc de Bourgogne 
se tenait assis et la jeune fille étant descendue de sa monture, 
vint s'agenouiller sur la table en face du duc et lui posa une des 
couronnes de fleurs sur la tête. Le duc, en revanche, embrassa 
la jolie écuyère, qui retourna sur sa haquenée par où elle était 
venue et ce fut là l'emprise ou ouverture de la joute. 

Au milieu du banquet qui suivit la joute se joua une « surprise » 
qui était un géant habillé « en guise de Sarrasin de Grenade 
« tenant en sa main une grosse et grande guisarme (i) et de 
« l'autre menait un éléphant couvert de soie sur lequel estait un 



(i) Guisarme, hache à deux tranchants. 



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Fig. 226. — Page extraite de l'albun) d'Anloiue de Siicca de )a bibliothèque royale de Bruxelles 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



289 



« château où se trouvait une dame, en manière de religieuse 
« vestue d'une robe de satin blanc et par dessus avait un manteau 
« de drap noir, et la tête recouverte d'un blanc couvrechef, à la 







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Fig. 217. — Coi ffiires d'après un retable du château de Pouthoz. 



« guise de Bourgogne ou de recluse. » En entrant dans la salle, 
cette dame dit en jolis vers au géant qu'elle voulait s'arrêter au 
milieu de cette gracieuse compagnie, pour dire une chose impor- 



290 HISTOIRE DE LA COIFFURE- FEMININE 

tante, et le géant, tout en roulant des yeux terribles, vint se 
poser avec son éléphant devant le duc de Bourgogne. 

Alors la dame se mit à chanter une complainte très touchante, 
racontant qu'elle était notre mère la Sainte Église et mère accablée 
de maux qu'elle narra longuement; et elle finit en réclamant 
secours et assistance de tous les chevaliers de la Toison d'Or. Au 
même instant apparurent dans la salle les officiers d'armes et le 
roy d'armes. Toison d'Or, portant en ses mains un faisan vivant 
orné d'un riche collier d'or et de pierreries et suivis de deux 
jeunes filles nobles, Yolande, fille bâtarde du duc, et Ysabeau, 
fille du sire de Montaig-u. Elles demandèrent aux seigneurs 
assemblés de faire un vœu sur le noble oiseau et le duc de 
Bourgogne, se levant, fit vœu de secourir la chrétienté de tout 
son pouvoir contre les Turcs et les Sarrasins. 

Alors, tous les chevaliers voulurent aussi faire leur vœu . et le 
coucher par écrit, ce qui dura si longtemps que le duc fit crier 
par ses hérauts que tous ceux qui désiraient formuler leur vœu 
le feraient le lendemain entre les mains de Toison d'Or et l'on 
se leva de table sur ces mots. 

Mais Ta fête n'était pas finie : pendant que les convives devisaient 
joyeusement par groupes, on vit entrer une troupe tenant grand 
foyson de torches suivie de musiciens ; et derrière cette avant- 
garde se trouvait une dame vêtue d'une robe de satin blanc, 
faite très simplement, « à guise de religieuse. » 

Sur ses épaules pendait un long et large manteau de damas 
blanc, et sa tête était ornée seulement d'un blanc couvrechef 
« ainsi qu'à une chose sainte ■ et dévote appartenait » et sur 
son épaule gauche pendait un ruban sur lequel était écrit en 
lettres d'or : « Grâce de Dieu », pour montrer ce qu'elle représentait. 
Cette vénérable dame était suivie de douze chevaliers donnant la 
main à douze dames. Les chevaliers portaient des pourpoints 
cramoisis et des paletots à manches, mi-gris, mi-noir, le tout brodé 
de feuillages et chargés d'orfèvrerie. Sur leurs têtes, ils avaient 
des chapeaux de velours ncir garnis d'orfèvrerie, comme le paletot. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 291 

Les dames étaient vêtues de cottes simples de satin cramoisi 
bordées de letices (i) recouvertes d'une sorte de chemise en toile 
si fine qu'on voyait la robe dessous. 

Elles avaient comme coiffure, dit Olivier de la Marche « un 
« atour tout rond, à la façon de Portugal, dont les bourrelets étaient 
« à manière de ronces; et passoyent par derrière, ainsi que pattes 
« de chaperons pour hommes, de déliés volets chargés d'orfèvrerie 
« d'or branlant, et furent leurs visages cachés du volet » (2). 

Pour abréger, les dames conduites par Grâce de Dieu étaient 
la Foi, la Charité, la Justice, la Raison, la Prudence, XAttrem- 
pance (3), la Force, la Vérité, la Largesse, la Diligence, l'Espérance 
et la Vaillance (fig. 21:7). 

Chacune chanta un couplet à son tour, puis Grâce de Dieu se 
retira sur un ioli madrigal, laissant ses douze compagnes s'amuser 
avec le reste de la société. 

On commença à danser, y compris les douze vertus, qui étaient : 
Mesdames de Ravestein, d'Arcy, de Commines, de Santers, des 
Obeaux, du Chasteler, Antoinette Boudant et Mesdemoiselles de 
Bourbon, d'Etampes, de Bourgogne (Marguerite, fille bâtarde 
du duc) et Ysabeau Constain. On apporta des épices dans sept 
drageoirs ornés de pierreries et la fête se termina à trois heures 
du matin (fig. 218). 

Le même chroniqueur décrit ainsi le costume de Marguerite d'York, 
deuxième femme de Charles le Téméraire, lors de son mariage : 

« Elle était vestue d'un drap d'or blanc en habit nuptial 
■ « comme il appartient en tel cas, et sur ses cheveux avait une 
« riche couronne, et au resfard du collier et du fermail, elle en 
« était richement et pompeusement parée. » Le même chroniqueur, 
parlant du cortège nuptial qui devait être vraiment féerique, parle 
d'une Pucelle, fille de ce roy que saint George sauva du dragon, 
qui était vêtue de damas blanc et montée sur un cheval couvert 



(i) Fourrures. 

(2) Volets, petits voiles; déliés ■volets, voiles transparents. 

(3) Attiempaucc, tempérance. 



292 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



de velours cramoisi. Dans les entremets des repas homériques 
qui suivirent, il remarque le costume de Mademoiselle de Beau- 
grant, voisine de Mademoiselle de Bourgogne, vêtue d'une riche 




Fjg. 218. — xv« siècle. Dame noble, statuette provenant d'un retable du château de Ponthoz. 



cotte de drap d'or recouvert d'un petit rochet de voile fin, portant 
houlette, panetière et chaperon de bergère; ceux d'une demoi- 
selle, habillée « estrangement comme une demoiselle errant, » 
d'une Dame Blanche vêtue de satin blanc et les cheveux épars; 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 293 

et enfin de deux amazones à cheval richement armées et coiffées 
de leurs- cheveux blonds couronnés de violettes. 

Déjà alors ces paysanneries avaient grand succès. Le bon roy 
René aimait à jouer au berger sous le beau ciel de sa Provence 
où l'on pouvait, sans crainte des frimas, s'asseoir sur la mousse 
et se coiffer de chapeaux de paille ou de nœuds de rubans. 

Georges Chastelain, se rappelant ce séjour charmant, dit dans 
sa chronique : 

J'ai un roy de Cécile 
Veu devenir berger 
Et sa feme gentile 
. Faire mesme mestier. 
Portant la pannetière 
Et houlette et chapeau 
' Logeant soubs la fougère 

Auprès de son troupeau. 

Aux cérémonies solennelles, les souveraines portaient la couronne 
sur les cheveux ou sur un petit bonnet brodé. Toutefois, comme 
il a été dit plus haut, la coutume en vigueur depuis les temps 
les plus reculés, exigeait que le jour de son mariage, toute reine 
de France portât les cheveux épars. Cette coutume fut encore 
suivie par Anne de Bretagne, au grand étonnement de la cour 
qui connaissait sa répugnance à s'y soumettre. Mais après elle 
cette coutume tomba dans l'oubli. 

Vers le milieu du xv^ siècle, beaucoup de grandes dames 
abandonnèrent complètement le hennin, peut-être pour se distinguer 
de la masse qui continuait à lui rester fidèle. 

Elles le remplacèrent par la couronne, marque certaine d'un 
haut rang, ou, à défaut de celle-ci, des cercles de différentes formes. 
Ces derniers variaient selon la coiffure des cheveux. On les faisait 
ovales, en pointes, recourbés, voire carrés, ce qui n'empêchait 
pas de continuer à leur donner le nom de cercles. 

La statue de Jeanne de Saveuse, à l'abbaye d'Eu, porte un 
cercle carré. Jeanne, épouse de Charles d'Artois, mourut en 1448. 
Elle paraît avoir aimé la parure, si l'on en juge par la belle 



2Ç4 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



bande d'orfèvrerie, en orme de couronne, posée sur son étroite 
calotte de velours, ainsi que par sa coiffure arrangée avec un 
soin remarquable (fig. 219). 

Lorsque les suivantes devaient porter les traînes de leurs 
maîtresses, elles se coiffaient du hennin, qui ne pouvait, dans ces 




i 



Fig. 219. — leaiuie de Saveiise, statue de l'abbaye d'Eu. 



occasions, dépasser une certaine hauteur. En dehors de cette 
circonstance, elles portaient une coiffure qui leur était spéciale, 
c'est à savoir une calotte assez haute semblable au polos antique 
faite d'étoffe de velours ou de soie, tendue comme sur un 
tambour (fig. 220). Ces calottes, dont l'image se retrouve dans les 
miniatures du xv« siècle, étaient souvent embellies d'une petite 
voilette transparente et d'un bijou attaché par devant (fig. 221). 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



295 



D'autres suivantes adoptèrent le capuchon soit avec la lono-ue 
queue derrière, soit simplement rond (fîg. 222). 

Au moyen âge, les traînes des princesses furent toujours portées 
par des femmes. L'usage de les faire porter par des paoes ne 
commença qu'à la Renaissance. Il fallait donc que les suivantes 
fussent vêtues avec élégance, puisqu'elles assistaient à toutes les 
fêtes où se montraient leurs maîtresses. Elles appartenaient à une 
classe intermédiaire. Il n'était cependant pas rare de rencontrer 
parmi elles des jeunes filles nobles et pauvres, qui ne rougissaient 
nullement de servir la femme d'un prince 
ou d'un Pfrand seigfneur. 

Olivier de la Marche, fin connaisseur en 
atours féminins, décrit ici le costume qu'il 
voudrait voir à la dame de ses pensées : 

Elle a de longs bas de drap rouge, 
attachés avec une jarretière bleue et des 
chaussures en cuir de Cordoue; sur une 
chemise en toile fine, elle revêt une cotte 
ou habit de dessous en damas blanc. 
Elle attache à cette cotte une pièce 
d'étoffe rouge vif appelé pièce de l'esto- 
mac. Un lacet serre pièce et cotte. Sous le lacet se trouve une 
ceinture ornée de plaques d'or, appelée derni-sainct. A la ceinture 
sont suspendus un espinglier de drap d'or fin brodé de laine pour 
recevoir les espingles, une bourse brodée d'or et de perles, appelée 
aumônière et un petit couteau retenu par un ruban. La dame 
met ensuite une collerette ou gorgière blanche. Sa coiffure est 
basse; les cheveux sont cachés et couverts d'un voile de soie et 
d'or. Un bandeau doré entoure son visage et retombe sur les 
oreilles; c'est la templette. Sur le dessus du front est attaché un 
diamant de dix mille ducats. Enfin, la belle recouvre sa cotte d'un 
habit de drap d'or de Venise ou de Lucques doublé d'hermine, 
rattaché à la taille par une ceinture d'or émaillée de blanc, de 
noir et de rouge. A cette ceinture est pendu un splendide rosaire 




Fig. 220- — Suivante. 



296 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



OU patrenostre de chalcédoine et un miroir enchâssé dans un cadre 
d'orfèvrerie. Par dessus voile et templette on lui pose une capuce 
de velours ou de satin brodé d'étoiles et orné de petites chaînes 
d'or et ses mains blanches sont gantées de peau d'Espagne par- 
fumée à la violette. 

Il est bien entendu que les splendides costumes rêvés par 
Olivier de la Marche n'étaient pas ceux de la vie ordinaire. 




Fig. 221. — Suivante, d'après une miniature du temps (i). 

Aussi bien les femmes n'étaient-elles pas toujours en fêtes et 
en tournois. Les châtelaines s'occupaient dans leurs châteaux des 
détails de leur ménage et les voyages qu'on entreprenait facilement 
exigeaient des vêtements simples et commodes. 

On trouve dans les monuments du temps de larges chapeaux 
destinés, sans doute, à garantir contre le soleil, portés par des 
femmes en voyage. Ils paraissent être faits en étoffe légère 



(i) Voyez Gérard de Nevers, bibliothèque nationale à Paris et le Livre des Marques de Rome, 
même bibliothèque. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



297 



tendue sur une monture solide, se posaient par dessus le capuchon 
et se maintenaient au moyen d'une cordelette ou d'un ruban. 
Les potentats du xv^ siècle semblent avoir aimé singulièrement à 
se déplacer. Marguerite de Bourgogne, dont nous avons raconté 
l'arrivée à Bruges, passait sa vie à voyager. Elle s'installe pour 
huit jours à Corbeil, revient à Dijon, part pour la Flandre, des- 
cend jusqu'à Lyon, avec la même facilité que nous le ferions à 
présent, grâce au chemin de fer. 

Louis XI lui-même était très voyageur et son œil perçant ne 
laissait rien échapper des incidents de la 
route. 

Passant par Lyon et retournant au Plessis, 
il aperçoit deux jolies bourgeoises qui le 
regardaient du pas de leur porte (fig. 223). 

L'une s'appelait la Gigonne et l'autre 
avait pour mari un marchand nommé 
Passe-Filon; toutes deux étaient très jolies. 
Passe-Filon surtout, gaie, rieuse, coquette 
et élégante. Le roi leur fit dire qu'il désirait 
les emmener à Plessis-les-Tours et Jean de 
Troyes, de qui nous tenons cette anec- 
dote, dit qu'elles s'empressèrent d'obtempérer à ce désir royal. 

La Passe-Filon resta à la cour, peut-être le roi àimait-il à se 
récréer de la sfaîté de cette femme à ses heures sombres. Pour 
combattre l'ennui, hôte trop fréquent du Plessis, elle inventait des 
modes nouvelles, entre autres la. coiffure à la Passe-Filon, dont 
la mode se prolongea assez longtemps. Le type en était passa- 
blement éventé, si l'on en croit ces vers de Clément Marot dans 
son dialogue des « deux amoureux » : 

Linge blanc, ceinture houppée 
Le chaperon faict en poupée 
Les cheveux en Passe-filon 
Et l'œil gay en Emérillon. 




Fig. 222. — Suivante, d'après 
une miniature des tournois 
du roi René. 



Le dernier hennin, celui de Barbara Vlandenbergh, était très 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



bas; les dames le portèrent finalement tout à fait rond, comme la 
calotte en forme de boisseau des suivantes citées plus haut. Ce 
débris des hennins était brodé ou garni de galons. Posé fort en 




Fig. 223. — Bourgeoise flamande du xve siècle, d'après une statuette. 



arrière de la tête, il laissait voir la racine des cheveux. Par 
dessus on attachait un flocquart ou petit voile à bordure brodée 
ou festonné, fort empesé, formant deux pointes puis se pliant 
pour retomber par derrière (fig. 224). Cette coiffure se voit dans 
plusieurs manuscrits. L'étoffe légère du fîocquart était parfois 



■ HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



299 



remplacée par une toile plus épaisse, ce qui permettait de l'arranger 
de mille manières différentes, car cette toile, fortement empesée, 
se pliait comme on le voulait et prenait la forme qui semblait 
convenir le mieux à sa physionomie. Prenons pour exemple deux 
statues d'un même tombeau, par conséquent ayant dû être faites 



\ 




Fig. 224. — Petit hennin, d'après un portrait du xv" siècle. 



en même temps. La tombe à laquelle elles appartiennent se 
trouve dans la o^rande égalise de Bréda et recouvre les cendres 
de plusieurs membres de la famille de Nassau, entre autres celle 
de Jeanne, fille de Philippe, baron de la Leck et de Bréda, 
femme d'Englebert l^'' , comte de Nassau, ainsi que les restes de 
la fille du comte Jean de Loo et de Heinsberg, femme de Jean 
comte de Nassau-Dillenbourg et Vianden, baron de Bréda, mort 



300 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



en 1475- La plus âgée, Jeanne, porte la guimpe et la gorgière, 
selon l'usage des femmes âgées. Le morceau d'étoffe qui surmonte 
sa coiffure est d'abord assujetti autour du front et attaché par 
derrière au moyen d'épingles; on lui a fait prendre sa forme 
actuelle, simulant deux petites cornes qui se perdent sous le voile 
ramené en écharpe par dessus. 

Sa belle-fille a sur la tête une calotte en pointe, d'étoffe épaisse, 




Fig. 225. — Jeanne, épouse d'Englebert 1"="" comte de Nassau, fille de Philippe baron 
de la Leck et de Bréda, d'après son tombeau en la grande église de Bréda. 



bordée d'un petit plissé. La coiffe de toile est mise très bas sur 
le front. Pliée en double, elle s'élève avec la pointe de la calotte 
de dessous et retombe par derrière (fig. 225). 

Un escoffion du même genre que celui de Jeanne de Nassau 
se voit dans le très curieux album d'Antoine de Succa, conservé 
à la bibliothèque royale de Bruxelles. Le dit escoffion est porté 
par Michelle de France, fille du roi Charles VI, première femme 
du duc de Bourgogne, Philippe le Bon (fig. 226). Plus tard, on 
inventa des escoffions entièrement recouverts de petits volants de 



HISTOIKE DE LA COIFFURE FÉMININE 301 

toile fine, plissée et festonnée comme les bonnets des vieilles 
femmes de notre temps. La petite bourgeoisie se contentait plus 
généralement du chaperon de drap d'écarlate de Gand ou de 
drap d'araigne (fig. 227). 

Il se produisit, sous le règne de Louis XI, une certaine réaction 
contre les excès du luxe en France, mais elle n'eut guère de suite. 
La cour, il est vrai, donnait l'exemple d'une grande simplicité, 
mais à côté d'elle, le duc de Bourgogne et beaucoup d'autres 
grands seigneurs continuaient les traditions de faste de leurs pères. 

Mais une caractéristique du temps, et à laquelle certainement 
Louis XI n'était pas étranger, c'est le mouvement d'orgueilleuse 
ambition qui envahit la bourgeoisie. En dépit des vieilles ordon- 
nances, elle prétendit se parer, se vêtir, se loger comme la 
noblesse. Le riche marchand crut s'élever en étalant autant ou 
sinon plus de joyaux, de vaisselle d'argent et de riches tapisseries 
que les fils des croisés et la funeste passion de paraître se propagea 
jusque dans les classes inférieures. 

Toutes les femmes se taillaient des surcots dans la soie et le 
velours. 

Dans les idées alors dominantes, un tel état de choses était 
considéré comme un vrai désordre. Aux yeux de toute personne 
sensée, sortir de sa classe était le fait d'une ambition blâmable et 
d'un orgueil inconsidéré; aussi les prédicateurs continuaient leur 
guerre contre le luxe comme au temps des hennins. 

Maillard, prédicateur de Louis XI et, plus tard, confesseur de 
Charles VIII, ne cessait de s'élever contre les femmes qui 
s'habillaient avec plus de luxe que ne l'exigeait leur position sociale. 

— « Osez-vous vous habiller en princesse, porter de l'or sur 
« votre tête, à votre ceinture et encore ailleurs? disait-il à la 
« femme d'un avocat; vous dites que votre état le comporte? A 
« tous les diables votre état, et vous aussi! » 

— « O ville de Tours, s'écriait un autre, Menot, l'argent 
« prostitue tes filles; la femme d'un cordonnier porte une tunique 
« comme une duchesse! y 



302 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Et dans son style pittoresque il ajoutait : 

— « On aurait plus tôt fait de nettoyer une étable de quarante 
« chevaux qu'une femme de mettre ses épingles et ses atours! » 

Ce qui blessait les honnêtes gens, c'est que ce luxe contrastait 
avec la misère profonde du peuple, ruiné par les désordres du 
dernier règne et les guerres sans cesse renaissantes. 

— « Les pauvres meurent de froid, disait encore un religieux 
« à l'auditoire élégant qui l'entourait; toi. Madame la Pompeuse, 
« Madame la Bragiiarde, tu as sept ou huit robes en ton coffre 
« que tu ne portes pas trois fois l'an ! » 

Déjà au temps de Charles VI, Christine de Pisan ayant été 
voir une accouchée, femme d'un petit marchand, s'étonnait de la 
trouver habillée d'une cotte de satin cramoisi, appuyée sur des 
oreillers à gros boutons de perles orientales. Plus tard, dans le 
Spécule des pécheurs, on lit : 

« L'accouchée est dans son lit plus parée qu'une espousée, 
« coiffée à la coquarde, tant que direz que c'est la tête d'une 
« marotte ou d'une idole. 

« Au regard des brasseroles (camisoles à manches courtes), 
« elles sont de satin cramoisi ou satin de paile, satin blanc, 
« velours, toile d'or ou d'argent, ou autres sortes qu'elle sait bien 
« prendre et choisir. Elle a carcans autour du col, bracelets d'or 
« et est plus parée qu'idole ni royne de cartes. » 

Notons que chez la plus petite bourgeoisie, l'accouchée ne 
restait pas moins de six semaines dans son lit comme une grande 
dame, recevant ses amies dans un appartement pour lequel on 
déployait un faste ridicule. 

Les coiffes de toile, comme celles que nous voyons aux comtesses 
de Nassau et autres du même genre s'appelaient aussi « atours. » 

On disait « atour de nuit » pour bonnet de nuit. 

« Madame se mit en cotte simple et prist son atour de nuit » 
{Cent et une nouvelles). La toile très fine destinée à ces coiffes 
s'appelait toile d'atour. 

Dans l'inventaire du duc de Berry, fait en 141 6, on voit 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



303 



figurer trois pièces de flocquart à atourner dames à la manière 
d'Allemagne. 

Si les modes furent exagérées en France, ce fut bien pis en 
Angleterre. La Française a un goût plus délicat qui l'empêche, 




Fig. 227. — Portrait de Marguerite de Langerack, troisième femme de Guillaume de Roover, 
dit de Montfoort, seigneur de Warembourg, d'après le livre d'heures du dit Guillaume de 
Montfoort, manuscrit du commencement du xve siècle, conservé dans la bibliothèque particu- 
lière de Tempereur d'Autriche. 

Marguerite de Langerack porte le collier de l'ordre de Saint-Antoine-ea-Barbefosse, dans lequel 
elle fut admise en 14(6, en même temps que son mari. 



quel que soit l'entraînement de la parure, de dépasser certaines 
limites. Chez les Anglaises, ce tact n'existe pas; elles préfèrent 
l'originalité à l'art et de là tombent -souvent dans de grandes 
fautes de goût. Il en fut surtout ainsi au xv^ siècle. D'abord elles 
restèrent dans de certaines limites. Les coiffures en bourrelets. 



304 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

les cornes étaient les mêmes qu'en France. Il y eut même, au 
début du siècle, quelques jolies coiffures, entre autres certains 
bourrelets de soie garnis de galons, souvent de pierreries, de 
dimensions raisonnables. Ils prenaient la tête et descendaient au- 
dessus des oreilles. Par derrière, ils se relevaient un peu et 
laissaient échapper la chevelure, dont les ondes tombaient librement 
sur le dos (fig. 228). Mais ce ne fut qu'un caprice. Les hennins 
ayant fait leur apparition en Angleterre à peu près en même 
temps qu'en France, les escofifions y prirent de suite un déve- 
loppement qui n'a été dépassé nulle part ailleurs. Tous les 
auteurs du temps s'accordent avec une touchante unanimité à 
déplorer les excès des coiffures anglaises. Les citations se pressent 
en foule ; prenons au hasard dans le nombre. 

En voici un qui s'attaque aux coiffures élevées aussi bien qu'au 
reste de la 'toilette de ses contemporaines : « La manière, dit-il 
« dont les dames abusent de leurs vêtements et les gâtent quant 
« à la forme, peut être divisée en quatre points. Le premier 
« concerne la tête qui, après avoir été cornue, est maintenant 
« mitrée, et ces mitres ont la forme de cheminées, et les plus 
« belles et les plus jeunes sont celles qui les portent les plus 
« hautes. Au-dessus de ces créneaux à défier Dieu au combat, 
« on voit de beaux ouvrages de soie, de belles figures, de l'or, 
« de l'argent, des perles, parfois des pierres précieuses et de 
«. riches broderies. Les lances sont de grandes épingles fourchues; 
« les flèches de petites épingles et le bouclier un large front 
« dépouillé de cheveux. Le second point, ou, pour mieux dire, le 
« second mal, est l'énorme étendard qu'elles portent, ce grand 
« mouchoir qui leur tombe jusqu'au derrière, ce qui est un signe 
« certain que le diable a gagné la forteresse contre Dieu, car 
« quant les hommes prennent une place à main armée, ils y 
« plantent leur bannière. » 

Le bonnet pointu avec la couronne s' avançant sur le front fut 
inventé par la reine Marguerite d'Ecosse, femme de Jacques III. 
Son portrait, qui se trouve à Hampton-Court, la représente 




Fig. 22S. — Jeune fille anglaise, d'après un portrait du temps. 



3o6 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



coiffée d'un bonnet de velours rouge orné de perles (fig. 229). 
Une couronne très riche le surmonte. On voit un peu de cheveux 
entre la couronne et la coiffe. 

Mais les dimensions exagérées des escofifîons des grandes dames 
anglaises défient toute idée. Si les monuments n'étaient pas là 







Fig. 229, — Marguerite d'Ecosse, d'après son portrait à Hampton- Court. 



pour prouver l'exactitude de l'historien, on ne croirait pas à ses 
descriptions. 

Dans l'église d'Arundel se trouve le tombeau de la comtesse 
Béatrice d'Arundel coiffée d'un escoffion (fig. 230) pointu avec 
un voile ou draperie d'une largeur qui dépasse tout bon sens. Ce 
même escoffion se trouve gravé sur différents tombeaux ornés 
de plaques de cuivre, tel que celui de Christine, femme de John 
Cressy, esquire, en l'église de Dodford et de Philippa Byschop- 
pesdan, en l'église de Broughton, etc. 

Les manuscrits anglais contiennent aussi beaucoup de coiffures 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



307 



extraordinaires, surtout de coiffures en toile empesée affectant une 
foule de formes bizarres (fîg. 231), mais toutes à cornes larges 




Fig. 230. — La comtesse d'ArundeL 







Fig. 231. — Coiftuies du xv^ siècle, d'après une miniature anglaise. 



OU hautes. Il semble du reste que les Anglaises ajoutaient à 
leurs faiblesses celles de leurs voisines du continent. Les mêmes 
moralistes qui leur reprochent les excès fantastiques de leurs 



3oS HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

coiffures les accusent de s'épiler le front et les tempes, de se tirer 
la peau du front au moyen de cordons et de pinces pour effacer 
leurs rides, enfin de se servir de beaucoup de fards, de parfums 
et de recettes ridicules pour conserver la jeunesse et la beauté. 

Le maquillage était devenu universel. Quand la femme oublie 
ses devoirs, il semble qu'elle veuille l'écrire en couleur sur ses 
joues et jamais son rôle ne fut plus fastueux et plus triste qu'à 
l'époque d'Isabeau de Bavière et d'Agnès Sorel. 

« Va chercher toutes leurs aumaires (i), dit l'auteur du 
Champion des daines, en parlant des femmes à la mode. 

Et Dieu sait que tu y verras. 

Ce semblent estre apothicaires 

Tant de boistres en trouveras, 

Pas toutes ne les ouvreras 

Car il y a pue et sont malsaines, 

Trop bien celles discouvreras 

Qui sont de pleur de vignes plaines. 

Si rien n'y treuves, des escrins 

Emble (2) les clés car là sera 

La poix dont arrachent leurs crins. 

Et d'autres outils y aura 

Dent, telle quelle se fera 

La fausse femme pour mieux plaire ; 

Ne voit-tu pas comme leurs fronts tendus 

Visages et poitrines paindent.... 

Robert de Blois donne aux dames des avis méticuleux sur leur 
toilette, « leurs ongles mêmes doivent toujours être propres. » 

Les cheveux postiches ou teints devenaient nécessairement, dans 
ces circonstances, d'un emploi indispensable pour les parures du 
jour. Le volume énorme des coiffures en cheveux, comme celles 
que nous avons vues plus haut, exigeait une addition considérable 
de faux cheveux. Geiler de Keiserlsberg, dans son septième sermon 
contre les abus de la mode, cite l'exemple d'une femme de Paris 
qui, au milieu dune procession, se vit enlever son voile et sa 



(i) Aumaires, armoires. 
(2) Emble, ouvre. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 309 

perruque par un singe et resta la tête dénudée, exposée à la risée 
de la foule. Le pauvre père prêchait en vain. Quand on ne 
portait pas de perruque, on se teignait les cheveux en blond, 
mode qui dura plusieurs siècles et s'imposa aux hommes comme 
aux femmes, car la vraie beauté n'existait pas alors sans cheveux 
« sors ». Cette manie s'étendait jusqu'aux classes inférieures. Les 
riches avaient des cosmétiques précieux et coûteux pour se blondir 
la chevelure; les autres broyaient des pelures d'oignons avec de 
l'eau et obtenaient, dit-on, le même résultat. 

Nous verrons comment, à Venise, la teinture était devenue un art. 

Si l'on donnait tant de soins aux cheveux, on ne mettait que 
plus de luxe à l'attirail des objets de toilette. 

Déjà au xiv^ siècle, les peignes, les gravouères constituaient 
des objets de valeur en raison du fini des ornements et la richesse 
de la matière. 

La corporation des pigniers s'était acquis naturellement une 
grande importance ; elle compta parmi ses maîtres plus d'un artiste. 

Le peigne s'offrait comme cadeau de prix; il était souvent en 
or ou en argent, en cuivre émaillé, mais plus généralement en 
ivoire et les ornements qui y étaient gravés ou sculptés étaient 
d'une finesse et d'un travail exquis. On ne s étonnera pas que pareils 
objets fussent notés dans les inventaires des bijoux de famille (i). 

On mettait le peigne, les épingles, la gravouère et tout l'attirail 
de la coiffure dans une pignière, écrin souvent très beau, sorte de 
nécessaire, compagnon fidèle de toute femme élégante, à ce point 
qu'emporter ses peignes et ses miroirs signifiait pour une femme 
partir, décamper. 

Dans les Cent et zme nouvelles, on dit à un pauvre mari qui 
revient chez lui et n'y trouve plus sa femme : 

« Vous ne fûtes pas parti d'un mois après qu'elle ne troussât 
« pignes et myroirs et s'en alla bouter en l'ostel d'un marchand. » 

(l) « Pour deux platines d'argent mises et assises au pigne d'ivoire de Madame la duchesse 
d'Orléans, lequel estait rompu. » 

Comptes de la maison de Bourgogne. 



3IO 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Si le hennin et les grands escofïions furent honorés d'une 
vogue déraisonnée en Angleterre et en France, il n'en fut pas de 
même en Italie. Ses modes n'avaient aucune ressemblance avec 




Fig. 232. — Noble Italieune, d'après une peinture de la galerie de Bréra à Milan. 



celles des autres pays. L'art et les artistes dominaient en Italie. 
La Renaissance y avait commencé son travail brillant et démora- 
lisateur dès le xiv"^ siècle. La patrie de Boccace était une 
pépinière de peintres, de sculpteurs, de poètes, d'artistes de toute 
espèce, prônés, fêtés, adulés des grands qui s'honoraient de les 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



attirer à leurs cours, se paraient de leur gloire et se récréaient 
de leur art et de leur esprit. Cette grande adulation de tous les 
talents était encore à son berceau et devait durer jusqu'à la fin 
du siècle suivant. Les papes se mirent eux-mêmes à la tête du 
mouvement et les femmes, toujours amies et aimées des artistes, 
mirent leur influence et leur beauté au service de ce mouvement 
intellectuel. 

' Le costume prit donc un tout autre caractère que dans les 
autres nations. Il y eut beaucoup plus de laisser aller, une 




Fig. 233. — Jeune Italienne, d'après un manuscrit du temps. 



fantaisie plus gracieuse dans les manières si diverses dont les 
dames arrangèrent leurs cheveux. 

La galerie de Bréra, à Milan, donne une collection très complète 
des modes italiennes au xv^ siècle et le luxe n'y est pas moins 
grand qu'ailleurs. Les tailles courtes et les manches bouffantes 
étaient déjà portées depuis longtemps en Italie, quand les conquêtes 
des Français vinrent répandre cette mode en France. Les jupes 
étaient amples et longues, les coiffures variées, mais jamais 
exagérées (fig. 232). 

Beaucoup plus de coiffures en cheveux qu'en France, mais 



312 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

aussi beaucoup de diversité dans la manière de les disposer. 
Tresses, boucles, bandeaux, torsades, tout se portait, même les 
cheveux dénoués, soit qu'on les maintînt au moyen d'un cercle 
d'or ou d'un ruban, soit qu'on posât sur le crâne une petite 
calotte ronde ou descendant un peu sur les oreilles (fig. 233). 

On entremêlait beaucoup de bijoux aux cheveux. Tantôt on 
piquait çà et là des épingles ou des agrafes de pierreries, tantôt 
on tordait les mèches de la chevelure avec des fils de perles ou 
des chaînettes d'or. Enfin, l'emploi des écharpes légères en soie 

brodées était fort en faveur, parce qu'il per- 
mettait de varier chaque jour l'ornement de 
la tête en le drapant d'une façon toujours 
nouvelle et imprévue. 

L'écharpe italienne, de longueur générale- 
ment moyenne, était ordinairement en soie 
souple et fine, en gaze, en crépelé et même 
en mousseline. Le bord en était orné de 
broderies de couleur ou en or et d'une petite 

Fig. 234. 

Miianaise,d après une pein- frange également en or. 
turedecariocriveiiide Qn entremêlait l'écharpe avec les cheveux 

la galerie de Brera. ^ 

en la laissant bouffer par petites coques autour 
du visage. On la roulait aussi avec les mèches en torsades et 
on la disposait avec art autour de la tête. D'autres fois, on la 
chiffonnait pour en faire une espèce de calotte ou de coiffe cachant 
presque toute la chevelure, dont un des bouts, après s'être enroulé 
autour de la nuque, venait retomber sur l'épaule (fig. 234). 

Enfin elle formait aussi voile quand on la jetait négligemment 
sur la tête. On plaçait par dessus un grand chapeau de feutre ou 
de paille pour se préserver des atteintes du soleil du Midi. 

Ces chapeaux affectaient parfois des formes bizarres (fig. 235). 

Si les grandes cornes et les escoffions eurent peu de succès en 
Italie, ils n'y furent pas complètement négligés, mais ils gardèrent 
toujours des dimensions raisonnables. On en voit tantôt en toile 
plissée (fig. 236), tantôt en soie brodée de perles et d'or (fig. 237), 




HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



313 



tantôt encore cachant entièrement les cheveux ; d'autres fois laissant 
voir les ondes dorées de la chevelure, presque toujours ayant cet 
aspect artistique, ce faire un peu négligé qui démontrent l'influence 
qu'exerçaient sur leurs contemporaines les grands peintres de 
l'Italie. 

Les costumes sont d'une grande richesse, bien naturelle à la 
contrée fabriquant les plus somptueuses étoffes de l'Europe. 




Fig. 235. — Italienne, d'après une bible du duc d'Urbin de la bibliothèque du Vatican. 



Les pailes, les samits, les plus beaux draps d'or, les damas 
aux plus riches arabesques venaient de Lucques, de Florence, de 
Venise et de Sicile. Au xv^ siècle, l'Italie s'était quelque peu 
pacifiée, les tyrans et les condottieri avaient disparu pour faire 
place à une infinité de petites cours très brillantes où l'on 
cherchait surtout à bien vivre, à s'amuser et à fêter les grands 
artistes. 

Les femmes jouèrent un rôle important dans ce mouvement 
qui poussait tous les esprits vers les jouissances intellectuelles 
autant que vers les plaisirs de la nature inférieure. Une phalange 



314 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



de princesses et de grandes dames intelligentes, belles et ambi- 
tieuses, surgit alors et activa encore cette effervescence qui agitait 
toute la génération. 

Il suffit de citer Vittoria Colonna, Catherine Sforza, Lucrèce 
Borgia et tant d'autres grandes dames qui attiraient autour d'elles 
une foule de savants et d'artistes et se passionnaient pour les 





i 



Fig. 236. — Noble Italienne, d'après une miniature Fig. 237. — Petit hennin, d'après une peinture 
de la bible du duc d'Urbin, Bibl. du Vatican. italienne. 



questions les plus ardues de la science comme pour les plus beaux 
produits de l'art. 

Béatrix d'Esté tenait à Ferrare une cour brillante et aimable. 
Ambitieuse et adroite, c'était elle qui avait poussé son mari à 
s'emparer de Ferrare par un procédé de trahison absolument digne 
d'une compatriote de Machiavel. 

Elle avait la cour la plus somptueuse de l'Italie (fig. 238). 
Chez elle, les fêtes succédaient aux fêtes et elle savait retenir les 
hôtes de choix. Léonard de Vinci, venu à Ferrare pour un 
concours de poésie, y passa de longues années. 

Une autre princes.se d'Esté, Isabelle, femme de Gonzague, 




Fig. 238. - Béatrix d'Esté, duchesse de Ferraie, d'après un manuscrit du temps. 



3i6 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



marquis de Mantoue, aimait aussi beaucoup les arts et savait les 
faire valoir autour d'elle. Elle est représentée dans un portrait de 
Lorenzo Costa, les cheveux pendants, retenus sur le front par 
une ferronnière. Cesare Vecellio, qui s'occupa beaucoup des modes 




Fig. 23g. — D'après un tableau de Rez délia Francesca, 1470. 



de son temps, dit que les jeunes filles de Mantoue portaient un 
chaperon et leurs cheveux retenus par un filet d'or. 

Ange Politien parle ainsi de la coiffure d'une jeune Italienne 
qu'il admire : 

« La chevelure du jeune conquérant de l'Inde, celle de l'amou- 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



1^1 



« reux berger d'Amphryse n'égalent point en beauté les cheveux 
« distribués avec tant d'élégance aux deux côtés de ton front 
« et relevés artistement avec des tresses d'or » (fig. 239). 

A ces coiffures élégantes se joignait le capuchon, également porté 
par toutes les classes, mais surtout par les femmes âgées et les 




Fig. 240. — Catherine Cornsro, reine de Chypre, et ses suivantes, d'après une peinture 
de Gentile Bellini, conservée à Venise. 



bourgeoises. Dans un manuscrit de la bibliothèque de Sienne, une 
miniature représente des femmes à la messe. Presque toutes sont en 
capuchon ou ont la tête entortillée d'une écharpe. Quelques portraits 
de la famille Bentivoglio, à Bologne, représentent des femmes 
âgées, la tête couverte de voiles et de guimpes ; enfin les peintures 
de Léonard de Vinci offrent une grande variété des plus beaux 
costumes italiens et des coiffures les plus en vogue de son temps. 



3i8 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Pendant que Ferrare disputait à Florence le prix du faste et 
que les fêtes se succédaient, laissant loin derrière elles les tournois 
des princes du Nord, Venise l'emportait sur tous les autres États 
italiens par sa splendeur et son opulence. 

Le xv*^ siècle fut le moment où la puissance de la République 
des Doges atteignit son apogée; aussi les richesses qui affluaient 
dans cette ville dépassaient-elles les chiffres les plus fabuleux. 
Venise était devenue comme la métropole de l'Europe par son 
commerce hardi et ses nég-ociations habiles. 

Ses patriciens étaient autant de grands seigneurs aux fortunes 
immenses. Chacun d'eux avait son palais, merveille d'architecture 
extérieure et de luxe grandiose intérieur. 

Les arts y étaient appréciés et noblement payés. Tout patricien 
avait une petite cour à lui, peuplée de peintres, de sculpteurs, 
de musiciens, de toutes les intelligences qui pouvaient ajouter à 
l'éclat de la vie et à la renommée du maître. 

Quel cadre superbe pour ces belles patriciennes aux vêtements 
splendides, dignes ornements de leur beauté. 

C'est encore dans les tableaux des maîtres de l'école vénitienne 
que nous puiserons les documents nombreux qui nous feront 
connaître les ajustements de ces grandes dames, toutes belles, 
toutes élégantes, si nous en croyons les artistes sur parole. 

Mais dans cet Eden, beaucoup de femmes tenaient quelque 
chose du serpent, car elles en avaient l'astuce et l'adresse. On 
pourrait croire naïvement que ce beau blond doré de leurs cheve- 
lures, ce blond chaud tant aimé du Titien, était une couleur 
naturelle aux habitantes de Venise ? Hélas non, la race du pays 
avait de naissance la chevelure noire comme l'aile du corbeau, 
telle quelle existe encore maintenant et ce beau blond était dû 
à une série d'opérations délicates et difficiles qui exigeaient autant 
de patience que de coquetterie. Des manuscrits récemment décou- 
verts ont dévoilé tous les secrets de ces beautés trompeuses ; on 
y trouve les recettes les plus compliquées pour arriver à ce blond 
envié, à ces capelli fili doro tant recherchés. On voit aussi 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 3I9 

dans d'autres miniatures du temps des patriciennes occupées, sur 
la terrasse de leurs palais, à faire sécher au soleil leurs cheveux 
imbibés de teinture. A quoi bon cacher la fraude, puisque tout le 
monde fraudait ? 

La chevelure faisant l'objet de tant de soins, il est tout simple 
et logique que les Vénitiennes ne voulussent point la voiler sous 
des capuchons et des guimpes. On se coiffait donc en cheveux 
avec des nattes, des torsades, des rouleaux arrangés de mille 
manières différentes, entremêlés de fils, de tresses ou de chaînettes 
d'or, de perles et de joyaux. Si parfois on mettait un voile, 
c'était en étoffe transparente et légère, n'em- 
pêchant pas la vue des ondes dorées et des 
bijoux. 

Les femmes âgées avaient des coiffures plus 
sérieuses; elles étaient ordinairement voilées 
et portaient parfois la guimpe et l'écharpe 
ou le capuchon. 

L'usage exigeait aussi qu'on ne se présentât 
pas en cheveux à l'église; la tête voilée était ^}^;'^'-- S"™°'" 

■■■ o Italienne du xv» siècle. 

déjà exigée pour les premières chrétiennes ; 

depuis on considéra comme une inconvenance, jDour une femme, de 

se présenter dans un lieu saint la tête non couverte. 

Parmi les tableaux si nombreux qui représentent des Vénitiennes, 
il en est un de Gentile Bellini, à l'Académie des beaux-arts, à 
Venise, qui donne une idée exacte de la coiffure des femmes à 
l'église (fig. 240). 

Il représente la reine de Chypre, Catherine Cornaro, et deux 
nobles Vénitiennes. Ces trois femmes sont agenouillées et, comme 
on le voit, toutes trois sont voilées. La reine porte la couronne 
posée sur un bourrelet richement brodé avec des bandes d'orfroi 
entrecroisées. Un premier voile enserre sa tête, un autre pend 
derrière elle. 

Catherine n'était déjà plus jeune lorsque, veuve de Jacques de 
Lusignan, elle revint à Venise demander aide et protection pour 




320 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FExMININE 



recouvrer son royaume. On sait comment, sous prétexte de la 
protéger, la République, qui voulait obtenir Chypre pour son 
propre compte, la retint presque prisonnière. 

Catherine finit ses jours dans le château d'Asolo, où elle 
s'occupait d'art et de lettres pour se consoler. 




Fig. 242. — Eléonore de Portugal, d'après un tableaujde Pinturrichio. 



Les deux personnes qui l'accompagnent sont beaucoup plus 
jeunes et toutes deux élégamment parées; c'étaient sans doute des 
amies de la reine déchue, peut-être des parentes, car Catherine 
Cornaro était une fille de Venise et sa famille alliée à toutes 
celles du patriciat vénitien. 




Fig. 243. — Suivante d'Eléonore de Portugal, d'après un tableau de PinUirrichio. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Philippe de Comines raconte dans ses mémoires qu'étant envoyé 
en ambassade par le roi de France auprès de la République 
vénitienne, il visita le trésor de l'église de Saint-Marc. Il fut 
émerveillé de tous les joyaux qu'on lui montra. Il y vit des 
richesses immenses, entre autres douze couronnes d'or d'un travail 
merveilleux et enrichies de pierreries. Ces couronnes étaient portées 
en une certaine fête par douze des plus belles femmes de la ville 
qu'on appelait alors Reines. Un jour, les brigands de l'Istrie et 
du Frioul, profitant d'un moment de désordre suscité par eux 
au milieu de la fête et de l'isolement passager où se trouvaient 
les reines, les enlevèrent, elles et leurs couronnes. Les maris, 
promptement remis, les poursuivirent et ils furent assez heureux 
pour ramener femmes et joyaux. Depuis ce jour, on garda les 
précieuses couronnes dans la cathédrale de Saint-Marc. 

Le peuple italien ne semble pas encore, au xv^ siècle, avoir 
adopté les pittoresques costumes qui ont fait si longtemps le 
bonheur des touristes. On n'en voit aucune trace dans les nombreuses 
peintures de l'époque. Les femmes du peuple, dans les tableaux 
et les manuscrits, ont des capuchons, des petits bonnets genre 
serre-tête ou des écharpes enroulées autour de la tête (fig. 241). 
Presque aucune n'est coiffée en cheveux. 

Les modes de l'Espagne et du Portugal ne paraissent pas 
avoir eu un cachet bien particulier au xv« siècle. Tantôt elles se 
rapprochent de celles de France, tantôt elles ont la grâce des 
italiennes. L'Espagne, sous le rapport artistique, était en retard 
sur les autres nations, ce qui s'explique par l'état de guerre 
perpétuelle où les luttes avec les Maures l'obligeaient à demeurer, 
Elle faisait venir ses architectes et ses sculpteurs de l'étranger et 
n'avait pas encore cette belle école de peinture qui devait fleurir 
au siècle suivant. 

Cependant, dès lors, les richesses de l'Espagne étaient considé- 
rables et la cour de Ferdinand et d'Isabelle fut la plus brillante 
qu'on eut encore vue dans la péninsule. 

Mais Chimène portait-elle un hennin et la fière épouse de 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



323 



Narvaez se cciffait-elle d'un escoffion? Les chroniques sont muettes 
à cet égard et il ne semble pas que l'Espagne ait eu des frères 
Richard et des pères Thomas pour flageller la hauteur des 



■"li ( f 




Fig. 244. — Noble Allemande, d'après un manuscrit du xv<^ siècle. 

coiffures espagnoles, ce qui donne à penser que les modes n'y 
furent jamais exagérées ou immodestes. 

Le Portugal, dont les mœurs étaient si semblables aux mœurs 
espagnoles, a dû avoir les mêmes modes que sa voisine. Un 
tableau de Pinturrichio, représentant le mariage de Frédéric III, 



324 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



empereur d'Allemagne, avec Éléonore de Portugal, nous montre 
quelques dames portugaises revêtues de vêtements somptueux, 
dont les étoffes ne le cèdent en rien aux plus riches tissus italiens. 

Éléonore et la principale dame de sa suite sont coiffées de la 
même façon. Elles portent un filet en or qui retient les cheveux 
simplement ondulés par devant et serrés sur le front par un 
ruban d'or (fig. 242). 

La suivante (fig. 243) en nous tournant le dos à moitié, nous 




Fig. 245. — Noble Allemande, d'après une miniature du XV siècle. 



apprend comment les cheveux 
pendait jusqu'à terre, retenu 
cordonnet d'or qui le serrait, 
vement portugais, car nous 
ailleurs. 

Un manuscrit de la fin du 
représentant des femmes de la 
portent des capuchons brodés 
resques qu'on rencontre encore 

Les hennins et les coiffures 



étaient arrangés dans ce filet qui 

de distance en distance par un 

Ce genre de coiffure est exclusi- 

ne l'avons rencontré nulle part 

xv^ siècle contient des miniatures 
noblesse espagnole. Quelques-unes 
qui rappellent les vêtements mau- 
aujourd'hui au Maroc, 
très hautes ne furent guère portées 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 325 




en Allemagne, mais, en revanche, les coiffures larges y eurent 
un grand succès. Les capuchons de drap déchiqueté qu'on posait, 
comme celui des hommes, sur le haut de la tête en se servant de 
la queue comme d'un tour de cou, se rencontrent fréquemment 
dans les monuments allemands (fig. 245). Ces capuchons étaient 
en drap' noir ou écarlate pour les bourgeois et le peuple, en 
drap pourpre pour les nobles (i). 

Les Allemandes portaient aussi la crépine d'étoffe de soie ou 
de drap d'or et d'argent, de même que la résille en galons 
d'orfrois ornés de perles ou de pierreries. Elles en formaient des 
bourrelets ou cornes aux oreilles comme en 
France, ou bien la laissaient pendre dans le cou, 
recouvrant entièrement les cheveux, à l'exception 
des bandeaux du visage. Sur cette crépine ou 
réseau elles plaçaient soit le capuchon cité plus 
haut, soit un bonnet rond rembourré qui res- 

Fig. 246. 

semblait beaucoup à la birette, soit encore de Femme allemande du 
grands chapeaux de feutre ornés d'une quantité ^'^^^^' ^^^"^''^^ """" 

01 1 ancienne tapisserie. 

de plumes (fig. 245). 

Enfin, toutes les classes usaient de coiffures en toile empesée 
comme nous en avons vu en Flandre, de large envergure accom- 
pagnées généralement de la guimpe ou de la gorgière. 

Le voile semble rarement employé. 

Dans le nord de l'Allemagne, beaucoup de coiffures en turbans, 
en bourrelets, en fourrures pour l'ordinaire et de grands et larges 
diadèmes d'or ou d'argent, dont l'origine celtique remontait au 
temps les plus anciens et qu'on voit encore apparaître aux 
mariages et aux fêtes, dans certaines contrées de la Prusse et du 
Danemark. Les femmes du peuple portaient aussi des turbans 
(fig. 246). Ceux des grandes dames étaient agrémentés de beaucoup 
d'ornements d'or et de pierreries, car la faveur des joyaux fut 
aussi grande en Allemagne que partout ailleurs (fig. 247). 

(i) La teinture pourpre n'était pas toujours rouge ; on donnait ce nom de pourpre à une 
matière colorante d'un prix élevé qui se combinait en diverses nuances. 



326 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

La bourgeoisie allemande, dans les villes commerçantes, déployait 
un luxe princier. Les femmes nobles semblent avoir renoncé de 
bonne heure aux privilèges de la toilette si chers à l' amour- 
propre de celles des autres pays (fig. 248). 

Il eût été impossible de condamner ces riches bourgeoises à se 
contenter de vêtements simples et d'humbles maisons, elles dont 
les maris tenaient dans leurs mains la plus grande partie des 
richesses de l'Allemagne. Aussi rien n'égale la splendeur de ces 
palais de l'aristocratie marchande, comme rien n'égalait la beauté 
des parures de ces fières bourgeoises. Les chroniques du temps 
contiennent de nombreuses descriptions des repas plantureux, des 
magnifiques appartements, du train princier de tous ces grands 
commerçants dont les noms sont restés célèbres en Allemagne à 
l'égal de ceux des plus illustres chevaliers. L'or a aussi sa noblesse; 
l'essentiel est de s'en servir noblement. 

Là où régnait l'esprit chrétien, malheureusement déjà bien 
affaibli en Allemagne, on renonçait aussi à toutes les grandeurs 
devant la mort. Plusieurs tombeaux de l'époque nous montrent 
des femmes vêtues d'habits austères, de forme monastique, qui 
témoignent d'une grande préoccupation religieuse et d'un profond 
sentiment d'humilité et de foi. 

Revenons encore une fois en France pour y saluer la grande 
et noble figure de Jeanne d'Arc, de celle qui releva l'honneur de 
son sexe, en ces temps lamentables où les femmes semblent avoir 
perdu tout sentiment de leurs devoirs. 

Aucun portrait authentique ne nous est parvenu de la grande 
héroïne; nous savons seulement qu'elle était très belle et qu'elle, 
avait une abondante chevelure blonde. 

La ville d'Orléans conserva longtemps, avec un soin jaloux et 
une grande vénération, un chapeau de Jeanne d'Arc que celle-ci 
avait donné à la fille de Jacques Boucher, bourgeois de la ville 
chez qui elle avait demeuré pendant son séjour à Orléans. 

Ce chapeau resta deux cents ans dans la famille de Jacques 
Boucher, qui, au bout de ce temps, en confia le dépôt aux pères 






Fig. 247. — Coiffure, d'après un buste de l'église de St-Martin d'Oberwesel du xv<^ siècle. 



328 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



de l'Oratoire, ainsi qu'il est constaté par acte authentique déposé 
aux archives d'Orléans. Malheureusement, le chapeau disparut à 
la Révolution lorsque la congrégation fut dissoute. Il fut sans 
doute emporté par l'un des religieux qui négligea de s'assurer que 




Fig. 248. — Anna de Pallan, femme de Jehan von Elch, d'après son tombeau, i486. 



la dernière relique de l'illustre héroïne serait après lui sauvée de 
l'oubli. 

Le chapeau de Jeanne d'Arc était en velours bleu, relevé des 
quatre côtés, bordé d'or et renfermé dans une caisse en maroquin 
rouge ornée de fleurs de lys. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



329 



Les ennemis de la sainte fille l'accusèrent injustement de luxe 
dans ses vêtements. Elle était vêtue avec la recherche qu'exigeait 
sa haute position dans l'armée. Jeanne sentait que l'autorité devait 
être rehaussée de quelque prestige extérieur pour en imposer aux 
peuples comme aux soldats, mais jamais la coquetterie féminine 
ou la recherche du vêtement ne détourna sa pensée du noble but 
de sa vie. 





CHAPITRE VII 



RENAISSANCE 



Abandon de la coiffure haute. — Anne de Bretagne. — Grandes et riches parures. — Influence 
de l'Italie sur la mode. — Luxe et faiblesses des femmes. — Amoindrissement de leur rôle. 

— Le capuchon à templette. — La coiffure à l'espagnole. — Marguerite d'Autriche. — La 
mode sous Henri II. — La vogue de l'orfèvrerie. — Catherine de Médicis dans sa jeunesse. 

— Un mariage de grands seigneurs. — Diane de Poitiers. — Le veuvage de Catherine. — 
Le nouvelliste de la cour. — La fraîcheur de Monsieur d'Imbercourt. — Marie Stuart. — 
Son veuvage et ses toilettes. — Un pamphlet. — La Marguerite des Marguerites et Bran- 
tôme. — Coiffures allemandes et hollandaises. — Testaments et contrats. — Marguerite de 
Parme. — Bonnets plats. — Une héroïne d'Anvers. — Modes espagnoles. — Maria de Padilla. 

— L'étiquette de la cour d'Espagne. — Mariages royaux. — ■ La reine Elisabeth. — L'impiété 
de l'Italie. — La comtesse de Cellant. — Blanche de Montferrat. — Les mœurs italiennes. — 
Ecole allemande. — La république de Venise. — La réception de Henri III à Venise. — 
Influence de la Réforme sur la mode. — Rigueurs calvinistes. — Gretchen. — L'existence 
de la femme allemande. — Une reine de Pologne. — Sybille Fugger et Philippine Welser. 

— Les diadèmes de Dantzig. — Marie Tudor. — Elisabeth. — Le fard. 




A grande gloire du hennin est passée. 
Sic transit gloria mundi ! Ces 
coiffures orgueilleuses ont-elles cédé 
enfin aux objurgations, aux repro- 
ches, aux railleries, aux malédic- 
tions dont on les a chargées ? 
Hélas, il ne le faut pas croire. 
Il est une puissance à laquelle la femme obéira toujours, quelque 
chose qui, plus puissant que les raisonnements et les menaces, 



332 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



obtiendra de notre sexe les plus durs sacrifices. Cette puissance 
irrésistible, c'est la mode. Ce que n'avaient pu renverser les plus 
illustres prédicateurs, la mode l'anéantit d'un geste. 

C'est elle qui replie les escoffions peu à peu, qui, d'année en 
année, rogne la hauteur du hennin, abaisse les cornes, les raplatit 
sur les tempes, puis les enlève tout à fait et finit par déclarer 
que le petit capuchon à templettes sera désormais la coiffure-type 
du xvi^ siècle, comme le hennin fut celle siècle précédent. 

Suivons ce decrescendo, comme nous 
avons suivi le formidable crescendo 
d'extravagances cent ans plus tôt. 

Le hennin abdiquait. Il prit une 
forme de capuchon à fond très haut ou 
s'adjoignit la templette, en supprimant 
la moitié de sa hauteur (fig. 249). 

Logique dans son renoncement, il 
supprima en même temps son voile. 
Le capuchon haut se simplifie, il fait 
des économies de joyaux et les emploie 
à créer une bande qui se relève par 
devant en forme de revers. Plus tard, 
il s'aplatit sur la tête. Quelques jeunes 
femmes seulement le portent assez 
court, ne dépassant guère la nuque. Les cheveux bouclés s'échap- 
pent par derrière et viennent tomber sur le dos. D'autres adoptent 
une coiffe descendant de chaque côté jusqu'à l'épaule et sur laquelle 
elles jettent une sorte d'écharpe assez roide, aux bouts très longs 
qui, remontés au-dessus de la tête et attachés sur la coiffe, 
forment de grandes ailes rappelant certaines coiffures de la Bretagne 
actuelle (fig. 250 et 251). 

Comme nous l'avons remarqué, la simplicité dont Louis XI 
donna l'exemple exerça pendant quelque temps une certaine 
influence sur les hautes classes de la société, mais cela ne dura 
pas longtemps. Les guerres d'Italie donnèrent une nouvelle impul- 




Fig. 249. — MargueriLe de Chasse, 
femme de Jean Carondelet, d'après 
une médaille frappée en 1488. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



333 



sion aux nouveautés luxueuses et aux fantaisies de la mode. Anne 
de Bretagne, si économe et si raisonnable qu'elle fût, savait déployer 
une magnificence royale quand l'occasion l'exigeait. Elle aimait 
que les vêtements fussent à la hauteur du rang et, la première, 
elle imagina d'attacher à sa suite cette pléiade de dames et de 
jeunes filles de haute naissance, que les reines de France regar- 




Fig. 250. — D'après des statuettes du commencement du xvi« siècle. 



dèrent désormais comme un ornement de leur cour. Il y eut, à 
cette époque, des coiffures de parade, importées d'Allemagne, très 
compliquées, très surchargées et d'une lourdeur extrême. On en 
retrouve beaucoup dans les monuments français (fig. 252). 

L'église d'Eu possède un type très exact de ce genre de coiffure. 
Les cheveux légèrement ondulés vont se perdre sous une coiffe 
en riche étoffe, à laquelle est adapté une sorte de turban, terminé 



334 Histoire de la Coiffure féminine 

lui-même par un sac en forme de boudin, également en damas 
ou drap d'or. Le tout est garni d'une profusion de perles. De 
chaque côté deux boucles s'échappent et viennent tomber sur les 
épaules. 

La grande complication de ces coiffures, comme leur poids 
énorme, devait les rendre très incommodes. Aussi n'eurent-elles 
qu'un succès passager en France. Elles durèrent beaucoup plus 
en Bourgogne, en Flandre et dans les pays limitrophes de l'Alle- 
magne. L'escoffion aux larges dimensions et généralement toutes 
les coiffures lourdes et larges furent aimées des dames allemandes 

avec une constance digne d'un objet 
plus favorable à la beauté (fig. 253 et 
254). On leur donnait le nom de bour- 
relets. 

Elles affectaient toutes sortes de for- 
mes, cœurs, conques, coussins et se 
faisaient en étoffes très riches, très sur- 



charp-ées de broderies, d'or, d'argent, 

Fig. 251. — Capuchon a ailes. '-' '^ 

de pierreries. Comme elles étaient l'occa- 
sion de grosses dépenses pour les femmes, les moralistes en firent 
l'objet de leurs attaques (fig. 255). 

Dames à rebrassez collets (i) 
De quelconque condition 
Portant atours et bourrelets 
Mort saisit sans exception. 

dit Villon dans son Grand Testament. 

Les campagnes d'Italie suscitèrent aux bourrelets la rude concur- 
rence des coiffures à grands développements de cheveux. Elles 
mirent l'Italie en vogue. Les guerriers qui en revenaient racontaient 
de ce beau pays des choses merveilleuses et éblouissantes; aussi, 
toutes les dames voulaient s'habiller à l'italienne et la mode se 
fut faite italienne du coup, sans la reine Anne de Bretagne, qui 

(i) Rebrassez collets, c'est-à-dire collets bordés en fourrures. 




Histoire dé la coiffure féminine 



335 



résista énergiquement au courant. Elle ne consentit jamais à quitter ses 
vieilles modes françaises et les dames de la cour, à son exemple, 
n osèrent se montrer trop avides de nouveautés. Le chaperon de 
la reine Anne demeura donc vainqueur dans la lutte et s'établit 




Fig. 252. — • Coiffure d'après une statue de l'église d'Eu. 



si bien dans les habitudes françaises qu'il régna longtemps encore 
après la princesse bretonne. 

Le capuchon de la reine Anne était petit, court, avec un 
bandeau plat entourant le visage et appelé templette. Les tem- 
plettes étaient plus ou moins longues et plus ou moins ornées. 

Quelquefois, le capuchon couvrait lui-même une première coiffe 
de toile fine ou de linon, toujours plate et se terminant par un 
morceau d'étoffe en forme de barbe. Un tableau de Lucas de 
Leyde représente une de ces coiffures portée par une grande 



336 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



dame, duchesse ou comtesse. Le capuchon est en velours bordé 
d'or, la coiffe en linon. Une élégante couronne s'élève sur le 
front (fig. 256). 

Anne s'était mariée les cheveux épars, d'après un ancien usage 
qui voulait que les reines, à leurs épousailles, eussent les cheveux 
tombant sur les épaules et seulement ornés d'une couronne. 




Fig. 253. — Seigneurs allemands, par Lucas de Leyde. 



Cette coiffure, qui semblait normale 150 ans plus tôt, était 
devenue chose extraordinaire après le long règne des coiffures 
hautes, surchargées et cachant tout le cuir chevelu; aussi les 
vieilles chroniques rapportent-elles que l'on s'étonna beaucoup de 
voir la reine dans cet appareil et qu'on la trouva très bien ainsi. 

Mais ce fut un jour d'exception; Anne reprit bien vite son 
capuchon et ne le quitta plus. Tantôt il était en velours, tantôt 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



337 



en soie ou en toile ; la reine l'accommodait à toutes les circonstances. 

Son portrait, d'après une médaille frappée lors de son mariage 

avec Louis XII, la représente en capuchon de toile fine plissée et 

posée sur les cheveux relevés à racine droite. Au-dessus est jeté 




Fig. 254. — Dame allemande vers 1525, d'après Holbein. 



le voile en soie bordé de perles. La couronne surmonte le tout 

(%• 257)- 

En temps ordinaire, la reine portait le chaperon de velours ou 

de soie, les cheveux relevés à racine droite, mais non tirés et 

aplatis comme au siècle précédent. Ils formaient un bourrelet 

léger qui encadrait le visage. Quelques dames y ajoutaient aux 

tempes des petites boucles très vaporeuses (fig. 258). 

23 



338 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Anne de Bretagne est une des grandes figures féminines de j| 
l'époque. 

Son influence sur les modes, comme sur les mœurs, fut salutaire. 
Son austérité, que tempérait un juste discernement des obligations 




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Fig. 255, — Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, d'après un portrait 

du musée de Versailles. 



sociales, arrêta quelque temps le débordement du luxe amené par 
les guerres d'Italie. 

Elle était généralement vénérée et inspirait à son époux, Louis XII, 
non moins de crainte que de respect. A sa mort, ce prince lui 
fit des obsèques comme depuis longtemps on n'en avait plus vues 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



339 



pour une reine de France. Selon l'étiquette, on avait posé sur le 
cercueil l'effigie en cire de la reine, revêtue d'une cotte de drap 
d'or, d'un surcot de velours cramoisi de pourpre fourré d'hermine 
et d'une couronne sur la tête. 

Le deuil fut sévère et long. Louis XII ne permit même pas 
qu'on le quittât pour le • mariage du duc d'Angoulême. La céré- 
monie nuptiale fut faite très simplement dans la chapelle du 




Fig. 256. — ■ Duchesse, d'après une peinture de Lucas de Leyde. 

château de Saint-Germain; tout le monde était en noir, même les 
mariés. 

Brantôme, qui nous conte ces détails, dans ses Mémoires, ajoute 
que son père, en revenant d'Italie, fut au désespoir de ne plus 
retrouver la reine Anne, qui l'avait toujours traité avec bienveil- 
lance et était la marraine de sa femme, Anne de Vivonne, 

Il nous apprend que le jour de son mariage, la dite Anne de 
Vivonne fut comblée de cadeaux par sa royale marraine, qui lui 
donna, entre autres pièces de trousseau, deux robes de drap d'or. 




Fig. 257. — Anne de Bretagne, d'après uue médaille irappée lors de son mariage. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



341 




deux de toile d'argent et deux de damas rayé d'or et d'argent, 
plus un nombre considérable de broderies et bordures. L'aurore 
des beaux costumes de la Renaissance se levait radieuse. La sag-e 
influence de la reine mitigeait encore la poussée des splendides 
modes italiennes. Il n'en fut plus de même après elle. 

La reine Marie d'Angleterre, qui lui succéda, était belle et 
coquette. Fleurange, dans ses Mémoires, dit qu'elle émerveilla les 
Français par sa beauté. 

Après avoir rendu compte des fêtes de l'entrée de la jeune 
princesse à Paris, il arrive au mariage 
royal. 

« Le lendemain, dit-il, furent les espou- 
« sailles et ne furent pas faictes à l'église, 
« mais en une belle grande salle tendue 
« de drap d'or, là oii tout le monde les 
« pouvoit veoir. 

« Et estait le roy et la reyne assis, et 
« la reyne toute deschevellée avait un cha- 
« peau sur son chef, le plus riche de la 

« chrétienté et ne porta point de couronne pour ce que la coutume 
« est de n'en point porter si elles ne sont couronnées à S'-Denis. 

Les ordonnances somptuaires éditées par Charles VIII étaient 
restées lettres mortes. Elles n'arrêtèrent pas un seul moment les 
progrès du luxe, favorisés par la Renaissance. La soie, dit un 
auteur contemporain, semblait être devenue le porter général, 
commun à toutes les classes. Louis XII mort, la couronne de 
France passa sur la tête du trop galant François I«\ qui allait 
montrer une si déplorable faiblesse pour les égarements de la 
coquetterie féminine. 

Le budget de la royauté se greva de sommes énormes consacrées 
à donner aux dames des joyaux et des étoffes précieuses. Les 
comptes de François L'' sont quadruples de ceux de Louis XII, 
en ce qui concerne les dépenses du luxe. Les femmes, il faut le 
confesser, deviennent le fléau de la cour. Leurs intrigues, leurs 



Fig. 258. — Dame noble. 



342 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



basses cupidités, leurs folles prodigalités constituent de véritables 
plaies rongeant le trésor de l'État. 

Les reines sont impuissantes à arrêter le mal. La douce et 
modeste Claude comptait pour bien peu dans ce monde corrompu. 
Femme aimante et fidèle, rudoyée par une belle-mère orgueilleuse, 
oubliée par son mari, elle ne trouvait de consolation que dans la 
piété et la patience. Clément Marot l'a dépeinte d'un mot : 

« Esprit lassé de vivre, en peine et deuil », dit-il. 





Fig. 259. — Louise de Savoie en coiffure 
de veuve. 



Fig. 260. — Yolande de Savoie, d'après 
une médaille frappée eu 1470. 



Si populaire fut le renom de sa bonté que les bonnes gens de 
la campagne l'invoquaient comme une sainte et lui attribuaient 
des miracles. 

La mère de François F"-, Louise de Savoie, semble cependant 
n'avoir pas tenu au lu.xe pour sa propre parure. Son image, du 
moins, ne nous est parvenue qu'embéguinée de la coiffe sévère 
des veuves (fig. 259). . 

Mais autant elle apparaît simple pour elle, autant elle aimait 
le faste autour d'elle. Pour rendre la cour de France plus bril- 
lante, rien n'était trop beau, aucune libéralité trop grande. Son 
esprit de domination lui faisait trouver, dans les faiblesses de son 



J 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



343 



fils, un moyen de garder plus longtemps le pouvoir et sa peu 
scrupuleuse vertu encourageait au moins tacitement les légèretés 
de conduite de ce prince. La coiffure de veuve que l'artiste lui a 




Fig. 261. — Têtes de femmes nobles provenant d'une'tapisserie de la fin du xv= siècle. 



donnée se portait beaucoup en Italie et dans les pays voisins. 
Lorsque Amédée IX, duc de Savoie, mourut, laissant la régence 
à sa femme Yolande, une médaille fut frappée en l'honneur de la 
régente (fig. 260). Cette princesse y est représentée coiffée d'un 
capuchon très orné, garni sur le devant d'une rangée de branlants 



344 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

avec une broderie légère tout autour. Les cheveux sont en ban- 
deaux ondulés. On appelait branlants ou papillottes de petits 
motifs en or léger, fixés soit au bout des plumes, soit au bord 
des voiles, partout enfin où ils pouvaient servir d'embellissement 
et de garniture. Ils avaient les formes les plus variées, pois, 
gousses, triangles, croissants, etc. 

D'autres capuchons, presque toujours en velours, étaient entiè- 
rement semés de branlants, de broderies, de joyaux ou de semis 
de perles. Quelquefois, ces capuchons étaient arrondis par derrière 
en forme de bonnet (fig. 261). 

Le capuchon à templette constituait la coiffure obligatoire des 
veuves. Celui de Marguerite, veuve du duc Philibert de Savoie, 
a un revers qui se relève en forme de diadème; la templette est 
en soie plus claire que le capuchon et garnie de perles. Cette 
intéressante figure nous vient d'une médaille frappée en 1504 
(fig. 262). 

A la fin du xv^ et au commencement du xvi« siècle, la coiffure 
à capuchon est si générale en France qu'il est très rare d'en 
rencontrer d'autres. 

Le tombeau de Philippe de Comines, détruit à la Révolution 
avec le beau château de Gaillon, où il se trouvait, portait la 
statue d'Hélène de Chambes, temme de Philippe, et de leur fille 
Jeanne, épouse du comte de Penthièvre; les deux femmes ont le 
capuchon, la mère en drap, la fille en velours et plus court que 
celui de la mère, avec le devant richement orné d'un revers serti 
de pierreries. 

Il nous est difiicile aujourd'hui de bien saisir les différentes 
nuances déterminées par des noms de coiffures dont la description, 
souvent trop vague, n'a pu être bien comprise que des contem- 
porains. Rabelais nous parle des modes de sa jeunesse : 

« L'accoustrement de la tête était selon le temps. En hiver à 
« la mode française, au printemps à l'espagnole, en été à la 
« tusque; excepté les fêtes et les dimanches où les femmes portaient 
« accoustrement français parce qu'il est plus honorable. » 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



345 



La coiffure à la française, nous le savons, c'était le capuchon 
à templettes. Celui-là ne variait guère de longueur. Mais la 
coiffure à l'italienne, à l'espagnole, à la tusque? Qu'était-ce? On 
nous dit bien que l'italienne était un bonnet dépourvu de toute 




Fig. 262. — Marguerite, veuve de Philibert de Savoie, d'après une médaille frappée en 1504. 



espèce de garnitures, si ce n'est d'une passe d'orfèvrerie, qui 
s'assujettissait à la tête; mais quand nous étudions les modes 
italiennes, nous ne rencontrons que très peu de bonnets. L'espa- 
gnole consistait en un toquet posé sur les cheveux; mais la mode 
du toquet date seulement du milieu du xvi^ siècle ! 

Cependant, nous arrivons à un moment où les documents se 



m 




f 



Fig. 263. — i" Isabelle, femme de Christian II, roi de Danemark, 1515. 
2° Isabelle, femme de Charles-Quint, 1526. 
30 Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, 1537. 
4» Renée, femme d'Antoine de Lorraine,' 1522. 



. «il 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 347 

font nombreux. C'est la belle époque de l'art numismatique, venu 
aussi de l'Italie avec la Renaissance. 

Tout événement important, public ou de famille, victoire, mariage, 
naissance, décès, est consacré par une ou plusieurs médailles et la 
minutieuse exactitude du graveur à rendre les moindres accessoires 
ne néglige aucun détail, sans que l'art y soit sacrifié. 

Nous donnons ici une planche représentant quatre princesses 





.^ "^ /■ 



rig. 264. — Dame en capuchon à queue. 

d'après des médailles frappées à l'occasion de leur mariage (fig. 263). 
C'est d'abord Isabelle, femme de Christian II, roi de Danemark, 
mariée en 15 15. Elle porte encore la crépine et n'a qu'une mince 
couronne sur le front. La seconde Isabelle, mariée à Charles- 
Quint, en 1526, est coiffée à l'espagnole. Les cheveux courts et 
bouclés sont surmontés de deux rangs de tresses et simplement 
égayés d'une agrafe en pierreries. La troisième, Marguerite d'Au- 
triche, gouvernante des Pays-Bas, en 1537, est coiffée avec plus 



348 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

de recherche. Ses cheveux sont d'abord retroussés entièrement et 
ramenés en arrière. Ils sont noués sur la nuque et recouverts 
d'un réseau maintenu par une bande de métal précieux enrichie 
de pierreries; ensuite, ils sont partagés en deux torsades inégales, 
mêlées de perles. La plus mince fait le tour du front, la plus 
grosse contourne le crâne par derrière. La quatrième est Renée 
de Bourbon, femme d'Antoine, duc de Lorraine et de Bar. La 
médaille date de 1522. La princesse a les cheveux entièrement 
cachés par un bandeau de toile. Le capuchon est à double tem- 
plette. Une queue assez longue tombe par derrière. Cette mode 
des queues de capuchon, déjà fort ancienne, était encore en faveur. 
Quelques-unes traînaient jusqu'à terre, ce qui avait ses inconvé- 
nients, ainsi que nous le fait voir J. Lemaire des Belges, parlant 
d'une belle dame décoiffée par l'inadvertance d'un maladroit. 

« Marcha, dit-il, l'un de ses pieds sur son atour et fit apparoir 
« les tresses de ses beaux cheveux dorés » (fig. 264). 

Les cheveux étaient soigneusement renfermés dans le couvre- 
chef et n'apparaissaient que par devant. Généralement, le capuchon 
des femmes de la noblesse était en velours et celui de la bour- 
geoisie en drap écarlate. Sous Charles VIII et Louis XII, les 
dames de haut parage portaient encore souvent la couronne soit 
sur les cheveux, soit sur un voile, un chaperon ou une coiffe, 
mais à dater de François I'^'', cet usage disparut et la couronne 
ne fut plus guère mise que par les reines ou dans les cérémonies 
de grand apparat. Les habillements n'en devinrent pas plus simples 
pour cela. Le goût des étoffes brochées, mêlées d'or, brodées, 
parsemées de perles ou de pierreries, dégénéra en véritable fureur. 
Les étoffes étaient si raides, si surchargées qu'elles nécessitèrent 
des inventions nouvelles. Il fallut les soutenir par des montures 
solides. Les basquines et les vertugadins apparurent, donnant au 
corps une ampleur démesurée qu'augmentaient encore des manches 
bouffantes de proportions colossales, si bien que la tête, dégagée 
des coiffures élevées d'antan, paraissait démesurément petite au 
milieu de ces exagérations du reste du costume. 




Fig. 265.- Statuette du musée archiépiscopal d'Utiecht du commencement du XV1« siècle, 
provenant de l'église d'Amersfort. 



35° 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Jamais peut-être la forme normale humaine ne fut plus défigurée. 
La Renaissance, qui fut largement païenne et qui prétendit remettre 
en honneur les beautés romaines et grecques, est l'époque où le 
vêtement s'éloigna le plus des tuniques souples, des vêtements 
aux plis gracieux des femmes de l'antiquité (fig. 265) 

Le bon goût revint un peu en France avec Henri IL Les édits 
somptuaires furent si multipliés au commencement de ce règne, 
qu'ils réussirent à ramener pour un temps la nation dans des idées 

plus raisonnables. Le chancelier de 
Henri II, Olivier, partant du prin- 
cipe que « maintenir la décence 
publique et la distinction hiérarchi- 
que du rang était un des devoirs 
importants du pouvoir » ne se con- 
tenta pas de remettre en vigueur les 
ordonnances anciennes, il les renforça 
d'une foule d'autres nouvelles tou- 
chant aux détails les plus infimes. 
Couleurs, garnitures, formes, bou- 
tons, ferrements, broderies, passe- 
menteries, tout fut réglé et classé 
minutieusement. Chaque couche so- 
ciale eut sa couleur déterminée. Aux 
princes et aux princesses appartenait 
de s'habiller d'étoffes de couleur rouge cramoisi. Les simples 
gentilshommes ne pouvaient user de cette couleur que pour une 
pièce de leur vêtement. Les dames de la cour eurent le privilège 
exclusif du velours de toute couleur, sauf le cramoisi ; leurs sui- 
vantes, la tolérance du velours noir ou tanné. 

Quant aux bourgeoises, force leur fut de renoncer au velours. 
A grand'peine obtinrent-elles d'en border leurs cottes ou leurs 
manches. Mais si précis et si minutieux que fussent les décrets 
royaux, ils ne purent éviter le péril des interprétations. Il [se 
produisit tant de plaintes, de récriminations, de colères et de 




Fig. 266, 
Bourgeoise de Paris vers 1520. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 351 

résistances qu'il fallut bien composer. Pour avoir la paix on mitigea 
la guerre. Les bourgeoises reconquirent la liberté des bandeaux 
d'orfèvrerie et le droit aux lourdes et massives chaînes d'or dont 
elles avaient l'habitude d'orner leur poitrine. A leur tour, les 
femmes du peuple furent autorisées à garnir de soie leurs capu- 
chons, mais ces adoucissements à la loi promulguée furent compensés 
par un redoublement de rigueur dans l'observation des prohibitions 
maintenues. 

Le velours trop commua en France 
Sous toy reprend son vieil honneur, 
Tellement que ta remonstrance 
Nous a fait voir la différence 
Du valet et de son seigneur, 
Et du muguet chargé de soye 
Qui à des princes s'égalait 
Et riche en drap de soye allait 
Faisant flamber toute la voie. 
Les Tusques ingénieuses 
Ja trop de velouter s'usoyent 
Pour nos femmes délicieuses 
Qui en robes trop précieuses 
Du rang des nobles abusoyent ; 
Mais or la laine méprisée 
Reprend son premier ornement 
Tant vaut le grave enseignement 
De ta parole auctorisée ! 

Ainsi applaudissait le bon Ronsard à la loi dont il n'avait que 
faire. Les femmes ne disaient pas comme lui! (fig. 267). 

A la cour on ne se fit pas faute de tourner les ordonnances, 
voire de les braver. La femme du connétable de Montmorency 
ne voulut jamais abandonner ses anciennes parures. Elle garda les 
vastes manches italiennes, les grands chaperons et, toute démodée 
qu'elle était, elle avait fort grand air et imposait silence aux 
moqueries que sa mise pouvait inspirer. 

Les chaperons continuaient à diminuer en tous sens ; ils fini- 
rent par se transformer en véritables bonnets, dans l'acception 
actuelle de ce mot. On enfermait les cheveux dans une cale ou 
sac qu'on recouvrait soit d'une toque à l'espagnole, soit du chaperon. 



352 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



Le mot bonnet alors désignait la toque, importation espagnole 
qui eut une grande vogue, parce qu'elle a le mérite d'être très 
coquette et très seyante aux jeunes femmes. La toque ou bonnet, 
presque toujours en velours, était embellie de plumes et d'un 
joyau appelé enseigne. Les plus jolies femmes de la cour s'habil- 
laient à l'espagnole. Ce fut le caprice du moment, témoin les 
récits de Brantôme, soit qu'il nous dépeigne les « accoutrements » 
des filles de la reine, soit qu'il déplore le malheur de la pauvre 
Hélène de Grandmont, perdant sa toque ornée d'une riche enseigne 




Fig, 267 . — Têtes tirées d'une tapisserie de la collection Erlanger, xvi' siècle. 



que le vent fit tomber dans les fossés du château de Rambouillet. 

La cour de France était alors le rendez-vous des beaux esprits, 
des artistes, des savants. François I^"^, esprit français par excel- 
lence, aimait les bons mots, les rires joyeux, les jolis sonnets, 
tout ce qui amusait avec intelligence. Le sel gaulois était apprécié, 
mais il avait tort quand il n'était que grossier. Ces bons vivants 
savaient être poètes. 

Au milieu de ce monde aimable, brillant et spirituel, la jeune 
Catherine de Médicis avait su conquérir une place importante. 

Ce n'était pas encore la majestueuse régente dans ses coiffes de 
veuve, comme nous nous la représentons ordinairement, c'était une 




Fig. 268bis. — Reine Marguerite de Navarre. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 353 

jeune et vive Italienne, déjà fine et astucieuse, intelligente et 
adroite, mais ne montrant de ses aptitudes que ce qu'il fallait 
pour charmer son beau-père et la cour. Montant à cheval comme 
un centaure, tirant à l'arbalète avec adresse, aimant avec passion 
les ballets et la toilette, elle était devenue la préférée de Fran- 
çois I^"' qui ne pouvait se passer d'elle et la voulait dans toutes 
ses parties de plaisir. 

Catherine n'avait d'égale pour le luxe et l'élégance qu'Isabelle, 
sœur de Henri II, qui l'éclipsait par sa beauté. Toutes les dames 
de la cour cherchaient à l'envi à suivre les jeunes belles-sœurs, à 
les imiter autant par l'éclat de leurs toilettes que par la gaîté 
et l'entrain (fig. 267). 

Au milieu d'elles passait, triste et morose, le dauphin François, 
insensible à tous ces charmes, sinon à ceux de cette douce et 
aimable l'Estrange, que Clément Marot nous peint en quelques 
lignes : 

A la beauté de l'Estrange 

Face d'ange 
Je donne longue vigueur 
Pourvu que son gentil cœur 

Ne se change. 

En 1549, deux ans après la mort de François I^'', Paris 
organisa pour le roi et la jeune reine une entrée triomphale dans 
ses murs. Tous les grands du royaume firent de magnifiques 
préparatifs pour y paraître. Les princes du sang y amenèrent 
chacun une suite nombreuse à leur livrée. En cette occasion, on 
oublia toutes les lois somptuaires. Le maréchal de Vielleville 
raconte, dans ses Mémoires, que le prince de la Roche-sur-Yon 
n'épargna rien pour se monter un cortège digne de son rang et 
vante les splendides costumes que sa femme et lui s'étaient fait 
faire pour la circonstance. L'usage voulait que toute reine de 
France, à la veille de son entrée solennelle et de son couron- 
nement, envoyât une couronne d'or aux princesses du sang. 
Catherine se conforma à cette tradition. Lorsque la princesse de 

24 



354 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

la Roche-sur- Yon reçut la couronne que comportait son rang, elle 
la trouva trop simple et y fit ajouter quantité de joyaux, ce qui 
fut jugé plus que hardi. 

Ce même maréchal de Vielleville avait deux filles, dont l'une 
avait épousé le comte d'Espinay. La seconde, très jolie et très 
riche, était un parti enviable et envié. Elle était à la cour comme 
fille d'honneur de la reine Catherine de Médicis. Son père projetait 
de la marier au comté de Saulx, jeune seigneur brillant et aimable, 
aussi brave qu'entreprenant et hardi. 

Toujours le premier, quand il s'agissait de disputer un prix au 
carrousel, à la bague, à la paume, à la barrière, il faisait les 
délices des fêtes de la cour par sa bonne grâce et son entrain. 
Il avait inventé une danse appelée de son nom la volte de Saulx, 
imitée de la volte de Provence, danse très compliquée composée 
de sauts, de détours, d'enlacements, de voltes, et si jolie, quand 
elle était bien menée, qu'elle eut une vogue énorme. 

Mais le prince de Vaudémont, qui voulait retenir le maréchal 
en Lorraine, avait aussi un mari pour mademoiselle de Vielleville. 
C'était le comte de Duilly, de la maison de Châtelet, aussi beau, 
bien fait et élégant que son rival. Ce jeune seigneur était soutenu 
dans ses visées conjugales par madame Claude de France, amie 
de mademoiselle de Vielleville. Dès son arrivée à la cour, il y 
brilla dans les carrousels, les courses et aux bagues tout autant 
que le comte de Saulx ; bien plus, comme il était très bon 
danseur, il apprit aux dames de la cour les branles du haut 
Barrois, danse rapide et animée dans laquelle il excellait. La 
volte de Saulx subit un échec complet. Toutefois, Saulx . n'en 
fut que plus ardent à la revanche. Bientôt, on ne parla plus à 
la cour que de mascarades somptueuses, de collations de fruits 
rares et exquis, gaillardes entreprises, dépenses folles données 
ou faites à l'envi par les deux servants de mademoiselle de 
Vielleville pour gagner ses bonnes grâces. Les autres filles de la 
reine, qui profitaient de toutes ces fêtes, eussent voulu que leur 
compagne retardât longtemps sa décision. Mais la princesse 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



355 



Claude trancha la question en faveur du comte de Duilly. Un 
jour, pendant qu'elle se coiffait, elle fit appeler mademoiselle de 
Vielleville et lui dit que depuis l'arrangement de son mariage 
avec le duc de Lorraine, elle avait dû se préoccuper du choix 
des personnes destinées à l'accompagner dans son nouveau pays, 
qu'elle avait naturellement pensé de prime abord à son amie et 
que, depuis huit jours déjà, elle lui avait réservé le poste de 
première dame d'honneur. La princesse supplia, en retour, made- 
moiselle de Vielleville, de se prononcer en faveur du comte de 
Duilly, son protégé et celui du duc 
de Lorraine (fig. 268). 

La jeune fille fut ravie. Elle avait 
su, avec une adresse qui prouvait 
plus pour son ambition que pour son 
cœur, tenir la balance égale devant 
toutes les avances de ses deux amou- 
reux et accepta avec joie pour mari 
l'homme qui lui valait une position 
prééminente à la cour de Lorraine. 

Le maréchal qui avait donné sa 
parole au comte de Saulx, ne fut pas si facile. Il fallut que le roi 
s'en mêlât et, après bien des hésitations, il donna enfin le consen- 
tement paternel. 

Pendant que l'infortuné comte de Saulx regagnait tristement 
la Provence, on célébrait pompeusement les noces de son heureux 
rival. Toute la cour y fut et aucun des princes de Lorraine n'y 
manqua. 

« Mais surtout estaient admirables, dit le chroniqueur, les prin- 
« cesses et aultres grandes dames, en leurs atours et richesses 
« de pierreries de toutes valeurs et aultres parures de vestements 
« de toile d'or et d'argent, leurs coiffures magnifiques parsemées 
« d'enseignes brillantes; car leurs esclairs, rayons et treluisements 
« nous esblouyssaient et lumaient la veue, principalement au bal 
« après soupper à la lueur des flambeaux dont la grande sale 




Dame de Lorraine. 



356 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

« estait garnie. Les déesses et nymphes du temps passé, si 
« fabuleusement célébrées par les poètes, n'y eussent osé comparoir, 
« car elles eussent perdu leur lustre, tant pour les beautez que 
« pour les aultres dyapreures dont les dames, par grand désir 
« et curiosité de paraistre, se sçavent embellir ». 

Peu de temps après, le roi Henry II mourait, laissant à sa 
femme une situation à laquelle elle ne pouvait s'attendre, mais 
dont elle sut profiter, tandis que celle qui possédait de fait le 
pouvoir s'en voyait à jamais dépossédée. 

Cette femme, dont le règne fut si étrangement long, Diane de 
Poitiers, fut, de toutes les favorites célèbres, la moins digne de 
pitié; avide, cupide, égoïste, cruelle, elle ne laissa que le souvenir 
d'un faste excessif joint à une avarice implacable, sans qu'aucune 
œuvre utile ou charitable rachetât ses vices et sa conduite. Elle 
triompha par sa beauté et par son intelligente habileté. Cette 
beauté qu'elle garda si longtemps, elle la devait à des soins 
minutieux de toilette, au fard, au maquillage le plus adroit et aux 
bains froids, chose extraordinaire en ces temps-là, car les bains, 
qui avaient eu tant de vogue au moyen âge, étaient tombés en 
complète désuétude. 

Marguerite de Navarre, dans un de ses dialogues, fait dire, à 
une dame de noble lignage, de la manière la plus naturelle, qu'elle 
ne s'est pas décrassé les mains depuis huit jours. Pour obvier 
aux inconvénients de ce manque de propreté, on fit un usage 
immodéré de parfums (fig. 268''''). 

Nous savons comment Catherine de Médicis sut tirer parti des 
difficultés de sa position. Aussitôt qu'elle se vit reine-mère et 
tutrice de jeunes enfants dont elle dominait complètement l'esprit, 
elle donna essor à tout son penchant naturel pour les plaisirs et 
les fêtes, s'entourant de nombreuses et charmantes jeunes filles et 
s'efforçant, par un luxe à la hauteur des traditions de sa famille, 
d'augmenter le prestige de la cour de France. Une médaille, 
frappée en 1559, nous la montre en habit de veuve. La coiffe 
blanche des reines de France lui enserre la tête. Ses cheveux 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



357 



sont à demi cachés par les templettes bouffantes. Par derrière, la 
coiffe forme un bouillonné et retombe en voile. La fraise godronnée 
à larges plis commence à apparaître, mais elle garde encore des 
dimensions modestes (fig. 269). 

Au milieu de son existence de festivités, Catherine garda tou- 
jours sa toilette de veuve. Elle semble n'en avoir aimé que 




Fig. 269. — Catherine de Médicis, d'après une médaille frappée en 1559. 



davantage de se voir un brillant entourage. Par son ordre, les 
dames et les filles d'honneur devaient toujours être superbement 
vêtues. A chacune des joyeuses et solennelles circonstances inté- 
ressant la famille royale, la reine donnait à ses dames de splendides 
toilettes et, dit un auteur du temps, « on voyait tout cela reluire 
« dans la salle de bal au pallais ou au Louvre comme estoilles 
« au ciel en temps serein. » 

Dans les processions, les dames accompagnaient la reine en 
toute « braveté », c'est-à-dire dans leurs plus beaux atours. 



358 HISTOIRE DE UK COIFFURE FEMININE 

Si Catherine voyageait, sa litière était entourée d'une brillante 
cavalcade, garde d'honneur féminine, et Brantôme décrit ainsi ce 
beau cortège : 

« Vous eussiez veu quarante à cinquante dames ou damoiselles 
« la suivre (la reine), montées sur de belles haquenées, toutes 
« bien harnachées, et elles se tenaient à cheval de si bonne grâce 
« que les hommes ne s'y paraissaient pas mieux, tout bien en 
« point pour habillements à cheval que rien de plus ; leurs chapeaux 
« tous bien garnis de plumes, ce qui enrichissait encore la grâce 
« si que ces plumes volletantes en l'air représentaient à demander 
« amour et guerre. » 

Brantôme, qui fut un maître courtisan, affirme que Catherine 
de Médicis était très belle. Les portraits qui nous en sont parvenus 
ne donnent guère l'idée d'une parfaite beauté; qu'elle fut très 
élégante, il n'y a pas eu de doute ; ajoutons que son élégance 
était somptueuse. Un ancien portrait, à Lyon, la représentait 
vêtue d'une robe de toile d'argent à grandes manches fourrées de 
loup cervier, coiffée d'un chaperon dit à la française, tout garni 
de grosses perles. 

Mais cette riche toilette datait du temps de son mari ; veuve, 
elle abandonna le grand luxe pour elle-même; cependant, dans 
quelques rares solennités, elle se montra dans une mise vraiment 
royale. Aux mariages de ses fils, elle s'habilla de velours noir 
et se para de perles, mais ne quitta pas sa coifïe de fine toile 
blanche. 

Lorsqu'on sortait et qu'on voulait se préserver du froid, on 
ajoutait à la coiffe une pièce d'étoffe carrée qui couvrait tout le 
visage en dessous des yeux comme une barbe de masque. Cela 
s'appelait un « tourez de nez ». Prédécesseur des « loups », il '^ 
avait l'avantage de rendre presque méconnaissables les personnes 
qui le portaient et les dames pouvaient sortir impunément sans 
crainte d'être trahies, ainsi qu'il advint, d'après Brantôme, à la 
duchesse de Guise. 

Il y avait alors à la cour un gentilhomme nommé monsieur 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 359 

d'Imbercourt, vaillant guerrier, ignorant les recherches d'une vie 
commode et les adoucissements qu'on peut apporter aux vicissi- 
tudes de l'existence; aussi ne tenait-il compte ni du froid, ni de 
la chaleur, ni de la pluie ou de la grêle, quand il devait se mettre 
en route. Comme il voyageait souvent en été aux heures les plus 
chaudes du jour et qu'il se vantait de ne pas s'en apercevoir, on 
appelait ces heures torrides : la fraîcheur de M. d'Imbercourt. 

Un beau matin, la duchesse de Guise partit de Saint-Germain, 
où se trouvait la cour, pour aller faire, incognito, un tour à Paris. 
Elle était suivie d'une seule demoiselle et de deux grands laquais. 

Afin de n'être pas reconnue, elle avait eu soin de mettre son 
tourez. Sa visite faite, elle se hâtait de reg-agner Saint-Germain 
au pas le plus rapide de sa haquenée, pour être revenue au 
souper de monsieur son mari, lorsqu'un jeune page, tout frais 
débarqué du Piémont et au service de son beau-frère, apercevant 
la petite troupe, et la dame lui paraissant de taille gracieuse, 
s'en vint l'accoster tout rondement. 

— « Il paraît, madame, dit-il, que vous voyagez à la fraîcheur 
de monsieur d'Imbercourt. » 

La duchesse n'était pas maussade, elle fît semblant d'ignorer 
ce que cela voulait dire. 

Le cadet se mit en frais et la conversation fut joyeuse tant que 
dura la route. Le jeune homme trouvait la dame fort à son goût 
et les yeux qui le regardaient en riant lui paraissaient promettre 
un joli visage. Il ne se fit pas faute d'être galant. Mais quand 
on fut arrivé au pied du château, la dame arrêta son cheval et 
levant son tourez de nez : 

— « Mon gentilhomme, dit-elle, je vous remercie de votre 
compagnie, je suis toute à votre commandement; à jamais je me 
souviendrai de la fraîcheur de monsieur d'Imbercourt », et, disant 
ces mots, elle entra fièrement dans le château. 

Qui fut consterné? ce fut le pauvre page en reconnaissant la 
duchesse de Guise. Il se crut à jamais perdu et n'osa se repré- 
senter à la cour jusqu'à ce que la duchesse lui eut fait dire qu'elle 



360 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



ne lui en voulait pas et lui pardonnait sa hardiesse, l'engageant 
toutefois à ne pas accoster à la légère les dames cachées par un 
tourez de nez. 

Pour monter à cheval, comme le dit Brantôme, les dames 
portaient le toquet à l'espagnole soit simple, soit garni de plumes, 
en velours noir. Le toquet simple avait un fond mou, élevé, 
ajusté à une visière roide. La couture était cachée sous un cordon 
de perles. Un voile d'étoffe noire transparente était fixé par 
derrière (fig. 270). 

L'autre genre de toque espagnole était à fond plus plat, 
également fixé sur une visière circulaire et 
garnie d'un tour de joaillerie. Une touffe 
de plumes s'élevait sur le côté. 

Ainsi nous est représentée Marie Stuart, 
lorsqu'elle parut à la cour de France dans 
tout l'éclat de sa juvénile beauté (fig. 271). 
Sa toque est posée directement sur les che- 
veux frisés par devant et retenus derrière 
dans une crépine de soie ou d'or. Quelques 
coquettes se donnaient un petit air décidé 
en la penchant légèrement sur le côté. On 
gardait cette coiffure même le soir. 
La cour de Catherine de Médicis ne pouvait être que brillante. 
Tant de jeunes princesses belles, élégantes, aimables y luttaient 
de charmes et de bonheur de vivre? Devant cet essaim de jeunes 
reines futures, il semblait que la beauté eût pris possession pour 
toujours du trône de France. Les coiffures variaient beaucoup. 
Elles s'accomodaient plus ou moins au goût, à l'air, à la figure 
ou à la toilette de chaque personne, mais se rapportant toutes 
à un type général. 

Les cheveux étaient renfermés dans un réseau ou dans une 
crépine par derrière et frisés par devant ou relevés à racine 
droite. Sur le tout, on jetait à profusion les ornements d'or et de 
pierreries. Nous donnons, comme la coiffure qui se rencontre le 




Fig. 270. — Dame de la cour 
de Charles IX. 



HISTOIRE DE LA COIFP^URE FÉMININE 



361 



plus souvent celle de Marguerite, sœur de Henri II, qui épousa 
le duc de Savoie en 1559. On remarquera que sur le réseau se 
posent des tresses retenues par des agrafes de pierreries. Une 
riche chaîne constellée de pierres précieuses entoure le réseau 
(fig. 272). Des portraits de Catherine de Médicis, avant son 
veuvage, et d'Isabelle de France sont coiffés de même. Les bijoux 




Fij;. 271. — Marie SUiait, d'après un portrait du temps. 



et l'orfèvrerie jouent un rôle capital et prépondérant dans les 
coiffures comme dans le vêtement. Or, perles, diamants, pierreries 
se sèment partout à foison, on n'en a jamais assez. Ces bijoux, 
très travaillés et compliqués, enseignes, bordures de tourez » 
chantepleures, agrafes, sortent des mains des plus habiles artistes. 
Les comptes royaux sont sur ce point fort intéressants à consulter. 
Pierre Mougeat, orfèvre du roy, fait « une brodeure de tourez 
(ici tourez signifie la coiffure même et non le masque). Ce bijou 
a la forme d'une cordelière avec des nœuds; il est en or émaillé. 



362 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Le même orfèvre en a fait une autre, en or à cannettes, ém aillé 
de rouge avec des F couronnés, garnis de neuf tables de diamants 







Fig. 272. — Marguerite de France, femme du duc Emmauucl-Philibert de Savoie. 



de plusieurs grandeurs et de huit couples de perles. Entre les 
plaques se trouvent aussi des perles. » 

Marie Stuart affectionnait beaucoup la coiffure avec la pointe 
au milieu du front. Cale, chaperon, diadème, toutes ses parures 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 363 

de tête avaient cette forme en double arcade qui est restée, dans 
notre pensée, inséparable de son souvenir. Cependant lorsque, 
jeune encore, elle était arrivée à la cour de France, Marie Stuart 
variait beaucoup ses coiffures. Brantôme dit qu'elle portait tantôt 
le bonnet à l'italienne, tantôt la coiffure à la française ou à 
l'espagnole. Quand elle arriva d'Ecosse, il parut aux élégants 
habitués de la cour de France qu'elle était vêtue en vraie sauvage. 
Cependant ils ne purent s'empêcher de la proclamer, même ainsi, 
ravissante. Elle le fut tout autant quand elle dut se vêtir des 
blanches étoffes des veuves royales. On voit combien, en ce 
temps, la blancheur du teint était appréciée; Marie Stuart avait 
un teint d'une blancheur éblouissante et son voile neigeux ne lui 
faisait aucun tort. On fit sur elle, à la cour, cette chanson : 

L'on voist sous blanc atour 
En grand deuil et tristesse 
Se pourmener maint tour 
De beauté la déesse 
Tenant le trait en main 
De son fils inhumain 
Et amour son fronteau 
Voletter autour d'elle 
Desguisant son bandeau 
En un funèbre voile 
Où sont ces mots escrits 
Mourir ou estre pris. 

Si elle quitta ce voile de veuve, ce fut pour peu de temps et 
la vérité, qui maintenant se fait jour à travers le nuage épais de 
calomnies dont elle a été enveloppée, nous montre en elle une 
femme persécutée, malheureuse, trop confiante et trop loyale, 
jetée sans protecteur, sans amis dévoués, au milieu d'une troupe 
d'ambitieux dénués de vergogne et de cœur, victime de la politique, 
martyre de sa foi religieuse. Est-il étonnant qu'elle ait commis 
des fautes dans une situation sous le poids de laquelle eût 
succombé plus d'un homme de tête et d'expérience? L'histoire 
nous enseigne que tout fut sujet d'attaques odieuses contre l'infor- 
tunée reine, jusqu'à sa toilette. Si elle était parée, on l'accusait 



364 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



de coquetterie, si elle reprenait des vêtements plus simples, on 
criait qu'elle méprisait ses sujets (fig. 273). 

Buchanan, son principal calomniateur, l'a accusée de s'être 
montrée à la tête de ses troupes dans une tenue inconvenante 
avec une jupe courte dépassant à peinejjles genoux, les cheveux 




Fig- 273. — Marie StuarL veuve, d'après une gravure du temps, du cabinet des estampes 

de Bruxelles. 



en désordre, enfin l'air débraillé d'une femme sans scrupules. La 
lettre d'un jeune officier anglais à Drury détruit cette venimeuse 
description. 

Il a vu la reine pendant cette fameuse bataille d'Edimbourg, 
lorsque Marie Stuart, abandonnée de Bothwell, dont elle était 
presque prisonnière, alla se jeter aveuglément à Carberry-hill 
dans les bras de ses plus cruels ennemis. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE .365 

Elle portait, ajoute-t-il, une jupe rouge et jaune aux couleurs 
d'Ecosse, un corsage noir avec des manches rattachées par des 
aiguillettes, un tour de cou ou gorgière, une mentonnière 
blanche et par dessus une toque ou chapeau de velours noir. On 
ne peut trouver tenue plus modeste. Un dessin du temps, conservé 
au State Paper Office, la représente dans le même costume avec 
sa fidèle suivante Marie Seton, laquelle porte le même chapeau 
de velours avec un voile. 

A dater du jour funeste où la liberté lui fut ravie, Marie Stuart 
ne quitta plus son escoffion de toile recouvert du capuchon noir. 
C'est ainsi que nous la voyons dans un portrait du temps 
alors que le malheur a déjà altéré sa beauté souveraine et que 
l'échafaud se dresse. 

Le carcan qu'elle porte, ses coiffes, ce qui lui restait de bijoux, 
ses ly testes ou rubans pour nouer ses cheveux, tout fut distribué 
par elle à ses fidèles serviteurs. 

Les chroniqueurs racontent que le bourreau, ému, lui donna 
trois coups de hache avant de frapper juste et que le premier 
enfonça ses attifets dans sa tête sans qu'elle bougeât, malgré 
sa vive douleur. Lorsque cette belle tête roula sanglante sur le 
plancher, le bourreau la ramassa et eut le cruel courage de la 
décoiffer, afin de montrer aux spectateurs ses cheveux blanchis 
par les souffrances. 

D'autres racontent que la pauvre victime d'Elisabeth portait 
perruque, car les douleurs de sa longue captivité lui avaient fait 
perdre tous ses cheveux. Il est douteux qu'on ait procuré à la 
prisonnière un objet de parure de cette espèce, alors qu'on lui 
donnait à peine de quoi se vêtir convenablement 

Toute frivole que fût la cour de France à cette époque, on 
n'eût pas osé se soustraire à la coiffure de deuil. Pour certaines 
veuves, il est vrai, il y avait des accommodements, mais la reine 
Catherine donnant elle-même l'exemple d'une grande sévérité 
d'ajustements, il était de bon goût de s'y conformer. 

Une autre jeune veuve, à peine reine, comme son infortunée 



366 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

belle-sœur, la vertueuse Elisabeth d'Autriche, accejîta son veuvage 
comme une retraite sacrée dont elle ne voulut plus sortir. 

Son portrait la représente dans un costume austère, presque 
monacal, l'attifet blanc à pointe sur le front, ne montrant- qu'un 
peu de cheveux, le col emprisonné d'une fraise sans dentelle, 
portant sur sa robe de laine une seule chaîne d'orfèvrerie terminée 
par une croix, (fig. 274), Sainte âme égarée au milieu de ces 
femmes légères, à laquelle on ne pouvait s'empêcher de rendre 
hommage, on respectait sa dévotion modeste et sans affectation, 
dont on admirait la douce fermeté, lorsqu'elle refusait tous les 
avantages d'une nouvelle et brillante alliance. 

Fulvie de la Mirande, veuve du comte de Randan à l'âge où 
sa beauté paraissait avec le plus d'éclat, ne veut plus se regarder 
dans une glace, dédaigne tout ornement, abandonne à jamais les 
frisures, les cheveux bouffants ou ondulés et, malgré les railleries 
des courtisans, adopte un genre de costume si sévère que le duc 
de Guise, son ami et son admirateur, ne l'appelle pas autrement 
que le moine, tant elle est toujours strictement encapuchonnée. 

Ainsi, parmi ces femmes trop souvent frivoles, quelques grandes 
et généreuses figures surgissaient parfois, protestant d'exemple 
contre les désordres qui les entouraient. Il ne faut pas toujours 
juger une époque sur un seul point de vue et il importe de 
rappeler que le mal se raconte plus vite que le bien et que la 
vertu, par cela même qu'elle est vertu, se cache et se laisse 
oublier. 

Passons maintenant en revue les différents objets d'ajustement 
de têtes de l'époque de Charles IX; ils nous feront mieux com- 
prendre les descriptions des coiffures que nous avons vues ou que 
nous rencontrerons dans cette histoire. 

Nous laisserons de côté les nombreux bijoux dont on parsemait 
la tête; ce que nous en avons dit suffit et nous nous occuperons 
uniquement des couvre-chefs. 

Au premier rang se place l'escofifion, bien différent toutefois 
de celui des siècles précédents. D'après M. Charles Nisard, ce 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



367 



nom dérive du mot grec : scaphion, genre de coiffure en rond 
que portaient les courtisanes d'Athènes. On appelait escoffion, au 
xvi^ siècle, le réseau de rubans ou de soie garni de pierreries ou 







Fig. 274. — Elisabeth d'Autriche, femme de Charles IX, en costume de veuve, 
d'après un portrait du temps. 



le petit bonnet, soit de toile, soit de linon, qu'on mettait sous le 
chaperon. Celui-ci était le plus généralement en velours noir à 
fond mou, plus ou moins haut, orné de plumes, d'enseignes de 



3ô8 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

pierreries, de cordons de soie ou de perles; souvent on y ajoutait 
un voile par derrière. 

On donnait aussi le nom de chaperon à la cale ou coiffe en 
pointe sur le front, qui ordinairement se mettait au-dessus d'une 
première coiffe blanche. Ce genre de chaperon avait toujours sa 
longue queue par derrière (fig. 275). 

Le nom d'attifet désignait la coiffe blanche portée par les 
veuves et par les femmes qui voulaient garder une certaine sévérité 
dans leur mise. Il consistait en une passe plate s'avançant en 
pointe sur le front et très échancrée aux tempes. Le portrait que 
nous avons donné plus haut de Catherine de Médicis porte un 
attifet. 

L'arcelet faisait aussi partie de l'attirail de la coiffure féminine. 
C'était un double petit cerceau en fer ou en fil d'archal, sur 
lequel on relevait les cheveux de manière à les disposer en 
diadème autour du front. Il y avait des arcelets extérieurs qui 
se mettaient au-dessus des cheveux, en guise de couronnes. Ces 
derniers étaient toujours de métal précieux. 

Pour les veuves, la barbette était de rigueur dans les premiers 
temps du deuil. L'attifet se portait court par derrière et très long 
en barbes par devant. Les règles du deuil étaient sévères et 
l'étiquette du costume très minutieuse. Elles exigeaient des costumes 
et des coiffures très compliqués, difficiles à arranger et surtout 
incommodes à porter. 

Dans une lettre que la princesse de Condé, Françoise d'Orléans, 
écrivait à la gouvernante de ses enfants, mademoiselle de Guiller- 
ville, on trouve ce passage curieux pour les modes du temps : 

« Nous sommes toutes abillées en grans voille noir, à cause de 
« la mort de la reine de Navarre (Jeanne d'Albret) et mesme 
« le roy et enfin toute sa court. 

« Dites à madame Servantel que j'ay preste à la famé de mon 
« tailleur ma chérete et que sy ele a afere icy et quelle veille 
« venir avec ele j'en suis contente. 

« Faites mes recommandations à Elene et luy dites que la 



HISTOIRE DE LA COIP^FURE FÉMININE 



369 



« Malete me coife tous les matins mon grand deuil noir à foste 
« d'ele. » 

Au tourez de nez avait succédé le masque, dont l'usao-e devint 
journalier. Cependant les femmes nobles prétendirent au droit 




Fig. 275. — Chaperon à cale, d'après une tombe du xvp siècle. 



exclusif de s'en servir et tinrent obstinément à ce privilège. Elles 
portaient aussi parfois un voile, qui, attaché au-dessus de la coiffe, 
pendait par terre aussi long que la robe. 

Les bourgeoises portaient le chaperon de drap. Celui de soie 
leur était interdit ; les gens de métier ne pouvaient user de soie 
sur leurs habits, pas même en garniture. 

25 



370 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Les femmes du peuple se coiffaient de petits béguins de toile 
ou de laine appelés cornettes (ûg. 276). Elles arboraient aussi des 
chapeaux de paille ou de feutre. Ces derniers étaient relevés par 
derrière et formaient une pointe en avant pour abriter le visage. 

Un pamphlet publié au commencement du xvif siècle nous 
apprend qu'au précédent siècle les femmes de bourgeois avaient 
de grands chaperons de drap détroussés, c'est à dire avec queue 
pendante par derrière jusqu'à la ceinture ; que celles des gens de 
finances portaient des chapeaux de velours très avancés sur le 
visage et ne laissant pas voir les cheveux ; enfin que les jeunes 
filles se mariaient habituellement avec les cheveux pendants sur 
le dos, et que cet usage que nous avons vu pratiquer par les 
femmes de Louis XII, semblait alors une énormité dont à Paris 
l'on ne pouvait assez s'étonner. 

Sur les cheveux ainsi épars, la mariée portait une couronne ou 
une ferronnière et les autres femmes de la noce étaient couronnées 
de fleurs. Cet usage des couronnes d'or était encore si répandu 
au commencement du xvi" siècle qu'il fallait être de la dernière 
pauvreté pour se marier sans ce bijou. En l'an 1500, le jour de 
la « Grande aumône » à Mons, un vieillard charitable nommé 
Jean Sourme fit don aux aumôniers de la ville d'une couronne 
d'or qu'on prêterait aux jeunes filles pauvres le jour de leur mariage, 
afin qu'il n'y eût plus d'humiliation pour les pauvres qui se mariaient. 

Dès le milieu du xvi" siècle les hautes classes avaient abandonné 
cet usage d'origine si antique et les cheveux épars des épousées 
devinrent bientôt un souvenir. 

Un tournoi grotesque que Catherine de Médicis donna un jour 
à Amboise en l'honneur de François II et de Marie Stuart, fut 
l'occasion de beaucoup de mascarades. Le duc de Nemours s'y 
déguisa en femme de la bourgeoisie : il avait une robe et un chape- 
ron de drap noir et, à sa ceinture, cette fameuse bourse de ménage 
qui occasionna tant de plaisanteries à cette époque et contenait, 
disait-on, toutes les provisions de la maison. 

Quelques vêtements résistèrent longtemps à toutes les modes 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



371 



comme vêtements officiels. De ce nombre furent le surcot et le petit 
voile de soie d'Anne de Bretagne. Sous Henri IV encore, le surcot 
d'hermine était obligatoire pour les grandes cérémonies tout autant 




Fig. 276. — Pauvresse. 



que le voile. Ces deux derniers vestiges du moyen âge paraissent 
avoir été définitivement abandonnés sous Louis XIII. 

Le portrait de Louise de Montmorency, dame de Châtillon, femme 
de Gaspard de Coligny et sœur du grand connétable, d'après un 
vitrail de l'église de Saint-Martin de Montmorency, datant environ 



372 



HISTOIRE DE LA COIFî'URE FEMININE 



de 1560, la représente revêtue du surcot d'hermine non ajusté, et 
sur la cale qui recouvre son crâne est attaché un voile bordé de 
perles (fig. 277). 

Parmi les femmes élégantes de la cour de France se distinguèrent 
particulièrement les Lorraines. Plusieurs d'entre elles y apportèrent 
l'éclat d'une beauté vraiment éclatante. A leur tête se place Christine 
de Danemark, nièce de Charles-Quint et femme du duc de Lorraine. 

Elle avait un art si remarquable de 
s'habiller qu'elle fit adopter à la cour 
la coiffure à la Lorraine, escoffion de 
modeste dimension, recouvert d'un 
voile léger. A elle revient aussi 
l'honneur d'avoir inauguré la mode 
de monter à cheval avec les arçons 
et l'étrier, au lieu de la disgracieuse 
planchette dont on se servait jusque- 
là. Cette princesse était aussi fière 
que belle et prétendit être traitée à 
l'égal d'une reine ; quand elle fut 
veuve, elle se coiffa de l'escoffion 
blanc comme les veuves royales. 
Elle est ainsi coiffée dans son por- 
trait par Holbein, appartenant au 
duc de Norfolk. Au sacre de Charles IX, elle refusa de paraître à 
cheval, comme les autres princesses, craignant d'être confondue 
parmi elles, et elle fit son entrée à Reims dans un carosse couvert 
de velours noir, traîné par quatre chevaux turcs blancs, attelés de 
front « en manière de chariot, triomphant ». Elle se tenait à la 
portière, habillée d'une robe de velours noir, coiffée de blanc, et 
sa beauté de quarante ans parut encore superbe. 

Ici notre attention doit se porter sur la principale beauté de cette 
cour où, selon Brantôme, il n'y avait nulle femme qui fût laide. 
Celle-ci, au dire de l'enthousiaste chroniqueur, éclipsait toutes les 
autres et mérite une étude spéciale de notre part à cause de la 




Fig. 277. — Louise de Montmorency, 
femme de Gaspard de Coligny, d'après 
un vitrail de l'église de Saint-Martin 
de Montmorency. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 373 



grande influence qu'elle exerça sur les modes de son temps, influence 
qui fut loin d'être heureuse et moralisatrice. 

Nous suivrons Brantôme dans ses descriptions, mais défions- 
nous de cet admirateur, fin politique et habile flatteur, que le 
mauvais goût du temps avait ébloui. 

D'après lui ce serait surtout Marguerite de France qui aurait 
réglé la mode. Son imagination féconde propagea des idées nou- 
velles et sa coquetterie sut inventer mille choses de nature à faire 
mieux ressortir avec avantage ses grâces et ses attraits. 

Passant à Cognac, en allant en Navarre, menée par sa mère 
au roi son mari, elle voulut, à la prière de la reine Catherine, se 
montrer aux dames de la ville dans ses plus beaux atours. Elle 
mit une robe de toile d'argent et coulombin à la boulonnaise, 
manches pendantes, et se coiffa très richement d'un voile blanc, 
ni trop grand ni trop petit. Elle parut si belle à tous qu'on ne 
pouvait assez l'admirer. La reine-mère elle-même lui en fit com- 
pliment. « J'aime user de suite de mes robes, répondit la princesse, 
car lorsque je rentrerai à la cour, j'y arriverai avec des étoffes et 
des ciseaux pour m'habiller à la nouvelle mode. » 

« Pourquoi dire cela, ma fille, répondit la reine, c'est vous qui 
inventez et produisez les belles façons de s'habiller et en quelque 
part que vous allez, la cour les prendra de vous et non vous de 
la cour. » 

Brantôme ajoute qu'elle était toujours si belle qu'on ne pouvait 
savoir ce qui lui seyait le mieux, soit qu'elle se coiffât à la française 
avec son chaperon, soit qu'elle n'eût qu'un simple escoffion ou un 
grand voile ou un bonnet, soit enfin qu'elle eût tortillé et frisé 
ses cheveux comme ceux de sa sœur Elisabeth, la belle reine 
d'Espagne. 

Elle avait une grande habileté à se coiffer elle-même et à varier 
à l'infini ses coiffures, et, toute noire qu'elle fût, elle ne laissait pas 
que d'user de perruques blondes de toute espèce : elle -avait tou- 
jours à son service des pages blonds, auxquels elle faisait couper 
les cheveux pour se les approprier en coiffures postiches. 



374 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Tantôt elle apparaissait sous une robe de satin blanc, mêlée 
de beaucoup de clinquant et rehaussée d'un peu d'incarnadin, avec 
« un voile de crespe tanné jeté négligemment sur sa tête » 
(fig.278). 

Tantôt pour un grand festin, elle se parait d'une robe de velours 
incarnadin d'Espagne, fort chargée de clinquant et se coiffait d'un 




Fig. 278. — Une coiffure de Marguerite de France. 



bonnet de même velours orné de touffes de plumes et de beaucoup 
de pierreries. 

Ailleurs, elle arrive dans une toilette orange et noir, champ noir 
orné de force clinquant, un grand et beau voile attaché sur 
sa tête. 

Elle assiste à une procession vêtue d'une robe de drap d'or 
frisé, présent du Sultan à l'ambassadeur de France, la tête cou- 
verte de grosses perles et de riches pierreries entremêlées à ses 
cheveux avec une rangée d'étoiles de diamant, une palme à la 




Fio-. 279. — Dame en coiffure bouffante, vers 1560 



376 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

main; elle paraît dans le cortège avec plus d'éclat que tout ce 
qui en fait partie. 

Enfin, nous savons que le jour de son mariage, elle était habillée 
à la royale, avec la couronne de France sur ses cheveux relevés 
en racine droite, le couet d'hermine moucheté au devant du corps, 
le grand manteau bleu de quatre aunes de queue porté par trois 
princesses, le tout parsemé des joyaux de la Couronne, et qu'elle fut 
trouvée, par le peuple comme par les courtisans, plus belle que 
jamais. 

Sauf en voyage, Marguerite ne portait presque jamais le masque, 
chose rare alors, car anciennement les jeunes femmes, ses contem- 
poraines, ne sortaient jamais sans ce morceau d'étoffe qui préservait 
la peau du hâle ou de la bise. En ces temps-là, il était d'une 
importance extrême d'avoir une belle peau. La Reine de Navarre 
croyait pouvoir se passer de ces soins minutieux. 

Les cheveux des dames se relevèrent en raquette ou, comme 
disaient les Gascons, en ratepenade (chauve-souris) parce qu'ils 
formaient deux grosses touffes de chaque côté comme des oreilles 
de chauve-souris (fig. 279). On se coiffa beaucoup en cheveux; 
Marguerite et les jeunes princesses, ses sœurs, aimaient cette parure 
naturelle et la variaient souvent à l'aide de perruques de toutes 
nuances. La pointe sur le front resta toujours marquée. On agré- 
menta beaucoup la coiffure de boucles et de frisures, on en augmenta 
le volume, et la mode des perruques commença dès lors à prendre 
une grande extension. On les faisait en toutes sortes de matières, 
en cheveux, en soie et même en filasse, et le blond continua d'être 
fort en vogue. 

Le perfectionnement de la perruque date en effet, du commen- 
cement du xvi" siècle ; on les fabriqua, en laçant les cheveux dans 
une étroite toilée de tisserand, de manière à en faire une sorte de 
tissu à franges, appelé point de Milan, du nom du pays où il fut 
inventé. Ces toilées s'attachaient aux calottes ou aux escoffions ; 
plus tard elles couvrirent toute la tête. On en refrisait les cheveux 
chaque jour. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE . 377 

Adrien Turnèbe dit que toutes les dames de la cour de France 
portaient des perruques blondes et qu'il en était de même en 
Angleterre. Un autre auteur de la même époque (1540) affirme 
que les Anglaises un peu élégantes portèrent des perruques pendant 
toute la première moitié du siècle. On appelait déjà ces postiches 
du nom de perruques. 

Leur usage était général et se continua jusqu'à la fin du même 
siècle, puisqu'un voyageur qui traversa l'Angleterre écrivait vers 
1595: « Les jeunes filles vont la tête nue, leurs cheveux sont 
« agréablement tressés et relevés sur le front. Mais il y en a 
« beaucoup qui, à cause du froid, comme elles disent, portent 
« des coiffes faites avec des cheveux étransfers. » 

Shakespeare dans les Deux gentilshommes de Venise, a écrit ce 
passage : 

« Sylvia contemplant le portrait de sa rivale Julia : — « Ses 
« cheveux sont bruns, les miens parfaitement blonds ; si c'est là 
« la cause de son inconstance, je me procurerai une perruque de 
« cette couleur. » 

Et Bassanio dans le Marchand de Venise ; — « La beauté se 
« vend au poids, ces blondes boucles frisées sont une fausse beauté, 
« elles appartiennent à une autre tête qui repose dans une fosse. » 

A ces perruques il faut ajouter une autre innovation due aussi 
à la coquetterie des femmes de la cour de France : la poudre. 
On la parfumait à la violette pour les brunes, à l'iris pour les 
blondes et telle fut sa vogue dès le commencement que toutes 
les classes l'adoptèrent avec un furieux engouement. Les paysannes 
mêmes, les femmes du peuple, qui ne pouvaient se donner le luxe 
de poudres fines, employaient le chêne pourri réduit en poudre 
impalpable, ce qui leur donnait à toutes une très vilaine couleur 
rousse. 

La mode de se poudrer parut avec les premières coiffures à 
racine droite. Une grande beauté consistait à avoir le? sept pointes 
des cheveux très régulières autour du front et des tempes. La 
poudre n'était pas jetée légèrement sur les cheveux comme on le 



378 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

fit plus tard, elle était collée sur la tête au moyen d'un mucilage 
qui rendait la chevelure semblable au plumage d'une poule mouillée. 
De la France l'usage de la poudre se répandit dans toute l'Europe 
et il commença son long règne avec celui des mouches. Toutes 
ces inventions venaient de France, et l'on peut dire que ce fut 
la cour de Catherine de Médicis qui mit Paris à la tête de la 
mode, privilège que cette ville garda désormais en dépit de tous 
les efforts tentés pour le lui enlever. 

Peut-être nous sommes-nous étendus longuement sur la cour 
de France et sur les princesses qui l'ornaient au xvi" siècle, mais 
il est bon d'étudier les femmes d'une époque pour en comprendre 
les modes. Celles-ci 'sont presque toujours la conséquence d'une 
manière de vivre, autrement dit des mœurs. Si les modes du 
xvi" siècle fuirent exagérées, si le luxe prit un essor si considé- 
rable, les femmes y contribuèrent dans une large mesure. 

De même qu'elles avaient entraîné François I" dans de folles 
dépenses, de même elle furent les instigatrices de ce déploiement 
de luxe qui nécessita des ordonnances, des édits, des lois et des 
règlements somptuaires plus nombreux qu'en aucune autre époque 
de l'histoire. 

De 1543 à la Ligue il y eut huit ordonnances contre le luxe, 
et l'exécution en fut poursuivie avec une certaine rigueur. L'usage 
de drap d'or, d'argent et de soie était réservé exclusivement à la 
famille royale. Les gentilshommes seuls pouvaient porter des orne- 
ments d'orfèvrerie, des plaques ou des boutons d'or. Le titre de 
demoiselle, le costume de dame étaient interdits à toute bour- 
geoise. Défense aux femmes des gens de justice de porter des 
robes de velours, de drap, de soie ou de couleur (fig. 280). 

Nous venons de dire que les édits s'exécutaient avec rigueur ; 
la donnée n'est pas complète. Hâtons-nous donc d'ajouter que 
cette rigueur, éminemment intelligente, savait distinguer les 
bourgeois ou les gens qui n'appartenaient pas à la cour, des 
personnages qui s'y rattachaient par un lien quelconque. Ces 
derniers pouvaient porter impunément ce que bon leur semblait. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



379 



Par contre ils étaient très rudement flagellés par les moralistes 
les écrivains et le clergé, qui ne se faisaient pas faute d'user de 
toute leur verve critique pour tacher d'arrêter les excès funestes 
qui ruinaient les familles et l'Etat. 

En 1551 parut un écrit intitulé Chrestienne instruction touchant 
la pompe et les excez des hojnmes débordez et femmes dissolues 
en la curiosité de leurs parures et attifements dhabits qu'ils 




Fig. 280. — Dame en cscoffion et masque et dame en chapeau de cheval, fin du xvp siècle. 



portent avec la briève description d'orgueil et de vanité de ce 
monde. 

Six ans après, s'imprime et se publie bruyamment le Brief 
discours sur l immodestie et la superfluité des habits, avec ime 
traduction de deux oraisons prises dans Tite-Live. 

Sur la fin est mise la déclaration du Roy siir la réforme des 
habits par Hierome de Chastillon. 

En 1581, nouvel effort. 

Remontrances aux dames et dem,oiselles de France sur leurs 
ornements dissolus pour les induire à laisser l'habit du paganisme 



38o HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

et prendre celuy de la femme pudique et chrestienne, avec l'élégie 
de la France se complaingnant de la dissolution des dites demoi- 
selles. 

Deux siècles plus tard un savant moraliste, étudiant la fin du 
xvi^ siècle, disait : « On verrait que la plupart de ce nombre 
« prodigieux d'ordonnances qu'ils ont publiées contre le luxe, ont 
« eu principalement pour objet de réprimer celui des femmes, et 
« que leur vanité et leur émulation ont été la principale cause des 
« dépenses immenses qui ruinaient également les particuliers et 
« l'Etat. Ce détail me mènerait trop loin surtout dans un discours 
« qui n'est que déjà trop long ; je me contenterai de remarquer 
« que ce défaut n'était point particulier aux femmes de France, 
« qu'on le trouve également répandu dans tous les temps et dans 
« toutes les nations, et que ce dérèglement a toujours été un défaut 
« de ce sexe plein de vanité, qui, pour plaire aux hommes, 
« cherche dans le secours des ornements étrangers, les grâces que 
« la nature lui a souvent refusées (i). » 

La Belgique est si près de la France que les modes ne peuvent 
pas différer beaucoup d'un pays à l'autre ; cependant il y a des 
nuances. Au xvi'= siècle, l'influence de l'Allemagne fut prépondérante 
dans les Pays-Bas. Le vêtement s'en ressentit, il sut tenir un juste 
milieu entre l'élésfance française et la lourdeur allemande. 

Au commencement du xvf siècle les coiffures s'abaissèrent, 
comme en France, mais elles gardèrent encore une ampleur assez 
considérable. 

Le capuchon affectait les formes les plus variées. On le gar- 
nissait avec une grande richesse, de broderies lourdes, d'orfrois 
épais, voire même de volutes en métal. Le progrès du luxe, 
toujours rapide, le fit faire en drap d'or, en velours de couleur et 
en toutes sortes d'étoffes précieuses. En dessous, on portait un 
petit béguin de toile pourvu d'une passe en linon qui entourait le 



(i) Dissertation de l'établisseiNent dtis lois somptnaires parmi les Français, recueil de l'Aca- 
démie des inscriptions (mai 1760). 




; "^ ^'/v'if^A/A^&^,H^^wiï.oe^j^/fyjJ 



Fig. 28.. - Damoiselle, d'après une tapisserie du Musée de Cluny, attribuée à Lucas de Leyde. 



382 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

visage. Une tapisserie du musée de Cluny, de l'école de Lucas 
de Leyde, représente une noble demoiselle flamande, coiffée d'un 
petit capuchon très orné avec une passe en linon. Le dit capu- 
chon est retenu sur le haut de la tête par un nœud de rubans 

(fig. 281). 

On vit aussi dans les Pays-Bas, à cette époque, plusieurs coiffures 
très compliquées, mais qui ne manquaient pas de grâce. Elles se 



"S"' -- 




Fig. 282. — Noble Hollandaise, d'après une peinture de Lucas de Leyde. 

distinguaient par l'absence de toute exagération, et par une touche 
de bon goût qui ne dura pas toujours : tels sont les bonnets de 
soie fortement bouillonnes, garnis d'une passe ou bande de velours 
autour desquels on disposait gracieusement en légère torsade un 
voile, qui se trouvait par derrière sur le bonnet. Ces coiffures 
étaient enrichies de joyaux ou de broderies de perles et d'or 
(fig. 282). La grande coiffe de toile se portait également, mais 
les jeunes femmes ne tardèrent pas à l'abandonner pour les, modes 
plus élégantes et dégageant la tête davantage. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



383 



Les coiffures très longues par derrière, donnant à la tête la 
forme d'un énorme gland de chêne, jouirent aussi d'une grande 
vogue parmi les femmes du peuple et de la bourgeoisie au com- 
mencement du xvf siècle. Quelques-uns de ces bonnets étaient 
garnis de gros plissés ou bouillonnes, de torsades, d'ornements 
assez lourds qui tous se terminaient par une rosace ou un bouffant 




Fig. 283. — {wi" siècle). Statuette du retable de l'église d'Oplinler. 



sur l'oreille. Du même temps date l'apparition des premiers bonnets 
flamands à passe plate, avec fond très bouffant et relevé sur le 
haut, de la tête. Les sculptures qu'on rencontre en si grand nombre 
dans les églises flamandes nous donnent un choix infini de coiffures 
de l'époque très intéressantes à étudier (fîg. 283). 

Les cheveux se montrent ; presque toujours une ou deux mèches 
ou boucles s'échappent par devant (fig. 284). 

Les femmes du peuple n'étaient pas toutes vouées à ces volu- 
mineux bonnets; elles portaient aussi de petites cornettes de toile 



384 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



à large passe plate avec un bord légèrement élevé, dont l'usage s'est 
conservé chez les paysannes de la Campine. Elles avaient aussi un 
bonnet plat sur lequel était posée une bande d'étoffe, qui s'attachait 
sur le front et pendait par derrière à la hauteur des épaules (fig. 285.) 




Fig. 284. — Têtes de femmes du commencement du xvi" siècle, d'après un retable 

de l'église de Léau. 



Enfin l'usage du chapeau de paille à larges bords était universel 
pour les campagnards flamands, quand ils travaillaient aux champs. 
C'étaient de grands paillassons grossièrement tressés, de forme 
ronde, ainsi que nous les montre une gravure de Jean Stradon, 
représentant des paysannes occupées à la moisson (fig. 286.) 

Le costume de travail, étant nécessairement pratique, a peu 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



385 



changé de formes. Le chapeau, le tablier, le corsage simple à 
manches unies, la jupe courte, sont des vêtements aussi anciens 
que l'importation des étoffes dans nos contrées. 

Dans certains villages dominait un genre de coiffure à large nœud 
ressemblant un peu à la coiffure alsacienne (fig. 287). Dans d'autres, 
on s'était habitué aux bonnets à gros bouillons surmontés d'une 
espèce de calotte pointue. Toutes ces coiffures populaires étaient en 
toile, on y ajoutait le capuchon de drap 
pour l'hiver. 

Lorsqu'on étudie le costume, on est étonné 
de trouver le peuple si bien vêtu et souvent 
même avec un vrai luxe. Pas de paysan 
qui n'eût chez lui quelque habit de fin drap, 
pas de femme qui ne fût en mesure de se 
parer le dimanche de chaînes d'or ou d'ar- 
gent, d'un capuchon à revers de soie ou de 
velours, d'une cornette de toile artistement 
brodée. Assurément plus d'un paysan de 
nos jours pourrait envier les manants d'au- 
trefois. Sans entrer dans des questions so- 
ciales qui nous entraîneraient trop loin, 
constatons, en passant, que dans les classes 
rurales régnait une stabilité de mœurs qui se reflétait sur la toilette. 

Les costumes d'apparat, les habits du dimanche passaient du 
père au fils, de la mère à la fille : nulle femme n'avait à craindre 
d'être démodée en portant le vêtement que sa mère ou sa grand 
mère avait porté. Il en était de même dans la bourgeoisie et aussi 
dans la petite noblesse. Seuls les grands seigneurs et gens de cour 
paraissent s'être séparés sur ce point de l'économie générale. 

Mais pour le petit gentilhomme, possesseur d'un modeste fief 
dont il tire, non sans peine, sa subsistance, pour le bourgeois hon- 
nête dont les vieilles traditions de famille sont religieusement suivies, 
pour le paysan qui, depuis des siècles, a cultivé le même champ ^ 
habité la même maison, le vêtement est une relique qu'il respecte 

26 




Fig. 285. — Femme du peu- 
ple, d'après une sculpture 
de l'église Saint-Léonard 
de Léau. 



386 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



comme tout ce qui lui vient de ses aïeux. Tous détailleront dans 
leurs testaments ces menus objets, ces pièces de leurs costumes 
avec un soin minutieux qui prouve le prix qui y est attaché. On 
lègue à ses enfants ce qu'on a reçu de ses parents, et c'est avec 




Fig. 286. — Paysannes d'après une gravure de Jean Stradon. 



piété qu'à titre de devoir le moribond fait ses ordonnances dernières. 
C'est pieusement encore qu'on les exécute, car on sait que la tra- 
dition dans une famille est une partie de l'héritage paternel et du 
respect filial. 

Aussi les testaments d'alors abondent-ils en détails intéressants, 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



387 



qui nous font comprendre ce qu'était la famille autrefois et nous 
renseignent avec détail sur ses costumes. 

Ici il n'y a qu'à prendre au hasard ; tous les testaments de 
l'époque sont conçus dans le même esprit. 

Voici un modeste gentilhomme ardennais, le seigneur de Dion- 
le-Val et de Petigny, en la châtellenie de Couvin. Il s'appelle Jean 
Gaymand, époux de Marie de Fernaux ou Fenal. Il laisse dans 
son testament, daté de 1494, « à Hubert, son frère, pour le donner 




Fig. 287. — Statuette du retable de l'église d'Oplinter, xvi" siècle. 



à qui il sçait, une paire de cOttes, un chapeau et un bonnet que 
sa femme sera chargée de lui remettre. » 

Marie de Fernaux, qui teste en 1533, laisse à son fils Lambillon 
son chapelet de paternostre d'argent et les agnus et pommes, et 
afiches à ce appartenant, un chapelet de gros corail et toutes ses 
bagues, c'est-à-dire ses bijoux; elle y ajoute une pièce de toile 
pour faire des chemises. A ses trois filles elle laisse une pièce de 
quairia sans couture. A Jacqueline son aînée, ses heures qui 
sont à l'abbaye de Fliprez; à sa petite Isabelle, un chapelet de 
corail; à Jeanne, sa petite ceinture rouge tissu serré ; à sa cousine 



388 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Gilles, sa faille, sa robe de Rouen, son chaperon d'ostard; à sa 
fille Jeanne sa robe fourrée de sechon et à sa fille Marie son 
blanc coterion. 

Toute la simplicité d'une honnête famille chrétienne se retrouve 
dans ces testaments. 

D'autres fois, par un contrat de mariage, on voit des parents 
s'engager « à bien accoustrer leur fille de robes de velours et de 
« damas comme il convient à gentilfemme. » Ainsi le promettent les 
parents de Marguerite de Marbais qui va épouser Jean de Néverlée. 




Fig 288. — Deux nobles flamandes, d'après une tapisserie de haute-lice de Bruxelles. 



Les mariées de la bourgeoisie gardèrent dans cette partie de la 
Belgique l'antique usage de se marier avec une couronne et les 
cheveux flottants. 

Au commencement du xvi" siècle, on retrouve des contrats de 
mariage où les parents s'engagent à pourvoir leurs filles d'une 
couronne à « accoustrer les mariées. » 

Le chaperon lui-même conserva sa place marquée dans toute 
bonne maison bourgeoise, et tout le x\if siècle le vit abritant la 
tête des ménagères ou les enveloppant le dimanche à la grand'- 
messe; Anne Gilbert, femme de Charles Haverland, bourgeois de 
Couvin, mentionne tout spécialement un chaperon violet qu'elle 
laisse à sa fille Marguerite. La noblesse et la riche bourgeoisie des 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



389 



Pays-Bas se partageaient à peu près également entre les modes 
françaises et les modes allemandes. Le capuchon de la cour de 




Fig. 289. — Noble dame, d'après une statuette du Musée de Namur, provenant de l'église 

de Namèche. 



François 1", avec ou sans templette, rencontre beaucoup de faveur. 
Il ne différait pas du capuchon français (fig. 288). 

La mode allemande préférait des coiffures plus ajustées. L'escof- 



39° 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



fion modifié fut généralement adopté en Saxe et dans l'Allemagne 
rhénane. Plus long par derrière que ses congénères français, il 
s'arrondit sur les oreilles en spirale comme des cornes de bouque- 
tin. Les Pays-Bas avaient alors trop de rapports avec l'Allemagne 
pour ne pas s'inspirer beaucoup de ses modes. De là la rencontre 
fréquente de bonnets en spirale dans les peintures et les monu- 




Fig. 290. — (xvi° siècle). D'après une statuette de l'église de Deerityck. 



ments de nos contrées. Il est toujours fait en étoffe très riche, 
brodé ou garni de pierreries, et a parfois une autre corne au-dessus 
du front (fig. 289). 

Parfois aussi il est bordé d'un rang de perles, avec une ouver- 
ture ménagée par derrière pour laisser passer les cheveux en 
torsades. Un bandeau blanc cache à demi les cheveux. 

Dans un retable du xvi" siècle de l'église de Deerlyck, on 
retrouve cette coiffure sans la corne du front. Les oreillères sont 
beaucoup plus grandes. Un voile est attaché par derrière (fig. 290). 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 391 

Les femmes âgées portaient comme coiffure habituelle le cha- 
peron à templettes. 

Dès 1525, il commença à s'élargir de chaque côté en forme 
d'arceaux avec une pointe sur le front. Les veuves, en Belgique 
comme en France, doublaient ce capuchon de l'escoffion de toile, 
qui formait un bandeau plat sur le front. D'autres remplissaient 




Fig. 291. — Portrait de la femme du major de cavalerie van Asseiifeld, 
d'après son tombeau en la grande église de Bréda. 



les arcelets de leurs couvre-chefs par des cheveux bouffants ou 
de petites boucles frisées. Enfin ce capuchon formait le plus souvent 
une longue queue par derrière (fîg. 291). 

Arrêtons-nous encore un instant à la coiffure des veuves. Dans 
aucun siècle elle n'eut une telle importance. Toute veuve qui se 
respectait devait cacher entièrement ses cheveux et il semble que 
les femmes se piquassent d'émulation pour s'enlaidir. Leurs coif- 
fures étaient aussi disgracieuses qu'incommodes. Elles variaient de 
formes suivant les pays. Marie de Hongrie, gouvernante des 



392 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Pays-Bas, veuve du roi Louis II de Hongrie et sœur de Charles- 
Quint, portait habituellement une sorte de vaste cornette retombant 
sur ses yeux et se terminant de chaque côté par deux longues 




Fig. 292. — Marie de Hongrie, d'après un portrait par Pierre de Jode en 1550. 



barbes, qui s'enroulaient autour du cou (fîg. 292). Ces barbes étaient 
un des signes caractéristiques du deuil. 

Marguerite de Parme, qui succéda à Marie de Hongrie, avait 
une coiffure non moins déplaisante. Un petit bonnet à fond bouffant 
garni d'un gros tuyauté entourait le visage engoncé dans une fraise 
à gros godrons (fig. 293). Pas un ornement, pas un bijou. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 393 

Comme sa tante, Marguerite apporta en Belgique l'exemple 
d'une austère simplicité de parure sur elle-même, sans rien omettre 
cependant de ce qui pouvait relever autour d'elle la majesté impé- 
riale dont elle était la dépositaire. 

La mode des bonnets formant voile par derrière fut très répan- 
due. C'était la coiffure ordinaire des dames de la bourgeoisie 
comme de la noblesse. Les plus jeunes de cette dernière classe 




Fig. 293. — Marguerite de Parme, d'après une médaille frappée eu 1559. 

laissaient disparaître à demi le bord plat de cette coiffure sous 
une double rangée de petites boucles ou sous les cheveux retroussés 
et bouffants. 

La médaille frappée en 1566, en l'honneur du comte de Homes 
et de son épouse Walburge de Nuenaar, représente cette com- 
tesse encore toute jeune, coiffée avec ce bonnet à grand bavolet 
(fig. 294). Elle était alors mariée depuis peu et ne devait plus 
l'être longtemps, puisque l'année suivante la tête de son mari 
tomba sous la hache du bourreau. Si terrible que fut cette mort, 
Walburge ne tarda pas à s'en consoler, en épousant peu de temps 



394 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



après son cousin, le comte de Nuenaar et de Moers. Ce second 
mariage ne fut guère plus heureux que l'autre, car le Comte de 
Moers, étant allé visiter une cave où il avait fait déposer de la 
poudre, périt des suites d'une explosion causée par son imprudence. 
Veuve de nouveau avec des affaires très embrouillées, la com- 
tesse déploya une grande fermeté de caractère et sut se tirer 




Fig. 294. — Walburge de Nuenaar, comtesse de Homes, femme de Philippe de Montmorency, 

médaille de 1566. 



honorablement d'une position aussi pénible que difficile. On frappa 
de nouveau des médailles en son honneur. Elle n'y est pas 
représentée en costume de veuve, mais bien en toilette très 
parée, une fraise énorme à larges godrons autour du cou, que 
soutient par derrière une espèce de collet relevé. Les cheveux sont 
dressés sur des arcelets et trois ou quatre rangs de haute dentelle 
garnissent l'occiput (fig. 295). Il est très rare de rencontrer une 
veuve aussi parée dans les monuments du temps. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



395 



On porta, à la fin du xvi'' siècle, plusieurs sortes de coiffes à 
la Marie-Stuart ; le fond en était le même et consistait en une 
espèce de sac, dans lequel on enfermait les cheveux. Les passes 
différaient ; elles restaient plates et s'allongeaient sur le front où 
elles s'évasaient en deux lobes très larges. Cette coiffure se faisait 
généralement en soie ou en velours. Henry Goltzius, dessinateur 
distingué aux Pays-Bas, qui nous a laissé le portrait de Cornélie 




[l'ig. 295. — "Walburge, comtesse de Nuenaar, Moers, etc., médaille de 1589. 



Capelle, femme de Noël délia Faille, représente cette dame avec 
son chaperon largement ouvert, venant former pointe en haut de 
la tête et sous les oreilles (fig. 296). D'autres dames de la même 
époque sont coiffées du capuchon sans passe, formant la pointe 
typique du temps avec un voile léger par derrière. Catherine de 
Damhoudere a un capuchon de ce genre qui mériterait même le 
nom de cale ou d'escoffion. Les cheveux sont relevés, sa fraise 
est de bonne grandeur. Catherine de Damhoudere était la femme 
de Messire Jean de Schietere ; son tombeau se trouve dans la 



396 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



cathédrale de Saint-Sauveur, à Bruges. Il porte la date de 1583. 
C'est l'œuvre de Gilles de Witte. 

Une médaille frappée en 1562 nous offre la tête de Jeanne de 
Halewyn, première femme du duc Philippe de Croy, sous un 
bonnet analogue. Cette coiffure sans prétention chez une personne 




Pig. 296. — Cornélie Capelle, femme de Noël délia Faille, d'après Goltzius. 



de si haut rang montre une fois de plus combien les modes des 
Pays-Bas étaient simples en comparaison de celles de France. 

Jeanne de Croy n'a d'autres bijoux que sa chaîne. Pas une 
enseigne, pas une agrafe, pas même un ornement de broderie ou 
de bisette autour de sa coiffe (fig. 297). 

Cependant cette extrême simplicité n'était pas toujours imitée. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



397 



D'autres médailles de lepoque offrent à nos yeux des coiffures 
plus élégantes. Tel est le cas de Marguerite Calslagen, l'héroïne 
gueuse d'Anvers. Fille de Jacques Koppier, seigneur de Calslagen, 
elle avait épousé en premières noces Jacques Polites, poète assez 
estimé, et en secondes, Guillaume Martini, greffier de la ville. Ce 
magistrat avait conspiré avec les amis du prince d'Orange pour 
lui livrer Anvers, mais Don Luis de Requesens, ayant eu vent 




Fig. 297. — Jeanne de Halewyn, première femme de Philippe de Croy, 
d'après une médaille frappée en 1562. 



du complot, entra rapidement dans la ville avec de nombreuses 
troupes et donna l'ordre d'arrêter immédiatement les principaux 
conspirateurs. Or, ceux-ci étaient précisément réunis dans le logis 
de Martini. Le greffier n'eut que le temps de faire prévenir sa 
femme. Avec un sang-froid et un courage admirables, Marguerite 
cacha l'un des proscrits dans une cheminée et les autres dans 
une armoire basse, qui servait de table. Lorsque les gens d'armes 
de Requesens se présentèrent chez elle, elle s'accouda sur la table 
avec un air si souriant et si tranquille qu'elle dérouta tous les 
soupçons. Son mari dénoncé quelques jours après par un des 



398 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



conjurés put aisément se disculper et dut à sa femme la vie et 
l'honneur. Une médaille fut alors frappée pour garder à la posté- 
rité les traits de cette femme énergique ; nous y trouvons un 




Fig. 298. — Marguerite Calslagen, femme de Joachim Polîtes, médaille frappée en 1574. 



genre de bonnet qu'on rencontre rarement, et qui ne manque pas 
d'une élégance sobre et discrète (fig. 298). 

Le goût des bonnets fut très, développé chez les Flamandes. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



399 



Les coiffures en cheveux y étaient rares. Les femmes qui les 
adoptaient, au lieu de dresser leurs cheveux en rouleau autour du 
front, les tiraient avec soin afin de les laisser voir le moins 
possible. Le chignon se cacha.it dans une coiffe froncée autour 
d'une petite passe, comme la coiffe de Christine MuUer, femme 




Fig. 2gg. — Christine MiiUer, femme de Barthélémy Spranger, peintre graveur, 
d'après une gravure de B. Spranger. 



du peintre Barthélémy Spranger, dont nous reproduisons ici la 
figure, d'après une gravure de 1585. Autour des fronces de sa coiffe, 
Christine a posé une mince guirlande de fleurs, qu'on peut sup- 
poser être un travail d'orfèvrerie. La fraise est large et garnie 
d'une belle dentelle, tissu qui était alors à son aurore et com- 
mençait à être très recherché et très apprécié (fig. 299). D'autres 
fois les cheveux relevés par devant au moyen d'un crêpé ou d'un 
morceau de fer étaient tordus en un gros chignon sur le dessus 



400 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



de la tête ou nattés en petites tresses qu'on disposait de diverses 
manières sur la nuque. Quand les Gueux inventèrent la besace, 
certaines femmes se coiffèrent du chapeau à la paysanne, seule- 
ment elles lui donnèrent bien vite une allure plus coquette 
inconnue dans les villages. Le fond s'éleva, les bords furent rac- 




Fig. 300. — Dame flamande, d'après Jean Stradon. 



courcis et, ainsi transformé, le chapeau à la paysanne se posait 
légèrement de travers sur les cheveux. Une petite fleur, une 
plume, une boucle l'ornait sur un des côtés (fig. 300). 

Si certaines parties des Pays-Bas subirent l'influence des modes 
et des mœurs de l'Allemagne, l'ensemble et surtout les provinces 
méridionales se ressentirent de l'influence espagnole. 

La foule se modèle toujours sur les grands. C'est aux princesses 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



401 



envoyées par l'Espagne comme gouvernantes qu'est dû le cachet 
austère du vêtement féminin aux Pays-Bas, dans le xvf siècle, 
uniquement égayé par le toquet espagnol de velours noir, qu'adop- 
tèrent et patronnèrent les jeunes femmes de la cour. La toque fut 




Fig. 301. 



Anne d'Autriche, 4™= femme de Philippe II, d'après une gra"vure allemande. 



.■^ ^ 



d'abord un simple cône avec une passe arrondie formant encadre- 
ment aux cheveux et garnie de perles. Anne, 'fille de Maximilien II 
et quatrième femme de Philippe II, en porte un dans ce genre 
sur un portrait du temps, fait avant son mariage. Par devant est 
une aigrette de plumes formée de petites plumes d'autruche et 
d'une aile de héron. Un joyau est fixé dans les cheveux (fig. 301). 

27 



402 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Une médaille de la même reine Anne, frappée sans doute à 
l'époque de son mariage, nous la représente les cheveux enve- 
loppés dans une crépine, avec une petite toque de velours noir, 
cette fois très plate, garnie d'une torsade de deux couleurs et d'une 
petite plume sur le côté (fig. 302). Peu après, le velours de la 
toque se dressa verticalement en manière de sac froncé autour 
d'un tout petit bord. Ce bord était recouvert d'un rang de perles, 




Fig. 302. — Aiuie, 4"" femme de Philippe II, d'après une médaille 
frappée à l'occasion de son mariage. 



de chaînes d'or ou de pierreries ; une touffe de plumes posée sur 
le côté et surmontée d'une aigrette achevait de la rendre d'une 
élégance suprême. Selon la fortune ou l'ambition de sa proprié- 
taire, la toque était plus ou moins garnie de perles, d'agrafes, 
d'enseignes et de bijoux de toutes espèces, ainsi qu'on le voit 
dans le portrait de l'Infante Isabelle-Claire-Eugénie, fille de Phi- 
lippe II, par Coëllo. L'Infante pouvait avoir douze à quinze ans 
alors. Ses cheveux sont relevés très haut et entremêlés de quantité 
de perles et de joyaux (fig. 303). 

C'est cette même Infante qui, après avoir épousé l'archiduc 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



403 



Albert d'Autriche, vint gouverner la Belgique pour l'Espagne. 
Sévère de mœurs, pieuse, très pratiquante, elle abandonna toutes 
les parures mondaines après la mort de son mari et finit par 
adopter un costume religieux. 

Elle a été portraiturée plusieurs fois sous ces vêtements monas- 
tiques austères dans lesquels elle voulut être enterrée. 




Fig. 303 . — L'Infante Isabelle Claire-Eugénie, d'après le portrait de Coëllo. 



En Portugal, dans la première moitié du xvi" siècle, on adopta 
des chapeaux de haute forme et à larges bords, avec fond 
peu élevé. La reine Catherine, femme du roi Jean III, de Por- 
tugal, en porte un semblable sur une médaille frappée lors de son 
mariage (fig. 304). 

Les Espagnoles, dans certaines parties du pays, avaient de 
singuliers costumes, plus bizarres qu'élégants, se rapprochant des 
modes italiennes, mais avec moins de goût, si l'on en croit Cesare 



404 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Vecellio, l'historiographe des modes de son temps, et les dessins 
de la collection Gaignières. Le caractère de l'ornementation 
espagnole, plus lourd et surchargé qu'artistique, se retrouve aussi 
dans les costumes. Cesare Vecellio a dessiné, entre autres, une 
femme de Grenade et une Castillane dont les vêtements sont 
aussi incommodes que disgracieux. En revanche, les coiffures sont 
simples et indiquent que ces costumes appartiennent à la première 
moitié du seizième siècle; car la mode des cheveux relevés à 

racine droite s'étendit en Espagne en 
même temps qu'en France. Nulle part 
on ne voit encore apparaître la célèbre 
mantille et le grand peigne, qui sont 
devenus le type de la coiffure espa- 
gnole. Mais en revanche les voiles, an- 
cêtres de la mantille, étaient d'un usage 
universel. Aux jours de pénitence, pen- 
dant le carême, aux processions, à 
l'église, les femmes ne se montraient 
que voilées. C'est ainsi que Brantôme 
nous peint Maria de Padilla, cette 
ennemie acharnée de Charles- Quint. 
Dans son ardeur à se procurer l'argent 
nécessaire à payer les troupes de rebelles et ne trouvant plus de 
crédit nulle part, elle s'empara des trésors des églises. 

Mais, pour accommoder son brigandage aux scrupules d'une 
conscience plus superstitieuse que timorée, elle se rendait dans 
les sanctuaires, enveloppée d'un grand voile noir. Là, devant 
l'autel, entre deux grosses torches allumées, elle se prosternait, 
les mains jointes, gémissant, se frappant la poitrine, se livrant à 
toutes les contorsions d'une créature dans le plus profond désespoir, 
puis se levait, allait elle-même s'emparer de tous les objets 
précieux de l'église et se retirait bien contente d'avoir ainsi dupé, 
sinon Dieu, tout au moins le public. 

Le luxe, en Espagne, avait crû subitement à dater du règne 




Fig, 304. 

Catherine, femme de Jean III, roi de 

Portugal, d'après une médaille. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



405 



glorieux de Ferdinand et d'Isabelle. La découverte du Nouveau- 
Monde avait fait affluer l'or des Indes dans le pays. L'éblouisse- 
ment des richesses avait tourné bien des têtes. De tous côtés 
s'élevaient des palais somptueux, des châteaux splendides. Les 




Fig. 305. — Princesse espagnole avec une coiffure en forme de cône d'or. 



habits, les harnachements, les robes des femmes, tout prit un air 
de magnificence; on se couvrit d'or ou de diamants. Le goût 
n'était pas toujours pur. L'Espagnol se croyait au-dessus de tous 
ses contemporains, s'il était richement vêtu, si ses palais dispa- 
raissaient sous les ornements de leurs façades; mais il n'avait 
aucune idée des améliorations que peut apporter le confort. A la 



4o6 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

cour, cet esprit de routine se traduisait par une étiquette si 
absolue qu'elle en devenait inhumaine. Les modes lui étaient 
soumises à ce point, qu'une reine d'Espagne ne pouvait varier 
ses toilettes, ni en modifier la moindre parcelle. La forme des 
manches, les mèches de cheveux, tout était prévu, réglé, mesuré, 
et il y allait de la vie pour quiconque osait y contrevenir. 
Comme objet exclusivement de mode espagnole, au xvi" siècle, 
nous devons signaler un ornement de chevelure en forme de 
cône, fait en or et enrichi de pierreries. Ce bijou était porté 
par les grandes dames et se posait de façon à ce que le bord 
fût caché par les cheveux relevés par devant (fig. 305). 

En Espagne, plus encore qu'en France, on se surchargeait de 
bijoux. L'orfèvrerie espagnole de cette époque est massive. Elle 
manque surtout d'élégance. 

Un très curieux portrait de Marguerite d'Autriche nous la 
représente dans son costume de voyage, au moment d'aller 
épouser le roi d'Espagne, Philippe III. 

La princesse porte un manteau fourré, car la saison était très 
dure et les chroniqueurs racontent que les chemins étaient couverts 
de neige, lorsque la jeune fiancée quitta la cour de son père. 

Son costume de voyage est simple et peu flatteur. Un singulier 
diadème en étoffe orne son front. Les cheveux sont relevés par 
devant et nattés par derrière. Une fraise sans dentelle complète 
la toilette (fig. 306). 

Il est probable qu'elle abandonna ce costume bien vite pour 
prendre ceux qui lui furent envoyés par son royal fiancé. Les 
anciennes chroniques disent que la princesse quitta Gratz] avec sa 
mère et une suite nombreuse. A peine sur les frontières de l'Italie, 
elle vit arriver une députation à la tête de laquelle se trouvait 
Dona Juana de Velasco, grande-maîtresse de la cour, qui lui 
présenta de riches vêtements à la mode espagnole, valant plus 
de deux cent mille ducats. Les pompes de ce cortège et les fêtes 
partout offertes à la jeune fiancée furent interrompues par la mort 
de Philippe 1 1 ; mais bientôt elles reprirent plus magnifiques que 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



407 



jamais et le mariage se fit l'année suivante avec une splendeur 
d'autant plus grande qu'une seconde union se célébra en même 
temps, celle de l'Infante Isabelle avec l'archiduc Albert d'Autriche. 
Ces noces coûtèrent au delà de trois cent mille écus et durèrent 
huit jours ; le peuple y eut une large part en spectacles de toute 
espèce, courses de taureaux, distributions et largesses qui ren- 




Fig. 306. — Marguerite d'Autriche, femme de Philippe III roi d'Espagne, d'après 

une médaille de 1598. 



dirent ce mariage célèbre dans les souvenirs populaires. La 
médaille frappée en l'honneur de la reine Marguerite à son arrivée 
en Espagne, la présente à nos regards dans sa grande parure 
rovale. Un. largue bandeau d'orfèvrerie orne ses cheveux frisés. 
Sa tête est enfoncée dans la haute fraise espagnole à larges 
godrons. Le peuple espagnol est toujours resté fidèle à ses vieilles 
mœurs. Cet esprit de stabilité et de conservation se manifeste 
dans ses costumes. Cesare Vecellio nous montre une femme de 



4o8 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Burgos, dont les cheveux sont liés en une seule mèche enroulée 
de rubans, comme les coiffures du commencement du moyen âge 
(fig. 307 et 308). 

Brantôme, à qui nous empruntons beaucoup de détails de 




^ 



Fig. 307. — Femme de Burgos, d'après Cesare Vecellio. 



toilettes, qu'il décrit avec la compétence d'un homme qui s'y 
entend, fit un séjour assez long à la cour d'Espagne, pendant la 
vie de la reine Elisabeth. Par lui, nous apprenons que les veuves 
y portaient un deuil moins sévère qu'en France, sans abandonner 
pourtant le bonnet blanc, auquel elles donnaient des formes plus 
ou moins élégantes. Jeanne, veuve de Jean, Infant de Portugal 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



409 



et mère du roi Sébastien, s'était retirée à la cour de Madrid. 
Brantôme l'y vit entièrement vêtue de soie, coiffée d'une toque à 
l'espagnole en crêpe blanc qui lui baissait fort bas en pointe sur 
le nez. Il est vrai qu'elle n'avait pas renoncé au mariage, car 
elle avait un moment espéré épouser Henri III. 




Fig. 308. — Dame de Grenade et dame de Séville, au xvie siècle, d'après Cesare Vecellio. 



La reine Elisabeth devait regretter parfois la cour de France, 
si aimable, si gaie, si libre; mais elle gardait ses regrets dans son 
cœur et n'en laissait rien paraître. Elle paraît s'être consolée de sa 
brillante prison, en 'se livrant à la toilette. Jamais, dit notre 
chroniqueur, elle ne mit ses robes deux fois, et cependant elles 
étaient toutes superbes. Elle se coiffait très bien à l'espagnole, soit 



4IO HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

en boucles, soit avec les cheveux relevés. Elle portait les cheveux 
noirs, selon leur teinte naturelle, au lieu de les poudrer comme 
beaucoup de femmes le faisaient en ce temps-là. Elle ne portait 
pas de perruques, quoi qu'elles fussent en grand usage en Espagne, 
où l'on raffolait des cheveux blonds et roux. 

De l'Espagne passons en Italie. Là, rien d'austère, rien de 
tyrannique : nous nous trouvons en plein paganisme. Les Italiens 
semblaient avoir oublié la religion de leurs pères. Impies, quand 
ils n'étaient pas superstitieux, en tout cas, profondément épicu- 
riens, ils ne voyaient dans la vie qu'une belle fête, de laquelle il 
fallait éloigner tout ce qui pouvait troubler les plaisirs ou les 
jouissances. L'Italie s'était grisée de ses propres succès. Tant 
d'hommes éminents dans toutes les branches des arts et des sciences 
avaient surgi de son sein, sa renommée, comme foyer de l'intelli- 
gence, était devenue si grande, qu'elle ne croyait plus qu'à elle-même 
et oubliait la patrie céleste. 

Mais, sous ces dehors brillants, que de sombres visages ; dans 
ces beaux palais, que de crimes; sous ces splendides parures, que 
de tares et de souillures ! 

Drames et fêtes se mêlaient sans s'interromjjre ; le sang coulait 
dans les festins sans que le rire cessât, ce mauvais rire de l'orgie, 
qui n'a plus ni pitié ni pudeur. 

De là l'invasion d'une sorte de culte odieux de la mort, la 
vogue des danses macabres, la manie des tableaux funèbres, goût 
malsain, qui de l'Italie s'étendit partout au xvi" siècle, principale- 
ment en Allemagne, où elle, prit un essor effrayant. 

Traîner- l'image de la mort au milieu des danses et des chants 
de volupté, c'était violer le mystère de la mort, ce mystère que 
le chrétien médite et vénère, qui fait trembler l'impie. 

L'entreprise aussi criminelle qu'insensée en fut faite. 

Laurent de Médicis donna à Florence une fête restée célèbre 
dans les fastes de l'Italie. C'était le triomphe de la Mort. Rien ne 
fut plus funèbre et plus magnifique: une danse macabre de vivants 
digne d'un nouveau Dante. 




Fig. 309. — Patricienne de Venise, d'après une peinture du xvi» siècle. 



412 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



Les femmes furent trop souvent les instigatrices de ces débor- 
dements. Leur esprit très cultivé, leur ambition, l'orgueil de leur 
beauté les poussaient à rivaliser de luxe et de faste. Elles aussi 
avaient perdu le sentiment religieux. De là force modes hardies, 
provocantes, des toilettes d'une richesse extravagante, des recher- 
ches de coquetterie bien dignes des descendantes de Poppée et 
de Fausta. Les coiffures sont peu caractéristiques, elles sont de 
toutes formes, de toutes grandeurs. Tantôt c'est une toque ronde. 





Fig. 310. — La comtesse de Cellant. 



Fig. 311. — Noble dame de Ravenne. 



dans le genre du mortier du xii" siècle, tantôt une résille qui 
retient les cheveux, tantôt un voile ou des joyaux (fig. 309). 

La célèbre comtesse de Cellant, qui mena une vie si scandaleuse 
et commit des crimes si énormes que le connétable de Bourbon 
la fit décapiter, la comtesse de Cellant dont la statue se trouve 
sur son tombeau, à Milan, porte une toque ronde brodée, posée 
sur ses cheveux ondulés (fig. 310). 

Une autre noble Milanaise, dans un tableau du temps, a les 
cheveux simplement jetés dans un filet en cordonnet d'or (fig. 311). 
Quelques femmes portaient les cheveux relevés sur le haut de la 



HISTOIRE DE LA- COIFFURE FEMININE 



413 



tête en un gros chignon; d'autres, au contraire, laissaient retomber 
leurs tresses très bas sur la nuque. 

Les modes italiennes du commencement du xvi" siècle ne sont 




Fig. 312. — Barbe, duchesse de Feirare, 1560. 



pas très gracieuses. Les tailles sont courtes, les manches se gonflent 
d'une façon ridicule, les jupes sont également très volumineuses. 
Vers le milieu du siècle, un changement heureux s'opéra. Les 



414 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

manches reprirent de' plus justes proportions, mais la coiffure, en- 
revanche, se compliqua. On porta moins de couvre-chefs, mais on 
s'ingénia à multiplier les frisures, les tresses, les bouffants en les 
entremêlant de beaucoup de joyaux. Le voile se porta davantage 
mais on l'arrangea de façon à ce qu'il servît plus à orner qu'à 
voiler, car on couvrait les cheveux le moins possible. 

Comme toujours, quand la foi s'affaiblit, la superstition apparaît; 
aussi, en Italie, où le peuple est déjà naturellement superstitieux, 
surgirent mille inventions ridicules, dans lesquelles les cheveux 
jouèrent un rôle important. Des traités graves sur les songes 
parurent; ils étaient consultés avec ardeur. 

Si une femme voyait en songe ses cheveux coupés, cela signifiait 
que son mari mourrait ou qu'elle serait obligée de se séparer de 
lui. Si un homme rêvait qu'il avait les cheveu.x longs, comme une 
femme, le livre lui indiquait qu'il serait trompé par une femme. 

Une femme vue en songe sans cheveux était .présage de 
pauvreté et de maladie ; au contraire, rêver d'un homme chauve 
était garantie de fortune et de tous les bonheurs terrestres. Nous 
n'en finirions pas s'il fallait redire toutes les sottises inventées par 
l'aberration humaine. 

Le capuchon à templette, qui avait pourtant une origine italienne, 
se rencontre peu en Italie, tel que nous l'avons vu en France, 
mais on l'avait transformé en une coiffure beaucoup plus seyante. 

C'était un diadème très large du milieu, rétréci des côtés et 
s'avançant en courbe sur les oreilles. 11 était fait soit en métal, 
en or et en argent, soit en drap d'or ou en riche étoffe de soie. 
Des bijoux, des perles, des broderies l'ornaient plus ou moins. 
Le capuchon, ou plutôt un voile de soie, s'attachait au diadème 
et retombait par derrière. Cette coiffure, très majestueuse, se 
retrouve dans un portrait de la duchesse Barbe de Ferrare, datant 
de 1560 (fig. 312). 

En général, les princesses italiennes avaient un art particulier 
de rehausser par la magnificence l'éclat de leur rang. Déjà, à la 
fin du xv^ siècle, les Français avaient été émerveillés de la 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



415 



somptuosité déployée par Blanche de Montferrat, duchesse de 
Savoie, lorsque Charles VIII passa à Turin. Elle alla recevoir le 
roi en personne, montée sur une haquenée superbe, vêtue d'une 
robe de drap d'or frisé, bordée de diamants, rubis, saphirs, éme- 
raudes et autres pierreries, la tête cerclée d'un riche diadème, au 




Fig. 313. — Isabelle-Claire d'Autriche, veuve du duc Charles III de Mantoue, 
d'après une gravure du temps. 



cou un carcan de perles d'un prix inestimable. Elle était suivie 
d'une troupe de demoiselles toutes accoutrées le plus luxueuse- 
ment possible et d'une cour nombreuse et brillante. Cette entrée 
demeura dans l'imamnation des sfentilshommes français comme le 
souvenir d'un spectacle magique. 

Brantôme, l'infatigable conteur, ajoute qu'on critiqua cependant 
la belle veuve d'oublier à ce point son veuvage. De tout temps. 



4i6 JilSTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

riiême chez les païens, les veuves étaient obligées à une certaine 
austérité de mise ; cette tradition s'était conservée et accentuée 
dans la société chrétienne. Une veuve qui abandonnait trop vite 
son deuil était classée parmi les femmes légères. 

Blanche de Montferrat est donc, même aux yeux de l'indulgent 
Brantôme, coupable de trop de coquetterie. On voit que le discret 
chroniqueur se ressent de l'exemple de Catherine de Médicis, qui 
remit en honneur les us sévères du veuvage. Il raconte qu'au 
temps de François P', les veuves dansaient aux bals de la cour, 
grand scandale qu'on ne voyait plus trente ans plus tard. 

Déjà la belle Diane de Poitiers n'avait pas osé se soustraire 
entièrement à ces lois de deuil et portait uniquement du noir et du 
blanc. Sous le règne suivant, les veuves abandonnèrent tous les 
bijoux, ne portant de pierreries qu'au doigt, autour du miroir 
pendu à la taille, à la ceinture et sur le livre d'heures. 

Le diadème que nous avons signalé sur la tête de la princesse 
de Ferrare se rabaissa très fort dans le commencement de la 
seconde moitié du xvi" siècle. Il devint une bande plate en métal 
très ornée de pierreries, qu'on posait sur la tête au milieu du 
crâne pour séparer les cheveux de devant de ceux de derrière. 
Les cheveux eux-mêmes prirent une forme plus artistique. On 
chercha à revenir aux coiffures grecques, mais sans atteindre à la 
noble simplicité des anciens; l'œil était trop habitué aux surcharges 
de bijoux, aux complications d'ornements, pour se contenter des 
chignons tordus des belles déesses d'Athènes. On crut donc revenir 
à une simplicité suffisante, en partageant les cheveux en nom- 
breuses petites tresses et en les couvrant -à demi d'un voile à plis 
très tourmentés, qu'on arrangeait selon sa fantaisie, soit qu'on 
entremêlât les tresses dans ses plis, soit qu'on attachât le voile 
par dessus. Une médaille de l'époque nous montre une coiffure de 
ce genre portée par la femme de Ferdinand de Gonzague, géné- 
ralissime des armées de C harles- Quint (fig. 314). Son voile, attaché 
en arrière, est disposé en plis nombreux. Une bande d'orfèvrerie 
orne le dessus de la tête. Les cheveux sont presque plats. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



417 



Une autre médaille du même temps représente la fille de Fer- 
dinand, la jeune Hippolyte de Gonzague, à l'âge de quinze ans, 
coiffée avec une multitude de tresses entremêlées de joyaux. 

Malgré sa grande jeunesse, qui semble exiger plus de simplicité, 
elle est couverte de bijoux (fig. 315). Une énorme pièce d'orfè- 
vrerie très lourde, placée à côté de chaque oreille, retient un 




■ IL 



Fig. 314. — Isabelle de Capoue, femme de Ferdinand Gonzague, 
médaille frappée en 1557. 



diadème plat et deux tresses de la coiffure. Une autre bande de 
métal est posée sur le chignon. On rencontre souvent cette 
coiffure dans les tableaux du temps. Ces petites tresses minces 
et multipliées sont tout à fait de style italien. Elles ne furent 
cependant pas généralement adoptées. Les femmes, qui trouvaient 
ces coiffures en cheveux trop libres pour des yeux habitués aux 
têtes emmaillottées du moyen âge, se coiffaient à la française. 
Les guerres d'Italie avaient pu faire apprécier l'élégance des 
femmes de France dans la patrie de Boccace. Les italiennes 

28 



4U 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



accueillirent donc avec empressement le petit escoffîon de soie ou de 
velours rembourré en haut pour donner à la tête une ligne en 
pointe vers l'occiput, et l'enririchirent de pierreries. Un portrait 
de la grande duchesse Jeanne de Toscane la représente avec une 
coiffure de ce genre (fig. 316), dont l'étoffe forme un léger tuyauté 
par devant. 
■ Pauvre femme, dont le doux visage n'avait pu effacer aux yeux 




Fig. 315. — HyppoIiLe Gonzague, fille de Ferdinand, à l'âge de i6 ans, d'après 
une médaille frappée en 1579. 



de son époux, François de Médicis, la triomphante beauté de 
celle qui devait la remplacer, la célèbre Bianca Capello. Comme 
beaucoup de princesses, en ces temps troublés, sa destinée fut 
triste, de cette tristesse morne, dure à porter parce qu'elle est 
sans consolation. Elle n'était pas belle, sans être laide, mais il 
fallait autre chose que des attraits ordinaires au cruel et voluptueux 
François de Médicis, ce tyran brutal qui remplit Florence de 
ses crimes. 




Fig. 316. — Grande duchesse Jeanne de Toscane, femme de François de Médicis, 
d'après une gravure du temps. 



420 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Peu lui importait le bonheur d'une femme et surtout d'une 
femme honnête. Les autres étaient si nombreuses en Italie que 
le maréchal Strozzi en fit jeter en un jour huit cents à l'eau et 
cette action, qui trouble grandement nos idées actuelles, fut regardée 
alors comme un acte de justice énergique. 




f '•■ 




Fig. 317. — Grande dame de Naples. 



2,8. — Bourgeoise de Rome en 1515. 



A Rome et à Naples, les couturières des patriciennes semblent 
avoir puisé beaucoup de leurs inspirations en Espagne, mais 
quelques coiffures ont un cachet tout particulier. Les cheveux, 
relevés à racine droite, formaient un cône d'une hauteur démesurée 
sur le front. On jetait sur cet édifice un voile léger ou bien on 
l'ornait d'aigrettes de pierreries ou encore d'une sorte de guirlande 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



421 



de fleurs montées sur fil de fer, qui se dressait plus haut encore 
que les cheveux (fig. 317 et 318). 

Là aussi, comme dans le reste de l'Italie, régnait la perruque 
blonde en cheveux ou en filasse poudrée et parfumée. 

Peu de costumes populaires se rencontrent dans les tableaux 




Fig. 319. — Paysanne du Piémont, d'après Abraham de Bruyn, 15S7. 



Italiens du temps. Ils devaient cependant tenir déjà quelque chose 
des costumes si pittoresques, que nous admirons à Naples et en 
Sicile. 

Le célèbre graveur flamand, Abraham de Bruyn, nous fournit 
quelques croquis de femmes du peuple en Italie. Il y avait fait un 
séjour assez long et en rapporta beaucoup d'études intéressantes 
(fig. 319 et 320). 

Si l'Italie, assoiffée de jouissances et de luxe, voyait à sa tête 



422 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



un essaim de beautés frivoles exclusivement occupées de fêtes, 
de toilettes et de dépenses, Venise au contraire, emprisonnée 
dans une législation de fer, la renforçait encore davantage quand 
il s'agissait des femmes. Non seulement cette législation renfermait 
une véritable arsenal d'édits somptuaires, mais le pouvoir exécutif 
en assurait la minutieuse observation. Un magistrat spécial, le 
provéditeur des pompes, était chargé de surveiller la toilette des 




Fig. 320. — Paysanne de Piémont, d'après Abraham de Bruyn, 15S7. 



femmes et de faire une guerre implacable aux étoffes de luxe, 
aux broderies trop riches, aux colliers trop coûteux. La moindre 
négligence l'eût exposé aux sévérités de l'autorité supérieure, aux 
vengeances de l'esprit de soupçonneuse et traditionnelle jalousie 
des pères et maris vénitiens. La femme mariée sortait rarement 
et jamais seule. Encore devait-elle se couvrir d'un long voile 
blanc qui l'enveloppait tout entière. 

La mise quotidienne était simple et ne souffrait aucune exception 
aux prescriptions légales. Les modes espagnoles dominaient dans 
tout ce vêtement. Corps baleinés n'ayant plus forme humaine, 
fraises épaisses remplissant l'office de carcans ou bien hauts 



■ HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



423 



collets montés tenant la tête forcément droite, manches larges 
et encombrantes, tel était, dans ses grands traits, le costume de 
la patricienne et même de la bourgeoise de Venise. 




Fig. 321. — Bourgeoise de Venise, d'après Magimo de Gabrielle. 



Les coiffures étaient plus libres, aussi variaient-elles beaucoup 
entre la mode française et la mode espagnole. Généralement les 
cheveux étaient relevés en racine droite et presque toujours 
entremêlés d'un voile (fig. 321). Pour compléter le martyre des 
infortunées vénitiennes, leurs trop jaloux législateurs les faisaient 



424 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

chausser de souliers à patins tellement incommodes que la marche 
devenait impossible. 

Un ambassadeur français, frappé de cette gêne de la marche 
des dames de Venise, setant avisé de demander au doge Dome- 
nico Contarini pourquoi elles se servaient de pareilles chaussures, 
ajouta : Les nôtres sont bien plus commodes. — Troppo 
comodi, riposta un patricien présent à l'entretien, pur troppo (i). 

Défense absolue aux femmes de se décolleter, sauf les jours 
de fêtes et de grandes toilettes. Ces jours-là en effet, lois, décrets 
édits somptuaires étaient suspendus. Le provéditeur fermait les 
yeux et Venise ne semblait plus avoir d'autre pensée que celle 
de se glorifier de ses beautés féminines et de leurs splendides 
atours. Patriciennes et bourgeoises tiraient des arcanes les plus 
secrets de leurs garde-robes la teinture mère de ces chevelures 
blond doré, aux tons riches et chauds, que nous admirons dans 
les portraits dus aux magiques pinceaux du Tintoret et de 
Paul Véronèse; elles revêtaient leurs plus opulents costumes et se 
paraient avec une profusion royale de diamants, de pierreries 
et de ces chefs-d'œuvre d'orfèvrerie, pour lesquels l'art vénitien 
n'a pas eu d'égal (fîg. 322). 

Elles se dédommagaient en ces grandes circonstances de leur 
contrainte habituelle, mais précisément en raison de la rareté de 
ces occasions exceptionnelles de porter les lourdes et incommodes 
toilettes de parade de l'époque, elles perdaient leurs grâces natives 
et le charme de l'aisance. L'observation est facile à vérifier sur 
les portraits de femmes de Venise du xvi^ siècle, qui nous pré- 
sentent, la plupart du temps, tous personnages droits comme des 
piquets, compassés, immobilisés dans la raideur du corps baleiné, 
des manches bourrées de crin, des jupes tendues sur des vertuga- 
dins, des fraises empesées et de hautes coiffures chargées de 
bijoux. 

Lorsque le roi de France Henri III eut la fantaisie d'aller 

(1) Trop commodes, beaucoup trop. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



425 



rendre visite à sa noble alliée, la ville des Doges, tout s'ébranla 
pour faire à ce roi une réception fastueuse, calculée dans le but 
d'éblouir ce viveur blasé, habitué à tant de magnificences. 

Venise réussit pleinement: Henri III fut ému. Oui pouvait ne 




Fig. 322. — Patricienne de Venise. 



pas l'être devant ce magnifique décor du Grand canal, illuminé du 
soleil le plus radieux, faisant resplendir les façades de marbre des 
palais, les oriflammes des gondoles, les robes de velours des 
sénateurs et les vêtements étincelants de richesses du clergé 
vénitien, devant cette foule de noires gondoles chargées de patri- 
ciennes dans tout l'éclat et la splendeur de leur éblouissante 
parure, escortant avec la marine de Venise, le majestueux Bucen- 



426 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



taure amenant, à la rencontre du Roi, le Doge en personne sous 
un dais dor et de soie. 

Et quand la flotte française entra dans le Grand canal, des 
vivats enthousiastes s'élancèrent de toutes les bouches, les salves 
d'artillerie éclatèrent de toutes parts, puis subitement tout se tut 
et, au milieu d'un profond silence, le clergé et les chœurs entonnè- 




Fig. 323. — Jeune Vénitienne, d'après Magimo de Gabdelle, 



rent le Te Deuin, pendant que l'Evêque, du haut d'un trône élevé 
sur la place, bénissait le roi et son peuple. 

Alors, dit le chroniqueur, le Roy sentit une émotion réelle, et 
la République trouva qu'elle était assez payée de ses dépenses 
formidables par ce frisson d'un roi. 

Ce n'était cependant que le début d'une série de fêtes, de spec- 
tacles, de concerts, de festins, qui se succéda sans interruption 
pendant le séjour du roi. 

On lui composa une Cour des femmes les plus belles, les plus 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



427 



riches et les plus nobles de Venise. Lors d'un repas donné au 
palais ducal, il y parut trois cents dames, toutes habillées de soie 
blanche et de drap d'argent. Les perles ruisselaient sur leurs cous et 
dans leurs cheveux et on dit que le roi, en voyant cette incomparable 
assemblée, dit tout haut que la Cour de France n'oserait soutenir 
la comparaison avec la beauté de ces patriciennes (fig. 323). 




Fig. 324. — Catherine de Bohra, femme de Luthar, d'après une médaille. 



Après le festin, Henri III fit distribuer aux dames, comme 
souvenir, les figures allégoriques en sucre qui avaient servi à 
décorer la table. 

La Réforme n'eût pas été logique avec ses prétentions, si elle 
n'avait engagé, au début, une lutte bruyante et violente, non pas 
seulement contre les excès du luxe et de l'ostentation, mais même 
contre les simples dépenses conformes au rang ou à la position. 
Ses sectaires affectèrent une austérité apparente, qui se traduisit 
surtout dans le vêtement, dont la coupe, la couleur, la garniture 



428 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



prirent un aspect rigide. Pour beaucoup de luthériennes, le costume 
du peuple suffisait et tout ornement en était exclu. 

Une médaille frappée en 1525 en l'honneur de la digne épouse 
de Luther, Catherine de Bohra, la représente en simple bonnet 
de toile recouvrant la tête par derrière comme les paysannes de 




^' j%---- 



Fig. 325. — Jeune femme noble de la Suisse. 



certaines parties de l'Allemagne, le cou entouré d'une collerette 
unie, portant le manteau des petites bourgeoises (fig. 324). 

Les calvinistes poussèrent encore bien plus loin le fanatisme du 
rigorisme. Sous la domination absolue de leur chef Calvin, Genève 
devint une sorte de tombeau. 

Le sombre réformateur, armé de lois draconiennes impitoyable- 
ment exécutées, proscrivit toute liberté, toute initiative, jusqu'à la 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



429 



moindre fantaisie. Amendes, prison, supplices, frappèrent les plus 
légères infractions à ses décrets. 

Le fait d'inviter un ami à la taverne, d'aller au spectacle, de 
danser avec une femme, de s'habiller d'une certaine façon, de 
jouer au palet, aux quilles ou au.x boules sans la présence d'un 
délégué du despote, de porter un pourpoint découpé, une chaîne 
d'or ou d'argent, de déjeûner avec trois douzaines de croquants, 
de ne pas penser comme Calvin, ou d'oser écrire autre chose que 
ce qu'il pensait, constituaient autant de crimes dignes de mort. 

Pour les femmes, la sévérité était 
plus grande encore. Leurs robes, leurs 
coiffures étaient minutieusement décrites, 
et malheur à celles qui contrevenant 
aux ordonnances, se permettaient des 
coiffes d'or, des bijoux, des broderies, 
portaient plus de deux bagues à leurs 
doigts, ou n'ajustaient pas leurs cheveux 
de la manière ordonnée ! 

Une malheureuse, ayant osé se mon- 
trer avec une coiffure prohibée, fut jetée 
en prison avec celle qui l'avait coiffée. 

Et cependant, les Suissesses, comme 
toutes les autres femmes, aimaient les parures et les jolies choses, 
elles étaient même renommées pour leur élégance et on dit qu'elles 
avaient fait beaucoup de progrès en luxe depuis le moyen âge, 

(%• 325)- 

La Suisse non soumise à la tyrannie de Calvin contenait plus 
d'un beau château, dont les habitantes ne dédaignaient pas les 
parures , mondaines. Elles aimaient les couleurs voyantes, mais 
leurs coiffures étaient fort simples. Un petit escoffion de toile fine 
surmonté d'une élégante toque est une manière de se coiffer qu'on 
rencontre assez souvent dans les monuments du temps. ^ 

Hans Guldenmundt, graveur allemand, nous a laissé une estampe 
représentant une couturière allemande. Les cheveux sont cachés 




Fig. 326. — Couturière allemande, 
d'après Hans Guldelmuudt. 



43° 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



par un bonnet qui s'avance sur le front et forme guimpe autour 
du cou. Généralement dans toute l'Allemagne au xvi" siècle, les 
femmes s'enveloppaient très fort la tête et le cou, surtout dans 




Fig. 327. — Servante Allemande. 



le peuple et la bourgeoisie (fîg. 326). Les jeunes filles au con- 
traire aimaient à laisser leurs cheveux flotter librement. Les 
« demoiselles » nobles portaient au commencement du même 
siècle le grand chapeau à bords crénelés, en usage chez les hom- 
mes ; mais elles l'ornaient d'une profusion de plumes. D'autres se 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



431 



contentaient de natter leurs blonds cheveux en deux longues tresses, 
relevées par un petit ruban. 

Quand vous verrez chevelure aussi grand 
Pendre du chef comme icy le voyez, 
C'est pour certain une fille allemand 
Vestue ainsy de ce sens soyez. 



dit un auteur français dans un recueil publié en 1567 (fig. 327). 

Dans la haute bourgeoisie et la noblesse on ne trouve pas de 
traces de costumes nationaux pro- 
prement dits. Les goûts se parta- 
geaient entre les modes françaises 
et espagnoles. Le toquet espagnol 
fut porté par toutes les femmes de 
l'aristocratie européenne, à l'excep- 
tion des protestantes, qui regar- 
daient cette coiffure comme trop 
coquette. En Allemagne, il était 
dressé sur une crépine ou résille, 
mais souvent aussi sur un petit 
bonnet très richement brodé, orné 
de médailles ou de plaques d'or et 
embelli par toutes les fantaisies de 
l'art de la broderie et de l'orfèvrerie 
(fig. 328). Les cheveux le dépas- 
saient, sur le front en un rouleau et par derrière avec le chignon. 

Dans quelques villes, les cornes du moyen âge se perpétuèrent sous 
la forme d'un bonnet à passe plate avec deux bouffants en cône 
sur chaque oreille. A Augsbourg, les femmes du peuple et de la 
bourgeoisie mettaient aux grands jours un bonnet en forme de 
haut et large diadème, qui cachait entièrement les cheveux. Il était 
fait en soie de couleur vive et s'agrémentait de broderies et même 
d'or. Il se portait avec une petite fraise. La coiffure des jeunes 
filles, au jour de leur mariage, était également remarquable. Elle 




Fig, 328. 
Bonnet de femme du xvF siècle. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



433 



se composait d'un large bandeau de drap d'or orné de très riches 
broderies, de branlants et autres joyaux. Les matrones sortaient 
la tête couverte d'une coiffure de toile et d'une mentonnière, 
qu'elles relevaient même parfois jusqu'aux yeux, à la manière des 
femmes arabes. Ce couvre-chef, joint au grand manteau à mille 
petits plis dont elles s'enveloppaient complètement, leur donnait 
un air des plus disgracieux (fig. 329). 

Enfin, certaines Autrichiennes portaient un haut bonnet conique 




Fig. 330. — Marie, femme de Louis II de Hongrie, d'après une médaille de 1526. 



de drap ou même de fourrures, qu'elles posaient parfois sur un 
petit voile. Ce bonnet, quand il était en drap, était brodé ou orné 
de galons. Presque toutes les Allemandes avaient adopté le petit 
mantelet rond, complément assez masculin de la toque espagnole. 
Les costumes nationaux gardèrent beaucoup plus de physionomie 
typique dans les pays du Nord. En Pologne et en Russie, ils se 
ressentaient du goût asiatique. Les vêtements étaient chamarrés 
de broderies, surchargés de bijoux et de pierreries. La Hongrie 
avait dès lors ces splendides costurrles demeurés traditionnels chez 

29 




Fig. 331. — Sibylle de Clèves, duchesse de Saxe, 1554. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



435 



les Hongrois de toutes les classes. Un portrait de Marie, femme 
du roi Louis II, de Hongrie, la représente avec une crépine 
surmontée d'un très petit capuchon à pointes. Le tout est recouvert 
d'un chapeau • plat orné d'une bande d'étoffe pareille au capuchon 

(%• 330)- 

Pendant que les princes, protecteurs de la Réforme, dépensaient 




Fig. 332. — Anne, duchesse de Bavière, médaille de 1546. 



en plantureuses ripailles l'argent pris aux couvents, leurs femmes, 
laissant l'austérité du costume aux petites gens, se paraient de 
profusions de pierreries et d'étoffes précieuses. Le portrait de 
Sibylle de Clèves, duchesse de Saxe, mère de l'un des plus ardents 
propagateurs de la Réforme, offre à nos yeux un vaste escoffion 
de forme lourde et bizarre, surmontant une crépine à bouffants et 
recouvert d'une infinité de perles et d'une enseigne pendant sur 
l'un des bouts (fig. 331). 

Plus intéressante encore pour l'histoire de la coiffure sont deux 



436 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



portraits d'Anne d'Autriche, femme du duc Albert de Bavière. Le 
premier, une médaille frappée à l'époque de son mariage, alors 
qu'elle était fort jeune, la présente coiffée d'une crépine boufCante, 
surmontée de la toque. Un plissé de linon très fin entoure son 
visage (fig. 332). L'autre, aussi une médaille datant de la mort du 




Fig, 333. — Anne d'Autriche, femme d'Albert V roi de Bavière, en costume de veuve. 



duc Albert, nous montre la coiffure usitée chez les veuves alle- 
mandes, consistant dans un mouchoir de toile fine, dont une des 
pointes descend au milieu du front (fig. 333). 

Comme en France, le veuvage d'une souveraine ou d'une 
princesse du sang comportait la coiffure de toile blanche, à ren- 
contre des bourgeoises qui ne pouvaient mettre que le capuchon 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



437 



noir. Mais il tolérait, pour les premières, le bonnet blanc à arcelets 
à la mode française entouré d'une garniture à gros godrons en 
linon. L'étiquette leur interdisait les bijoux. Telle est la coiffure 
avec laquelle est peinte Marie, fille de Charles-Quint, cette femme. 



^-d-^ 




F'g- 334- — Marie, fille de Charles-Quint, femme de Maximilien II. 



dont le souvenir demeura en vénération parmi le peuple autrichien, 
autant que dans la mémoire de ses fils (fig. 334). 

Beaucoup de princesses de la maison d'Autriche se révélèrent 
dignes de leur haute naissance par la noblesse de leur caractère 

(%■ 335)- 

Citons d'abord la charmante et aimable Elisabeth d'Autriche, 

femme du grand-duc de Lithuanie, qui semble n'avoir traversé ce 



438 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



monde que pour se faire regretter. Elle mourut à 19 ans ; sa 
sœur, la malheureuse femme de Sigismond-Auguste, après avoir 
passé quelques tristes années auprès de son mari, fut renvoyée 




y 




À>^ ' 



Fig. 335- — Marie, femme de Charles, archiduc d'Autriche, portrait de 1571. 



brutalement en Autriche, parce qu'elle ne lui avait pas donné 
d enfants. Sa vie se termina dans la retraite. Il nous est resté 
d'elle un portrait, oxi elle est représentée dans le costume de reine de 
Pologne, les cheveux maintenus dans un riche réseau semé de perles 
et coiffée de la toque (fig. 336). Peu d'années après, une autre 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



439 



princesse d'Autriche épousait Sigismond III et mourait dans la 

fleur de sa jeunesse, foudroyée par la rupture d'un anévrisme. La 

peste qui ravageait la Pologne empêcha ses obsèques pendant un an. 

D'autres portraits de princesses allemandes du temps les font 




N -^ 



Fig- 336- — Catherine d'Autriche, reine de Pologne, d'après un portrait de 1553. 



voir à leurs descendants, tantôt coiffées et poudrées à la françaies, 
avec des diadèmes enrichis de pierreries, tantôt portant toute 
espèce de toques à l'espagnole, à grands et petits bords garnis de 
galons, de rangs de perles, d'enseignes ou de plumes. Une gra- 
cieuse et jeune princesse, Gregoria Maximilienne, fiancée du roi 



440 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



de Portugal, Philippe III, nous apparaît avec un petit bonnet de 
velours à pointe sur le front ; les cheveux relevés et poudrés sont 
constellés d'agrafes en pierreries jetées çà et là dans les bandeaux 
et surmontés d'une aigrette en plume de héron, la plume noble 
par excellence (fig. ss?)- La jeune filleule du pape Grégoire XIII 
mourut au moment où elle se disposait à rejoindre son royal 




Fig. 337. — Grégoria-Maximiîiana d'Autriche, d'après un portrait du temps. 



fiancé. Sa sœur, Constance d'Autriche, n'eut guère meilleur sort. 
Elle était fiancée, elle aussi, au roi Sigismond III de Pologne., 
Comme si la fatalité s'attachait à ces unions entre la Pologne et 
l'Autriche, déjà son cortège nuptial fut troublé par de violentes 
querelles qui éclatèrent entre le roi et ses magnats. Elle vécut 
quelques années assez heureuse avec ce prince, qui lui témoignait 
de la confiance et de l'affection. Mais tout à coup la mort brisa 
cette union, et la jeune Constance se trouva seule avec ses petits 
enfants, en face de grands seigneurs hautains et intraitables. Son 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



441 



chagrin fut si grand que sa santé s'altéra. Un jour qu'elle assistait 
à la procession du Vendredi-Saint, à Varsovie, elle se plaignit de 
la grande chaleur et de la fatigue. L'ignorance des médecins ne 




Fig. 338. — Constance, archiduchesse d'Autriche, femme de Sigismond III, roi de Pologne, 

d'après un portrait du temps. 



trouva rien de mieux que de lui faire prendre un bain froid. Elle 
se coucha ensuite, et, quand ses femmes entrèrent dans sa chambre, 
le lendemain matin, elles la trouvèrent morte (fig. 338). 



442 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Quel est le sort si brillant en apparence ici-bas qu'on puisse 
envier sans péril ? (fig. 339). 

Si nous nous sommes attardés un peu à tant de portraits par- 




lais- 339- — Catherine-Renée, archiduchesse d'Autriche, morte à 19 ans, en 1595, 

d'après une gravure. 

ticuliers, c'est parce que, mieux que nulle description, ils peuvent 
nous donner une juste idée et de la mode, et des femmes qui 
la créaient. Bien plus, en ces siècles, où la noblesse brillait de 
tout l'éclat des richesses et de la puissance, c'était dans son sein 
que naissaient les inventions nouvelles, les modes hardies. La 




Fig. 340. — Sibylle Fugger, médaille frappée en 1594. 



444 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

bourgeoisie n'eût osé innover dans cette ère privilégiée et exclu- 
sive, à moins de constituer elle-même une aristocratie de fait, 
par la grandeur et l'étendue de sa fortune. A celle-là, toutes les 
audaces étaient permises. Oui n'a ouï parler des Fugger ? On 
frappait des médailles en l'honneur de leurs femmes comme pour 
une princesse du sang. 

Sybille d'Ebersteen a fait passer ses traits à la postérité par 
une médaille frappée à Anvers en son honneur. Elle avait épousé 
Marc Fugger, seigneur de Kirchberg et Weissenhorn, l'un de ces 
trois frères Fugger, dont les richesses semblèrent si fabuleuses, 
que le mot « rycke Fokker » est resté dans le vocabulaire 
populaire flamand, comme le synonyme d'un comble d'opulence. 

C'est Marc Fugger qui, avec ses frères, éleva en 1594, à 
Anvers, un portique splendide allant de l'hôtel de la monnaie 
à l'abbaye de Saint-Michel, ce qui faisait une longueur de plus de 
mille pieds. 

Cette construction se fit à l'occasion de l'entrée solennelle dans 
la ville de l'archiduc Ernest, gouverneur des Pays-Bas. Sibylle 
parut sans doute à cette solennité dans une toilette digne de la 
renommée de sa maison. La médaille la représente coiffée d'une 
crépine à bande de linon, surmontée de la toque espagnole avec 
des perles pour ornement (fig. 340). 

N'oublions pas, dans cette galerie historique, le portrait d'une 
beauté célèbre et cependant peu connue. Nous voulons parler de 
Philippine Welser, cette femme d'une perfection physique et 
morale si achevée qu'elle sut conquérir le cœur d'un grand prince 
et se l'attacher si passionnément que, pour l'épouser, il se soumit 
aux disgrâces les plus sensibles et sacrifia les brillantes préroga- 
tives de son rang. 

La première fois que l'archiduc Ferdinand d'Autriche vit Phi- 
lippine, ce fut en entrant à Augsbourg où il arrivait pour assister 
à la diète impériale. Philippine était à la fenêtre de l'hôtel de son 
père, parée comme une jeune fille noble et riche, dans tout l'éclat 
de ses jeunes attraits. Le prince fut si frappé de sa beauté qu'il 




Fig. 34'- 



446 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



s'enquit immédiatement de son nom et voulut aussitôt faire sa 
connaissance. 

Comme Philippine était sage autant que belle, elle repoussa 
toutes les avances du jeune Archiduc, jusqu'à ce qu'elle fut assurée 
de la parfaite loyauté de ses recherches et, après bien des péri- 
péties occasionnées par la difficulté d'une telle alliance, Ferdinand 
l'épousa secrètement. 

L'empereur, indigné de la mésalliance de son fils et de la 

résistance opposée à ses ordres de père et 
de souverain, le bannit ainsi que sa femme 
de la famille impériale. Philippine ne dé- 
sespéra pas. Elle parvint, à la faveur d'un 
déguisement, à approcher l'Empereur et 
à gagner son affection. La réconciliation 
s'opéra entre le père et le fils, mais avec 
les idées dominantes de l'époque, l'empe- 
reur ne pouvait même penser à donner à 
sa belle-fille le rang d'archiduchesse. 

II rendit à Ferdinand les honneurs qui 
\m appartenaient, reconnut le mariage et 
donna aux enfants qui en étaient issus la 
propriété du marquisat de Burgau. Philip- 
pine fut enlevée vers l'âge de 45 ans à l'affection de son époux. 
Si Ferdinand se remaria ensuite, il n'en regretta pas moins sincère- 
ment cette femme intelligente et aimable, qui avait embelli sa vie 
pendant tant d'années. 

Le portrait de Philippine Welser est très caractéristique au 
point de vue de la mode du temps. Il dut être fait après son 
mariage vers 1550, alors qu'elle était dans tout l'éclat de sa 
beauté. Il fallait du reste une beauté triomphante pour résister à 
la mode d'alors, à cet engoncement ridicule du cou, qui ôtait 
toute grâce à la tournure et faisait de la femme un véritable 
magot (fig. 341). Elle porte le toquet à l'espagnole, avec une plume, 
sur un petit bonnet garni de dentelles, qui couvre ses cheveux par 




Fig. 342. — Allemande d'après 
Albert Diirer. 




HISTOIRE UE LA COIFFURE FEMININE 



447 



derrière. La fraise est petite, mais large. La fourrure de la pelisse 
est soutenue par une sorte de bourrelet qui entoure, le cou comme 
pour le rembourrer. 

Il faut encore le constater, rien, dans les modes de la dernière 
moitié du xvi'' siècle, ne dénote la plus petite idée d'un sentiment 
artistique, et c'est un des plus curieux contrastes de la nature 
humaine que celui de cette Renaissance, qui, du même élan, donne 




Fig. 343. — Silésienne de la bourgeoisie et petite fille noble. 



une impulsion si vigoureuse aux arts et entraîne le costume dans 
une décadence si complète. 

Dans le peuple et dans la bourgeoisie en Allemagne, au com- 
mencement du siècle, nous rencontrons beaucoup de coiffures 
comme celles que nous avons étudiées dans les monuments des 
Pays-Bas et dont le type principal se retrouve souvent dans les 
figures d'Albert Durer et des autres artistes allemands de cette 
époque. C'est un bonnet à fond élevé avec passe très plate et 
une large oreillère ronde ou en spirale, ou encore un bonnet sans 
oreillère à fond élevé et arrondi, recouvert d'un voile léger qui 
retombe sur le visage et est noué par derrière (fig. 342). 

Dans l'Allemagne du Nord, aux couvre-chefs en linge, on pré- 



448 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



ferait les bonnets fourrés, les capuchons bien chauds, les coiffures 
qui entouraient la tête de tous côtés. On avait des bonnets de 
laine et de velours. En Silésie, ils étaient ornés d'une large four- 
rure accompagnant la chaude pelisse à grands collets (fig. 343). 

Les jeunes filles portaient, les jours de fête, le diadème d'argent, 
d'or, orné de pierreries ou gravé. Ce genre de diadème, d'une 
largeur graduée selon le rang ou la richesse, n'appartient pas à la 
Silésie seule: les femmes du Danemark aimaient à s'en parer; celles 

de Russie en portent encore de sembla- 
bles. A Dantzig, c'était la coiffure populaire 
(fig. 344). Ils procédaient tous originelle- 
ment du diadème Celte, dont nous avons 
parlé au commencement de cette histoire. 
Dans ces mêmes pays, les jeunes filles 
portaient, lors de leurs noces, les cheveux 
épars et le diadème national. La Réforme 
supprima beaucoup d'anciens usages ; les 
couronnes des mariées disparurent avec les 
cérémonies si touchantes du mariage catho- 
lique. 

Le même phénomène se produisit en Angle- 
terre. Là aussi la Réforme eut une influence 
marquée sur le costume. Chaque secte affecta de s'habiller d'une 
certaine façon. Les puritains s'imposèrent une tenue très austère, à 
l'exemple des calvinistes. Leurs emmes ne pouvaient porter ni 
bijoux, ni étoffes de grand prix. Les coiffures de toile leur étaient 
seules permises avec le petit chapeau de feutre, sans autre orne- 
ment qu'une cordelière ou un galon étroit. Ce petit chapeau 
était de la forme que nous appelons maintenant tyrolienne. Mais 
quelques-uns se faisaient à larges bords et à fond bas. 

La cour se préoccupa peu de suivre les exigences de la Réforme; 
en fait de costumes, elle prie de la nouvelle religion ce qui lui 
convenait et laissa le reste aux badauds. Les grands seigneurs 
suivirent cet exemple et le luxe ne se modifia nullement d'après 




rig- 344- 
Femme de Dantzig. 




Fig. 346. — Lady Eliot, 
d'après les portraits d'Holbein, appartenant à S. M, la Reine d'Angleterre. 




Fig. 345- — L^'^y Ratclif, 
d'après les portraits d"Hoibein, appartenan. à S. M. la Reine d'Angleterre 



1 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 449 

les prêches de la nouvelle Église. Holbein nous a laissé une série 
très intéressante de coiffures du temps (fig. 345 et 346). Nous y 
voyons que les simples cornettes de toile et de linon étaient la 
parure usuelle des grandes dames anglaises. Elles ne dédaignaient 
pas le petit capuchon français toujours richement brodé et orné 
d'enseignes et de joyaux. C'est avec cette dernière coiffure que 
le grand peintre allemand peignit l'infortunée Anne de Clèves, 
femme de Henri VIII (fig. 347). 

Les troubles qui agitèrent l'Angleterre, pendant le règne éphé- 
mère de son fils Edouard et le règne non moins troublé de Marie 
Tudor, avaient relégué la mode au second plan. Les tristesses de 
l'existence de cette reine, son caractère naturellement sombre, sa 
laideur dont elle avait trop le sentiment, lui ôtaient tout goût 
pour les recherches de la toilette et la splendeur de sa cour. 
Elle laissait ces futilités à sa sœur Elisabeth qui, sans être plus 
jolie, aimait passionnément à plaire et, sous des dehors légers, 
cachait un précoce esprit d'intrigues et une ambition sans bornes. 

Une médaille frappée en l'honneur de Marie Tudor, alors qu'elle 
était âgée de quarante ans, en 1555, donne une fâcheuse idée 
du visage de cette reine et de son goût pour la parure. 

Un simple chaperon de toile recouvre ses cheveux. Il est orné 
seulement d'un galon de perles (fig. 348). 

Peu après, celle qu'on avait nommé si iniquement Marie la San- 
glante, mourait navrée de chagrin, à la perspective de ce que serait le 
règne de la femme sans pitié et sans vergogne, qui allait lui succéder. 

En même temps qu'elle rétablissait la Réforme, Elisabeth mettait 
sa cour sur un pied de luxe inouï. Les grands du royaume 
s'empressèrent de l'imiter pour lui plaire et luttèrent à l'envi de 
folles dépenses, de magnificences de vêtements. 

Pour Elisabeth rien n'était trop beau, trop riche, trop jeune. 
Les toilettes de cette reine, autant que sa coquetterie ridicule, 
passèrent en proverbe à la postérité. Ses fards, ses perruques, ses 
recherches pour se conserver jeune, l'eussent rendue la fable du 
royaume si on avait osé se rire d'elle. 

30 




Fig. 347. — Anne de Qèves 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



451 



Un de ses portraits (fig. 349) la représente dans un âge moyen; 
ses cheveux sont arrangés à la mode du temps, très relevés sur 
des crêpés ou des arceaux et richement semés de pierreries; une 
fraise ornée de dentelles borde 1 echancrure de sa robe magnifique. 
Sa poitrine est couverte de perles. On dit qu'elle portait une per- 




Fig. 348. — Marie Tudor, d'après une médaille frappée en 1555. 



ruque blonde encore à soixante-cinq ans. Un Allemand qui visita 
l'Angleterre à cette- époque, rapporte ainsi ses impressions : 

« La reine, dit-il, était à ce qu'on m'a dit âgée de soixante-cinq 
« ans. Elle avait le visage long et blanc, mais plein de rides, de 
« petits yeux noirs et agréables, le nez un peu aquilin, les lèvres fort 
« noires (ce qui est vraisemblablement occasionné par le grand 
« usage que les Anglais font du sucre). Elle avait des pendants 
« d'oreilles, de belles et grandes pierres fines et des cheveux blonds 
« mais artificiels. Sur sa tête elle portait une petite couronne d'or. 



452 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



« Sa gorge était nue, ce qui, chez les Anglais est un signe de 
« virginité, car les femmes mariées se couvrent la poitrine. Son 
« cou était garni d'une longue chaîne d'or ornée de pierres pré- 




Fig. 349. — Elisabeth, reine d'Angleterre, d'après un portrait du temps. 



« cieuses. Elle avait les mains maigres, les doigts assez longs, la 
« taille médiocre, la démarche majestueuse. Sa conversation était 
« aisée et agréable. Le jour que je la vis, elle était vêtue d'une 
« robe de soie blanche dont le bord était garni de pierreries de 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



453 



« la grosseur d'une fève et par dessus un manteau de soie noire 
« avec des raies d'argent, dont une marquise portait la queue 
« traînante. En marchant dans ce magnifique attirail, elle parlait 
« avec bonté, tantôt à l'un, tantôt à l'autre, surtout aux ministres 
« étrangers, soit en anglais, soit en italien ou en français. » 

Les femmes de la haute noblesse rivalisaient d'élégance avec la 




Fig. 350. — Jeune fille anglaise . 



reine, toutes celles du moins qui faisaient partie de la cour, car 
les autres appartenaient soit à la religion catholique et étaient 
ruinées, soit à la bourgeoisie, non moins malheureuse par suite 
des bouleversements des règnes précédents et de l'agitation de 
celui d'Elisabeth. De là, contraste choquant entre les splendeurs 
de la cour et la misère du reste de la nation. Les vêtements des 
Anglaises sont alors très simples, leurs coiffures en toile affectent 
toutes les formes que nous avons vues en France et en Aile- 



454 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

magne et le petit chapeau de teutre vient seul donner un peu de 
grâce aux jeunes femmes qui aiment à ne pas passer inaperçues. 
On faisait ces chapeaux en toutes couleurs, le rouge vif était 
porté de préférence par les femmes de la noblesse (fig. 350). 

Le chapeau de feutre n'était pas d'un usage exclusivement 
anglais. En France, on en portait beaucoup dans les classes popu- 
laires. En 1583, on vit un pèlerinage de paysans de la Brie, 
vêtus de toile blanche, avec mantelets également en toile, et coifTés 
de chapeaux de feutre gris chamarrés de bandes de toile. Les 
femmes portaient le capuchon de toile. Ce singulier pèlerinage 
n'était pas une exception. Il se fit beaucoup de dérnonstrations 
pieuses dans ce temps et le costume y tint une place importante. 
Le vêtement uniforme donne un air beaucoup plus imposant aux 
masses. 

Si la reine Elisabeth se servait de tous les moyens possibles 
et connus de son temps, pour atténuer les ravages des années, 
elle ne faisait que suivre en cela l'usage général. 

Non seulement les femmes se fardaient, mais en France beau- 
coup d'hommes avaient cette faiblesse. Le fard dont se servait le 
roi Henri III avec tant de profusion, était d'un usage universel. 
L'on en abusait au point de se défigurer le visage. Le goût se 
faussa à tel point qu'on ne se contenta plus de marquer les 
veines temporales avec un crayon noir ou bleu, mais on les 
découpait en taffetas noir et on les collait aux tempes sous pré- 
texte de s'embellir. Pour comble de ridicule on s'appliqua des 
mouches de la grandeur d'un écu. 

Le luxe gagna tout ce qui servait à la toilette. Point de 
miroirs qui ne fussent enrichis de pierreries, pas de menu mobilier 
de toilette qui ne fût ou ne prétendît être œuvre d'art et n'attei- 
gnît une valeur digne d'être comprise dans la nomenclature de la 
dot. Les bassins d'argent ou de vermeil, les aiguières, les boîtes 
à poudre, à mouches, tout sortait des mains d'artistes comme 
Benvenuto Cellini et ses élèves. Enfin on connaissait déjà le 
nécessaire, cet objet indispensable à toute élégante. Les comptes 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



455 



royaux font mention d'un « estuy à peignes de bois d'ébène, 
garny de trois peignes, ung mirouer, une paire de cizeaulx et une 
brosse à nettoyer lesdits peignes, le tout taillé à la moresque et 
remply d'or fin, semé de rubis et de turquoises enchâssés dans 
l'or, au-dessus duquel estuy y a une orloge et au couvercle d'icelle 
un gros saphir. » 

On ne peut mettre plus de luxe dans un simple objet de 
toilette. Que devenaient les lois somptuaires avec de pareils 
exemples ? 





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CHAPITRE VIII 



L HISTOIRE DE LA COURONNE DE ROSES 



La première femme et la première fleur. — La couronne de roses dans l'antiquité. — Un 
repas à Rome. — Des roses coûte que coûte. — Opinion de Tertullien. — La couronne 
de roses en Gaule. — La rose dans les cours d'amour. — Festins plantureux et couronnes 
parfumées. — Bains. — Un élégant trouvère. — La redevance de roses. — La dot de roses. 
— Importance de la culture du rosier. — Chapeaux de roses. — Ce que coûtait l'usage de 
la couronne de roses sous Charles VI. — Le mariage de François de Lamoignon. — Le 
roman de Mademoiselle de Tournon. — La couronne de roses à l'église. — La baillée des 
roses. — Derniers beaux jours. — Les rosières. 




iRÊTONS-nous un [instant, au milieu de notre 
marche rapide, pour parler d'une fleur à 
laquelle tous les temps ont d'un constant 
accord décerné le titre de Reine des fleurs. 
Personne n'a, croyons-nous, jamais songé à 
faire l'histoire de la rose. Où a-t-slle fleuri 
pour la première fois ? Dans quel sol béni 
a-t-elle puisé son incomparable parfum et 
ses couleurs sans pareilles ? Ces questions sont encore 
du domaine de l'archéologie, elles exigeraient pour les résoudre, 
des recherches assurément très ardues. Rendraient-elles la rose 
plus intéressante ? Il y a lieu d'en douter, la rose n'a pas besoin 



458 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

de science, on la voit, on la sent, on l'admire et c'est assez. La 
poésie et l'imagination peuvent se donner belle carrière sur son 
origine, sur la première femme qui la cueillit, qui s'en para, qui 
eut l'idée de s'en faire une couronne. Cette première femme est 
loin de nous. Est-ce Eve elle-même ? Est-ce une de ses filles ? 
Quoi qu'il en soit, la couronne de roses est presque aussi ancienne 
que le monde et toujours elle s'est unie à des idées de joie et de 
fête, toujours elle a été la compagne de la jeunesse et de la beauté. 
Nous avons vu que les habitants de l'ancienne Grèce se cou- 
ronnaient de roses aux cérémonies religieuses et dans les festins. 
Sont-ils les premiers hommes qui aient imaginé cette fraîche et 
poétique parure .'' Elle était bien digne de la patrie de l'art le 
plus pur et de la haute poésie. Les Grecs devaient apprécier la 
couronne de roses plus que les plus riches diadèmes. Elle se 
mariait si harmonieusement à leur beau ciel, aux colonnes de 
marbre blanc de leurs temples, aux cheveux soyeux des femmes. 
On ne voit pas que les Asiatiques et les Egyptiens aient adopté 
cette parure, on la mentionne pour la première fois dans l'histoire 
à propos de la Grèce. Il est deux raisons qui ont motivé ce 
long silence. 

La première, c'est qu'en Asie et en Egypte les hommes ne 
portaient pas la couronne de roses ; quant aux femmes, elles 
comptaient pour si peu de chose qu'on dédaignait de s'occuper 
de leurs parures. Nous savons combien les documents touchant 
le costume de la femme sont rares en Chaldée et en Perse. En 
Egypte, le genre de coiffure était si lourd, si monumental que la 
couronne de roses s'y serait trouvée déplacée. Cependant, les 
Egyptiens aimaient trop les fleurs pour dédaigner complètement la 
rose, et dans certaines fêtes religieuses les jeunes filles attachées 
aux temples des dieux portaient cette coiffure parfumée sur leurs 
longs cheveux épars. 

L'autre raison qui empêcha la couronne de roses de fleurir dans 
l'Egypte et l'Asie est l'absence de poésie de leurs populations. 
Elles avaient le culte des choses grandes, riches, splendides, mais 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 459 

elles n'avaient rien de cet esprit délicat qui sait aimer la nature 
et en apprécier la mystérieuse beauté. Cet esprit-là, la Grèce le 
posséda dès son origine à un haut degré. La poésie fut la pre- 
mière divinité adorée en Grèce. Quoi d'étonnant que les roses y 
aient triomphé ? Les fleurs se mêlèrent à tout. Elles eurent leurs 
symbolisme, leurs significations. Si la rose était la reine des' fêtes, 
d'autres fleurs couronnaient les fronts en deuil, car dans les céré- 
monies funèbres, femmes mariées et jeunes filles paraient leur tête 
de fleurs de circonstance. Lorsque la rigueur du climat ne leur 
permettait plus de se couronner de ces frêles ornements, on les 
remplaçait par leurs similaires en étoffe ou en plumes. Finalement 
les orfèvres s'en emparèrent et firent des chefs-d'œuvre en imitant 
les fleurs. 

On aime à se représenter ces belles Grecques dans leurs vête- 
ments flottants, couronnées de roses, s'asseyant au bord de la 
mer bleue, sous les ombrages des chênes verts, pour écouter les 
chants de quelque rhapsode ou se promenant dans les portiques 
de marbre, vers le coucher du soleil. Toute la Grèce antique 
semble couronnée de roses, c'est une note vibrante et suave au 
milieu de l'harmonie de tons et de couleurs, qui résonne d'un bout 
à l'autre de ce brillant coin de la terre (fig. 351). 

Mais la Grèce ne garda pas longtemps pour elle seule ses 
grâces et ses charmes. Rome, l'accapareuse, avait bien vite saisi 
tout le profit qu'elle pouvait en tirer. Elle n'était pas plus poétique 
que l'Egypte, cette nouvelle Babylone, mais elle savait apprécier 
la beauté comme un ornement nécessaire à l'embellissement de sa 
grandeur. 

La couronne de roses vint donc à Rome avec la gaîté spiri- 
tuelle des Grecs, avec leurs artistes, leurs poètes et leurs savants 
et aussitôt elle prit un aspect plus matériel. Elle fut surtout 
réservée pour les repas. C'était un luxe nécessaire à ces descen- 
dants amollis des Brutus de sentir sur leurs fronts la fraîcheur 
parfumée des pétales de roses, pendant qu'ils savouraient dans 
leurs coupes d'or les vins les plus exquis. 



46o HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Hommes et femmes se sentaient rajeunir lorsquils avaient la 
fleur de la jeunesse sur leurs cheveux blanchis, et ce devait être 
un spectacle curieux que celui de ces vieux sénateurs, de ces 
vénérables matrones couronnés de roses comme les jeunes filles 
ou les élégants courtisans de César. Mais le climat de Rome était 
plus rude que celui de la Grèce, les roses passaient avec l'été. 
N'importe ! il fallait en avoir. L'art vint au secours de la nature 
défaillante et les rosiers furent cultivés à l'abri du froid. Comment 
y réussissait-on, puisque la vitre n'était pas connue et qu'il faut 
aux rosiers non seulement la chaleur, mais encore et surtout la 
lumière ? Le fait est cependant qu'on parvenait à obtenir des roses 
d'hiver en cultivant les rosiers d'une certaine façon. Mais comme on 
ne pouvait s'en procurer ainsi qu'une quantité insuffisante, les pays 
les plus chauds étaient mis à contribution pour combler le déficit. 

Les frais étaient énormes, mais peu importait aux voluptueux 
patriciens de la ville Reine, pourvu qu'ils ne fussent privés d'au- 
cune jouissance. 

Des plafonds des salles de festins descendait sur les convives 
une pluie de pétales de roses mêlées d'eaux de senteurs, dalles 
ou parquets en étaient jonchés, de même que les lits destinés aux 
convives, et l'esclave chargé de ce soin savait qu'il encourait ie 
fouet, si le pli d'une feuille de rose dérangeait l'un de ses maîtres. 

Devenait-il impossible de se procurer des roses fraîches pour 
les couronnes, des esclaves spéciaux les imitaient avec de la soie 
parfumée ou avec des plumes très fines et donnaient aux couronnes, 
produit de leur talent, une valeur artistique inestimable. Les sacrifices 
et les libations aux dieux se faisaient aussi le front couronné. Le 
stigmate païen qui s'imprima sur cet usage contraignit les premiers 
chrétiens à l'abandonner. Toutefois la question de savoir si la 
couronne de fleurs était un signe de paganisme ne fut pas tranchée. 
La primitive Église se borna à la déconseiller aux chrétiennes. 
Tous les jours on rencontrait de misérables femmes couronnées 
de roses. Les filles de l'Église pouvaient-elles risquer de se laisser 
confondre avec elles ? 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FEMININE 



461 



Tertullien, toujours fougTjeux et extrême, alla plus loin que 
l'Eglise. Il anathématisa le port de la couronne de roses. Il le traita 
de monstruosité contre nature et, pour prouver cette assertion, il 
dit que chaque chose de la création a été faite pour un ou plusieurs 



^t^\ 



,v? 






wuvts^ , f lie 










^'S 35'- — La couronne de roses antique. 



de nos sens et que nous ne pouvons en jouir autrement. La nour- 
riture est faite pour le goût, le parfum pour l'odorat. La rose est 
belle et suave, elle a donc été faite pour la vue et l'odorat. Cueillez-la 
par bouquets, placez-la où vous pouvez la voir et la sentir, ajoute-t-il, 
mais pourquoi la mettre sur votre tête, là où vous ne pouvez ni 
l'admirer, ni jouir de son parfum? vous en usez par conséquent 



402 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

d'une manière autre que Dieu l'a réglé, donc vous faites une chose 
monstrueuse, car elle est contre nature. 

Nous laissons à Tertullien son opinion, qui semble un peu forcée: 
nous le trouvons beaucoup plus juste lorsqu'il dit qu'une chrétienne 
ne peut porter un ornement que Vénus, Bacchus, Priape ou Junon 
ont porté. 

« Si la femme ne doit pas avoir la tête nue à cause des anges, 
encore moins doit-elle l'avoir couronnée de fleurs, car elle paraît 
ainsi pour être admirée ou aimée, pour faire parler d'elle et causer du 
scandale, et ces choses ne peuvent convenir à une disciple du Christ. » 

Tertullien décidait ainsi qu'aucun chrétien ne pouvait se couronner 
de fleurs pendant les repas. Cette solution causa une certaine 
émotion dans la jeune Eglise. Obliger les fidèles à refuser de se 
laisser couronner dans les festins, équivalait à les contraindre à l'aveu 
public de leur foi. Or, beaucoup de chrétiens l'étaient secrètement 
à cause des persécutions. C'était donc amener fatalement des per- 
turbations violentes dans beaucoup de familles et ouvrir une large 
porte à l'intervention des bourreaux. Les chefs de l'Eglise crurent 
devoir user de prudence et ménager la faiblesse des néophytes en 
évitant de se prononcer. Ils laissèrent la chose à la conscience de 
chacun et recommandèrent seulement avec instance aux fidèles de 
s'abstenir de toute autre manifestation païenne, telle que les libations, 
les invocations. Ils invitèrent surtout les femmes à ne paraître que 
le moins possible à ces banquets, où régnait souvent d'ailleurs une 
licence contraire à la dignité de la femme, et où l'apostasie était 
toujours à craindre. 

Malgré tout, le port de la couronne de roses se continua chez 
quelques chrétiens, car nous voyons saint Jérôme le blâmer encore 
comme un insigne païen et une parure trop frivole pour une matrone 
chrétienne. 

Des Romains il passa avec beaucoup d'autres usages aux Gaulois; 
mais la rigueur du climat rendit la culture de la rose plus difficile. 
Les invasions des barbares, qui ravagèrent les campagnes après 
avoir ruiné les villes, achevèrent la déchéance du rosier. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 463 



Comment s'occuper de cultiver des fleurs, quand les bras man- 
quaient pour suffire aux plus élémentaires besoins du peuple affamé? 
Il fallait aller au plus pressé. Le rosier resta confiné dans quelques 
rares couvents ou à l'ombre de quelques châteaux. Plus que toute 
autre fleur, la rose ne fleurit que dans la paix et le calme. On 
n'en parla plus pendant plusieurs siècles, puis un beau jour elle 
reparut et chacun la fêta à l'envi. 

Elle orna d'abord les têtes des jeunes filles ; leurs cheveux flottants 
étaient admirablement couronnés par cette fleur délicate. Elle seyait 
à ravir, posée sur leurs grosses nattes ou leurs longues mèches 
enroulées de rubans : les femmes voulurent aussi s'en parer. 
Puisqu'elle allait si bien aux jeunes filles, pourquoi ne pourrait-elle 
pas aussi embellir leurs têtes ? Cependant l'usage d'une coiffure plus 
modeste pour les femmes mariées était si général, qu'elles n'osèrent 
s'en parer tout à fait comme les jeunes filles. Elles placèrent leurs 
couronnes sur un voile de moleskine. Tertullien était déjà loin, 
la question du paganisme n'était plus en jeu, seule la coquetterie 
entrait en lice. Elle gagna son procès sans doute, car nous voyons 
au xiii^ siècle l'usage des couronnes de roses plus fortement établi 
qu'aucune autre mode et d'un usage tout à fait général. Les chansons, 
les lais, les dits, parlent à l'envi des couronnes de roses. Le moyen 
âge aima la rose plus que toute autre fleur. Nous l'avons remarqué, 
la rose est une fleur de poète. Elle fut aimée de la Grèce, parce 
que la Grèce était essentiellement poétique. Elle fut chérie au 
moyen âge, parce que nulle époque de la vie humaine ne fut plus 
empreint de poésie, de mysticisme et de cette imagination gracieuse 
qui confondait ensemble le culte de la femme et celui des fleurs. 
Aussi voit-on, dans les cours d'amour, les femmes couronnées de 
fleurs, les châteaux se tapisser de roses, celles-ci devenir des gages 
de tendresse, des emblèmes de fidélité, des insignes d'honneur, 
voire même des drapeaux de guerre, comme en Angleterre, au 
temps de la célèbre lutte appelée la Guerre des deux Roses, 

Mais ce n'était qu'en passant qu'elle devenait sanglante, cette 
aimable reine des fleurs. Sa place favorite se trouvait au milieu 



464 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

des joyeuses réunions poétiques, si en vogue aux xii° et xiii" siècles. 
Le Lai du trot nous montre une troupe de belles damoiselles 
merveilleusement bien parées sortant d'un bois : 

Ensi San moleskine étaient 
Mais capiaus de roses avaient 
En lor chiés mis et d'aiglentier 
Por le plus doucement flairier ; 
Tôtes étaient en bliaus 
Senglès por le tans qui ert chaus. 

Les jeunes filles et nobles dames étaient très habiles à tresser 
les couronnes de roses et de fleurs. Ces gracieuses châtelaines 
qui réunissaient autour d'elles une élite de jolies femmes, de trou- 
badours et d'aimables chevaliers, tenaient leurs réunions plénières 
sur les belles pelouses qui entouraient le château. C'était l'été, un 
beau soleil luisait à travers les grands arbres et allongeait leurs 
ombres sur le groupe brillant vêtu de soie, d'or, de pierreries, de 
gazes légères ou de brocart épais. Les troubadours et les trou- 
vères faisaient résonner leurs violes ou leurs cithares. On apportait 
des corbeilles pleines de fleurs ; femmes et jeunes filles s'occupaient 
à tresser des couronnes, qui allaient tour à tour parer une des 
têtes présentes, pendant qu'on discutait les questions les plus cap- 
tieuses sur le loyal amour, ses droits, ses devoirs et que se 
dressait un code de chevalerie galante, parfois laissé là pour 
écouter une nouvelle chanson d'un trouvère ou entendre les récits 
merveilleux d'aventures ou de haut faits guerriers. 

On rentrait au château la nuit venue, pour prendre le repas 
du soir et l'odeur des roses, se mêlant à celle des vins épicés, 
rendaient les esprits joyeux, disposés à admirer les tours des jon- 
gleurs arrivés nouvellement au château ou à répéter en refrain les 
chants animés des trouvères. 

Ainsi s'égayait de temps à autre la vie trop souvent troublée 
de la Provence, aux beaux jours des cours d'amour, lorsque la 
trêve de Dieu laissait reposer les épées des chevaliers, heureux 
de briller aux yeux des dames d'une façon moins sanglante et 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 465 

d'entremêler les discussions de la gaie science par le récit de leurs 
prouesses ou l'étalage de quelque butin glorieux, preuve palpable 
de leur vaillance et de leur hardiesse dans le combat. 

Comme Jean de Vitry, ils répétaient aux pieds de leurs fiancées: 



Je n'ay cure de nul esmoy 
Je veuil cueillir la rose en may 
Et porter chapeaux de fleurettes 
De fleurs d'amour et violettes. 



Ces dîners féodaux aux largfes « beuveries » se donnaient une 
ou deux fois l'an au moins, par tout seigneur, lorsqu'il n'était pas 
assez riche pour tenir table ouverte et voulait cependant payer 
sa part dans ces fêtes, que tout chevalier se croyait obligé de 
donner à ses pareils. 

Le luxe de la table n'était pas encore arrivé, au xii' siècle, au 
point de ceux qu'Olivier de la Marche et ses contemporains nous 
décrivent. Au commencement du moyen âge, les repas étaient 
surtout plantureux. Il fallait bien manger et bien boire, pour tenir 
dignement sa place, et les dames ne rougissaient pas de prouver 
qu'elles avaient un bon estomac. Le code des devoirs de l'hospi- 
talité, en ces temps naïfs, obligeait d'offrir des bains à tous ses 
hôtes. Le luxe consistait à avoir beaucoup d'étuves et de l'eau 
parfumée. 

Assurément, nos dames du xix'' siècle seraient très ennuyées de 
devoir défaire les mille et une pièces qui composent leur toilette 
pour se plonger dans l'eau. Et que deviendraient les frisures du 
front et de la nuque ? Et la poudre de riz ? Et tous les artifices 
inventés par le désir de paraître ? Nos aïeules n'avaient pas tant 
de précautions à prendre. Elles retroussaient leurs longues tresses, 
étaient leur bliaut de samit ou leur surcot de damas fourré, où ne 
pendaient ni dentelles, ni plissés, ni rubans, ni froufrous. Après le 
bain, elles remettaient en ordre tresses et torsades, et se rendaient 
sans plus de cérémonie à la salle de réception. Là un héraut 
leur présentait une couronne de roses à mettre sur leur front. 

31 



466 . HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Cet usage des bains avant le repas, qui paraît si extraordinaire 
à nos mœurs actuelles, s'explique cependant tout naturellement. 11 
fallait souvent franchir de longues distances par des routes diffi- 
ciles pour atteindre le château oii se donnait la fête. On y 
arrivait couvert de poussière et de boue, parfois incommodé par 
la chaleur et la fatigue. 

Rien n'était mieux apprécié alors qu'un bain, véritable bienfait 
accepté alors avec reconnaissance. Le sang rafraîchi, la fatigue 
dissipée, dames et chevaliers se retrouvaient dans la salle du 
festin jonchée de fleurs et d'herbes odoriférantes. Sur la nappe, 
autour des coupes, partout des roses. Les plus belles tentures, 
dues ordinairement à l'aiguille habile de la châtelaine, décoraient 
les murs. Les dressoirs offraient à l'admiration des convives tout 
ce que le noble amphytrion possédait d'argenterie, de hanaps, 
cruches et drageoirs, en métal, en verre ou en grès. 

Ces raffinements du luxe égalaient bien les nôtres. 

Lancelot du Lac, ce vaillant guerrier et aimable poète, n'exi- 
geait-il pas que tous les matins, hiver comme été, son page lui 
présentât une couronne de roses fraîches ? 11 se serait cru le plus 
malheureux des hommes sans ce couvre-chef parfumé et avait la 
conviction de faire une rigoureuse pénitence, en s'abstenant de por- 
ter la couronne de roses les jours de jeûne et pendant le carême. 

Qui se contenterait aujourd'hui, pour fermage, d'une redevance 
en roses ? Rien n'était cependant plus fréquent au moyen âge. 
Dans les comptes de Raoul de la Porte, receveur de la seigneurie 
de Parthenay, en 1525, il est dit que les teneurs de la maison 
de la Bourvelie doivent un chapeau de boutons de roses à trois 
rangs, à certain jour de l'année, et nous pourrions multiplier ces 
exemples. 

Que dire de cette coutume, encore observée en 1250, par 
laquelle le droit de primogéniture ne laissait aux filles qu'une 
couronne de roses pour dot? Croyait-on que leur beauté rehaussée 
de fleurs vermeilles suffisait pour leur faire trouver un mari, en 
ces temps désintéressés .'' (fîg. 352). 




Fig. 352. — D'après une statuette de 1227. 



4Ô8 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



On ne s'étonnera pas que la culture du rosier devint importante 
et fit de grands progrès. On consacra des terres entières à 
cette industrie et l'art de forcer les roses fut poussé très loin 
dès le xif siècle. Il se forma alors une corporation de faiseurs 
de couronnes, qui fut dotée de statuts et de règlements, comme 
les autres corps de métier, et devint riche et puissante. 

Le repos du dimanche y était sévèrement prescrit et ceux qui, 
comme Lancelot du Lac, ne pouvaient se passer d'une fraîche 
couronne, n'avaient qu'à trouver le moyen de conserver celle du 
samedi pendant quarante-huit heures. 

« Nul chapelier de fleurs, est-il dit dans les statuts de la cor- 
« poration de l'an 1260, ne doit cueillir ou faire cueillir au jour 
« du dimanche en ses courtils, nulles herbes, nulles fleurs à cha- 
« peaux faire. » 

La corporation possédait donc en propre des terrains spacieux 
qu'elle faisait cultiver ou cultivait elle-même et qui servaient à 
fournir les fleurs nécessaires aux fabricants de couronnes ou cha- 
peaux, comme on les appelait alors. 

Un voyageur de 1407, Guillebert de Metz, raconte dans ses 
mémoires qu'autour du Châtelet, à Paris, le commerce était très actif. 
On y vendait du sel, des fruits, des herbes de toutes espèces, mais 
surtout on y fabriquait une grande quantité de « chappeaux de 
diverses fleurs et verdures. » 

« Longue et grande chose serait de raconter les biens que on 
« y véait, continue notre voyageur, mesmement qu'en si peu de 
« chose comme estoit l'imposicion des chappeaux de roses et du 
« cresson valait au roy dix mille francs l'an. » 

Comme on le voit, ce n'était pas une médiocre industrie que la 
fabrication de ces couronnes, et il fallait que la consommation en 
fût énorme. Elle l'était en réalité, car les lois du savoir vivre 
aristocratique exigeaient que non seulement les convives d'un 
repas fussent décorés par leur hôte d'une couronne parfumée, mais 
encore que les principaux serviteurs fussent parés de fleurs 
pour faire le service du festin. Le connétable de France ne 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 469 

pouvait servir le roi à table sans avoir sur la tête une couronne 
de roses. 

Jugez par ce mandement royal de 1453 '^^ ^^^ coûtait un tel 
luxe : 

« Vicomte de Rouen, y est-il dit, baillez et délivrez à Guillaume 
« le Gontier, chapelier, la somme de quatre cents livres dix sols, 
« pour le nombre et quantité de 60 chappeaux de roses vermeilles 
« et les trousseaux à moi baillez et livrez durant la saison des 
« Roys. — Ce 31 juyllet. » 

Revenons un instant encore aux comptes de la Maison de 
Bourgogne, pour nous donner une idée de l'importance qui s'atta- 
chait à cet usage gracieux. Nous sommes en 1385. Marguerite 
de Flandre est à Conflans avec toute sa maison, assez nombreuse 
alors, puisque les comptes de la cuisine notent deux bœufs entiers 
pour un jour. Cependant, elle n'a pas d'hôte extraordinaire, mais 
c'est un jour de fête pour l'Eglise, c'est la Pentecôte. La duchesse 
et ses dames assistèrent-elles aux offices avec des couronnes de 
roses, ou bien est-ce seulement au dîner qu'elles s'en parèrent ? 
Le libellé des comptes autorise la première hypothèse, sans 
l'imposer. 

« Pour 6 chapeaux de roses pour Madame, pièce 5 s., valant 
« XXX s. » disent les escroes, qui ajoutent immédiatement après : 
« Pour oublée pour roses blanches et pour estoupes pour jetter 
« parmi la chapelle à l'heure de la grand'messe, viij s. » 

Nous retrouvons ici l'ancien et naïf usage de la primitive Eglise 
de jeter du haut des voûtes dans le sanctuaire des étoupes 
enflammées et des roses, le jour de la Pentecôte. 

Le 30 mai, la duchesse est à Corbeil. La Maison de Bour- 
gogne y tient table ouverte, les hôtes s'y pressent nombreux et 
brillants. Les « escroes > mentionnent vingt grands chapeaux de 
roses et dix-huit autres plus petits. On logea ce soir-là beaucoup 
de monde au château, car il fallut prendre trois hommes d'aide 
pour porter du foin dans les chambres, tapis le plus luxueux que 
pût alors offrir un prince du sang à ses hôtes. 



470 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Le lendemain, chasse au faucon. Les chasseurs étaient nom- 
breux et ils collationnèrent au bois. Sans doute, le repas du soir 
fut très simple, car Madame la duchesse ne commanda que 
quatre couronnes de roses. 

Mais le i" juin, de nouveau grande réunion : c'est le roi lui- 
même qui est venu visiter son oncle. 

On tue trois bœufs, on va quérir partout des fraises et des 
cerises, on allume du feu dans toutes les chambres pour en 
chasser l'humidité. 11 faut monter trente lits. Cependant, les 
comptes ne mentionnent que seize couronnes. Sans doute les 
hôtes princiers seuls en sont parés ; mais comme le roi retourne 
le soir même à Paris, on a soigneusement garni son batel de 
foin frais pour qu'il puisse dormir, si bon lui semble, durant le 
trajet, et deux grands paniers de roses odorantes ont été déposés 
de chaque côté de l'esquif. 

Le 3 juin, quatre grandes couronnes pour la duchesse. 

Le 4, la chaleur augmente sans doute, Marguerite de Flandre 
se fait installer des bains et commande huit chapeaux de roses. 

Ce sont encore huit chapeaux qui sont notés le 6, et ce jour-là, 
au milieu des nombreux articles de dépense inscrits au registre, 
nous rencontrons une mention révélatrice de la charité de la 
pieuse duchesse. 

« A une povre damoiselle que Madame a fait donner pour 
Dieu, i6 sols. » 

Le 1 1 juin, nouvelle visite du roi et de toute sa cour. C'est 
grande bombance. On tue cinq bœufs, septante-quatre moutons, 
un porc seulement, dix-huit veaux et cinq cent dix poulailles ; il 
faut cent douzaines de bons pains de bouche et deux cent soixante 
communs, vingt-cinq muids de vin de Saint-Pourçain et de Bar- 
sur-Aube. 

Vite des chapeaux de roses pour toute cette noble compagnie ; 
il en faut huit douzaines. 

Ordre d'ôter le foin des salles et de le remplacer par des jon- 
chées d'herbes odoriférantes et de fleurs de toute espèce. On ne 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 471 

les ménagera pas. Toutes les chambres à coucher en seront 
également pourvues. En outre les lits du Roy et de Monseigneur 
de Valois seront parsemés de roses. On ne craignait pas les 
asphyxies en ces temps-là ! 

Ainsi se poursuivent les « escroes » que nous ne pourrions 
examiner jour par jour sans craindre de fatiguer le lecteur. Ce 
que nous en citons donnera une idée suffisante de la place impor- 
tante tenue par les fleurs dans les mœurs du moyen âge et de la 
faveur dont elles jouissaient. 

En septembre, on garnissait encore les chambres de fleurs ; 
mais bientôt après vient le froid qui laisse le foin seul maître du 
sol. Comme on ne peut se passer de parfums, on supplée à 
l'odeur fraîche des fleurs par des pastilles ou des bâtons odorants, 
ou des grains d'encens brûlés dans les salles. 

Il ne faut pas croire que la maison de Bourgogne fît autre 
chose que se conformer à l'usage général et que la France fût là 
seule contrée où l'on se couronnait de roses; loin de là. En Italie, 
la couronne de roses était dans le domaine usuel de toutes les 
têtes. 

Elle trouva l'accueil le plus empressé en Allemagne et en Angle- 
terre, partout enfin où le climat permettait la culture des roses. 
Bref, il n'y a nulle témérité à affirmer que jamais mode ne fut 
plus universelle, plus durable et plus populaire que celle de la 
couronne de roses. 

Cependant tout le monde ne pouvait se donner le luxe de la 
couronne fraîche chaque jour de l'année comme notre petit-maître 
Lancelot. 

Si Marguerite de Flandre aimait les couronnes de fleurs, elle 
savait s'en passer quand la saison les rendait hors de prix. Ses 
comptes ne font plus mention de couronnes, ni de fleurs, à dater 
de la fin de septembre jusqu'en mai. Il est probable qu'elle se 
rangeait encore, sur ce point, à l'usage général. Isabeau de 
Bavière ne parait pas avoir goûté grandement cette parure, trop 
poétique pour sa nature matérielle. Elle préférait aux roses les 



472 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

hauts hennins et les bourriaux énormes. Ces aimables fleurs 
avaient cependant joué vis-à-vis d'elle un rôle remarquable de 
gracieuse bienvenue, lors de son entrée à Paris dans tout l'éclat 
de sa jeunesse et de sa beauté. Sur le Pont au Change, un 
homme habillé en ange descendit sur une corde du haut des 
Tours de Notre-Dame et vint déposer une couronne de roses sur 
la tête de la jeune reine au moment où elle passait. Le peuple 
applaudit bruyamment à cette habile jonglerie, qu'il regarda comme 
un heureux présage. Le peuple se trompe souvent, hélas ! 

Dans beaucoup de contrées, la couronne de roses ceignait la 
tête des mariées. En 1510, la ville de Douzy, en Nivernais, était 
en fête. Les deux châteaux qui s'élevaient dans la petite ville 
regorgeaient d'hôtes brillants. Dans l'un, le château seigneurial de 
Douzy, venait d'arriver avec une suite nombreuse la suzeraine 
du pays, Françoise d'Albret, comtesse de Nevers et duchesse 
douairière du Brabant. Elle avait fait un long voyage pour 
assister aux noces de son contrôleur, François de Lamoignon, 
avec Marie du Coing, jeune et charmante personne qu'elle avait 
elle-même richement dotée. 

La famille de Lamoignon habitait le second château de Douzy. 
Elle possédait en fief une partie de la ville et, en outre, elle 
avait le gouvernement du Douzyon, pour les comtes de Nevers. 

Les noces ne pouvaient manquer d'être magnifiques ; aussi la 
chronique, à laquelle nous empruntons ce récit, s'étend-elle avec 
complaisance sur les splendeurs de la vieille église, tendue de 
tapisseries précieuses et resplendissante de lumières, sur les festins 
dignes des noces de Gamache, les bals, les illuminations qui pré- 
cédèrent ou suivirent la cérémonie nuptiale. Nous n'en prendrons 
que ce qui a rapport à notre sujet. 

La mariée, que conduisait son oncle, Charles de Lamoignon, 
était vêtue d'une robe de toile d'argent, enrichie de perles et de 
pierreries, et portait une couronne de roses blanches maintenue 
dans ses cheveux par des orfrois d'or et des tressoirs. 

François de Lamoignon, en pourpoint tailladé de satin blanc et 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 473 

haut de chausses de velours cramoisi, donna la main à la Duchesse, 
laquelle portait une robe de velours noir et un voile de veuve. 
De ce mariage, si pompeusement célébré, descendit le courageux 
défenseur de Louis XVI. Les liens qui unissaient les Lamoignon 
à leurs souverains dataient de loin, comme on voit. 

La couronne de fleurs faisait partie intégrante de toute fête 
publique. On aimait à voir des troupes de jeunes filles, la tête 
fleurie, passer dans les cortèges et les processions. Elles formaient 
des groupes symboliques et les allégories étaient souvent très 
heureusement interprétées. 

Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, devait venir 
en sa bonne ville de Namur, l'an 1507, après une victoire rem- 
portée sur les Français à Saint-Hubert, en Ardennes. Le magistrat 
et la bourgeoisie résolurent de lui faire une entrée brillante en 
l'honneur de cette victoire. Un cortège pittoresque s'organisa, 
dans lequel figurait un essaim de jeunes filles déguisées en ber- 
gères et couronnées de fleurs. Elles chantèrent en chœur ces 
couplets que Jehan Le Maire des Belges avait composés exprès 
pour la circonstance: 

Filles d'honneur, gentilles bergerettes 

Si vous avez par souspirs langoureux 

Plainct et plouré les fortunes durettes 

Dont guerre et mort, contraire aux amourettes, 

Ont l'an passé rendu maint malheureux, 

Reprenez joye en vos cœurs amoureux 

Favorisans à vos loyaux amis 

Qui sont en gloire et grant triumphe mis. 

Faicte chapeaux, dansez au viroly 

Solemnisez ceste feste présente 

Soit tout malheur mis en parfaict oubly 

Et ce jour soit de liesse ennobly ! 

Ainsi le veult celle qui nous régente : 

C'est la Princesse illustre, chère et gente 

La Marguerite, inclite pastourelle. 

Assemblez-vous et chantez autour d'elle. 

Peu après se passait une autre scène d'un genre bien différent 
dans cette même ville de Namur. Elle est racontée par Mar- 



474 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

guérite de Valois dans ses Mémoires et nous la plaçons ici, parce 
qu'elle montre la couronne de roses sous un jour nouveau : celui 
de couronne de deuil. 

Une dame d'honneur de la reine de Navarre, Madame de 
Tournon, avait deux filles ; l'aînée mariée à M. de Balançon, 
l'autre encore libre. Douée d'un cœur très aimant, d'un caractère 
doux et impressionnable, la jeune Tournon ne tarda pas à se 
laisser prendre aux discours tendres du marquis Marc de Varambon, 
jeune frère de M. de Balançon, destiné par sa famille à l'Église, 
mais qui, ne se sentant aucune vocation pour cet état, eût préféré 
de beaucoup épouser M"" de Tournon, dont les charmes l'avaient 
vivement touché. Madame de Tournon se montra disposée à 
donner son consentement. Elle adorait sa fille. Malheureusement, 
elle avait un caractère rude et sévère qui la rendait souvent 
difficile à vivre. Quand elle apprit que la famille du marquis de 
Varambon s'opposait à ce que le jeune Marc se mariât, elle entra 
dans une violente colère et fit retomber toute sa mauvaise 
humeur sur sa pauvre enfant. 

Chaque jour elle lui reprochait sa coquetterie et lui faisait de 
telles scènes que la jeune fille passait sa vie à pleurer et sur son 
malheureux amour et sur sa triste existence. Aussi fut-elle bien 
heureuse quand elle apprit que Marguerite de Valois projetait 
d'aller prendre les eaux de Spa. C'était d'abord une distraction 
forcée, qui peut-être lui épargnerait quelques scènes maternelles, 
mais surtout elle espérait secrètement que le hasard, serviable aux 
amoureux, lui permettrait de revoir Marc de Varambon qu'elle 
savait être à l'armée de Flandre, où il avait mieux aimé se rendre 
que d'entrer dans les ordres. 

Elle ne fut pas trompée dans son attente ; le marquis de Varambon 
se trouvait précisément à Namur avec son troisième frère, beaucoup 
moins bien que lui au physique, mais tout aussi inflammable. 

Hélas! que s'était-il passé dans le cœur de Marc? S'était-il 
rencontré quelque langue venimeuse pour verser dans son esprit 
des soupçons sur la jeune Tournon? Avait-il été froissé de ce 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 475 

qu'elle n'avait rien fait pour tenter de le revoir plus tôt ou pour 
l'assurer de sa fidélité ? On ne sait, mais quand la reine de 
Navarre et sa suite arrivèrent à Namur, le marquis de Varambon 
fit semblant de ne pas reconnaître Mademoiselle de Tournon. Son 
jeune frère, au contraire, ému par la grâce sympathique de cette 
aimable personne, en devint tout de bon amoureux et ne dissimula 
pas sa passion. Marc n'en fut que plus froid et plus dédaigneux. 
Le jour du départ de Marguerite de Valois arrivé, les deux frères 
vinrent dire adieu à la princesse et aux dames, sur la barque 
qui devait mener celles-ci à Liège. 

Quand mademoiselle de Tournon vit que le marquis était sorti 
du bateau sans lui dire un mot, sans même lui jeter un regard 
au moment du départ, elle ne .put davantage contenir l'immense 
douleur, qui lui étreignait le cœur depuis si longtemps et elle 
tomba en poussant un cri aigu. On la releva, on s'empressa autour 
d'elle, mais la douleur avait été trop forte pour cette nature délicate, 
le ressort de la vie était brisé. Dix jours après, elle mourait à 
Spa dans les bras de sa mère éplorée et de Marguerite de Valois, 
dont elle avait su gagner toute l'affection. 

Cependant le marquis de Varambon regretta sa dureté. Peut-être 
fut-il éclairé par son frère lui-même sur les sentiments que lui 
portait Mademoiselle de Tournon; aussitôt le bateau parti, le voilà 
plein de regrets de n'avoir pas répondu à un amour si tendre 
et si généreux; mais avec sa fatuité de bel homme, il ne doute 
pas un seul instant que sa conduite ne lui soit de suite pardonnée. 
Il veut aller demander Mademoiselle de Tournon à sa mère. Certes, 
elle sera trop heureuse de le voir à ses pieds contrit et repentant: 
il la connaît, elle est trop bonne pour lui garder rancune. Il court 
auprès de Don Juan, gouverneur de Namur, son chef, et obtient 
facilement une mission pour la reine de Navarre. Bientôt il 
arrive à Spa. Toute la ville serrible en mouvement, il voit la 
foule converger vers l'église, non point cette foule joyeuse des 
fêtes, mais une population parlant à mi-voix, des visages voilés 
de tristesse. Etonné, il suit, puis s'arrête, empêché d'aller plus 



476 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

loin par un cortège funèbre, qui s'avance lentement accompagné 
de chants de deuil. Ce doit être quelque mort d'importance, car 
le cortège est pompeux. Il voit le corps approcher et reconnaît 
avec stupeur qu'il est porté par des seigneurs de la suite de la 
reine de Navarre. Du haut de son cheval, il aperçoit un drap 
blanc couvert de couronnes de roses blanches. Une angoisse 
horrible l'étreint tout à coup. — « De qui est ce convoi, demande-t-il 
à une femme qui est près de lui. » — « Eh! répond-elle, vous 
venez donc de loin que vous ne savez pas que c'est une dame 
de la reine de Navarre qu'on porte en terre et qui s'appelle 
Mademoiselle de Tournon. » 

A ce nom, le marquis de Varambon chancelle, il s'affaisse sur 
son cheval et on doit l'emporter dans l'hôtellerie la plus proche. 
Il y reste longtemps inanimé et ne revient à lui qu'après les soins 
les plus assidus. 

Ainsi finit l'histoire de Marguerite de Valois. Il serait plus roma- 
nesque de laisser croire que la douleur du marquis de Varambon 
fut éternelle. Il n'en est malheureusement rien. Les beaux yeux 
d'une princesse lui firent oublier la pauvre enfant dont il avait 
causé la mort. Dorothée de Lorraine, veuve du duc Eric de 
Brunswick, se laissa prendre par ce mangeur de cœurs et l'épousa, 
malgré toute la résistance de sa famille. 

Les couronnes de roses n'étaient donc pas exclusivement réservées 
à des usages profanes. Bien plus, elles eurent le suprême honneur 
de servir à embellir le cortège de la divine Eucharistie. Dans 
certaines contrées, le pied de l'ostensoir se perdait dans une cou- 
ronne de roses. Aux processions solennelles, tout le clergé qui 
entourait le corpus Domini était couronné de fleurs. Cet usage a 
été pratiqué en France depuis le moyen âge et il était encore en 
vigueur au commencement du xvii^ siècle. 

Sous le nom de « baillée de ' roses » exista longtemps une autre 
gracieuse coutume qui disparut aussi dans les premières années du 
xvii^ siècle. Chaque année, au mois de mai, les Pairs de France 
étaient tenus, à tour de rôle, de faire une distribution de roses 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 477 



au Parlement de Paris. Cette coutume paraît s'être établie au 
début du xiii^ siècle. On en fait remonter l'origine à Blanche 
de Castille, qui l'aurait, disent quelques chroniqueurs sujets à 
caution, institué dans un but tout romanesque auquel le comte 
de Champagne n'était pas étranger. Ce racontar paraît être dénué 
de toute vraisemblance. Les mœurs du temps seules donnent à la 
fondation de la reine Blanche un motif très plausible. 

Le premier jour du mois de Mai, où s'ouvrait l'audience de la 
Grand' Chambre, le Pair de France désigné pour la baillée des 
roses, commençait par faire joncher de roses et d'herbes odorifé- 
rantes toutes les salles du Parlement, avant l'entrée de la cour. 
Aussitôt que tous les membres du Parlement, conseillers, greffiers, 
voire les huissiers, étaient rassemblés, le Pair de France les con- 
duisait dans une salle où se trouvait servi un splendide déjeuner, 
après lequel chaque Chambre se rendait dans la salle à elle 
réservée. Le bailleur de roses entrait alors dans chaque Chambre, 
précédé de laquais portant dans de grands bassins d'argent des 
couronnes et des bouquets de roses et d'œillets, dont quelques-uns 
étaient de soie. Les couronnes étaient rehaussées de ses armoiries. 
Il offrait à chaque membre de la Cour une couronne et un bou- 
quet, après quoi il était reçu en audience solennelle à la Grand'- 
Chambre. Ensuite on disait la messe ; les hautbois jouaient jusqu'à 
l'ouverture de l'audience ordinaire, puis, quand la cour se retirait, 
ils allaient donner des sérénades aux présidents pendant leur 
dîner. 

Toute personne appartenant au Parlement avait droit à son 
bouquet et à sa couronne, greffiers, huissiers, jusqu'aux plus petits 
personnages. Les princes du sang étaient aussi bien tenus à cet 
hommage que les autres Pairs. Le roi seul en était exempt. On 
vit des rois de Navarre s'en acquitter comme les fils de France. 
Le duc d'Alençon, fils de Henri II, fut toujours exact à le rendre. 
Bien plus, il s'éleva des contestations entre les Pairs les plus 
qualifiés pour savoir lequel avait le droit de bailler les roses le 
premier. Le Parlement tranchait la question. 



478 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

On comprend que cette distribution de fleurs devait être assez 
importante pour justifier la nomination d'un jardinier attitré ad 
hoc au Parlement, pour la culture des rosiers en nombre suffisant. 
Il s'appelait le « Rosier de la Cour » et avait le monopole de 
la vente des roses nécessaires pour le tribut annuel dû au Par- 
lement. 

Le Parlement de Paris n'était pas le seul à jouir de cette pré- 
rogative ; celui de Toulouse eut aussi sa baillée de roses. La Cour 
des Comptes d'Orléans en avait aussi une ; mais dans d'autres 
conditions, car nous voyons, d'après un document de 1398, qu'elle 
durait plusieurs jours : 

« C'est la livrée de chapeaux de roses pour la Chambre des 
« Comptes, Monseigneur le duc d'Orléan, pour cette présente 
« année, faicte c'est assavoir par Margot la Beauté. » 

« Premièrement à Monsieur le Chancelier, le jour de la Trinité, 
« trois chapeaux et un bouquet. 

« A maistre Hugues de Genugant, trois chapeaux et un 
« bouquet. 

« A Maistre Jehan Munier, un chapel et un bouquet. 

« A maistre Loys de Cepoy, deux chapeaux et un bouquet. 

« A maistre Guillaume Fisain, deux chapeaux et un bouquet. 

« Item, le lendemain à Monsieur le Chancelier, deux chapeaux 
« et un bouquet » etc. 

La liste se continue ainsi, donnant un chapel à l'un et trois à 
l'autre et finit ainsi : 

« Et est assavoir (du) dit jour jusques au xiij jour de juillet 
« en suivant inclus, la dite Margot a toujours continuellement et 
« semblablement livré chapeaux et bouquets et pour ces xxxviij 
« jours, à IX s. par jour valent xxj 1. vij s. vi d. parisis. » 

Une quittance qui suit ce rôle mentionne que le seigneur duc 
d'Orléans a fait acheter à Jacquette de la Moie, bouquetière, pour 
la somme de 34 sols tournois, un sac de roses vermeilles. 

Le Parlement de Toulouse avait le droit d'exiofer une baillée 
de roses du duc d'Uzès, des comtes , de Foix, d'Armagnac, de 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 479 

Bigorre, de Lauragais, de Rouergue et de tous les autres seigneurs 
des grandes terres du Languedoc, ainsi que des archevêques d'Auch, 
de Narbonne et de Toulouse. 

La gloire de la couronne de roses ne survécut pas au xvi^ siècle. 
A dater du XVII^ elle disparaît et s'effondre dans l'oubli. 

Les fleurs tombèrent en défaveur avec les guerres de religion 
et les troubles de la Ligue, auxquels succédèrent des règnes peu 
faits pour entretenir le culte de la rose. Louis XIV rêva de 
grandes choses, mais s'il aimait les fleurs, c'était uniquement pour 
leur assigner un rôle secondaire dans les parcs que Le Nôtre 
dessinait pour lui, en les utilisant comme de simples pièces de 
mosaïque dans les parterres. Louis XV et ses contemporains ne 
comprenaient que la rose peinte sur les trumeaux, ou pomponnée 
dans les flots des vastes jupes. 

Une gracieuse reine, Marie-Antoinette, éprouva la velléité de 
ressusciter la couronne de roses. A Trianon, elle la plaçait sur 
ses cheveux poudrés, mais ce n'était chez elle qu'un caprice 
éphémère. La couronne de roses avait décidément vécu. 

Elle a laissé derrière elle un souvenir, coutume antique bien 
dégénérée, mais encore subsistante malgré les railleries dont notre 
siècle sceptique ne cesse de l'accabler. Nous voulons parler des 
Rosières, dont l'institution remonte au grand apôtre des Gaules, 
saint Médard. Elle s'est perpétuée jusqu'ici dans certaines communes 
des environs de Paris, oi^i, chaque année, se décerne à la jeune 
fille la plus vertueuse une couronne de roses, accompagnée d'une 
petite somme qui lui constitue une dot. Cette cérémonie était très 
touchante et avait sa raison d'être lorsque l'Église la dirigeait selon 
l'idée de son premier fondateur. Il semble tout naturel que ce soit 
la main du pasteur, chargé de veiller au bien moral du troupeau, 
qui couronne celle de ses ouailles qu'il a le mieux formée à la 
vertu. La vraie vertu se vit souvent supplantée par une vertu à 
la Jean-Jacques et le clergé cessa de s'en mêler. Maintenant les 
rosières sont couronnées par le maire du village, qui ignore la 
plupart du temps l'origine et le vrai but de cette cérémonie. Par 



48o 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



là elles sont tombées dans le ridicule et servent de mine inépuisable 
aux lourdes plaisanteries des loustics de cafés. 

Envoyons donc un dernier et mélancolique salut à cette couronne 
parfumée, tant aimée des femmes d'autrefois, et regrettons-la 
comme on regrette les belles choses perdues ; mais ne désirons 
plus les voir revivre, notre siècle ne les comprendrait plus. Le 
gaz les flétrirait dans les théâtres et la morne uniformité de nos 
rues tirées au cordeau n'est pas digne d'elle. A peine nos jeunes 
filles oseraient-elles en ceindre leurs fronts, un jour d'été, dans le 
fond d'un grand parc. Laissons la couronne de roses pour les 
tombes : c'est là qu'elle trouvera un refuge, et encore qui peut 
dire qu'il lui sera assuré longtemps? ^ 





CHAPITRE IX 



ENTRE DEUX RÉGENCES. 



La Ligue et le luxe. — Les costumes de la belle Gabrielle. — Fraises et collets. — L'inventaire 
d'une jolie femme. — Marie de Médicis. — Son sacre. — Exteusion de la coiffure en cheveux. 

— Recettes de fards. — Les masques. — Uniformité de la mode dans les hautes classes de 
tous pays. — Dentelles et coiffes flamandes. — Albert et Isabelle. — Les fêtes aux Pays-Bas. — 
Les impératrices d'Allemagne. — Modes luthériennes. — Arrivée en France d'Anne d'Autriche. 

— La duchesse de Montbazon. — Madame de Motteville. — Marie de Nevers. — Premiers 
coiffeurs. — Champagne et Tallemant des Réaux. — Une cousine de l'abbé Arnaud d'Andilly. — 
Mercières. — Les chapeaux frondeurs. — La grande Mademoiselle. — Veuves et coiffes. — 
Modes flamandes. — Les ordonnances du Prince Charles. — Les bonnets de Mademoiselle. 

— Louis XIV. — Madame de Sévigné. — La coiffure hurluberlu. — La Fontange. — 
Attendez-moi sous l'orme. — Le luxes et ses détracteurs. — A Bade. — Toujours plus haut. 

— Les perruques espagnoles. — Picardes et Béarnaises. — Une sultane. 




E/ONVAINCUE de sa mission religieuse et moralisatrice, 

-=v^^ la Ligue avait mené une campagne formidable 

contre le luxe. Elle voulait, par ses rigueurs, 

réagir contre les prodigalités de la cour d'abord, 

puis contre les excès de recherches oii tombaient 

les derniers Valois. Ne fallait-il pas protester 

avec énergie contre ce roi efféminé, qui coiffait 

de ses propres mains la reine, sa femme, et se faisait 

* '/"' ensuite coiffer comme elle, qui plissait lui-même ses 

fraises à larges godrons et ne rougissait pas de se 

maquiller comme une vieille coquette? Il importait en outre de 

prouver aux huguenots que les catholiques savaient aussi bien 

32 



482 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

qu'eux se plier à la simplicité. Mais ces intentions excellentes, 
mises en pratique avec une sorte de furie, compagne trop fré- 
quente des grandes émotions populaires, revêtirent un caractère 
de violence passionnée. Il se produisit dans Paris une perturbation 
générale des esprits, qui atteignit son plus haut degré, lors du 
second siège de la capitale. La populace, à la fois affamée et 
surexcitée, se porta aux excès les plus répréhensibles et parfois 
aussi les plus extravagants. De gré ou de force, les belles ligueuses 
durent abandonner les toilettes voyantes, les parures à éclat. Une 
fraise bordée d'une trop haute dentelle, un rabat trop long étaient 
aussitôt mis en pièces par les femmes du peuple. Les modes 
rappelant celles de la cour eurent le même sort. Toute femme 
fardée fut pourchassée de huées. On vit une pauvre femme parcourir 
les rues en criant qu'elle était envoyée de Dieu pour ordonner 
à Madame de Montpensier de ne plus se peindre. Toutefois il 
est à observer que les grandes dames, qui portaient les noms 
des chefs de la Ligue, eurent le privilège d'échapper à ces mani- 
festations du courroux populaire. 

Cette même duchesse de Montpensier, comme Madame de 
Mayenne et la plupart des autres, ne semble guère avoir 
cessé de se faire voir dans de magnifiques atours. Madame de 
Sainte-Beuve, que ses ennemis appelaient par ironie la Sainte 
Veuve, entra un jour à l'église au bras du chevalier d'Aumale, 
avec une collerette en point coupé, qui excita l'indignation du 
prédicateur. Elle ne fit qu'en rire et personne n'osa protester 
à cause de sa qualité de zélée ligueuse. En dehors de ce groupe 
restreint, la plupart des femmes de la Ligue, nobles ou bourgeoises, 
portaient le bonnet à arcelets avec pointe sur le front, en drap 
ou en velours, et doublé d'une simple petite coiffe de mousseline 
ou de toile unie, les cheveux sans frisure, relevés à racine droite 
ou aplatis en bandeaux. C'était le complément du costume de 
drap noir ou brun de forme droite, sur lequel on osait à peine 
poser un étroit galon d'or ou d'argent (fig. 353). 

Henri IV entra à Paris, vainqueur de ses sujets rebelles, mais 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



483 



repentants et heureux de voir enfin cesser les maux qui les 
accablaient. Il y amena avec lui la tranquillité et la paix, mais 
aussi, hélas! les faiblesses royales; derrière son panache blanc flot- 
tait le voile léger de Gabrielle d'Estrées. 

Au milieu de l'allégresse • générale, ce fut une vraie douleur pour 




Fig, 353. — Grandes dames sous la Ligue 



le peuple de voir s'avancer, darjs le cortège triomphal, une femme 
qui n'était pas la reine. Il fallait de l'audace à Gabrielle d'Estrées 
pour prendre une telle place; cependant personne n'osait dire 
tout haut sa pensée. On admirait en silence cette beauté altière, 
si bien rehaussée par une magnifique toilette de satin noir toute 



484 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



houppée de blanc et dont la tête était chargée de pierreries. Avec 
elle rentraient dans la capitale de la France le luxe et ses tristes 
suites. La duchesse de Beaufort aimait la toilette et ses parures 
sans cesse renouvelées excitaient l'admiration des unes et l'émulation 
des ■ autres, soit qu'elle courût le cerf en vêtement masculin de 
velours vert, coiffée d'une toque espagnole de même couleur, soit 














I*'» 354- — Jeune femme, d'après un portrait du temps. 



qu'elle parût au baptême du fils de Henry II de Montmorency, dans 
une splendide robe de brocart vert, coiffée de douze épingles de 
diamants et si bien accoutrée que le roi lui en faisait compliment 
dans l'église même (fig. 354). 

Le bon goût dans l'art de se vêtir ne semblait pas devoir 
reparaître de sitôt. 

Tout était droit, lourd, raide ; on aurait dit en vérité que les 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



femmes se fussent vouées, par manière de pénitence, aux modes les 
plus difficiles et les plus désagréables à porter. Le corps passait à 
l'état de boudin sanglé et sans forme, les jupes d'étoffes épaisses 
étaient ballonnées par des vertugadins qui haussaient les hanches 
au-dessus de la taille. Le cou se trouvait emprisonné par des 
fraises immenses et la tête se bordait de fîls de fer pour y main- 
tenir les cheveux relevés, formant d'énormes bouffes au dessus et de 
chaque côté du visage (fig. 355 et 356). Sur ces bouffes se plaçait, 
soit la petite toque, dite espagnole réduite à des proportions micros- 
copiques, soit un diadème et des bijoux aussi lourds que larges, soit 





Fig- 355- — Coifiure de 1599. 



Fig. 356. — Coiffure de i5oo. 



encore un petit chaperon en pointe sur le front, plus ou moins 
richement décoré et auquel s'attachait la mante, vêtement ou mieux 
ornement bizarre, cerclé de fer et formant un arceau de chaque 
côté du visage, se rattachant vers l'épaule pour refaire un nouvel 
arc plus grand. Les mouvements devinrent l'objet d'une stratégie 
savante : s'asseoir, se baisser, se tourner exigeaient des études 
profondes. Par derrière, il eût été absolument impossible de 
deviner la tournure de la malheureuse martyre de la mode, dont 
la taille se serrait au point qu'Ambroise Paré assure avoir vu. 



486 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

plus d'une fois, mourir par suite de cet excès, des femmes dont 
les côtes s'étaient soudées ensemble. 

En outre, les collets de dentelles, alternant avec les fraises, sans 
être plus commodes, avaient pris des proportions exagérées telles 
qu'il fallait les soutenir au moyen de fils de fer. La coiffure était 
étroite et haute : un cône fait avec les cheveux relevés à racine 
droite et maintenu dans son élévation par une armature bourrée 
de crêpés. 

Dans les cheveux ainsi retroussés se jetaient à profusion des 
enseignes, des agrafes et des ballaux. On appelait ainsi des balles 
ou boules, soit d'or, soit d'argent, ornées de pierreries et formant 
l'extrémité de longues épingles fichées dans la coiffure. 

L'inventaire de Gabrielle d'Estrées mentionne neuf ballaux de 
diamants formés chacun de 24 diamants, garnis de leurs aiguilles 
et prisés mille escus. 

Ce même inventaire signale en outre plusieurs enseignes ; une 
entr'autres : « grande, faite en plume toute de diamants, où il y 
« en a un grand à jour au milieu duquel est la peinture du roy, 
« le reste garny de diamants et il y a un cabochon, un grand 
« rubiz et un autre en table, prisée 7000 escus. » 

« Une autre grande enseigne, oîi il y a un grand diamant et 
« plusieurs autres en différentes grandeurs; au dessus il y a une 
« paix dans un chariot de triomphe et au bas trois grosses perles 
« en poires plattes. D'un costé la dite enseigne est tenue d'une 
« chesne d'or et de diamants et y a un grand diamant en hault 
« de la chesne et une petite perle en poire, prisée 7000 escus. » 

Enfin relatons une autre enseigne toute ronde, « faite en façon 
« de soleil, à laquelle il y a une grosse pomme de diamant en 
« tout 58 diamants, prisée et estimée à la somme de 11,000 
« escus (fig. 357). » 

On ornait aussi la coiffure de cordons, c'est-à-dire dé pièces 
d'orfèvrerie enchaînées l'une à l'autre, posées soit autour de la 
toque, soit au milieu des cheveux bouffants. C'est encore l'inven- 
taire de Gabrielle d'Estrées qui nous décrira un de ces cordons. 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FÉMININE 



487 



Il est fait « en fasson de triomphe. On y voit représentées plusieurs 
« figures à personnages et bestiaux. » 

Ce même inventaire nous livre les détails les plus minutieux sur 
la toilette d'une élégante de la fin du xvi'^ siècle, élégante, qui ne 
suivait pas les modes, mais les imposait. Gabrielle aimait à varier 
ses coiffures, si l'on en juge par la prodigieuse quantité d'orne- 




Fig. 357. — Bijoux de tête vers 1600. 



ments de tête différents, inscrits dans le relevé de ses parures. 
Elle avait une certaine façon de se coiffer parfois avec les che- 
veux relevés en bouffes par devant et renfermés par derrière dans 
un petit bonnet, dont la pointe venait se rabattre sur lesdites 
bouffes. Sa garde-robe offre toute une collection de ces petits 
bonnets. Cinq, dont deux bordés de jais, sont en satin noir, un 
sixième est tout en jais, un septième en velours incarnat, le 
dernier en satin blanc. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Voici la description d'un de ses costumes de cheval : 
« Un capot et une devanture pour porter à cheval, de couleur 
« de zizolin (i), en broderie d'argent uni en bâtons rompus; 
« dessus, des passe-poils de satin vert. Le capot doublé de satin 
« vert orauffré et, dessus le rebras, des boutonnières en broderie 
« d'argent. Et ladite devanture doublée de taffetas couleur de 

o 

« zizolin garni d'argent, prisé 200 escus. » 

A cette femme aveuglée par la fortune, rien ne semblait trop 

, beau et trop riche : son mobilier, ses châteaux, ses maisons, tout 

était fastueux et magnifique. Elle avait la passion des bijoux et 

les répandait sur elle avec une profusion qui s'éloignait souvent 

du bon goût. 

Naturellement ses exemples furent suivis par toute la cour et, 
après sa mort, Marie de Médicis n'arrêta pas cette impulsion. 
Cette reine aimait aussi les splendides parures et s'inquiétait peu 
de la grâce du vêtement pourvu qu'il fût somptueux. Sous son 
influence, les jupes se firent de plus en plus raides, les manches 
de plus en plus bouffantes, et, si les collets se rabaissèrent, ils 
s'étendirent en largeur, sans devenir plus souples. La coiffure 
resta à peu près la même, toujours développée autour de la tête. 
On commença à porter de petites aigrettes en plumes d'autruche, 
entremêlées de bijoux. Quant aux bourgeoises, elles restèrent 
fidèles aux cornettes de toile, en pointe sur le front et sur les 
tempes. Quelques-unes y ajoutaient un morceau de toile empesée, 
qui se dressait par derrière vers le ciel. 

Le vieux capuchon de drap garni de velours se faisait de plus 
en plus rare. La basse bourgeoisie le garda encore quelque temps 
sans pouvoir en arrêter le déclin. On citait les femmes assez 
dédaigneuses de la mode ou assez fidèles aux vieilles traditions 
pour oser garder cet objet suranné (fig. 358). 

Pierre de l'Estoile note dans son journal de 1603 : « En ce 
mois de may mourut, à Amboise, la mère du président Forget, 



(i) Le zizolin ou zinzolin était une couleur violet-rougeâtre. 




m. 'Jmtf 



r ^tirtUirJà' (u/i 



^^S- 35^- — Famille bourgeoise d'après Goltziiis. 



490 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

qu'on disait âgée de quatre-vingt-treize ans et qui portait le cha^ 
peron de drap. » 

Ce n'était plus guère qu'en province qu'on gardait les vieilles 
mœurs et les antiques vêtements. Dans les capitales il était plus 
difficile de résister au courant. 

L'exemple de la reine, qui ne sortait qu'en cheveux, fit aban- 
donner par les classes élevées les toques à l'espagnole, qui ne se 
portèrent plus, sinon pour le voyage ou la chasse. Les jolis petits 
bonnets brodés tant aimés de Gabrielle d'Estrées eurent le même sort. 

En revanche, les cheveux s'arrangèrent de manières variées. 
Marie de Médicis délaissait souvent la coiffure à arcelets pour 
une autre, qui consistait dans une succession de bourrelets posés 
les uns sur les autres en diminuant et faits avec les cheveux 
relevés, tournés eux-mêmes en torsade. Le front et les tempes 
étaient entourés de petites frisures (fig. 359). 

La reine, nous l'avons dit, aimait la magnificence. Son caractère 
frivole l'entraînait vers le plaisir de la toilette et les petites 
satisfactions d'amour-propre, plus que vers les occupations graves 
de la royauté. On remarqua, à son couronnement, l'air de joie qui 
épanouissait son visage. Le fait d'être l'héroïne de cette imposante 
cérémonie satisfaisait pleinement sa vanité. Elle était vêtue plus 
splendidement que jamais, portant le surcot d'hermine, qui, ainsi 
que nous l'avons déjà fait remarquer, était un vêtement officiel 
et obligatoire que la mode n'avait pu faire changer. Son manteau 
de velours bleu, semé de fleurs de lys d'or, avait une queue de 
sept aunes; sur sa tête brillait une parure de pierreries; son 
surcot et sa robe étaient semés de diamants, de rubis et d'éme- 
raudes d'une valeur inestimable. Madame, sœur du roi, et la 
reine Marguerite, qui marchaient derrière elle, portaient aussi le 
manteau bleu à lys d'or; toutes ces princesses, duchesses et 
comtesses étaient couronnées selon leur rang; les veuves seules 
avaient gardé leurs cornettes. 

Pierre de l'Étoile raconte ainsi le couronnement de la reine : 

« Peu de temps après, lesdits cardinaux (de Sourdis, de 




Fig. 359. — Marie de Médicis, d'après un portrait grare par Wiricx, i6ji. 



492 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

« Gondy et de Joyeuse) montèrent sur l'eschaffaut (i) pour 
« reconduire Sa Majesté à l'autel, laquelle, avec Monseigneur le 
« Dauphin et les princes, y descendit en même ordre que dessus, 
« les mêmes princesses portant la queue de son manteau. S 'étant 
« prosternée et ayant fait encore quelques prières, elle fut levée par 
« Monseigneur le Dauf)hin et Madame, et, inclinant sa tête, le 
« cardinal de Joyeuse commença les oraisons requises et prit de 
« la main de deux évêques l'ampoule et la platine; puis, ayant 
« versé la sainte onction sur la platine, il en oignit la Reine sur 
« le chef et après en la poitrine, disant : « Au nom du Père et 
« du Fils et du Saint-Esprit, cette onction d'huile te profite en 
« honneur et confirmation éternelle! » Ensuite il prit l'anneau de 
« la main d'un autre évêque et le mit au doigt de la Reine, disant 
« l'oraison compétente. Un autre évêque lui ayant présenté le 
« sceptre et la main de justice, il les mit es- mains de la Reine en 
« continuant les oraisons sur ce requises. Puis un autre évêque lui 
« ayant baillé la grande couronne, il la présenta sur le chef de 
« la Reine sans l'attacher, mais soutenue par Monseigneur le 
« Dauphin et Madame. 

« L'ayant entièrement levée de dessus son chef, il la mit entre les 
« mains de M. le prince de Conti ; et, au lieu d'icelle, en fût posée 
« sur sa tête par Monseigneur le Dauphin et Madame une autre 
« moins pesante et plus petite, mais toute couverte et enrichie 
« de diamants, de rubis et de perles d'un très grand prix ; et en la 
« mettant sur la tête ledit cardinal lui dit : « Prends la couronne 
« de gloire, honneur et liesse, afin que tu reluises splendide et 
« sois couronnée de joie durable ! » Et continua ses oraisons. 

« Le sacre et le couronnement finis, la Reine se déchargea du 
« sceptre et de la main de justice entre les mains de deux princes, 
« puis fut ramenée en son trône au même ordre que dessus pour 
« y entendre la messe ». 



(i) On avait dressé un trône ou échafaud pour la reine avec un haut dais en velours bleu 
semé de lys d'or. Le fond du dais et l'escalier étaient recouverts de velours cramoisi brodé d'or. 




Fig. 360. — Marie de Médicis en cornette de veuve, d'après un portrait du temps. 



494 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Le veuvage même ne put faire perdre à Marie de Médicis son 
amour de la parure; sa cornette disparut sous les perles, ses fraises 
gardèrent leurs dentelles et elle continua à se couvrir de bijoux, 
comme une châsse ambulante (fig. 360). 

L'austère Sully lui-même ne pouvait se défendre d'un faible 
pour ces jolies choses brillantes. Ce grand personnage, que la 
tradition nous peint si austère, avait le culte des bijoux. On le vit, 
au mariage de son fils avec Mademoiselle de Créqui, plus éblouis- 
sant qu'un soleil, portant enseignes, carcans, bracelets et bagues 
comme un jeune dameret. 

Il conduisit dans cet équipage la fiancée, qui, pour paraître 
dignement à côté d'un si splendide beau-père, avait chargé sa tête 
de joyaux sous son voile à la romaine et semé non moins riche- 
ment d'orfèvrerie sa robe de satin blanc. 

Ce même Sully cependant renouvela les anciens édits somp- 
tuaires avec plus de rigueur que jamais. Pour en assurer plus 
sûrement l'exécution, il termina un décret, comme suit : 

— « Défense de porter ni perles, ni or, ni diamants, excepté 
« cependant aux filles de joie et aux filous, auxquels nous ne 
« prenons pas assez intérêt pour leur faire l'honneur de donner 
« attention à leur conduite. » 

Les dames, devant la cruelle alternative où les mettait cette 
conclusion, se décidèrent à cacher leurs bijoux, mais les rubans 
n'étant pas défendus, elles se rejetèrent sur cet ornement avec 
toute la fougue de gens affamés de parure. 

Comme on savait le roi moins insensible que son ministre, on 
ne se fit pas faute d'aller se lamenter près de lui. Au milieu de 
tant de beaux yeux suppliants, Henri IV se trouvait mal à l'aise 
et sa mauvaise humeur retomba sur Sully. 

« j'aimerais mieux, dit-il à son ministre, combattre le roi 

« d Espagne en trois batailles rangées que tous ces gens de 

« finance et de justice et surtout les femmes et les filles, que 

« vous me jetez sur les bras par tous vos bizarres règlements ! » 

La mordante conclusion de Sully s'oublia bien vite et le luxe 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 495 

regagna rapidement le terrain perdu. On finit par comprendre 
l'inutilité de ces mesures plus vexatoires que réellement utiles et, 
si Louis XIV essaya encore de faire revivre quelques règlements 
somptuaires, il fut le dernier législateur qui s'occupa de la toilette 
en France. 

Entretemps la mode croissait en largeur et en hauteur. Les 
fraises permettaient les coiffures larges, les collerettes exigeaient 
les coiffures hautes : celles-ci devinrent volumineuses. La perruque 
reprit faveur. 

Cette faveur fut grande du premier coup ; les hommes aussi se 
prirent d'un goût vif pour les têtes à longues chevelures et cette 
mode se répandit si vite en Europe, que le concile de Faenza, 
en 161 5, interdit l'usage des perruques comme immoral. 

Nous verrons tout à l'heure à quel point la guerre aux perru- 
ques exita la faconde des savants et l'indignation des prédicateurs 
et ce qui en résulta. Avant d'aborder ce sujet, nous remarque- 
rons que sous le règne de Marie de Médicis, la perruque, alors 
portée par les femmes seules, inaugura hardiment son long 
empire. Beaucoup d'élégantes se contentèrent d'ajouter quelques 
boucles ou crêpés à leur chevelure naturelle. Elles se poudrèrent 
fortement d'un poudrage plaqué et consistant, très désagréable à 
l'œil. Cette dureté du ton de la poudre amena logiquement l'usage 
du fard destiné à harmoniser le teint. Les mouches suivirent le 
fard, à titre de complément, et tout l'arsenal de la coquetterie 
s'installa pour deux siècles sur la table de toilette des femmes. 

Chose étrange et singulière, c'est au moment où la frivolité 
est presque vaincue, en France, par le grand mouvement reli- 
gieux parti de la Ligue et continué par cette pléiade d'âmes 
saintes, à la tête desquelles brillent S t- Vincent de Paul, Monsieur 
Olier, Madame Accarie et tant d'autres, c'est ei;i ce moment, disons- 
nous, que surgissent les plus terribles ennemis de la modestie fémi- 
nine, la poudre et les mouches, éléments peu dangereux en 
eux-mêmes, mais qui ne tardèrent pas à jouer un rôle lamentable 
dans les rangs élevés de la société. 



496 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

A mesure qu'avance le xvii" siècle, la perruque s'établit soli- 
dement en France. Une satire parue en 1615 « le Discours de la 
mode » s'exprime ainsi : 

Une dame ne peut jamais estre prisée 

Si sa perruque n'est mignonement frisée, 

Si elle n"a son chef de poudre parfumé 

Et un million de nœuds, qui çà et là semé 

Par quatre, cinq ou six rangs, ou bien davantage 

Comme sa chevelure a plus ou moins d'étage. 

Un autre pamphlet, publié en 1622, disait: « Celles qui avaient 
« visage trop pâle appliquaient le vermillon détrempé sur la ron- 
« deur des joues ; celles qui avaient le visage trop rouge ou trop 
« triste, le blanc d'Espagne délayé assez clairement qu'elles appli- 
« quaient très doucement sur leur visage, sans oublier la petite 
« mouche noire sur la tempe et la plume orange pastel avec 
« vert naissant ». 

Une recette de fard, parue en 16 16, conseille aux dames de 
faire calciner des coquilles d'œufs, puis de les piler en poudre 
très fine et de mêler cette poudre avec de l'eau d'ange. On 
appelait ainsi une eau de senteur, qui avait la réputation d'être 
supérieure à toutes les autres. Le teint était alors l'objet de 
graves soucis. Le soigner constituait une occupation importante 
pour les dames. Outre les fards, il y avait force recettes pour 
conserver à la peau sa fraîcheur junévile ou la recouvrer si elle 
était perdue. Certaines femmes se mettaient des couennes de lard 
sur le visage pour dormir et ce n'était pas encore le plus désa- 
gréable des procédés. Les vieux livres de chimie en signalent 
d'étranges, mais ils ne disent pas jusqu'à quel point ils sont 
efficaces. 

Quant aux mouches, elles étaient devenues coquettes. Ce 
n'étaient plus les larges placards en faveur chez les derniers 
Valois, toutefois elles étaient encore assez étendues. 

Avant les mouches, le masque, né du désir de se conserver le 
teint, était entré complètement dans les mœurs. Pendant plus de 




.#, 



33 



49S 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



cent ans, les femmes de naissance n'eussent osé sortir sans 
masque. On le prenait pour la promenade et les visites, on le 
gardait même parfois dans la maison. Aussi la peau de ces 
nobles dames devenait-elle aussi délicate que blanche et, comme 
les femmes de qualité de la province ne s'astreignaient pas tou- 
jours à ce porter incommode, elles étaient le sujet inépuisable 
des plaisanteries des premières sur leur teint hâlé et leur peau 
gonflée à l'air vif des champs. Le masque fut un des rares 
objets que les bourgeoises n'osèrent s'approprier, du moins d'une 

manière permanente. Encore ne pou- 
vaient-elles le porter en velours noir. 
Les satires et pamphlets du temps 
contre les usages existants malmènent 
sans pitié les bourgeoises ambitieuses, 
qui cherchaient à s'emparer du masque 
par une foule de moyens détournés. 
On demandait, à celles qui osaient se 
masquer de velours, depuis combien 
de générations on se masquait dans 
leurs familles .'' (fig. 361). 

Le masque était court pour les 
jolies bouches à lèvres de corail, il 
s'allongeait d'une mentonnière de satin pour les femmes désireuses 
de garder l'incognito absolu. Il se retenait au moyen d'oreillettes 
en cannetille ou avec les dents, à l'aide d'un bouton de verre 
fixé dans l'étoffe. 

La sévérité du deuil allait s'amoindrissant. Plus ne se rencon- 
traient de veuves au deuil éternel comme celui de Catherine de 
Médicis. La règle demeura toujours la même, mais on s'efforça de 
la contourner. Au lieu de la coiffe de toile unie, on eut la coiffe 
de velours ou de soie ; la forme seule ne varia guère, c'était 
toujours celle du chaperon à trois pointes, que Diane de 
France portait sur son tombeau, détruit à la Révolution (fig. 362). 
Ce chaperon était de stricte observance, à ce point que les plus 




Fig. 362. — Diane de France, du- 
chesse d'Angoulème, veuve du duc 
de Montmorency, morte en 1619. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 499 

mondaines n'osaient l'abandonner. La duchesse d'Aiguillon, nièce 
du cardinal de Richelieu, qui la première eut l'audace de s'habiller 
de couleur, son grand deuil de veuve passé, ne put se dispenser 
de garder le chaperon. C'était aussi la coifïure des bourgeoises. 

Mais c'est là la façon des dames : le souci 
Des bourgeoises n'est pas de se coiffer ainsi . 
Leur soin est de chercher un velours par figure, 
Ou un velours rasé qui serve de doublure 
Au chaperon de drap que toujours elles ont, 
Et de bien agencer le moule sur le front, 
Luy fasse aux deux côtés, de mesure pareille. 
Lever la chevelure au-dessus de l'oreille. 

Mais déjà, en 1630, le chaperon est bien délaissé de la bour- 
geoisie ; seules, les vieilles dames continuent à le porter en 
signe de vénération pour les coutumes passées (fig. 363). 

Quant aux coiffures, elles sont très variées et portées un peu 
par tout le monde. Leurs noms sentent déjà la recherche. Citons la 
coiffure à la nymphe, à la cavalière, la coiffe à la jacobine, à 
l'espagnole, à la maheustre, etc., qu'il serait difficile de décrire 
faute de documents certains. La forme générale est la même, la 
variété se trouve dans les détails. On fait des perruques qui 
suivent le courant de la vogue ci-dessus; perruques ou chevelures 
naturelles sont ornées de poinçons de brillants, de bouquets de 
fleurs ou de plumes, soit juste en haut de la tête, soit un peu 
sur le côté. On emploie au même usage des chaînes d'or, 
de cristal, de musq (?), des tresses, cordons, lizets, etc., ainsi que 
des écharpes de gaze qu'on fait bouffer au milieu des cheveux. 

Les femmes dont le front trop proéminent ne supportait pas 
la coiffure à tige droite, adoptaient la perruque, qu'elles ramenaient 
plus en avant. Alors comme maintenant, il était avec la mode des 
accommodements, à l'usage des beautés intelligentes. 

Nous l'avons déjà remarqué : à mesure que nous approchons de 
l'époque actuelle, la mode se généralise. Dans les hautes classes, 
dès le siècle précédent, elle était, dans les grandes lignes, partout 
la même. Les modifications que l'esprit particulier de chaque 



500 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE ^ 

nation y apporta ne sont pas considérables, mais la France sut 
conquérir de plus en plus le droit de dicter les lois de la mode 
à l'Europe. On rendait justice au goût de la Française, toujours 
plus élégante que partout ailleurs. Nulle femme ne possède mieux 
qu'elle l'art d'inventer un nouveau porter, de réaliser une 
fantaisie et de créer une vogue; si elle s'approprie l'invention d'un 
pays voisin, elle l'accommode avec tant de grâce, le modifie si 




^'•S- 3^3 — Bourgeoise de Paris en chaperon 

heureusement, que, d'un objet lourd et disgracieux, elle fait sortir 
un vêtement coquet que toute l'Europe s'empresse d'adopter. 

C'est à cette époque que Paris commence à expédier des dessins 
représentant les modes françaises, des poupées habillées, et que les 
grandes couturières de l'Europe se forment à l'habitude de lui 
demander ses modèles et ses créations élégantes. On ne renou- 
velle pas encore la mode à chaque saison, comme nous le voyons 
maintenant. En revanche, le costume populaire s'accentue et se 
dessine plus nettement. Pendant le moyen âge il avait moins de 
caractère. Au commencement du xvii" siècle, il prend presque 
partout une personnalité plus pittoresque. Il est à croire qu'anté- 
rieurement le peuple portait les mêmes vêtements que la petite 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



501 



bourgeoisie. Quand celle-ci chercha à s'habiller comme les hautes 
classes, le peuple se sépara d'elle et garda seul les vieilles traditions. 
Les Pays-Bas et l'Allemagne conservèrent longtemps le chaperon. 
Pour le peuple, il était plat et consistait en un petit bonnet de 
toile, de soie ou de velours. Le fond en était parfois bouffant. 

Il se découpait également à trois pointes. Ce dernier genre se 
retrouve souvent dans les tableaux de Jean Steen et de Van 
Ostade (fig. 364). Il permettait d'égayer la sécheresse des lignes 
par quelques boucles frisées. Par contre, à mesure qu'on s'élève 
dans la hiérarchie sociale, le chaperon 
s'évase davantage et colle moins à la 
tête. Plus vaste est l'auréole qu'il forme, 
plus il est déclaré élégant. Il devait 
entourer, encadrer les arcelets bouffants 
de la coiffure. Un portrait de Jacque- 
line de Bade, gravé vers l'an 1600 
par Crispin de Passe, représente cette 
princesse avec un chaperon très évasé, 
richement orné de perles fines (fig. 365). 
Une mante volumineuse, également bor- 
dée de perles, l'enveloppe entièrement. 

La fraise est ornée d'une superbe dentelle, luxe qui commençait à 
être très apprécié et dont la Belgique avait su de bonne heure 
s'approprier le monopole. Dès la fin du xvi" siècle, la Flandre le 
disputait seule à Venise pour ses beaux points coupés et ses 
points au fuseau ou à l'aiguille. 

On ne se contenta pas de garnir la fraise de dentelle, on 
comprit bien vite tout le parti que la coiffure pouvait en tirer ; 
rien ne termine plus agréablement une cornette. La dentelle atténue 
la raideur de la toile ou le cassant de la soie. On en fabriqua à 
longues et fines pointes, créées, disait-on, pour donner aux chape- 
rons une fine et transparente auréole. Le burin délicat de Crispin 
de Passe semble se complaire à tracer ces élégantes astragales 
encadrant si bien les bandeaux ondulés. Ses portraits sont presque 




Fig 364. — D'après Jean Steen. 



502 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



tous coiffés de couvre-chefs brodés de dentelles; notons parmi les 
meilleurs celui de la baronne Le Rebours, fait en 1598, une 
Anversoîse mariée à un Français (fîg. 366). 

La vieille dame en Flandre se gardait de ces coiffures en arceaux, 




I^'g- 365. — Jacqueline de Bade, d'après une gravure de Crispin de Passe. 



jugées peut-être trop coquettes pour l'âge mûr. Presque tous les 
portraits qui nous restent des matrones des Pays-Bas révèlent 
une profonde répugnance de ce qui découvre trop le visage. 
Les bonnets ont de vastes fonds allongés et affectent déjà la forme 
des serre-têtes de nos vieilles paysannes. Sur le devant on se 
permet une garniture brodée ou une dentelle, rien de plus. 

Ainsi coiffée nous apparaît Catherine Senezin, épouse de Jean 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



503 



Georges Godelmann, d'après le portrait gravé par Égide Sadeler 

(fig- i^7)- 

D'autres monuments flamands nous montrent la femme âgée 

des Pays-Bas avec un bonnet à fond plus plat, échancré fortement 

sur le front, et, pour que la chevelure ne se voie pas, un petit 




Fig. 366. — Marie de Reboure, d'après Crispin de Passe. 



bandeau rond brodé ou finement plissé s'avance en cachant le 
Iront (fig. 368). 

Une grande différence, au point de vue du luxe, se remarque 
vers cette époque entre les Pays-Bas et leur élégante voisine, la 
France. L'austérité espagnole, jointe à l'affectation protestante, avait 
jeté sur toute la nation une teinte sombre. Les couleurs brillantes 
étaient proscrites, les splendeurs de la cour de Bourgogne depuis 



504 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



longtemps oubliées. Les fêtes étaient rares, même chez les grands 
seigneurs. Les Pays-Bas traversaient une crise pénible, la toilette 
s'en ressentit. La couleur la plus usitée fut le noir, parfois le 




^"■§•'367 — Catherine Senezin, femme de J. G. Godelmann, d'après la gravure d'Egide Sadeleer. 



brun. Les Espagnols avaient un goût prononcé pour le noir et les 
Flamands suivirent cet exemple. Toutefois les femmes se laissèrent 
aller à plus de fantaisie. Les tableau.x de Rubens fournissent 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



505 



d'élégants personnages ; mais Rubens avait encore dans l'œil les 
magnificences de la cour de France. Il peignait l'exception. La 
règle se lit dans les gravures, sur les tombeaux, sur les monuments, 
encore si nombreux dans nos villes et nos campagnes. 

Le gouvernement des Pays-Bas était alors entre les mains d'une 




Fig. 368. — Maria Jacobi Toitelboom et ses filles, d'après un tombeau de l'église 
Saint-Sauveur, à Bruges. 



Infante d'Espagne qui donnait l'exemple du plus complet mépris 
de la toilette. 

Isabelle, à mesure qu'elle avança en âge, se dégoûta de plus 
en plus de toute mondanité. Pieuse et fervente, elle aimait à se 
revêtir d'habits religieux, à suivre les offices de l'Eglise, les pro- 
cessions, les pèlerinages populaires.- 

Si les portraits de sa jeunesse la reproduisent à nos yeux dans 



5o6 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



tout l'éclat de sa brillante parure espagnole, ceux de son âge mûr 
ne nous présentent plus qu'une austère moniale, amenée par les 
dures épreuves de la vie à se tourner exclusivement vers Dieu 

(%• 369)- 

Les grandes dames de Flandre n'étaient pas beaucoup plus 
élégantes que l'infante. Elles portaient la coiffure en cheveux à 
racines droites comme en France, mais avec moins de goût dans 




Fig. 369. — Isabelle Claire Eugénie, gouvernante des Pays-Bas, en costume de veuve, 
d'après un portrait du temps. 



les arrangements. Pour ne pas paraître trop frivoles, en regard 
d'une cour grave et sévère, elles n'osaient aborder les grands bour- 
relets. Il en résulta que, au milieu de leurs énormes fraises, elles 
paraissaient avoir de petites têtes dépouillées. 

La coiffure d'Anne de Croy, prise d'après une médaille frappée 
en 1619, est bien la coiffure ordinaire des dames flamandes de son 
temps. L'histoire de cette médaille ne manque pas dintérêt. On 
sait que les archiducs Albert et Isabelle avaient remis le jeu du 
tir à l'arbalète en grand honneur. Un jour même Isabelle abattit 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



507 



l'oiseau. A son exemple, les grandes dames tirèrent à l'arc et souvent 
avec succès. C'est ainsi que, en 1619, Anne de Croy, veuve de 
Charles de Ligne, duc d'Arenberg, voulut prendre part au grand 
tir à l'arc qui se donnait chaque année à Bruxelles. 

L'oiseau était fixé en haut d'une perche très élevée. Appelée à 
tirer la première, la duchesse prend son arc et du coup abat la pièce. 




Fig. 370. — Anne de Croy, d'après une médaille de i6ig. 



Des cris de joie et d'admiration éclatent de toutes parts. Anne 
de Croy est conduite en triomphe dans la maison de la confrérie, 
oij on lui passe au cou le fameux collier d'argent doré, insigne de 
sa royauté d'un an. La fête se termina par un régal somptueux, 
organisé sur l'heure. A son tour, la duchesse se fit un devoir d'offrir 
à la gilde un souvenir durable de sa royauté éphémère. Elle convia 
tous les confrères à une fête magnifique, et ceux-ci firent frapper 



5o8 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



la médaille que nous reproduisons ici, en souvenir de cet heureux 
événement (fàg. 370). 

Si la duchesse d'Arenberg était adroite, elle n'était certes pas 
coquette. Sa coiffure en fait foi. Celle de la jeune Électrice palatine 
Elisabeth d'Angleterre, est certainement plus favorable à la beauté. 
Ses cheveux sont légèrement poudrés et ornés d'un cordon de 
pierreries autour du bourrelet et d'un très beau joyau sur le front. 
Au lieu d'une fraise, elle a une large collerette. Elle n'était cepen- 
dant pas moins habile aux exercices du corps que la duchesse 
Anne. En 16 13, lorsqu'elle arriva en Hollande, peu après son 
mariage, accompagnée de son époux, on lui donna des fêtes splen- 
dides et entre autres de grandes chasses auxquelles elle prit part 
avec une ardeur extrême. Elle tua même un cerf de sa main, ce 
qui occasionna de nouveaux divertissements en son honneur. Les 
États généraux ne se contentèrent pas de prendre à leur charge 
tous les frais de séjour du jeune couple en Hollande, mais encore 
ils lui offrirent à son départ de superbes tapisseries, un cabinet, des 
toiles fines du prix de douze mille livres, un miroir et des draps 
valant quatre mille livres, deux perles en pendeloques, un poinçon 
pour les cheveux, de onze mille livres, et d'autres pierreries de la 
valeur de trente-deux mille livres. 

A Harlem, l'Électrice reçut un berceau et des langes valant 
cinquante mille livres. De son côté, l'opulente Amsterdam, mue par 
le désir de se montrer non moins généreuse que les autres villes, 
lui fit présent d'un bassin d'or et de joyaux d'une valeur de cent 
cinquante mille livres. 

Peu d'années après, cette heureuse épousée, veuve du « roi 
d'hiver », dépouillée de cette brillante couronne de Saint-Etienne, bien 
d'autrui dont elle put à peine jouir, expulsée de ses propres états 
héréditaires, rentrait obscurément cacher ses regrets, ses larmes et 
sa pauvreté dans ce même pays de Hollande si hospitalier pour elle. 

La vie humaine a de ces revirements inattendus, de ces écrou- 
lements soudains auxquels la foi seule peut donner la force de se 
résigner sans murmure (fig. 371). 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FEMININE 



509 



La mode est sans pitié dans ses cruautés. Au xvif siècle, non 
contente d'imposer aux femmes les vêtements les plus incommodes, 
elle poussa la barbarie jusqu'à forcer les pauvres innocents enfants 
à s'en affubler. La compassion nous prend au cœur quand nous 




F'g- 371 ■ — Elisabeth d'AngleLene, femme de Frédéric V, électeur palatin, 
d'après une médaille frappée eu 1613. 



rencontrons dans quelque musée un portrait de ce temps repré- 
sentant l'un ou l'autre pauvre petit rejeton de quelque famille 
royale ou princière, le corps enfermé dans une robe baleinée, 
empêtré dans une lourde et longue jupe, la tête immobilisée par 
une fraise ou une large collerette, les cheveux tiraillés, frisés, 



5IO 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



crêpés, chargés de plumes et de bijoux. Que devenait dans ces 
conditions de torture la gaieté de l'enfance, sa turbulence si 
nécessaire à la santé ? Les lois de l'hygiène et du bon sens 
étaient également ignorées (fig. 372). 

Revenons à la coiffure. On se lassa de cette mode de cheveux 




Fig. 372. — Enfants, d'après une gravure de Pauli. 



relevés à racine droite, vieille de près de cent ans. C'était trop de 
vie pour une mode. Marie de Médicis inaugura le port d'une rangée 
de boucles légères autour du visage. Quelques zélées novatrices 
augmentèrent le nombre de ces boucles. On découvrit que la tête 
toute bouclée était une coiffure seyante ; elle fut adoptée par 
les jeunes élégantes. Les cheveux coupés courts s'amoncelèrent 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



511 



sur le front et sur les oreilles, par masses de boucles rondes. 
Beaucoup de femmes se firent fabriquer des perruques à 
boucles courtes, mais le chignon resta tordu sur la nuque; les 
fraises empêchaient tout développement de ce côté-là. Au milieu 
des boucles on plaçait une touffe de plumes, de fleurs ou de 



. w 




Fig. 373. — Amélie de Solms, femme de Frédéric Henri de Nassau, 
médaille frappée ea 1625. 



rubans, ou une enseigne et aigrette en pierreries. Sur une très 
belle médaille, frappée en 1625, à l'occasion du mariage de la 
princesse Amélie de Solms avec le prince Frédéric-Henri, frère 
de Guillaume de Nassau, on voit la princesse coiffée à petites 
boucles avec un gros paquet de plumes de côté, du milieu duquel 
sort une branche de clochettes d'or, dont les fleurs sont de grosses 
poires de perles (fig. 2i73)- 



512 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Sans avoir une telle profusion de boucles, quelques élégantes 
gardant une plus juste mesure, entremêlaient aux flots soyeux 
de leurs cheveux un petit pouf de gaze et quelques bijoux. 
Les écharpes de gaze se drapaient aussi autour de la tête et 










ï'ig. 374. — L'impératrice Anne sur son lit de mort, d'après une ancienne gravure. 



retombaient par derrière en guise de voile, mais cette dernière 
manière se voit plus rarement. 

En Allemagne apparurent des coiffes rondes en gaze, formant 
une ou deux bouffes, posées sur le dessus de la tête (fig. 374). 

Les boucles s'abaissèrent toujours davantage sur la tête, en 



■HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



513 



s'épaississant aux oreilles. La mode des panaches de plumes et 
des aigrettes se généralisa. Toutes les coiffures furent ornées de 
nœuds, de plumes ou de bijoux. On commença même, vers 
1630, à porter les longues boucles à tire-bouchons (fig. 375). 




Fig. 375. — Marie Anne, duchesse de Bavière, première femme de Ferdinand II, 
d'après un portrait vers 1636. 



La crépine vécut encore quelque temps dans la bourgeoisie 
allemande; les femmes de cette classe, comme aux Pays-Bas, 
aimaient à se couvrir la tête. Il se fit divers genres de petits 
bonnets à fonds plats ou bouffants qui laissaient voir les cheveux 
par devant. 

34 



514 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Les guerres qui désolèrent l'Allemagne, pendant la longue période 
de Trente ans, n'étaient pas faites pour favoriser l'élégance; 
aussi les modes allemandes, à cette époque, sont-elles générale- 
ment simples. La bourgeoisie et la petite noblesse avaient 
beaucoup souffert, les campagnes étaient désolées; seuls, quelques 
grands seigneurs, enrichis des dépouilles des couvents, menaient 
grand train et joyeuse vie. 

A la situation précaire des fortunes de la classe moyenne 

s'ajoutait l'esprit sombre de la Réforme. 
L'exagération des vertugadins français 
fut honnie de tous les pays luthériens; 
les manches à rebras bouffants, les dou- 
bles et triples jupes retroussées restèrent 
l'apanage des femmes de la cour. Du 
reste, les prédicateurs de la Réforme 
ouvraient un œil vigilant sur toute ten- 
tative de rébellion de la coquetterie 
féminine, et, d'autre part, l'affectation 
d'une sévérité extérieure entrait dans 
le plan de la nouvelle religion. On 
sait quelle était, sur ce point, l'intolé- 
rance de Calvin. Lorsque parurent aux 
Pays-Bas les premières frisures et les 
coiffures françaises, une clameur d'indi- 
gnation s'éleva dans le camp des Huguenots. 

Les théologiens discutèrent gravement la question de savoir sj 
ce n'était pas un péché mortel de porter des cheveux longs et 
frisés. De là, des sermons fulminants, des adjurations, des menaces 
qui jetèrent un trouble profond dans les esprits. Les jeunes femmes 
qui aimaient la toilette, peu soucieuses de laisser couper leurs 
beaux cheveux ou de les cacher dans de vilaines coiffes, désertèrent 
les prêches pour éviter des apostrophes humiliantes. Un docteur 
luthérien en prit prétexte pour se plaindre de ce que les élé- 
gantes préféraient s'abstenir de sermons, plutôt que de sacrifier 




^^S- 376- — Louise, Maigraviiie de 
Brandebourg, née Princessed'Orange 
d'après une médaille du temps. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 515 

leurs coiffures coquettes et bravaient ainsi la damnation éternelle. 

Les prédicants savaient cependant distinguer et laissaient certaines 
de leurs ouailles s'affubler à leur fantaisie. Louise-Henriette, princesse 
d'Orange et Margravine de Brandebourg, affectionnait les cheveux 
postiches. Elle en poussa la manie jusqu'à faire porter perruque à 
son mari (fîg. 376). L'innovation eut des imitateurs et raviva les 
scrupules. Le clergé catholique lui-même intervint et examina la 
question. Un professeur en théologie, nommé Werner, déclara que 
l'usage de la perruque constituait un véritable péché. Un autre, 
Jean-Baptiste Thiers, publia un opuscule pour anathématiser la 
perruque et en assimila le port, chez les gens de l'Église, à un 
sacrilège. Heureusement tous les théologiens n'étaient pas aussi 
intolérants : le docteur Parruchelli nia qu'il y eût péché mortel à 
porter perruque, parce qu'elle était nécessaire à quelques personnes 
et que l'habitude l'a rendue indispensable aux gens nobles et 
riches. 11 alla plus loin. Il prétendit qu'un créancier ne pouvait 
enlever à son débiteur sa perruque, si celui-ci n'en a qu'une seule, 
de même qu'il ne pourrait lui enlever son unique chapeau. 

Rongo, recteur du Collège des Franciscains à Berlin, en 1663, 
écrivit l'histoire de la perruque, sans se prononcer toutefois sur le 
point de conscience, et s'efforça de prouver qu'Aristote s'était 
comme lui préoccupé de ce fallacieux ornement de la tête, en 
indiquant à ses concitoyens le moyen d'éviter certains désagréments 
qu'engendre une perruque mal soignée. 

La question de savoir si le port de la perruque est ou n'est 
pas un péché, ne fut pas tranchée; les savants en furent pour 
leurs frais, mais dans certaines parties de l'Allemagne la perruque 
en pâtit, car elle fut presque abandonnée. 

En Bohême et dans les pays voisins on se contenta du petit 
bonnet plat. Les femmes « de la Religion », pour nous servir du 
terme de l'époque, adoptèrent un singulier bonnet pointu, en forme 
de cône, qui cachait entièrement les cheveux, des fraises sans 
dentelles, de larges cols plats en toile blanche très évasés par 
devant et remontant par derrière, la robe sombre à peine égayée 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



517 



de quelques petits galons, et le collet ou mantelet que les plus 
hardies doublaient de soie claire (fig. 377). A ce costume se 
reconnaissait la fervente luthérienne. D'autre part, le chapeau de 
feutre devint pour les Huguenots une sorte de signe de ralliement. 
Tantôt il avait la forme du chapeau dit Tyrolien, tantôt il était 
bombé légèrement; d'autrefois il avait de larges bords et une 
tête carrée. Généralement les femmes posaient ces chapeaux sur 



}'tn Ttwefxn. 




...vtuHei? ïra^eniï,.-, 



Fig. 378. — Femme de Prague en 1636, d'après HoUars. 



leurs bonnets, seule différence qu'il y eût entre leur coiffure et 
celle des hommes (fig. 378). 

Cependant quelquefois la cornette française se rencontrait en 
Allemagne, mais toujours dépouillée d'ornements, de dentelles ou 
de nœuds (fig. 379). 

Rendons cette justice aux Allemandes, qu'elles furent toujours 
moins frivoles que les Françaises, sous le rapport de la toilette. 
Les soins du ménage eurent chez elles une importance extrême. 



5i8 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



Les bourgeoises aussi bien que les femmes de la petite noblesse 
avaient toutes leur Kochbuch (i). Elles tenaient à honneur de 
savoir préparer ces pâtisseries délicates, qui ont fait de tout 
temps la gloire des Allemandes et les délices des Allemands. 




Fig. 37g. — Un coin de marché au xvi» siècle, d'après une gravure du temps. 

La plupart faisaient elles-mêmes leurs robes, le linge de la maison 
et filaient soit le chanvre, soit le lin destiné au ménage. 

Gustave Freitag; attribue aux s^uerres avec la France l'intro- 
duction des modes françaises en Allemagne. Il dit que c'est à 
dater de 1626 qu'on vit le luxe se répandre dans les classes 
bourgeoises et il affirme qu'avec les vieilles modes disparurent la 
simplicité et l'honnêteté teutoniques. Les femmes commencèrent à 



(1) Livre de cuisine. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



519 



se couvrir le visage du masque français^ à porter des éventails, 
des robes de damas et des dentelles d'argent. Elles voulurent 
naturellement faire montre de toutes ces parures, et les bons 
vieux usages, qui retenaient les filles chez elles, sous la bien- 




Fig. 380. — Bourgeoises de Bohême, au commencement du xvii"î siècle. 



faisante influence de la mère, s'envolèrent avec les anciennes 
coiffes et les robes de drap. Il serait difficile de suivre le savant 
historien dans ses i-aisonnements. Les modes ne font pas les 
peuples, mais dans un certain sens les peuples font les modes. 
Elles surgissent tout à coup, subites et imprévues en apparence; 
on s'étonne de voir telles formes de vêtements, tels usages 



520 HISTOIRE DE. LA COIFFURE FÉMININE 

adoptés en peu d'années par toutes les nations ; le philosophe 
qui se donnerait la peine de pénétrer le fond des causes, ne 
tarderait pas à constater que les modes sont si intimement liées 
avec l'esprit humain qu'elles en sont comme le reflet. L'histoire 
que nous poursuivons ici le prouve suffisamment. Comment expli- 
quer les relations de la fraise et de la Réforme ? Elle apparut 
cependant avec les premiers troubles religieux et disparut quand 
le calme fut rétabli (fig. 380). 

Nous avons vu le hennin grandir avec la dissolution du 
xve siècle, nous verrons encore dans la suite plus d'une mode 
être l'expression du trouble des esprits ou du désordre des mœurs. 

Revenons à la France, cette grande élégante. Une révolution 
toute pacifique venait de s'y opérer. Une jeune reine y était 
arrivée, pleine de charme, sinon douée d'une vraie beauté. Avec 
elle, les modes avaient pris une autre direction. Ce n'est pas 
qu'Anne d'Autriche fût une femme coquette, aimant la toilette 
et s'en préoccupant beaucoup, mais elle avait cette distinction 
royale qui impose, et une manière d'être personnelle qui n'était 
ni frivolité, ni négligence et savait rester dans une simplicité de 
bon aloi. Elle n'avait que quatorze ans quand elle parut à la 
cour de France, et bientôt elle y acquit la place qu'elle voulait. 
Au bout de peu d'années, elle osa avoir son opinion sur les 
modes, et cette opinion fut simplifiante. Etait-ce le souvenir des 
tortures de la toilette à la cour d'Espagne et de la gêne des 
vêtements tant aimés de Marie de Médicis ? On ne sait, mais la 
jeune Anne fut la première à rejeter les vertugadins, les jupes 
engoncées et surtout ces corps baleinés, qui emprisonnaient la 
taille au détriment de la santé. La coiffure changea aussi tota- 
lement. La marquise de Mouchy raconte que la première fois 
qu'elle vit en Espagne la future reine de France, celle-ci était 
assise sur des carreaux, par terre, à la mode du pays. Elle était 
habillée de satin vert en broderie d'or et d'argent, les manches 
pendantes et renouées sur les bras avec de gros diamants qui lui 
servaient de boutons. Elle avait une fraise fermée et sur la tête 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



521 



un petit bonnet, de même étoffe que sa robe, orné d'une plume 
de héron qui faisait ressortir par sa noirceur la beauté de ses 
cheveux fort blonds et frisés à grosses boucles. Cinq ou six ans 
plus tard, tout cet appareil avait disparu. La jeune reine avait 
diminué l'ampleur de ses jupes, qui tombaient maintenant en 
nobles plis, la taille un peu courte n'était plus comprimée, la 



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Fig. 381. — Dame de qualité, d'après le Blond. 




fraise avait fait place à l'élégante collerette garnie de dentelles, si 
seyante et si gracieuse lorsqu'elle dégage le cou. 

En 1625, la coiffure consistait encore en boucles rondes, petites, 
poudrées à grosse poudre collante. Anne d'Autriche créa la coiffure 
caractéristique de son époque, c'est-à-dire les boucles en touffes 
de côté, les cheveux plats sur le dessus de la tête et le chignon 
rond par derrière. Cette touffe de boucles variait suivant le 
caprice ou l'âge. Quelques femmes la portaient courte et très 



522 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

épaisse ; d'autres se contentèrent de laisser pendre quelques 
mèches légèrement frisées ; ainsi se coiffait la célèbre duchesse 
de Montbazon, qui, hère de sa beauté et de la pureté des 
lignes de son visage, n'entendait pas en cacher l'ovale charmant 
par une trop grande profusion de cheveux, et se bornait à porter 
un petit nombre de boucles légères sur les tempes (fig. 381). 

La cour de France possédait alors un grand nombre de jolies 
femmes, ce qui ne laissait pas de causer quelques rivalités. Les 
soins de la peau acquirent une extrême importance. L'usage 
du masque permettait de conserver le teint très blanc. Etre hâlée, 
rouge, avoir le teint brouillé étaient des causes de profond chagrin. 

La duchesse de Chevreuse, une des beautés les plus fêtées de 
ce cercle brillant, était très jalouse de sa bru, la princesse de 
Guéménée, dont l'éclat juvénile semblait lui porter ombrage. 

Quand elle la voyait arriver toute fraîche et charmante, elle ne 
pouvait se défendre d'un mouvement de dépit et lui disait d'un 
air de commisération : « Ah ! ma belle, que vous avez mauvais teint 
aujourd'hui ! » A ces paroles, Madame de Guéménée, consternée, 
se sauvait navrée dans ses appartements et il n'y avait plus 
moyen de l'en faire sortir. 

Être défrisée était un autre sujet de tourments et, cependant, 
avec le genre de coiffure à la mode, ce malheur arrivait souvent, 
car toutes les têtes étaient bouclées. Survint la coiffure à la gar- 
cette, consistant en bouffants, c'est-à-dire en touffes de boucles sur 
les oreilles avec les cheveux relevés et tirés à plat sur le front, 
spécialement caractérisée par une frange légère de cheveux courts 
ménagés autour du visage, parfois frisés, parfois simplement peignés. 
. C'est cette frange qui reçut le nom de garcette, d'un mot 
espagnol qui signifie petite aigrette. La perruque fut tuée pour un 
temps par la garcette, qui rendait trop visible la naissance des 
cheveux. Mais le diable n'y perdit rien, car au lieu de perruques 
on mit en œuvre les fausses boucles et les fausses nattes. Bientôt 
les bouffants se transformèrent en longues boucles, nos anglaises 
modernes, que l'on cessa de friser pour les laisser pendre par 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



523 



moii 



'istaches et ornées de nœuds et de rubans 



mèches, dites 
(fig. 382). 

Le chignon s'appela culbute. On donnait le même nom au nœud 
de ruban qui décorait le chignon. En grande toilette, le nœud 
était remplacé par une aigrette de plumes et de pierreries qui 
devait s'élever assez haut pour dépasser la tête. 

La garcette frisée à petites boucles raides fut en grande faveur 
aux Pays-Bas et en Allemagne, mais en France on la préférait 
ondulée lég-èrement. Le front restait 
très découvert. 

Cette coiffure fit tomber momenta- 
nément la poudre. 

Madame de Motteville rapporte dans 
ses Mémoires qu'à l'époque où elle fut 
bannie de la cour par Richelieu, c'est- 
à-dire vers 1620, la reine portait une 
coiffure ronde, frisée clair avec beau- 
coup de poudre, mais que, quelques 
années après, elle renonça à la poudre 
et laissa voir ses beaux cheveux avec 
leur teinte naturelle. Ils pendaient en 
boucles longues de chaque côté de 
son visage, retenues à la tempe par un nœud de petits rubans 
étroits. Cette mode nouvelle fut trouvée ravissante. Elle eut un 
tel succès, que les mercières firent fortune, grâce aux nouveautés en 
rubans créées par les fabricants de soieries, en mêlant savamment 
l'or et l'argent à la soie. 

Cette fidèle Madame de Motteville, si dévouée à Anne d'Au- 
triche, nous parle longuement de sa reine vénérée. Elle raconte 
comment ses dames prenaient plaisir à assister à sa toilette, qu'elle 
faisait ordinairement après avoir été à la messe et pris un premier 
déjeuner. Anne d'Autriche était très adroite et s'arrangeait elle- 
même la tête. Elle avait de beaux cheveux épais et longs et les 
conserva longtemps sans grisonner. 




Fig. 382. 
Jeune femme, coiftëe à la gnrcclte. 



524 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



« Elle s'habillait avec le soin et la curiosité permises aux 
« personnes qui veulent être bien sans luxe, sans or ni argent, 
« sans fard et sans façon extraordinaire. Il était néanmoins aisé 
« de voir, à travers la modestie de ses habits, qu'elle pouvait être 




Fig, 383. — Anne d'Autriche d'après une gravure de l'époque. 



« sensible à un peu d'amour-propre. Après la mort du feu roy, 
« elle cessa de mettre du rouge, ce qui augmenta la blancheur 
« et la netteté de son teint. Elle oblisfea ainsi les dames à suivre 
« son exemple. » 

A dater de son veuvage, elle ne quitta plus le voile ou la coiffe 
de veuve. Sa grande parure consistait alors en une robe de velours 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 525 



noir, un large col rabattu orné de dentelles et son grand voile noir 
de veuve. Elle se permettait pour tout bijou de beaux pendants 
d'oreilles et une croix ou une enseigne sur la poitrine (fig. 383). 

Anne d'Autriche, si dignement simple sur elle, n'était pas enne- 
mie de la masfnifîcence à sa cour. Elle aimait à voir ses dames 
richement parées, elle s'occupait avec plaisir des parures des prin- 
cesses de sa famille. Mademoiselle de Montpensier, la grande 
Mademoiselle, fut plus d'une fois l'objet de ses soins. Madame de 
Motteville nous décrit le costume qu'elle portait dans une grande 
soirée à l'Italienne donnée par le cardinal Mazarin à la reine et à 
toute la cour. 

« Elle était parée par les mains de la reine des pierreries de la 
« couronne, perles et diamants renoués avec de petits rubans 
« incarnat, noir et blanc. Cette parure était belle et agréable, 
« particulièrement le bouquet qu'elle avait sur la tête. Il semblait 
« que ces gros diamants et les grosses perles étaient semées dans 
« des fleurs et que toutes les beautés et les richesses de la nature 
« se fussent rassemblées exprès pour son ornement. De ce bou- 
« quet sortaient trois plumes, des trois couleurs des rubans qui lui 
« pendaient sur la gorge, et dans ce jour elle fit voir qu'une belle 
« personne devient encore plus belle quand elle est parée. » 

Dans cette même soirée, la duchesse de Montbazon portait une 
plume incarnate sur la tête, une parure de perles autour du cou 
et aux oreilles et, quoiqu'elle eût alors plus de quarante ans, elle 
parut une des plus belles femmes de la cour. 

Nous avons vu la reine s'amuser à orner sa nièce elle-même; 
au mariage de la princesse Marie de Nevers, c'est encore elle qui 
veut présider à la toilette de la fiancée. On sait que cette prin- 
cesse, de la maison de Gonzague, épousa en 1645 le roi Wladis- 
las de Pologne, et qu'elle ne rencontra pas dans ce pays tout le 
bonheur qu'elle avait rêvé comme reine. Mais en ce jour de son 
mariage, elle était toute à la joie de se voir traitée en souveraine, 
elle qui, jusqu'alors, n'avait eu qu'un rang secondaire à la cour. 
Elle avait vingt-neuf ans ; son visage était beau, sa taille n'avait 



526 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

pas encore pris l'embonpoint exagéré qu'elle acquit plus tard. Elle 
n'en avait que ce qu'il fallait pour donner à sa tournure une cer- 
taine majesté. De beaux yeux noirs illuminaient son teint mat. 
Ses cheveux noirs n'étaient pas poudrés. 

On dit qu'elle n'avait pas craint, pour cette occasion, d'aug- 
menter artistement la blancheur naturelle de son teint. Anne 
d'Autriche avait elle-même entremêlé dans ses cheveux les joyaux 
de la couronne de France et surmonté ce bel édifice d'une 
couronne fermée, faite de- gros diamants et de grosses perles. 
Mais elle n'avait pas voulu que la fiancée se parât du manteau 
royal polonais, blanc semé de grandes flammes d'or. La cérémonie 
du mariage n'étant pas publique, la reine avait jugé cette parure 
trop solennelle ; la princesse Marie resta donc avec sa robe de 
toile d'argent brodée d'argent, qui, étant faite pour le manteau 
royal, parut trop courte en cette circonstance. Les Polonais 
présents à la cérémonie n'en furent pas moins charmés de leur 
nouvelle reine et elle quitta la France sous l'heureuse impression 
d'une ambition satisfaite, sans se douter que, arrivée en Pologne, 
son mari ne la regarderait même pas, et qu'il faudrait de longues 
négociations diplomatiques pour l'obliger de permettre à la reine 
de lui baiser la main (fig. 384). 

La mode des boucles dura longtemps et fut universelle. Les 
cheveux n'étaient pas toujours frisés en tire-bouchons, on se 
contentait d'avoir les touffes de côté faites de mèches légèrement 
ondulées et ornées de joyaux, attachés en dessous des cheveux 
au moyen d'un petit ruban ou d'une chaînette très mince. Sur le 
devant on portait la garcette ou frange de cheveux, soit plate, 
soit formée en boucles très légères, soit enfin faite de mèches en 
accroche-cœur qu'on faisait coller sur le front à l'aide d'un cosmé- 
tique. Les dames allemandes y joignirent un petit bonnet de velours 
galonné ou brodé, couvrant le haut du crâne, tel que nous le 
représente le portrait de Marie-Léopoldine, seconde femme de l'em- 
pereur Ferdinand III, portrait fait à l'époque de son mariage, 
c'est-à-dire vers 1648 (fig. 385). 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



527 



Marie-Léopoldine a décoré son bonnet d'une aigrette en bijoux 
avec de grosses perles en poires; dans les cheveux sont fichées 
des appliques pareilles à l'enseigne de l'aigrette. 

En Danemark, ce genre de bonnet était exclusivement réservé 




Fig. 384. — Marie de Neveis, femme du roi Vladislas de Pologne, d'après une gravure 

du temps. 



aux princesses de sang royal. La femme d'un ambassadeur 
danois s'étant présenté à la cour de France avec cette coiffure, 
y fit grande sensation. On trouva le bonnet original. Il fallut 
qu'elle expliquât l'usage de son pays et elle prouva qu'elle avait 



528 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

droit à ce bonnet comme fille d'un prince danois, marié à une 
dame noble. Elle avait du reste un choix varié de petites calottes 
pour toutes les occasions, et quelques-unes étaient très riches et 
ornées de pierreries pour les grandes fêtes de la cour. 

C'est aux environs de l'année 1635 que l'art de la coiffure 
s'affirma publiquement, en plein soleil de la civilisation moderne, 
par l'apparition des premiers coiffeurs. Peu de révolutions ont 
été plus profondes, avec moins de bruit, si ce n'est peut-être 
dans les ménages. Jusque-là, les femmes se faisaient coiffer par 
leurs chambrières. Personne n'eût osé penser que d'autres mains 
que des mains féminines, pussent toucher aux beaux cheveux 
des dames. Les barbiers barbants, les barbiers chirurgiens ne 
s'occupaient que des hommes et semblaient avoir suffisamment 
affaire avec le sexe fort qui, lui aussi, s'ajustait avec beaucoup de 
coquetterie. Il arriva qu'un homme de génie en son genre inventa 
la spécialité des coiffures de dames et du coup devint célèbre. Il 
s'appelait Champagne. 

Il suffira, pour le peindre, de citer ce passage de Tallemant 
des Réaux : 

« Ce faquin, dit notre conteur, par son adresse à coëffer et à 
« se faire valoir, se faisait rechercher et caresser de toutes les 
« femmes. Leur faiblesse le rendit si insupportable, qu'il leur 
« disait tous les jours cent insolences. Il en a laissé telles à demi- 
« coiffées; à d'autres, après avoir fait un costé, il disait qu'il 
« n'achèverait pas si elles ne le baisaient. 

« Quelquefois il s'en allait et disait qu'il ne reviendrait pas si 
« on ne faisait retirer un tel qui lui déplaisait, et qu'il ne pouvait 
« rien faire devant ce visage-là. J'ay ouï dire qu'il dit à une 
« femme qui avait un gros nez : « Vois-tu, de quelle façon je te 
« coëffe, tu ne seras jamais bien tant que tu auras ce nez-là ! » 
« Avec tout cela, elles le couraient et il a gagné du bien passa- 
« blement, car, comme il n'est pas sot, il n'a pas voulu prendre 
« d'argent, de sorte que les présents qu'on lui faisait valaient 
« beaucoup. Lorsqu'il coëffait une dame, il disait ce que telle et 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



529 



« telle lui avait donné, et quand il n'était pas satisfait, il ajoutait : 

« — Elle a beau m'envoyer quérir, elle ne m'y tient plus. » 

« L'idiote, qui entendait cela, tremblait de frayeur qu'il ne lui en 

« fît autant, et donnait deux fois plus qu'elle n'eût fait. » 





Fig. 385. — Marie-Léopoldine, 2" femme de l'empereur Ferdinand III, 
d'après une gravure de 1648. 



La princesse Marie de Nevers, la future reine de Pologne, 
fut l'une des femmes sur laquelle il exerça le plus d'empire. Elle 
ne pouvait se croire bien coiffée par d'autres que par Champagne. 
La famille de Nevers voyait avec dépit ce rustre en telle fami- 
liarité avec une princesse de Gonzague, mais rien n'y faisait; 

35 



530 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Marie de Nevers craignait trop de paraître à son désavantage, 
elle aimait passionnément la parure et avait le culte de sa beauté. 
On fit des vers sur cet affolement pour un coiiTeur. Adam 
Billaut osa lui dire : 

La beauté qui vous accompagne 

Estant digne de tous les vœux. 

J'enrage quand je vois Champagne 

Porter la main à vos cheveux. 

Vous ternissez votre louange, 

Souffrant que cet homme de fange 

Maistrise les liens qui font tant soupirer. 

Et vous falotes un sacrilège 

De lui donner le privilège 

De profaner ce qir'on doit adorer. 

Champagne suivit la reine Marie en Pologne. Un beau jour, 
dégoûté des princesses palatines et des dames polonaises, qui 
ne l'apprécièrent peut-être pas autant que les parisiennes, il courut 
tous les pays du Nord, jusqu'à ce qu'enfin, pris de la nostalgie 
de Paris, il rentra à la suite de la reine Christine dans son 
royaume à lui, où son retour fit événement (fig. 386). 

Vers 1640, le chignon remonta légèrement. La tête avait alors 
un peu l'aspect d'un cône tronqué. La torsade qui s'enroulait au 
sommet s'appelait un rond; les boucles pendant de chaque côté 
se nommaient moustaches; à l'état de simples mèches, cadenettes; 
si elles étaient nouées avec des rubans, et roulées en longs 
anneaux, comme nos boucles à l'anglaise, serpenteaux ; enfin 
bouffons, quand elles formaient sur les oreilles des paquets 
volumineux. Nous les appelons à la Sévigné, parce que le portrait 
de la célèbre marquise est demeuré pour nous le typé de la 
coiffure du temps. Cette expression est impropre, la véritable 
coiffure à la Sévigné date de 1650 à 1660 (fig. 387). 

Les chaperons des bourgeoises avaient disparu définitivement. 
On essaya bien de les faire revivre, mais cette tentative échoua. 
Les femmes qui ne voulaient pas se montrer la tête absolument 
nue, posaient sur le chignon de petits bonnets de fantaisie, les 
uns sans passe avec deux longues pattes voltigeant par derrière, 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



531 



les autres consistant en mouchoirs de fine toile empesée bordés 
de dentelle. De ces derniers sortaient les cheveux frisés en longues 
boucles. Il se porta concurremment des coiftes, dites chaperons à 
jour, et d'autres, entièrement fermées, servant de bonnets. Les 
coiffes se composaient simplement de grands mouchoirs de soie 
qui se nouaient sous le menton et préservaient la tête du froid. 
Arnauld d'Andilly, qui avait été assez galant officier, avant 




Fig. 386. — Jeune française vers 1635. 



de devenir l'austère janséniste qu'on connaît, raconte dans ses 
mémoires, qu'arrivé à Metz pour son service, et s'étant rendu 
dans une église, il avait aperçu deux jeunes filles qu'il n'avait 
pas reconnues, cachées qu'elles étaient sous leurs coiffes à demi- 
baissées. C'étaient deux cousines très gentilles qui habitaient chez 
Madame de Feuquières, dont le mari occupait alors à Metz la 
place de lieutenant de roi. L'aînée de ces jeunes filles ne tarda 
pas à faire une vive impression sur le brillant officier. Elle avait, 
selon la mode du temps, institué un ordre de chevalerie, clans 



532 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



lequel on ne pouvait entrer qu'on n'eût fait quelque larcin galant. 
Elle s'en était faite la reine sous le nom d'Epicharis. Tous ses 
chevaliers portaient, avec un ruban gris de lin et vert, une griffe 
d'or avec ces mots : Rien ne m'échappe. 




Fig. 387. — Type de toilette de 1645. 



Naturellement, le jeune d'Andilly voulut entrer dans l'ordre de 
son aimable cousine. Il ne resta pas longtemps chevalier fidèle, 
car peu de temps après, se trouvant à Chaumont, il se laissa 
affilier dans un autre ordre, celui des allumettes, créé par une 
charmante nièce du marquis d'Eseau, mi-mondaine, mi-religieuse, 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



533 



en somme un peu éventée. Malheureusement le récit de l'aventure, 
si piquant qu'il soit, nous entraînerait trop loin et nous retournons 
en hâte à la coiffure. 

On sait comment les mercières étaient arrivées j à être de 




Fig. 38S. — Marchande et servante d'après Abraham Bosse. 



véritables marchandes de modes, en possession incontestée du 
privilège de faire adopter toutes les nouveautés à leurs élégantes 
clientes. 

— « Les mercières de Paris, dit Fitelieu, galantisent de ce 
« costé pour en faire naître l'envie à celles qui les visitent pour 



534 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEJVIININE 



« s'informer des nouveautés; il n'y a rien de si ajusté qu'elles, 
«. ni de si joli que leurs testes. » Comme on le voit, les modistes 
d'alors ressemblaient beaucoup à celles de ce temps-ci. Elles 
aimaient à inaugurer leurs propres inventions; elles portaient la 
tête frisée, le corsage échancré, les flots de rubans, bref toutes 
les jolies choses qui pouvaient tenter l'œil de leurs clientes. 

Les chambrières et les servantes paraissent avoir eu, en ce 
temps, un goût prononcé pour la toilette, si l'on en croit les 
gravures de l'époque, qui les représentent avec des cornettes à 
longues barbes, des robes échancrées, des cols élégants, et tout 
l'arsenal de très fringantes personnes (fig. 388). 

Sous le règne de Louis XI II, grand amateur de chasse, les 
dames reprirent, pour monter à cheval, le grand chapeau de 
feutre garni de longues plumes, avec l'amazone de couleur, 
galonnée d'or ou d'argent. Ce chapeau, posé légèrement de côté 
sur les cheveux frisés, parut une coiffure fort « galante, » selon 
l'expression d'alors. Elle accompagnait très heureusement la robe 
de cheval en velours vert ou la grande hongreline à galons d'or 
ou d'argent, ornée d'un nœud à plusieurs coques sur l'épaule et 
égayée par une large cravate de mousseline et de dentelle. 

Ainsi s'attifaient Mademoiselle de Montpensier et toutes les 
jolies femmes du temps. La beauté de la première lui attirait 
beaucoup de partis, tout autant, que sa réputation d'être la plus 
riche héritière de l'Europe. Certaines mères de prétendants 
aimaient à faire valoir ses grâces altières. Dans ses mémoires, 
elle raconte comment le prince de Galles, cherchant à lui faire 
sa cour, tenait le flambeau, pendant que la reine d'Angleterre, 
sa mère, la coiffait de ses mains et la parait de ses propres 
joyaux, « et j'eus ce jour-là, dit-elle, une petite oie (i) incar- 
« nate, blanche et noire, à cause que la parure de pierreries 
« que j'avais était attachée avec des rubans de cette couleur-là; 

(i) On appelait petite oie la garniture de rubans faisant partie du costume et composée de 
nœuds attaches aux manches, aux épaules, au cou, autour de la taille, bref partout où l'on 
pouvait en mettre. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 535 

« j'avais aussi une plume de même, et le tout était comme la 
« reine d'Angleterre l'avait ordonné. » 

En une autre occasion, les deux reines de France et d'Angleterre 
s'étaient réunies pour faire paraître la princesse plus belle. On 
fut trois jours à accomoder sa parure; sa robe était entièrement 
chamarrée de diamants avec des houppes incarnat, blanc et noir, 
qui semblent avoir été ses couleurs favorites. Les diamants de la 
couronne et ceux de la reine d'Angleterre, amassés sur sa tête 
et sur sa robe, l'illuminaient de toutes parts, et comme le soleil 
elle éblouissait tous les yeux. 

Frisures et boucles absorbant beaucoup de temps, on ne se 
mettait pas en frais tous les jours. Nous en trouvons plusieurs 
fois la preuve dans les mémoires de Mademoiselle de Montpensier. 
Elle y raconte en effet qu'elle n'avait pas l'habitude de se friser 
quotidiennement, et que, en 1649, s'étant fait coiffer, parce qu'elle 
avait appris que son royal prétendant d'Angleterre était attendu 
à la cour, la reine Anne dit en riant: « On voit bien les gens 
qui attendent le'urs galants, comme elle est ajustée ! » Ce qui la 
mortifia grandement. 

Un autre fois, elle accourt chez la reine d'Angleterre sans être 
coiffée. Plus tard, elle rapporte comment, au mariage du jeune 
roi Louis XIV, voulant voir l'Infante incognito, elle s'habille de 
drap noir et cache ses cheveux défrisés sous un mouchoir uni et 
une coiffe claire. 

Observons que la coiffe n'était pas d'un porter extraordinaire 
à la cour. Mademoiselle de Saujon, dans un moment d'exaltation 
religieuse, s'était enfermée aux Carmélites. La famille royale 
l'obligea d'en sortir, mais comme elle avait coupé ses cheveux, 
elle portait une coiffe et un collet de linge uni. Elle garda quelque 
temps cet aspect monastique, puis ses cheveux ayant repoussé, 
elle recommença à les friser, abandonna la serge pour reprendre 
la soie et la dentelle, et bientôt il ne parut plus rien de sa 
prétendue vocation. 

Toute veuve portait la coiffe noire, saut les reines et les 



S36 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



princesses de sang royal, qui la portaient blanche. Anne 
d'Autriche dérogea la première à cet usage et garda jusqu'à 
sa mort le petit chaperon en pointe avec lequel elle est repré- 
sentée dans ses portraits. On a pu remarquer que cette coiffe 




^'i' 3^9- — Eléonore, veuve de l'empereur Ferdinand III, d'après un portrait du temps. 



laisse voir les cheveux agréablement frisés et encadrant le visage, 
seconde exception à la règle ordinaire. D'autres veuves de haut 
rang, plus sévères, adoptèrent une sorte d'habit religieux. L'impé- 
ratrice Eléonore, veuve de Ferdinand III, porta le deuil avec une 
grande cornette blanche, qui lui cachait le front et ne laissait 




Fig. 390. — Claude de Médicis, veuve du Prince d'Urbiu, en 1623, dans son costume de veuve. 
Elle se remaria en 1628 avec l'Archiduc Charles d'Autriche, frère de l'Empereur Ferdinand III. 



538- . HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

passer qu'un peu de cheveux. Une guimpe de linon uni et une 
sorte de gilet de même étoffe recouvraient sa gorge et sa taille. 
Ce costume austère était usité beaucoup en Allemagne et en 
Italie (fig. 389). Si l'on ne cachait plus les cheveux comme au 
moyen-âge, on abandonnait généralement les frisures ou du moins 
la tête entièrement frisée. La pensée chrétienne, qu'une veuve 
doit renoncer aux frivolités mondaines, dominait encore les esprits, 
au commencement du xvii° siècle. Les mœurs relâchées du siècle 
suivant amoindrirent ce sentiment, et depuis lors l'esprit révolu- 
tionnaire en a fait bon marché. Un autre deuil princier consistait 
dans le costume entièrement noir, sauf une collerette de gaze 
blanche très empesée, le corsage très montant, les manches longues 
garnies également d'un poignet blanc; le petit bonnet noir, parfois 
orné d'une bizette noire, s'avançait en pointe sur le front. Le tout 
était recouvert d'une grande mante de crêpe ou gaze de laine 
noire étendue sur un cerceau et dont l'envergure se mesurait sur 
le rang de la personne qui le portait. La mante de deuil 
demeura en usage jusqu'à la fin du siècle avec de faibles modifi- 
cations, puis se fondit dans le manteau à queue du grand deuil 

(fig- 390). 

Tous les deuils ne se manifestaient pas de même. Il est bon 
d'écouter Mademoiselle de Montpensier nous décrire celui de la 
duchesse de Nemours, lorsqu'elle alla la voir après la mort du 
duc, tué en duel par le duc de Beaufort. 

« Sa veuve s'était retirée aux filles de Sainte Marie, où je l'allai 
« voir. Elle avait un habit tout uni et une grande coiffe comme 
« un voile qui la cachait toute. Je m'en allai au devant d'elle et 
« lui fis un compliment sur la perte qu'elle avait faite. Nous nous 
« allâmes asseoir dans un coin, où elle nous fit de grandes lamen- 
« tations ; comme nous étions sur le mépris du monde, Son Altesse 
« Royale et M. le Prince entrèrent et s'approchèrent de nous. 

« Elle leva son voile et se mit à faire une mine douce et 
« riante ; je crus voir une autre personne sous cette coiffe ; elle 
« était poudrée et avait des pendants d'oreilles, rien n'était plus 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



539 



« ajusté. Dès que M. le Prince allait d'un autre côté, elle rabais- 
« sait sa coiffe et faisait mille soupirs. Cette farce dura une heure 
« et réjouit bien les spectateurs. » 

Souvent, en Italie, les veuves adoptaient un costume presque 
monastique. Un voile de laine épais sur les cheveux, une robe 
noire, un col de toile, formaient toute leur parure. 

En Espagne, le deuil était encore beaucoup plus sévère. Dans 




Fig. 391. — Marie-Anne d'Autriche, régente d'Espagne, d'après une médaille 

frappée en 1665. 



ce pays, où l'étiquette régissait tout, le deuil était réglé dans ses 
plus minutieux détails. Une veuve devait adopter le costume 
consacré par un long usage, et, comme en France, le blanc y 
dominait. Un costume de veuve très authentique est celui de la 
mère du jeune Charles II, d'après une médaille frappée en 1665. 
Marie Anne d'Autriche est coiffée d'un petit bonnet, terminé, 
autour du visage par une tresse de crêpe ou de linon blanc (fig. 391). 
Sur ce premier couvre-chef est jeté un très long voile qui devait 



540 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



retomber jusqu'aux pieds et l'envelopper presque toute entière, 
c'est-à-dire faire l'office de la mante. 

Une guimpe entoure son cou. Il est difficile de décider d'après le 
dessin si la guimpe faisait une même chose avec la coiffe de 
dessous, comme celles du moyen âge, ou si elle n'était qu'une 
simple gorgière. La taille est également recouverte d'étoffe blanche, 
plissée à larges plis. 

La difficulté de bien saisir la valeur et la portée des noms donnés, 




^'S' 39^- — Marie d'Angleterre, veuve du Prince d'Orange. 



en certains pays, aux anciens vêtements se représente à propos 
des veuves hollandaises. Qu'entendait- on par \à. pomme tte'i Était-ce 
la coiffe en pointe toute plate qui, enveloppant le dessus de la 
tête, lui donnait l'aspect d'une pomme } Etait-ce au contraire une 
pièce d'étoffe qui s'avançait sur la joue ? Mademoiselle de Mont- 
pensier à qui nous devons, comme on le verra, cet embarras, ne 
donne aucune explication à ce sujet. 

Parlant de la '^princesse royale d'Angleterre, veuve du prince 
d'Orange, qui était venue rejoindre sa mère à Paris où elle 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



541 



espérait, disait-on, se faire épouser par le roi, elle raconte l'arrivée 
de cette princesse en France, avec un équipage splendide et force 
pierreries dont elle savait habilement se parer. 

Elle ajoute que le jour où cette veuve vint à Chailly pour lui 
rendre visite, elle avait pris le costume d'étiquette. 



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L.:LJl:^ 



!*"'§• 393- — Amélie de.Solms, veuve du Prince Frédéric-Henri de Nassau. 



— « Remarquez, dit la reine à Mademoiselle, que ma fille est 
« habillée de noir et porte une pommette, parce qu'elle est veuve 
« et ne vous a jamais vue; j'ai voulu que sa première visite fut 
« fort régulière. » 

Cette pommette n'avait cependant pas empêché la princesse de 



542 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

mettre des pendants d'oreilles magnifiques, des lermoirs, des bra- 
celets, de gros diamants et des bagues, sur quoi la pauvre reine 
dépossédée disait en soupirant : « Ma fille n'est pas comme moi, 
« elle est magnifique, elle a des pierreries et de l'argent, elle aime 
« la dépense. Je lui dis tous les jours qu'il faut être ménagère, que 
« j'ai été comme elle et encore mieux; qu'elle voie l'état où je 
« suis ! » (fig. 392). 

L'obligatoire de la pommette ne devait pas être bien rigou- 
reux dans les Pays-Bas, si l'on en juge par les portraits de 
veuves que cette époque nous a laissés. Ils ont presque tous un 
costume différent, la mante ou le voile seuls sont toujours portés, 
mais la forme varie. Voici une mante jetée sur la tête et formant 
calotte avec une petite pointe par devant pour retomber en plis 
amples autour du corps (fig. 393). 

Une autre mante, dans un autre portrait, est au contraire très 
courte et ne dépasse pas la taille. Elle sert de complément à une 
coiffe posée elle-même sur un bandeau orné d'une pointe. Cette 
pointe était devenue le signe distinctif du veuvage. La mante 
courte de ce portrait est en toile, ainsi que le bonnet et le grand 
col (fig. 394). 

Tous les portraits du temps qui reproduisent des bonnets de 
toile avec voile, ne représentent pas nécessairement des veuves. 
L'usage de porter des serre-têtes, et des bonnets était presque 
général dans Pays-Bas; il ne fallait pas être en deuil pour s'em- 
béguiner. Nous le répétons, on aimait les modes simples en Flandre 
à cette époque ; il fallait aller à Anvers, la riche cité commer- 
çante, pour rencontrer les vêtements somptueux, les plumes et les 
dentelles. 

C'était alors le moment où Rubens y brillait de tout son éclat. 

Il aimait à voir des femmes passer auprès de lui dans des 

chatoiements de soie et de velours. Lui-même s'habillait comme 

le plus magnifique grand seigneur. Sa maison était ouverte, tant 

à ses amis qu'à la foule de ses admirateurs et de ses disciples. 

Il y donnait des fêtes splendides et les deux femmes qu'il épousa 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



543 



successivement, toutes deux belles et aimables, faisaient avec g-râce 
les honneurs de sa maison. 

Nous avons les portraits de ces heureuses créatures à qui 




Fig. 394. — Albertine-Agiiès de Nassau, veuve de son cousin le Prince de Nassau. 



la gloire et les honneurs ne cessèrent de sourire. Celui 
d'Isabelle Brandt, la première femme du grand peintre, datant de 
1600 environ, est particulièrement intéressant parce qu'il nous 



544 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



rappelle une mode très flamande qui ne manque pas de cachet. 
C'est le chapeau de feutre, relevé de côté, posé légèrement sur la 
tête et orné soit d'une touffe de plumes, soit d'une longue plume, 




Fig. 395. — Isabelle Brandi, femme de Rubens. 



soit enfin d'une simple cordelière de soie ou d'or. Seulement, 
l'usage général était moins gracieux, parce que le chapeau se 
mettait ordinairement sur le bonnet de toile ou de dentelle, si 
populaire chez les flamandes (fig. 395). Plus populaire encore, dans 
la stricte acception du mot, était l'étrange espèce de couvercle 



HISTOIRE DE- LA COIFFURE FÉMININE 



545 



pointu que les femmes des classes inférieures mettaient d'habitude 
par dessus la mante. Comme la mante couvrait la tête et dissi- 
mulait entièrement la femme qui la portait, l'adjonction du couvercle 
lui donnait de loin une vague ressemblance avec une ruche 
d'abeilles ambulante. Ce costume était usité en Hollande et même 
en Allemagne (fig. 396). 




Fig. 396. — Dames flamandes, d'après une ancienne gravure. 



La faille conservait aussi et devait encore conserver longtemps 
sa vogue. On en fait remonter l'origine aux Ménapiens ; il est 
certain qu'elle est très ancienne, et sa faveur fut plus grande que 
jamais au xvii^ siècle. 

Les dames de la noblesse portaient aussi la faille dont elles 
savaient s'envelopper fort gracieusement ; quelques-unes chiffonnaient 
par dessus la culèute une écharpe de gaze, qui retombait en voile 
par derrière. 

■î6 



546 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Il y avait alors en Belgique une noblesse brillante; outre la 
baronne de Rebours, dont nous avons donné le portrait plus 
haut, Bruxelles renfermait dans ses murs une foule de jeunes 
et charmantes femmes. Les plus en vue étaient Mademoiselle 
de Grimberghe, exilée de France à cause de son mari, le duc 
de Guise, accusé de conspiration contre Anne d'Autriche; sa 
mère, la princesse de Grimberghe, dont Marigny dit que les 
yeux étaient encore capables de blesser les cœurs ; la marquise 
de Leede, Anne-Marie de Homes, un des plus beaux ornements 
de la cour de l'infante. 

Elle a dedans les yeux une douceur modeste 

Elle a l'air gracieux 
Un aymable entretien, la taille et tout le reste 
Qui peust rendre l'amour partout victorieux. 

La comtesse de Bucquoy tenait maison ouverte et on se réunissait 
chez elle pour jouer à la Prime ou au Hoc, jeu qui passionnait 
Mademoiselle d'Hénin et Madame de Warfusée. Isabelle d'Arem- 
berg, duchesse de Wurtemberg, était aussi une des beautés les 
plus fêtées. Il n'y avait guère que Mademoiselle de Chimay qui 
pût lui disputer le prix; mais cette charmante et spirituelle fille 
de la maison de Ligne, devenue tout à fait sérieuse depuis son 
mariage avec Louis de Gonzague, se gardait de semblable rivalité. 
On l'accusait de tenir toujours ses coiffes baissées et de priver 
ainsi ses amis du plaisir de contempler ses traits enchanteurs. 

Et je ne sçais pourquoy la fortune inhumaine 
Me veut aiusy cacher cet objet glorieux 
Si c'est pour espargner à mon cœur quelque peine 
Ou pour ne point donner de plaisir à mes yeux. 

Anne-Alexandrine de Croy, femme de don Antonio de la Cueva, 
qu'elle avait fait languir dix ans, avant de lui accorder sa main, 
avait aussi une maison, où la haute société aimait à se retrouver. 
Deux princesses de la maison de Nassau, Madame de Ligne et 
Madame de Lorraine, étaient à la tête de ces cercles charmants. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



547 



OÙ l'esprit français brillait autant qu'à Paris. On ne donnait pas 
beaucoup de grandes fêtes, mais on se réunissait souvent, on 
dansait, oij jouait, on causait. Il y avait là un essaim de jeunes 
et jolies filles portant les plus beaux noms. 

A leur tête se remarquaient les quatre filles de la baronne de 




Fig. 397. — Bourgeoise flamande dii_3tnilieu du xvw siècle. 



Ville, toutes les quatre également belles; Mademoiselle d'Aerschot, 
aux yeux vifs et malins; Mademoiselle d'Oxode,' une riche et 
belle héritière; Mademoiselle d'Havre, qui toute jeune avait inspiré 
une vive passion au prince de Lorraine; Mesdemoiselles de Wur- 
temberg, de Salazar et de Verceil, complétaient cette gracieuse 
couronne, qui faisait de Bruxelles un séjour attrayant, où plus d'un 
exilé de France trouva à se consoler des rigueurs de la politique. 
Cette ville était en effet le refuge de tous les nobles exilés de 



540 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

France depuis le jour où le jeune prince de Condé vint y cacher 
sa trop jolie femme. Les alliances de plus en plus fréquentes 
entre la noblesse française et celle des Pays-Bas, concoururent 
puissamment à faire de Bruxelles le centre très couru et apprécié 
d'une société choisie. 

Naturellement ce monde aimable suivit les modes françaises; 
les boucles, les culbutes, les garcettes et les moustaches s'y natu- 
ralisèrent. Les coiffes trop longues furent laissées aux bourgeoises 
et aux vieilles femmes. Quant au peuple, il portait de grands 
bonnets dans le genre de ceux qu'on rencontre aujourd'hui à 
Anvers et dans les pays avoisinants. 

Un certain genre de religieuses particulier à la Belgique se 
désignait sous le nom de Béguines. Leur règle était peu sévère; 
elles sortaient pour aller elles-mêmes acheter les provisions du 
ménage et revêtaient alors la grande mante dont nous avons déjà 
parlé. 

Regnard, l'auteur de tant de comédies très admirées en son 
temps et qui fit un voyage en Belgique en 1681, décrit ainsi les 
béguines : 

— « Elles sont vêtues de blanc dans l'église et vont par les 
« rues avec un long manteau noir qui leur descend du sommet 
« de la tête et leur tombe sur les talons. Elles portent aussi sur 
« le front une petite hupe qui forme un habillement assez galant 
« et on trouve des filles sous cet habit discret que j'aimerais 
« mieux que beaucoup d'autres avec l'or et l'argent qui les entou- 
« rent. » — Les femmes de la petite bourgeoisie aimaient beaucoup 
ces mantes, qui leur permettaient de cacher leurs paquets en 
revenant du marché ; mais afin d'éviter le poids incommode des 
plis de l'étoffe sur la tête, elles inventèrent une sorte de diadème 
de velours orné de galons, qui s'élevait en deux pointes comme 
des cornes. La mante y était attachée et cet arrangement donnait 
aux femmes un singulier air de chauve-souris (fig. 397). 

Les femmes de la noblesse, voire celles du peuple, pratiquaient 
au plus haut degré cet esprit de famille, ce respect des parents. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



549 



ce culte des aïeux, vertus fondamentales devenues si rares de nos 
jours. De là, la conservation scrupuleuse des traditions du foyer, 
qui se révélait jusque dans les plus petits détails de la vie. Les 
testaments constituaient de vraies lois religieusement respectées 
des enfants et la toilette d'une mère était portée par ses filles 
avec une pieuse vénération et une touchante tendresse. 




Fig. 398. — Hollandaise, d'après HoUar, 1648. 



Jeanne Jacquemin, femme de Michel Bouvier, bourgeois de 
Couvin, dans son testament daté de 1638, ordonne à ses filles de 
porter tous ses accoutrements, savoir : ses chaînes d'argent, ses 
bagues d'or, chaînettes et pendants, .ses jupons, ses chaperons et 
tout ce qu'elle possède en vêtements. Les archives des bourgs et 
des villages des Pays-Bas sont pleines de documents du même 
genre. La mode ne changeait guère alors dans ces humbles com- 



550 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

munes, vivant de leurs propres ressources dans le calme de 
l'ordre, trop souvent interrompu j^ar l'irruption des armées amies et 
ennemies, qui les mettaient également à rançon (fig. 398). 

Les princes gouverneurs des Pays-Bas surveillaient du reste 
soigneusement les tentatives d'abus du luxe. Les habitants de Namur 
avaient probablement voulu prendre trop de liberté sous ce rapport 
à la fin du Xviii° siècle. Un édit du prince Charles de Lorraine 
les ramène dans une voie plus modeste. On y voit entre autres 
l'ordonnance suivante concernant le deuil : 

— « Premièrement, au regard des deuils qui se portent pour les 
« personnes royales, chacun pourra porter le grand deuil qui est 
« le manteau en drap long jusqu'aux pieds et les crêpes sur le 
« chapeau, et les femmes, des robes de drap avec voiles de 
« crêpe sur la teste comme on est accoutumé de faire pour les 
« père, mère, femme ou mari, lequel deuil durera jusqu'au jour 
« des funérailles achevées et se pourrait ensuite diminuer selon 
« la saison et convenance; et au regard des domestiques, aucun 
« d'eux ne pourra être vêtu de deuil, voulant bien que la 
« démonstration qui se fait pour les maîtres soit tenue pour 
« suffisante. Quant aux deuils qui se portent pour nos sujets, 
« l'on n'en pourra porter pour autres parentages ou personnes, 
« que pour père, mère, frère, sœur, aïeul ou aïeule, mari, femme, 
« beau-père, belle-mère, le permettant à l'héritier, encore qu'il ne 
« toucherait le sang au défunt, lesquels deuils ne pourront être 
« que le manteau de drap long pour les ascendants et les man- 
« teaux raccourcis ou petit deuil pour les collatéraux. » Après 
plusieurs autres détails, l'édit se termine comme suit : 

— « Personne, quoique de première noblesse ou qualité ne 
« pourra se servir ou faire faire des carosses garnis de deuil, ni 
« dedans, ni dehors, ni couverts, ni chaperons de deuil pour les 
<< chevaux, sous peine de confiscation et cent florins d'amende. » 
Pour les femmes, le deuil ordinaire consistait dans la robe noire, 
le grand col uni et la petite calotte ou chaperon de drap ou de 
velours noir. Nanteuil a gravé un très beau portrait d'une veuve 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



551 



belge. Cette gravure date de 1656 et représente la femme d'un 
membre de la famille Locquet, peut-être la femme de celui qui 
fût chancelier de Brabant et premier Vicomte d'Hombeke. Elle 
porte le deuil tel que nous venons de le décrire (fîg. 399). 




Fig. 399- — Dame brabançonne, d'après une gravure de Nanteuil 



Les chapeaux, dont celui d'Isabelle Brandt est le type général, 
furent très portés pendant le xvif siècle. La grande Mademoiselle, 
la duchesse de Longueville et toutes les grandes dames qui se 
mirent à la tête de la Fronde avaient adopté ce chapeau, dont 
l'air crâne et cavalier convenait à ces belles guerrières. On le 
garnissait de cordons et de tresses. Celui des frondeuses fut 
entouré d'une corde, comme celle d'une fronde, à laquelle on adjoignit 



552 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

un bouquet de paille comme signe de ralliement, ce qui n'empêchait 
pas les grands panaches, si bien faits pour voler au vent dans les 
galops de chasses et de marches militaires. 

Ces chapeaux étaient de castor noir ou gris, d'un prix très 
élevé; il fallut même faire un édit pour défendre de les payer 
plus de 50 livres. 

« Madame de Bethune, dit Mademoiselle, est à Fontenelle avec 
« son mari; ils se promènent à cheval tous les jours, avec des 
« capelines de plumes. » 

Plus loin nous voyons la princesse revenir de Lyon à la suite 
du roi, qui fait presque toute la route, avec les dames, à cheval. 
La rigueur de la saison leur fait trouver le voyage pénible et 
le froid bien vif, malgré leurs justaucorps fourrés et leurs bonnets 
de velours noir ornés de plumes. 

Ces bonnets étaient des espèces de toques très empanachées. 

Mademoiselle les avait inaugurés à St-Fargeau, en 1653, pendant 
un hiver qu'elle y passa, étant brouillée avec la cour et son père. 
Elle employa son temps à embellir cette demeure, fît construire 
un théâtre et y donna des représentations. Un jour. Madame de 
Sully parut à la chasse avec un bonnet de velours noir fourré 
et garni de plumes. Mademoiselle trouva cette nouveauté si fort 
à son goût qu'elle en commanda aussitôt pour elle et pour ses 
autres dames. Les unes préféraient les plus hauts, d'autres de 
plus petits. On s'amusa pendant quelques jours à essayer les 
différentes modifications, qui pourraient donner le plus d'élégance 
ou de grâces à la nouvelle coiffure. Toutes les distractions étaient 
également bien accueillies dans la solitude de St-Fargeau. 

La célèbre Christine, reine de Suède, aimait beaucoup les cha- 
peaux à plumes, comme elle affectionnait tous les vêtements 
masculins. Elle fit courir tout Paris. Sa manière d'être, ses gestes, 
son costume, tout éveillait la curiosité. Mademoiselle alla lui rendre 
visite. Elle la trouva vêtue d'une jupe grise bordée de dentelle, 
d'or et d'argent, avec un justaucorps de camelot couleur de 
feu bordé de la même dentelle que la jupe ; au cou un mouchoir 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



553 



de point de Gênes noué avec un ruban couleur de feu; une 
perruque blonde, et à la main un chapeau garni de plumes noires. 
Elle parut à Mademoiselle un joli petit garçon (fig. 400). 

C'est dans ce costume que Christine fit son entrée à Paris. 




Fig. 400. — Christine, reine de Suède, vers l'âge de 15 ans, d'après un ancien portrait. 



Peu de temps après, elle ne parut plus aussi agréable à Made- 
moiselle, qui l'alla voir à Montargis, oii elle passait. La reine 
était couchée. Elle avait fait raser ses cheveux et s'était enveloppé 
la tête d'une serviette en guise de bonnet. Son départ pour Rome 
avec une suite uniquement composée d'hommes scandalisa fort tout 
le monde. Quand elle revint en France, ses vêtements n'étaient 



554 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



pas plus soignés. Sur une jupe jaune, elle portait un justaucorps 
pelé et sa tête était couverte d'une coiffe. Rien d'élégant ni de 
féminin dans cette princesse aux allures viriles et dégingandées. 
Quand Mademoiselle la vit pour la dernière fois, à Fontainebleau, 
après le meurtre de Monaldeschi, c'était encore un bonnet de 
velours noir à plumes qui couvrait sa tête; le bonnet était égayé 
de beaucoup de rubans feu, pareils à la couleur de sa jupe. La 
princesse la trouva mieux que les autres fois, quant au physique, 
mais la mort de son écuyer, ordonnée tout près d'elle dans la 
galerie même du palais, fut considérée en France comme une 
barbarie indigne d'une reine chrétienne. Dès ce jour, on ne songea 
plus qu'à se débarrasser de cette temme extravagante. 

Cependant Louis XIV atteignait sa majorité et commençait ce 
grand règne de gloire auquel aucun autre ne peut être comparé. 
Avec lui la cour reprenait un air de jeunesse et de fête que la 
régence si troublée de sa mère avait fait disparaître. Les belles 
toilettes reparurent ; on vit Madame de Châtillon en habit de taffetas 
aurore brodé d'argent. Mademoiselle en toile d'or et d'argent, 
d'autres en robes brodées délicatement ou couvertes de point de 
Gênes et de Venise. Une mascarade qu'on fit à la cour, en 1659, 
eut la prétention de représenter une scène champêtre. 

« Nous fîmes une mascarade la plus jolie du monde, dit encore 
« Mademoiselle, à qui nous empruntons tous ces détails. Monsieur, 
« Mademoiselle de Villeroy, Mademoiselle de Gourdon et moi, 
« nous étions habillés de toiles d'argent blanches, fort chamarrées 
« de dentelles d'argent avec des passepoils couleur de rose, des 
« tabliers et des pièces de velours noir avec de la dentelle or 
« et argent. Nos habits étaient échancrés à la Bressane, avec 
« des manchettes et des collerettes de passement de Venise. Nous 
« avions aussi des chapeaux de velours noir, tout couverts de 
« plumes couleur de feu, rose et blanc. 

« Mon corps était lacé de perles, et attaché avec des diamants; 
« il y en avait partout. Monsieur et Mademoiselle de Villeroy 
« étaient parés de diamants. Mademoiselle de Gourdon d'émeraudes. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



555 



« Nous étions coiffées en paysannes de Bresse, avec des cheveux 
« noirs, des houlettes de vernis couleur de feu, garnies d'argent. 
« Les bergers étaient le duc de Roquelaure, le comte de Guiche, 
« Peguilhem et le marquis de Villeroy (fig. 401). » 

Ces mascarades étaient très à la mode, le Roi s'y plaisait 




Fig. 401. — Anne-Marie Martinozzi, princesse de Conty, nièce de Mazarin. 



beaucoup, son frère bien davantage encore; rien ne causait 
tant de joie à ce dernier que de pouvoir s'habiller en femme. 
On n'avait pas combattu cette faiblesse, dans son enfance, on dit 
même qu'on l'y avait encouragé, afin de le rendre incapable de 
causer des embarras au Roi, par son ambition ou son intelligence. 
Il s'amusait à parer lui-même les dames de la cour. Il les coiffait, 
ajustait leurs rubans et, chaque fois qu'il en avait l'occasion, prenait 
le costume féminin. Il n'était pas le seul en France. L'abbé de 



556 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Choisy, fils d'une dame d'honneur de Madame, avait reçu à peu 
près la même éducation. Sa mère, n'ayant pas de fille, se com- 
plaisait à le parer de vêtements de femme et l'intimité qu'il 
avait avec Monsieur acheva de lui donner des goûts aussi étranges 
que # ridicules. Ses mémoires indiquent l'aberration de son esprit. 
Il se réjouit de trouver dans l'inventaire de la succession mater- 
nelle une paire de pendants d^oreilles, valant dix mille francs, une 
croix de cinq mille et toutes espèces de bagues et de joyaux 
« pour se faire belle ». 

Au début, il n'osa donner pleine carrière à sa malheureuse 
manie. Il attendait le soir pour se travestir. Il se parait alors 
de ses bijoux, arrangeait ses cheveux, se mettait des cornettes 
garnies de dentelle et se contemplait avec joie dans tous les 
miroirs. Comme on ne prenait pas cette sottise trop au sérieux, 
il devint plus audacieux ; il acheta une maison dans le faubourg 
Saint-Marceau et, sous le nom de Madame de Sancy, il s'y 
établit tout comme une dame. Il ne quitta plus son déguisement, 
fit des visites, alla à l'église, se promena partout, minaudant, 
poudré, se complaisant dans son rôle. A la paroisse, les mar- 
guilliers lui envoyèrent un cierge pour la procession et il y 
parut, soutenu par Monsieur de la Neuville, qui lui servait 
d'écuyer, la queue de sa robe portée par un laquais, comme 
toutes les grandes dames. 

Un jour qu'il rendit le pain bénit, il voulut accomplir cette 
cérémonie avec toute la magnificence qu'on aurait pu exiger 
d'une très noble dame. Il s'était fait faire pour la circonstance 
une splendide robe de damas de Chine blanc, doublée de taffetas 
noir avec une échelle de rubans noirs. Aux manches et à la 
taille, grosses touffes de rubans. Cette robe s'ouvrait sur une jupe 
de velours noir et sa coiffure était un chef-d'œuvre de bon goût 
et d'élégance. 

Un petit bonnet de taffetas noir était attaché sur sa perruque 
poudrée. Il était orné de cinq à six poinçons de diamants et de 
beaucoup de rubans. La marquise de Noailles lui avait prêté ses 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 557 

pendants d'oreilles en brillants; enfin il était superbe et, pour 
embellir encore sa beauté, il s'était fourré trois à quatre grandes 
mouches et une douzaine de petites sur le visage. 

A la quête, son écuyer le suivait avec une femme de chambre 
et trois laquais. 

Une autre fois, il vient à l'Opéra dans une robe blanche à 
fleurs d'or, dont les parements étaient de satin noir, avec des 
rubans couleur de rose, des diamants et des mouches; il y obtient 
un vrai succès. 

En Berri, il ne craint pas de jouer la comédie en femme, et 
rien ne lui semble préférable au bonheur de s'entendre dire : 
Comme elle est jolie ! 

On ne tarda pas à faire courir sur lui les chansons et les 
quolibets : 

Sancy au faubourg Saint-Marceau 
Est habillé comme une fille. 
Il ne paraîtrait pas si beau 
S'il était encor dans la ville. 



Tout le peuple de Saint-Médard 
Admire comme une merveille 
Ses robes d'or et de brocart, 
Ses mouches, ses pendants d'oreilles. 



Cette époque fut celle de la grande vogue du masque. Il 
accompagna la poudre et les mouches. On allait masqué aux 
fêtes, aux dîners, aux soupers, aux promenades. La noblesse 
avait tenu longtemps le masque, comme lui étant exclusivement 
réservé; mais vers le milieu du xvii'= siècle elle fut tout à fait 
débordée par la bourgeoisie. 

Scarron, dans le Roman comiqrie, dit que les bourgeoises de 
toutes conditions portent le masque jusque dans les églises, de 
même qu'elles ornent leurs vêtements de quantités de dentelles et 
de rubans. Il ajoute que leur savoir vivre est tel, qu'elles peuvent 
se mêler aux cercles des femmes de la noblesse, sans crainte 
d'être découvertes. 



558 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

Un très curieux pamphlet contre les modes, qui parut vers 
1630, peint avec des couleurs très justes l'état de la société et 
du luxe à cette époque. L'auteur fait comparaître autour d'une 
jeune mère une société composée de femmes de tous les états. 
On déblatère un peu sur le prochain, on se plaint, on se moque. 
Voici Madame Claremonde qui s'est faite demoiselle aux dépens de 
son mari. Depuis qu'elle a commencé à porter le masque, elle 
en est si orgueilleuse, que, même à l'église, elle ne le déferait 
pas pour tout l'or du Pérou ! (fig. 402). 

Il était inconvenant de porter le masque à l'église; de même 
que pour saluer quelqu'un, on devait l'ôter sous peine de manquer 
à la politesse. 

On parle de la fille de Madame Ledoux qui était, il y a deux 
jours, femme de chambre au logis de Madame de Chevreuse et 
maintenant porte autant d'atours que la plus grande dame de la 
cour. Elle a beau se parer, dit une bonne langue, ni son masque, 
ni ses perles ne lui blanchiront le teint . 

Les bourgeois de bonne et ancienne famille laissaient souvent 
entrer leurs filles dans de grandes maisons en qualité de femmes 
de chambre. Comme elles étaient bien élevées et instruites, elles 
devenaient pour leurs maîtresses des confidentes et presque des 
amies. C'est ce qui explique l'intimité qu'on voit régner dans les 
comédies du temps entre la maîtresse et sa servante, intimité 
qui nous choque parfois. 

— « Mon père, dit une jeune femme de chambre présente 
« dans la société de l'accouchée, mon père que vous savez être 
« procureur et qui a des moyens assez honnêtement, a marié au 
« commencement ses deux filles à deux mille écus et a trouvé 
« d'honnêtes gens. A présent, quand il aurait deux mille livres 
« comptant, il ne pourrait trouver un parti pour moi : occasion 
« qui a tenu ma mère de me donner la coiffe et le masque pour 
« servir de servante et avoir la superintendance sur le pot et 
« sur la vaisselle d'arg-ent. » 

La bourgeoise de robe est très haute envers les fruitières, les 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



559 



meunières et autre racaille de basse classe, qu'elle déclare bien 
effrontées de lui faire visite. 

La femme d'un médecin trouve étrange que des chirurgiens 




Fig. 403. — Gabrielle-Louise de St-Siuion, duchesse de Brissac. 



osent donner à leurs fils des offices de contrôleurs de 15 à 16,000 
livres; enfin, il se fait une violente poussée de bas en haut dans 
tout ce monde, poussée que favorisent les mariages entre la bour- 
geoisie riche et la noblesse qui a besoin de se redorer. 11 y a 



jôo HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

bien d'honorables exceptions, de bonnes bourgeoises à capuchon, 
qui protestent tristement contre ces ambitions déplacées, mais ces 
exceptions sont rares. 

Écoutez ce que dit le Roman bourgeois, décrivant la place 
Maubert, où la petite bourgeoisie tenait ses assises : 

— « C'est le centre de toute la galanterie bourgeoise du quartier, 
« et elle est assez fréquentée à cause que la licence de causer y 
« est assez grande. C'est là que sur le midy arrive une caravane 
<< de demoiselles à fleur de corde, dont les mères, il y a dix 
« ans, portaient le chaperon, vraie marque et caractère de la 
« bourgeoisie, mais qu'elles ont tellement rogné petit à petit qu'il 
« s'est évanoui tout à fait. Il n'est pas besoin de dire qu'il y 
« venait aussi des muguets et des galants, car la conséquence en 
« est assez naturelle. Chacune avait sa suite plus ou moins 
« nombreuse, selon que sa beauté ou son bonheur les y attirait. » 

La haute bourgeoisie se réunissait aux Tuileries. 

— « On voit là, étalé dans les habits, tout ce que le luxe peut 
« inventer de plus tendre et de plus touchant. Les dames avec 
« des modes toujours nouvelles, avec leurs ajustements, leurs 
« rubans, leurs pierreries et les agréables manières de s'habiller 
« étalent, dans les étoffes d'or et d'argent, les applications de leur 
« magnificence » 

Aux masques il faut ajouter les mouches. Ce fut vers 1640 
que leur vogue arriva à son apogée. Les poser, les ajuster selon 
la beauté ou l'air du visage, selon l'état de son esprit, selon le 
caprice du moment, était affaire capitale. Une femme mettait 
plus d'une heure à poser ses mouches. Quoiqu'elles fussent sans 
exception en taffetas noir, on distinguait de suite celles qui 
venaient de la bonne faiseuse. Les rondes s'appelaient assassines, 
et toutes avaient un nom particulier, d'après la place qu'elles 
occupaient sur le visage. Près de l'œil, c'était la passionnée; au 
coin de la bouche, la baiseuse ; sur les lèvres, la coquette ; sur 
le nez, l'effrontée; sur le front, la majestueuse; au milieu de la 
joue, la galante. Les hommes avaient la faiblesse de mettre aussi 




M) 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 561 

des mouches; un recueil de « maximes morales et chrestiennes 
pour le repos des consciences » reproche à certains abbés frisés 
et poudrés de se couvrir le visage de mouches et de se montrer 
tous les jours, en habit libertin, parmi les cajoleries des concerts 
et des Tuileries. 

Heureusement, le sexe fort comprit vite que cet usage était 
aussi ridicule que malséant et le laissa aux dames (fig. 403). 
Reprenons l'histoire de la coiffure en cheveux. 
Nous avons vu Anne d'Autriche lui donner une forme qui fut 
le type de son époque; quelques modifications imaginées pour les 
jeunes femmes la rendirent un moment aussi seyante que gracieuse. 
Au lieu de la simple garcette, on laissa paraître sur le front 
une rangée de boucles légères, parfois même deux. Les cheveux 
ne furent plus tirés si plats sur le haut, on les fit légèrement 
bouffer ou onduler, on revit aussi la poudre, mais cependant encore 
à l'état d'exception. Un livre curieux, publié en 1621 en l'honneur 
de la calvitie, donne de précieux renseignements sur les coiffures 
du temps. 

— « Mais j'ay beau haranguer, dit l'auteur, je voy bien que 
« je ne doy attendre des femmes ny grâce, ny faveur, ny me 
« promettre qu'avec moy elles se portent au mespris des cheveux, 
« La peine qu'elles prennent à bien tenir les leurs, à les poudrer, 
« parfumer, friser, à les crespillonner, tordre, tresser et anneler, 
« et bref à se gesner par trop d'amour qu'elles leur portent, et à 
« les contraindre en mille façons, tout cela montre assez combien 
« elles aiment les chevelus. 

« Elles ont si peu de finesse qu'elles croyent à tout ce que 
« leur babillent leurs charlatans amoureux, qui leur chantent que 
« leurs blondes tresses sont les prisons et les fers des cœurs les 
« plus rebelles; que leurs crespés déliés sont les retz où s'attrape 
« la liberté des âmes les plus fines; que ce n'est que pour leurs 
« cordons retors que les zéphyrs soupirent et que c'est dedans 
« ces subtits nœuds de soie qu'Amour se trouve pris lui-même. 
« Elles avalent plus doux que miel, de leurs oreilles charmées, le 

37 



562 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

« breuvage empoisonné de ces cajolleries et s'enyvrent si bien de 
« la bonne opinion d'elles-mêmes, qu'elles commanderoyent leur 
« vanité d'aller attacher leurs beaux cheveux après ceux de 
« Bérénice, si la même vanité ne leur avait déjà fait croire que 
« c'est bien plus de gloire à leurs cheveux de loger sur leurs 
« testes que dans le ciel. » (i). 

Sur le point de se marier avec l'Infante Marie-Thérèse, le roi, 
accompagné d'une cour brillante, alla chercher sa jeune femme 
sur la frontière de son royaume. La première entrevue dut lui 
faire une impression pénible, car l'étiquette et les modes espa- 
gnoles avaient fait un vrai magot de la pauvre future reine. 
Au lieu de laisser resplendir ses beaux cheveux, sa camerera 
major l'avait surchargée d'une lourde perruque, à boucles nouées 
de petits rubans. Ses vertugadins, ses « guards infants » étaient 
d'une ampleur si ridicule, qu'elle ne pouvait qu'avec peine se tenir 
sur la même estrade que la reine d'Espagne. Madame de Motte- 
ville, qui assista à ce mariage, ne peut assez déplorer le mauvais 
goût des dames espagnoles et surtout cette perruque horrible 
dont elles avaient attifé la royale fiancée. « Celle-ci, dit-elle, fut 
« encore rendue plus laide, le jour du mariage, par une manière 
« de bonnet blanc, plus propre à la défigurer qu'à lui donner de 
« l'ornement. » Elle ajoute plus loin : « Sa coiffure avait une 
« largeur colossale. L'infante Reine portait un habit blanc d'une 
« assez laide étoffe en broderie de talc, car la broderie d'argent 
« était interdite en Espagne. Elle avait des pierreries enchâssées 
« dans beaucoup d'or. » 

C'est qu'une reine d'Espagne était un objet inerte, sans initiative, 
ne pouvant avoir aucun goût particulier, encore moins de liberté, 
toujours courbée sous le joug d'une étiquette implacable, qui fai- 
sait de sa vie une vie morne et inintelligente. Ses toilettes étaient 
désignées d'avance dans tous leurs détails, elle n'avait pas même 
le plaisir de les choisir (fig. 404). 

(i) Le chauve ou mespris des cheveux^ par Jean Daut. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



563 



C'était une femme de parade, une statue plutôt qu'un être 
animé. Telles ont dû être les princesses que leur mauvaise étoile 
a amenées sur le trône d'Espagne, car Elisabeth de France, qui 
excita la compassion de Brantôme, eut des héritières. 




Fig. 404. — Marie, Iiifaate d'Espagne, fille de Philippe III, femme de l'Empereur Ferdinand III, 
d'après un portrait fait à l'époque de son mariage. 



Madame de Motteville se sent horrifiée par les « guards-infants », 
qui lui font l'effet d'une machine monstrueuse. Elle n'est pas la 
seule Française revenant d'Espagne avec une triste impression sur 
les femmes de ce pays. Une autre voyageuse revient sur ces jupes 
dans lesquelles on a cousu plusieurs cercles de tonneau, qui, au lieu 



564 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

d'être ronds, sont aplatis devant et derrière et s'élargissent déme- 
surément de chaque côté, de façon qu'une grande dame qui marche 
offre le plus singulier spectacle pour les yeux peu habitués à cette 
mode disgracieuse. 

Madame d'Aulnoy visita l'Espagne vers la même époque. Elle 
s'étend aussi sur la tyrannie de l'étiquette, qui lui paraît, dans ce 
pays, une chose insupportable. Elle dit que les femmes sont géné- 
ralement petites, qu'elles portent des manchons de la longueur 
obligatoire d'une demi-aune, d'ailleurs de la plus belle martre 
zibeline, et valant jusque quatre et cinq cents écus. Ces pauvres 
créatures devaient étendre démesurément les bras pour pouvoir 
mettre, seulement le bout de leurs doigts dans ces manchons. 
Avec cela, un vêtement très serrant des épaules, gênant les mou- 
vements des bras et permettant à peine d'entrer dans leurs 
manches. Ajoutez les guards-infants et les chapins, sorte de soulier 
qui les empêchait de marcher, et vous aurez une idée du supplice 
imposé par l'étiquette à toute grande dame espagnole. 

Madame d'Aulnoy ne pardonne pas aux nobles épouses des 
hidalgos le peu de confort de leurs habitations et même de leurs 
mœurs. L'usage de manger par terre lui semble, à juste titre, plus 
digne d'une nation barbare que d'un peuple civilisé. Cet usage 
était imposé par les terribles guards-infants, qui ne permettaient 
pas de s'asseoir sur une chaise et encore moins dans un fauteuil. 
On avait un carreau par terre sur lequel on s'affaissait au milieu 
de sa robe en ballon. Madame d'Aulnoy emprisonnée, selon la 
mode française,, dans un corps baleiné, trouvait cette position à 
la Turque vraiment intolérable. 

Voici comment elle dépeint la toilette d'une grande d'Espagne: 

■ — « Dès le matin dit-elle, une grande dame n'a rien de plus 
pressé que de prendre une tasse pleine de rouge et avec un 
gros pinceau de s'en mettre non seulement aux joues, mais au 
menton, sur le nez, au-dessus des sourcils et au bout des oreilles. 
De la beauté, elle ne s'inquiète guère, ce qu'elle veut avant tout 
c'est être très rouge. En outre elle se frotte du rouge au dedans 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



565 



des mains, aux doigts et sur les épaules et cette peinture se 
fait deux fois par jour, au lever et au coucher. » 

« Quand elle est habillée, la grande dame se fait parfumer. Une 
suivante commence pjir l'entourer de fumée de ^pastilles qu'elle 




Fig. 405. — Marie, Infante d'Espagne, iemn.e de l'Emjeieur Ferdinand III, gravure de 1646. 



fait brûler, pendant qu'une autre chambrière prend de l'eau de 
fleur d'oranger, s'en emplit la bouche et en serrant les dents la 
rejette comme une pluie sur sa maîtresse. » En tout se révélait, 
pour la voyageuse, un mélange de luxe et de misère très frappant. 
Les dames ne voulaient porter que du beau linge, mais ce beau 



-66 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMIXIXE 

linge se réduisait à une chemise. Elles aimaient les surcharges 
de bijoux, mais ces bijoux étaient mélangés d'autant de pierres 
fausses que de vraies. Sur leurs têtes elles cherchaient à mettre 
le plus d'ornements possible, surtout beaucoup d'épingles repré- 
sentant des mouches ou des papillons de diamants et de pierres 
de covileur. Enfin le bon goût leur manquait complètement (fig. 405). 
. Pour en revenir à la reine dont le sort préoccupait tant les 
■visiteuses étrangères, décrivons un de ses costumes, pour donner 
une idée de la mode espagnole. 

Elle devait porter une espèce de corset de satin brodé découpé 
sur du brocart d'or, boutonné par de gros rubis d'tine valeur 
considérable, ajusté et serré au col comme un pourpoint. Les 
manches étaient étroites, avec de grands ailerons autour des épaules, 
pendaient aussi longues que la jupe et s'attachaient au côté avec 
des roses de diamants. Son vaste vertugadin l'empêchait de 
s'asseoir autrement que par terre. Autour du cou ime grosse 
fi"aise lui engonçait la tête et enfin un poids considérable de 
chaînes d'or et d'enseignes ache\-ait son martj're. Sa coifïure était 
large avec abus de faux cheveux. Le front, trop découvert et sans 
frisure, n'avait point d'agrément. Généralement les dames espa- 
gnoles tressaient leurs cheveux par derrière et les rattachaient à 
la tête, par-d par-là, avec des rubans. 

La reine d'Espagne dînait seule, les Infantes dînaient seules 
aussi. Au mariage de Louis XH" et de Marie-Thérèse, les dames 
françaises couraient d'un appartement à l'autre, pour voir ces 
princesses assises par terre, mangeant en silence au milieu d'un 
cercle de courtisans r^pectueux. et ser\-ies à genoux par des 
menins. 

Les faux cheveux étaient une des nombreuses obligations de 
l'étiquette. Comment douter qu'aussitôt arrivée en France, la jeune 
Marie-Thérèse ne s'empressât de rejeter tout cet appareil incom- 
mode pour adopter le costume français, que l'édquette laissait libre 
de toute entrave. Et cependant, ces mêmes entraves, l'appât 
d'une couronne les taisait oublier aux princesses françaises. Peu 



HISTOIRE DE I_\ COIFFURE FÉMININE 



567 



d'années après. Charles II, fils de Philippe I\', épousait en 16S9 
Marie-Louise d'Orléans, nièce du roi de France et les fêtes de ce 
mariage furent dignes des deux maisons royales, qui s'unissaient de 
nouveau. La princesse arrivait avec les modes françaises, sa tête 
n'était pas surchargée de perruques ni d'ornements incommodes. 




Fig. 406. — Marie-Lonise d'Orléans, femme de Charles II, roi d'Espagne, d'après une 
médaille âappée lors de son mariage. 



Ses beaux cheveux tombaient sur ses épaules en quelques 
mèches bouclées retenues aux tempes par un joyau, coiffure que 
quelques jeunes filles portaient à cette époque. Sa robe était si 
couverte de broderies qu'on nen voyait pas l'étoffe. Quand elle 
monta à cheval suivie de ses filles d'honneur, elle mit un chapeau 
garni de quelques plumes, au milieu desquelles brillait la perle 



S68 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



appelée Pérégrin, aussi grosse qu'une petite poire et d'une valeur 
inestimable (fig. 406). 

Les corbeilles de noce destinées à contenir les nombreux objets 
offerts à la nouvelle reine étaient au nombre de huit et si lourdes 
que quatre femmes ne pouvaient en soulever une. Elles étaient 
pleines de bijoux, d'objets précieux, de brocart d'or, enfin de tout 
ce que le luxe espagnol pouvait présenter à une jeune souveraine. 




Fig. 407..— Marie-Thérèse, femme de Louis XIV, d'après une médaille.' 



Quand l'Infante Marie-Thérèse arriva à la cour de France, elle 
y trouva un genre de coiffure très gracieux et mis à la mode 
par les belles nièces du cardinal Mazarin. La dite coiffure con- 
sistait dans la suppression des deux touffes bouffantes des côtés, 
pour laisser les cheveux frisés en petites boucles tout autour du 
visage et tombant en mèches ondulées sur les épaules. Un rond 
orné de perles et de ruban s'attachait à la nuque (fig. 407). 

Le règne de cette nouveauté dura cinq à six ans, après lesquels 
les bouffons de chaque côté regagnèrent insensiblement leur ancienne 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



569 



faveur. En 1670, ils étaient en pleine vogue. On les exagéra jusqu a 
l'absurde. Tantôt ils devenaient énormes et se terminaient en boucles 
longues, tantôt ils étaient composés d'une quantité excessive de 




Fig. 40S. — Eléouore-Marie d'Autriche, femme de Michel, roi de Pologne, gravure de 1670. 



petites boucles, formant un amas léger de chaque côté de la tête 
et se terminant par une ou deux longues mèches ondulées ou 
roulées. Dans cet ébouriffement on plaçait force petits nœuds de 
rubans, force bijoux, fils de perles, poinçons ou autres affiquets ; 



570 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



plus une femme en avait, plus elle se croyait belle (fig. 408). 
Quelques élégantes couronnaient cet édifice capillaire d'une petite 
calotte à pointe par devant en soie écrue ou en réseau. Survinrent 
les cornettes. La première ne fut d'abord qu'une passe légèrement 
bouillonnée garnie de dentelles avec de larges bouts qui pendaient 
par derrière. La coiffe ou grand mouchoir de soie noué sous le 
menton était devenue d'un usage habituel. 

Le plus joli modèle de coiffure, vers 1670, est celui de Madame 




Fig. 409. — Madame de Sévigné, d'après un portrait de Mignard. 



de Grigrian, que Montgobert, sa fidèle et adroite chambrière, savait 
si bien exécuter. Le type général d'alors était une tête large et 
plate. Mais la largeur était moindre déjà que celle que nous voyons 
à Madame de Sévigné, qui continua de porter dans son âge mûr 
la mode de sa jeunesse (fig. 409). Sa fille, au contraire, se confor- 
mait aux dernières modes. Ses cheveux étaient très fournis au 
bas du visage, qu'encadraient des boucles de toutes grandeurs. 
On se faisait alors coiffer par des femmes. Il ne semble pas que 
Champagne ait eu des imitateurs immédiats. Son talent et sa 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 571 

vogue furent recueillis par la Martin, coiffeuse demeurée célèbre 
dans les fastes de la coiffure, par la révolution qu'elle opéra vers 
la fin du siècle autour des têtes féminines, poussant en hauteur 
toute la largeur passée. Cela ne se fit pas tout d'un coup; les 
premières qui osèrent dégager les joues furent l'objet d'une critique 
acerbe (fig. 410). 

— « J'allai l'autre jour chez la duchesse de Ventadour, écrit 
« Madame de Sévigné à sa fille, en 1671, elle était belle comme 
« un ange. Madame la duchesse de Nevers y vint coiffée à faire 




Fig. 410. — Madame de Grignon, d'après un portrait. 

« rire; il faut m'en croire, car vous savez comme j'aime la mode. 
« La Martin l'avait bretaudée par plaisir comme un patron de 
« mode excessive; elle avait donc tous les cheveux coupés sur la 
« tête et frisés naturellement par cent papillottes, qui la font 
« souffrir toute la nuit; cela fait une petite tête de chou ronde, 
« sans que rien accompagne des côtés. Elle n'avait point de 
« coiffe, mais encore passe, elle est jeune et jolie ; mais que toutes 
« ces femmes de Saint-Germain se fassent têtonner par la 
« Martin, cela est au point que le Roi et toutes les dames en 
« pâment de rire; elles en sont encore à cette jolie coiffure que 



572 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



« Monto-obert fait si bien, je veux dire ces boucles renversées. 
« Voilà tout, elles se divertissent à voir outrer cette nouvelle 
« mode jusqu'à la folie » (fig. 411). 




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Fig. 411. — Louise de la Baume-le-Blanc, duchesse de La Vallière, d'après soirporlrait de la 

Galerie du Palais-Royal. 



On appelait cela des coiffures hurluberlu. La marquise a de la 
peine à s'y habituer. 

— « Les coiffures hurluberlu m'ont fort divertie, écrit-elle quel- 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



573 



« ques jours après, il y en a qu'on voudrait souffleter. La Choiseul 
« ressemblait, comme dit Ninon, à un printemps d'hôtellerie comme 
« deux gouttes d'eau. » 

Elle s'y fait cependant. Quatre jours après, elle revient sur son 
premier jugement. 

« Je vous mandai l'autre jour la coiffure de Madame de Nevers, 
« et dans quel excès la Martin a poussé cette mode; mais il y a 
« une certaine médiocrité qui m'a charmée et qu'il faut vous 




Fig. 412. — Marie, duchesse de Sirameren, d'après une médaille frappée en 1688. 



« apprendre, afin" que vous ne vous amusiez plus à faire cent 
« petites boucles sur vos oreilles, qiii sont défrisées en un moment, 
« qui siéent mal et qui ne sont non plus à la mode présente- 
« ment que la coiffure de la reine Marie de Médicis. Je vis hier 
« la duchesse de Sully et la comtesse de Guiche, leurs têtes sont 
« charmantes; je suis rendue, cette coiffure est faite justement 
« pour votre visage ; vous serez comme un ange, et cela est fait 
« en un moment. Voici ce que Trochanire (M™ de la Troche), 
« qui vient de Saint-Germain, et moi, allons vous faire entendre, 
« si nous pouvons : 



574 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



« Imaginez-vous une tête partagée à la paysanne jusqu'à deux 
« doio-ts du bourrelet; on coupe les cheveux de chaque côté, 
« d'étage en étage, dont on fait de grosses boucles rondes et 
« négligées, qui ne viennent pas plus bas qu'un doigt au-dessous 
« de -l'oreille; cela fait quelque chose de fort jeune et de fort joli, 
« et comme deux gros bouquets de cheveux de chaque côté. Il ne 
« faut pas couper les cheveux trop courts, car comme il faut les 
« friser naturellement, les boucles, qui en emportent beaucoup, ont 
« attrapé plusieurs dames, dont l'exemple doit faire trembler les 
« autres. On met les rubans comme à l'ordinaire et une grosse 
« boucle nouée entre le bourrelet et la coiffure; quelquefois on 

« la laisse traîner jusque sur la gorge » (fig. 412). Et Madame 

de la Troche prend la plume pour ajouter à cette description : 

— « Madame, vous serez ravissante, tout ce que je crains, 
« c'est que vous n'ayez regret à vos cheveux. Pour vous fortifier, 
« je vous apprends que la Reine et tout ce qu'il y a de femmes 
« et de filles qui se coiffent à Saint-Germain, achevèrent hier de 
« les faire couper par la Vienne, car c'est elle et Mademoiselle de 
« la Borde qui ont fait toutes les exécutions. Madame de Crussol 
« vint lundi à Saint-Germain, coiffée à la mode; elle alla au 
« coucher de la Reine, et lui dit : 

« Ah ! Madame, Votre Majesté a donc pris notre coiffure ? 
« Votre coiffure, lui répondit la Reine, je vous assure que je n'ai 
« point voulu prendre votre coiffure; je me suis fait couper les 
« cheveux, parce que le Roi les trouve mieux ainsi ; mais ce n'est 
« point pour prendre votre coiffure! » 

« On fut surpris du ton avec lequel la Reine lui parla, mais 
« voyez un peu où Madame de Crussol allait prendre que c'était 
« sa coiffure, parce que c'est celle de Madame de Montespan, de 
« Madame de Nevers et de la petite de Thianges » 

Madame de Grignan, avec l'instinct d'une jolie femme, avait 
compris la coiffure. 

« Je suis bien aise que vous l'ayez comprise, lui répond sa 
« mère, c'est justement ce que vous aviez envie de faire; ce 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 575 

« taponage vous est naturel; vous avez cent fois pensé l'inventer, 
« mais vous avez bien fait de ne pas prendre cette mode à la 
« rigueur. Le bel air est de se peigner pour contrefaire la tête 
« naissante. Cela est fait en un moment. Nos dames sont bien loin 
« de là avec leurs coiffures glissantes de pommades et leur che- 
« veux de deux paroisses, cela est bien vieux ! » (fig 413). 

Les coiffures à boucles avaient l'avantage de s'accommoder à 
l'air du visage. On pouvait, selon sa fantaisie, les multiplier, les 
épaissir ou les diminuer. Cette facilité de varier du jour au len- 
demain, avait, par contre, l'inconvénient de compliquer le travail 
d'esprit des élégantes et le travail manuel des chambrières. La 
Vienne, émule de la Martin, et les autres artistes capillaires fémi- 
nins avaient fort à faire pour suffire à la besogne, et les exilées 
en province se désespéraient de n'avoir plus leur habile concours. 

« Toujours à sa toilette, dit Madame Grognon, dans le Distrait 

et devant son miroir, 

Voilà tout son emploi du matin jusqu'au soir ! 

A quoi Lisette, la camériste, répond : 

Vous parlez bien à l'aise avec votre censure 

Il m'a fallu trois fois réformer sa coiffure, 

Nous avons toutes deux enragé tout ce jour 

Contre un maudit crochet qui prenait mal son tour. 

La grande faveur de Madame de Montespan développa beau- 
coup la coquetterie. Elle effaçait si complètement la Reine, qu'on 
finit par ne plus voir que la favorite et prendre d'elle le ton de 
la mode. Les boucles lui allaient bien, elle les multiplia. Madame 
de Sévigné la vit à Versailles un jour de grande cérémonie. 

« Elle était habillée de point de France, coiffée de mille boucles ; 
« les deux des tempes lui tombent fort bas sur les joues ; des 
« rubans noirs à sa tête, des perles de la Maréchale de l'Hôpital 
« embellies de boucles et de pendeloques de diamans de la der- 
« nière beauté, trois ou quatre poinçons, point de coiffe; en un 



5,6 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



« mot une triomphante beauté à faire admirer à tous les ambas- 

« sadeurs (fig. 414)- » 

Dans le néo-liaé, on portait des coiffes ajustées de dentelles. 
Madame de Sévigné nous parle d'une certaine Madame La 
Baroire, qui se coifiait à la jeune avec des bonnets à doubles 
carillons. A Vichy, la présence de deux sémillants gentilhommes 
de la cour, Messieurs de Termes et de Flamarens, excite la 
coquetterie des dames. Dès le matin, on les voit en coiffure 
hurlupées, poudrées, frisées, avec des bonnets à la bascule, du rouge, 




Fig. 413. — Mademoiselle de la Vallière. . 

des mouches, et de petites coiffes qui pendent, enfin en grand 
attirail de guerre, dont se moque l'aimable marquise. 

Madame de Sévigné aime les cornettes, elles lui épargnent 
l'ennui de faire les coiffures compliquées qu'elle commence à trouver 
un peu jeunes pour elle. Aux Rochers, son château de Bretagne, 
elle va dîner chez sa voisine. Madame de Marbeuf, avec une 
robe de chambre bien chaude, une jupe violette or et argent et 
une belle «coiffure de toutes cornettes de chambre négligées». C'était 
au début de la vosfue des Fontansfes. On connaît l'origine, de 
cette mode. La jeune duchesse de Fontanges, dans tout l'éclat 
de sa beauté, et de sa faveur, suivait un jour le roi à la chasse 




415. 



■ Aniie-Marie Hennequiu, femme de Heuiy Gouffier, duc de Roaiiiiez, et sa liUe, 
la duchesse de la Feuillade, d'après un portrait du temps. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



S77 



Sa coiffure bouclée se trouva dérangée par le vent. Elle prit un 
ruban et noua ses boucles ensemble sur le front. Le roi fut 
charmé de cette invention et engagea la duchesse à la continuer. 
Aussitôt toutes les dames eurent des coiffures à la fontange. 
On ne se contenta pas d'une touffe, de boucles, on les augmenta 




Fig. 414. — Françoise-Adélaïde de Rochechouart, marquise de Moiitespan. 



peu à peu jusqu'à ce qu'elles fissent sur le haut de la tête, un 
véritable monument. Il fallut soutenir cet édifice avec des fils de 
fer. La cornette s'accrut en même temps. Elle fut d'abord com- 
posée d'un fond bouillonné avec une ou deux dentelles plissées 
en rayons s'élevant au-dessus des boucles. Ces rayons grandirent 
avec l'échafaudage de devant. On porta deux, trois rangs de 
dentelles sujoerposées ; il fallut toute une palissade de fils d'archal 



578 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



pour soutenir ces tuyaux. La mode, encore cette fois, donna libre 
cours aux variantes les plus fantastiques. Les cornettes, bonnets 
ou coiffures prirent mille noms expressifs. Regnard, dans l'une de 
ses meilleures comédies : « Attendez-moi sous l'orme, » donne les 
détails les plus amusants sur les folies de la mode de son temps. 
La pièce fut représentée en 1694, et déjà alors Louis XIV se fati- 
guait des exagérations des coiffures à la Fontange. Depuis longtemps 
il ne trouvait plus de charme à ce souvenir d'un temps qu'il 
voulait oublier. 

Regnard entre donc dans ses vues, en se moquant avec esprit 
des folies de la coquetterie féminine. 

C'est Pasquin, le valet audacieux et adroit, qui parle à la naïve 
Agathe 

« Pasquin. — Parlons des beaux habits que mon maître vous a fait venir. 

Agathe. — Ah ! Pasquin, j'en suis charmée. 

Pasquin. — A propos, mon maître voulait vous voir aujourd'hui parée. 

Agathe. — Je voudrais bien l'être aussi, mais je ne sais lequel je dois mettre de 
ces deux habits. Dis-moi, Pasquin, lequel me siéra-t-il mieux de l'innocente ou de la 
gourgandine (i) ? 

Pasquin. — La gourgandine a toujours été le goût de mon maître. 

Agathe. — Il f^ut que les femmes de Paris aient bien de l'esprit pour inventer de 
si jolis noms. 

Pasquin. — Malpeste', leur imagination travaille beaucoup. Elles n'inventent point 
de modes qui ne servent à cacher quelque défaut. Falbala par haut pour celles qui 
n'ont point de hanches ; celles qui en ont trop le portent plus bas. Le col long et les 
gorges creuses ont donné lieu à la Steinkerke, et ainsi du reste. 

Agathe. — Ce qui m'embarrasse le plus, c'est la coëffure. Je ne pourrai jamais 
venir à bout d'arranger tant de machines sur ma tête, il n'y a pas de place pour en 
mettre seulement la moitié. 

Pasquin. — Oh ! quand il s'agit de placer des fadaises, la tête d'une femme a plus 
d'étendue qu'on ne pense. Mais vous me faites souvenir que j'ai ici le livre instructif 
que la coëffeuse a envoyé de Paris. Il s'intitule : Les éléments de la toilette ou le 
système harmonique de la coëffure d'une femme. 

Agathe. — Oh ! que ce livre doit être joli ! 

Pasquin. — (Tirant un livre de sa poche). 

Voici le second tome. Pour lé premier, il ne contient qu'une table alphabétique des 

(l) Nom donné à une certaine forme de robe. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 579 

principales pièces qui entrent dans la coaipositioQ d'une commode comme : La duchesse, 
la fontange, le tête-à-tête, le mousquetaire, le solitaire, le chou, la culbute, le croissant 
le firmament, le dixième ciel, la paUssade, la souris. 

Agathe. — Ah ! Pasquin, cherche-moi l'endroit où le livre dit que se met la 
souris. J'ai un nœud de ruban qui s'appelle comme cela. 

Pasquin. — C'est ici quelque part ; attendez : Coëffure pour raccourcir le visage. 
Ce n'est pas cela. Petits tours blonds à boucles fringantes pour les fronts étroits et 
les nez longs. Je n'y suis pas. Supplément ingénieux qui donne le relief aux joues 
plates. Quoi ! Cornettes fuyantes pour faire sortir les yeux en avant. Ha ! voici ce que 
vous me demandez. La souris est un petit nœud de nonpareille qui se place dans le 
bois. Nota, qu'on appelle petit bois un paquet de cheveux hérissés, qui garnissent le 
pied de la futaie bouclée. Mais vous lirez cela à loisir. Allez vite arranger votre toilette. 
Je vous enverrai mon maître sitôt qu'il aura fini une petite affaire. » 

Est-il étonnant qu'au milieu du luxe de la cour de Louis XIV 
la coquetterie féminine ait atteint son apogée ? Pour un regard 
du roi, une femme consentait à se mettre à la torture des journées 
entières. La magnificence déployée par Louis XIV dans les années 
brillantes de son règne dépasse toute imagination; en outre, ses 
largesses envers les grands seigneurs, en excitant leur cupidité, 
leur faisait faire des dépenses folles, convaincus qu'ils étaient 
qu'elles seraient payées par le roi. 

Une dame réconciliée avec la marquise de Montespan reçoit à 
cette occasion 400 louis d'or pour sa toilette. 

« La plus incroyable chose du monde, dit St-Simon, c'est la 
« dépense que font ces dames sans avoir le premier sou, hormis 
« celles à qui le roi donne. » 

Louis XIV avait une cassette mystérieuse que l'intendant de 
ses finances ne devait jamais laisser vide. Elle était pleine de 
colliers, de pendants d'oreilles, de poinçons, de bagues de grande 
valeur. C'est là que le roi puisait, quand il jugeait à propos de 
gratifier quelque dame d'un bijou. 

Nous prenons au hasard parmi vingt autres, un ordre du roi. 
Il est conçu comme suit : 

« Il faudra y mettre un collier de perles, que je veux qui 
« soit beau, deux paires de pendans d'oreilles, l'une en diamans, 
« que je veux qui soit beau, et une de toutes pierres. Une boîte 



58o HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



« et des attaches de diamans, une boîte et des attaches de 

« toutes pierres Il faut avoir des pierres de toutes couleurs 

« pour pouvoir en changer. Il faut aussi une paire de pendans 
« d'oreilles de perles. Il faut encore quatre douzaines de boutons 
« dont on changera les pierres du milieu, etc., etc. 

L'or est partout, sur les vêtements, sur les têtes, sur les 
meubles, sur les murs, il semble qu'on ne sache qu'en faire. 
Madame de Montespan a une robe de drap d'or, brodée en or 
frisé et rebrodée d'un autre or merveilleux, la Dauphine a de la 
toile d'or, brodée d'argent, et de la toile d'argent brodée d'or, 
d'autres parsèment les diamants sur le velours et la soie, d'autres 
encore portent des habits brodés de perles et de pierres précieuses, 
c'est une folie de luxe qui passe toute imagination. Et ce monde 
frivole, galant, aimable, dépensier, mêle aux plaisirs sans cesse 
renouvelés les discussions les plus ardues sur Descartes, sur le 
jansénisme, sur la question de la grâce, le molinisme et les 
jésuites. Madame de Sévigné entremêle la description d'une toi- 
lette de dissertations philosophiques, devant lesquelles reculerait 
plus d'un homme d'Etat de nos jours. On va en foule écouter 
Bossuet, Bourdaloue, le Père de la Rue, on les entend reprocher 
avec force à cette société déjà gâtée, sous ses brillantes appa- 
rences, son luxe, ses bijoux, ses prodigalités, son faste, ses 
prétentions, ses rivalités d'ambition et de cupidité. 

« Pourquoi tant de folles dépenses, dit Bossuet. Que sert ce 
« luxe énorme dans vos maisons, tant d'or et tant d'argent dans 
« vos meubles. Jeu cruel et sanglant où l'on consume des trésors 
« immenses, où l'on engloutit les maisons et les héritages, où 
« les pères et les mères se privent de la vue de leurs enfants 
« et dont on ne peut soutenir les profusions que par des rapines 
« véritables. » 

Fénelon, malgré sa douceur, est plein de sévérité pour le luxe 
des femmes. Il écrit son austère éducation des filles et se croît 
trop indulgent. Pascal cherche à effrayer les consciences tran- 
quilles au milieu d'une splendeur trop mondaine. Il retire du 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 581 

monde le jeune duc de Roannez et l'eût laissé mourir sous les 
austérités jansénistes, comme il eût entraîné la sœur de ce seigneur 
à se cloîtrer dans Port-Royal, si leur mère, la sage Anne-Marie 
Hennequin ne fût intervenue et n'eût opposé son influence à celle 
de ce redoutable penseur (fig. 415). 

Le Père le Moine conseille aux vieilles femmes de ne plus 
aller dans le monde par la raison un peu superficielle qu'on ne 
doit pas chercher de roses sous la neige et que ce n'est qu'aux 
étoiles qu'il appartient de briller au bal. On écoutait, on discutait, 
on prenait de bonnes résolutions trop tôt oubliées et on remettait 
au lendemain de se corriger ; s'il en restait quelque chose, c'était 
bien peu, mais encore ce peu subsistait. Le travail desséchant 
du jansénisme n'avait pas encore étendu ses ravages dans les 
masses et le roi, malgré ses faiblesses, restait croyant et religieux. 
Il ne craignait pas de s'écrier après une victoire : « Remercions 
Dieu mes enfants ! » et il s'agenouillait humblement au pied de 
l'autel, convaincu que tous ses sujets s'agenouilleraient derrière lui. 

Les femmes surtout avaient conservé un fond de religion qui 
résistait aux éblouissements du monde. Madame de Longueville 
finit ses jours dans l'humilité. La pénitence de Madame de la 
Vallière fut sincère et si celle de Madame de Montespan arriva 
bien tard, elle n'en fut que plus rigoureuse. Ces exemples 
illustres ont été suivis de beaucoup d'autres moins connus de la 
foule. 

On veut mourir chrétiennement. 

Madame de Sévigné s'indigne que les dames de Provence se 
fassent enterrer avec une fontange. « Quelle profanation s'écrie- 
« t-elle, cela sent le paganisme. Ho ! que cela me dégoûterait 
« bien de mourir en Provence, il faudrait du moins que je fusse 
« assurée qu'on n'irait point chercher une coiffeuse en même 
« temps qu'un plombier ! » 

Ironie cruelle du sort ; la pauvre femme mourait peu d'années 
après dans cette Provence qu'elle craignait tant et on l'ensevelis- 
sait dans ces atours, dont elle avait manifesté tant d'horreur. 



582 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



On n'avait pas l'idée bien nette de certaines convenances, de 
celle, par exemple, de se vêtir décemment pour entrer dans une 
église. Les dames de la Cour y suivaient le roi dans leurs 
grands habits souvent très décolletés. Le pape Innocent IX dut 
fulminer des peines sévères contre les dames trop peu vêtues. 
Le lieutenant criminel La Reynie obtint un édit qui condamnait 
à l'amende les femmes qui venaient aux offices en masque. Il y 
avait, nous l'avons déjà remarqué, tout un code de civilité pour 

le masque. « A l'égard des dames, dit 
« un auteur du temps, il est bon de savoir 
qu'outre la révérence qu'elles font pour 
saluer, il y a les masques, les coiffes et 
la robe avec quoi elles peuvent témoigner 
le respect ; car c'est une incivilité aux 
dames d'entrer dans la chambre d'une per- 
sonne à qui elles doivent le respect, la 
robe troussée, le masque au visage et 
les coiffes sur la tête, si ce n'est une 
coiffure claire. 

« C'est une incivilité aussi d'avoir un mas- 
que sur le visage en un endroit où se trouve 
une personne d'éminente qualité et où on 
« peut en estre aperçue, si ce n'est qu'on fust en carrosse avec 
« elle. C'en est encore une autre d'avoir le masque au visage 
« en saluant quelqu'un, si ce n'estait de loin, encore l'ôte-t-on 
« pour les personnes royales. » 

La propreté du corps n'était pas en honneur à cette époque. 
Les bains du moyen-âge étaient bien oubliés, excepté à titre de 
médication, car les villes d'eaux furent très courues au xvii" siècle 
Un auteur du temps met au nombre des lois de la galanterie 
française l'obligation de se laver les mains tous les jours avec le 
pain d'amande et « le visage presqu' aussi souvent ». Par contre 
beaucoup de parfums. Chaque femme avait son odeur favorite, 
qui révélait sa présence avant qu'on la vît. Les masques, si bien 




Fig. 416. — Mademoiselle de 
Montpeiisier, dite La Grande 
Mademoiselle, d'après un 
médaillon. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 583 

inventés pour garder l'incognito ne servaient de rien contre les 
parfums. Madame de la Fayette assure que le comte de Guiche 
reconnaissait Madame Henriette, sœur de Monsieur, au parfum 
dont elle odorait ses coiffes. Le blanc et le rouge conservaient 
leur empire. « Si les femmes, soupirait La Bruyère, si les 
« femmes veulent seulement être belles à leurs propres yeux et 
« se plaire à elles-mêmes, elles peuvent sans doute, dans la 
« manière de s'embellir, dans le choix des ajustements et dans la 
« parure, suivre leur goût et leur caprice ; mais si c'est aux 
« hommes qu'elles désirent plaire, si c'est pour eux qu'elles se 
« fardent ou qu'elles s'enluminent, j'ai recueilli les voix et je 
« prononce de la part de tous les hommes ou de la plus grande 
«. partie que le blanc et le rouge les rendent affreuses et dégoû- 
« tantes ; que le rouge seul les vieillit et les déguise ; qu'ils 
« haïssent autant de les voir avec de la céruse sur le visage 
« qu'avec des fausses dents dans la bouche et des boules de cire 
« dans les mâchoires, qu'ils protestent sérieusement contre tout 
« l'artifice dont elles usent pour se rendre laides. » 

Les eaux étaient très à la mode. Il était de bon ton d'aller à 
Vichy, à Bourbonne, à Forges; Mademoiselle de Montpensier 
fut une visiteuse assidue de cette dernière ville. Comme main- 
tenant, on s'amusait à changer souvent de toilettes. « Les habits 
« du matin et ceux de l'après-midi sont fort différents. Le matin 
« on a de la ratine et de la fourrure et l'après-dînée du taffetas » 
(%• 416). 

Madame de Sévigné nous a conté tout le beau monde qu'elle 
rencontrait à Vichy et à Bourbonne. A Spa, le Prince Evêque 
de Liège se plaisait à donner des collations aux dames qui 
accouraient de tous côtés vers ces fameuses fontaines, pour y 
chercher la santé ou le plaisir. 

A Bade, où se tenait la diète de Suisse, les ambassadeurs 
faisaient assaut de luxe et donnaient des fêtes à tous les baigneurs. 
Un allemand, qui décrit la vie de cette ville pendant la saison, 
raconte qu'il assista à un bal, donné par un membre du corps 



84 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



diplomatique aux dames de distinction, qui s'y trouvaient. L'une 
■ d'elles, une charmante jeune fille, emporta tous les succès. On fut 
un peu désenchanté quand, la chaleur ayant augmenté dans la 
salle, on vit courir dans les boucles de la beauté fêtée, certains 
microbes qui ne se voient guère dans un monde soigneux. Cela 
n'étonna pas les gens du pays; on assura que les allemandes ne 




Fig. 417. — Marie, reine d'Angleterre, femme de Guillaume III, médaille frappée en 1689. 



se peignaient jamais à fond et qu'elles mettaient poudre sur 
poudre sans s'inquiéter de ce qui pourrait en résulter. 

Les modes anglaises suivirent à peu près l'impulsion française 
(fig. 417). Dans la première partie du xvif siècle, elles gardèrent 
le style imprimé par Elisabeth. Les sectes continuèrent de s'habiller 
avec la simplicité la plus affectée, afin de contraster davantage 
avec la cour des Stuarts, toujours suspecte de « papisme » 
Les puritains élargirent encore leurs chapeaux et portèrent les 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



585 



cheveux courts, pour protester contre les perruques. Leurs femmes 
adoptèrent de petites coiffes de toile unie et de grands cols 
pareils. Les troubles, les guerres, les meurtres politiques et 
religieux se succédèrent sans interruption. La faiblesse des derniers 
Stuarts prépara la chute irrémédiable de leur trône. Charles II, 
se moquant de tout, sceptique et libertin, ne voulut pas voir 
qu'il fallait user de grande prudence envers une nation aussi 
patriotique que la nation anglaise. Il introduisit à sa cour les 




Fig. 418. — Marie, reine d'Angleterre, d'après une médaille. 



modes françaises, les habits français, l'habitude de ne parler que 
le français, de ne lire que des auteurs français; son frère Jacques, 
tout aussi malheureux et faible, fut bientôt réduit à se sauver en 
France, La fille de Jacques, Marie, la nouvelle Tullie, comme 
l'appelle Madame de Sévigné, monta avec un scandaleux empres- 
sement sur ce trône, dont on venait de chasser son père (fig. 418). 
Son patriotisme revêche n'alla cependant pas jusqu'à résister aux 
attraits des modes françaises. Une médaille, frappée à son avè- 
nement, la représente coiffée en boucles, selon la mode du temps, 




Fig. 419. — Aime, veine d'Angleterre, d'après une gravure de 1704. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



587 



mais avec une légère différence de la coiffure hurluberlu. Des 
perles ornent ses cheveux, qui sont arrangés avec beaucoup d'art. 

Beaucoup de grandes dames anglaises, à l'exemple des fran- 
çaises, mêlaient aussi des diadèmes et des rubans aux boucles 
de leur coiffure. 

Le règne des deux sœurs, Marie et Anne, fut une triste époque 
pour l'Angleterre. Le désordre était affreux dans Londres ; on 
osait à peine s'y promener. L'auteur ^Un tour à travers Londres 




Fig. 420. — Femme du peuple en Angleterre vers 1680. 



raconte qu'il vit un carosse ouvert, plein de dames de qualité, 
ayant leurs masques et leurs coiffes, outrageusement apostrophé 
par la populace et qu'un homme lança sur les dames un crapaud, 
en lès assimilant à ce batracien, aux applaudissements de la foule. 
Sous le règne d'Anne, les choses n'allèrent guère mieux. La reine, 
paresseuse d'esprit et de corps, se laissait dominer par ses favo- 
rites. Sarah Churchill, la duchesse de Malborough, s'occupait de sa 
garde-robe, au point de ne pas lui laisser choisir la moindre coiffe 
elle-même (fig. 419). 

Quand le Prince Eugène fut envoyé à Londres par l'Empereur, 
pour certaines négociations diplomatiques, on lui offrit une grande 
fête à l'occasion de l'anniversaire de la Reine. Les dames du 



588 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



parti whig avaient si peu souci de plaire à leur souveraine, 
qu'elles refusèrent de paraître à cette fête et se donnèrent le 
plaisir de témoigner leur mépris à la Cour, en affectant de se 
montrer aux fenêtres des maisons, devant lesquelles passait le 
cortège royal, vêtues de peignoirs et coiffées en négligé (fig. 420). 




Fig. 421. — Femme du peuple de Paris, d'après une ancienne gravure. 



Les costumes populaires s'accentuent partout. Les paysans de 
France, au xvif siècle, sont généralement bien vêtus. 

Dans certaines provinces, comme la Bretagne, la Normandie, 
la Bresse, le costume des femmes, le dimanche, est aussi luxueux 
que pittoresque. L'habillement des villageoises du Comtat est fait 
d'étoffe légère rayée fond blanc à lignes bleues ou rouges. La 
jupe attachée au corps leur serre gracieusement la taille. Un 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 589 

fichu, froncé devant, découvre largement la nuque par derrière; 
des sabots garnis de fourrure d'agneau les chaussent ; les coquettes 
y mettent une rosette de rubans. 

La cornette qu'elles ont sur la tête est bordée d'une jolie 
dentelle au bas des joues. 

En Auvergne, les femmes se coiffaient d'une gracieuse petite 
cape de velours, passementée d'argent, sur laquelle elles posaient 
un léger chapeau de feutre. 

A Paris, la jupe était courte dans le peuple. La taille, décol- 




Fig. 422. — Femme de Bayonne, d'après une estampe. 

letée sur le devant, était garnie d'un fichu sur les épaules. Une 
petite cornette de toile, ornée quelquefois de dentelles, couvrait 
la tête, et quand il fallait affronter le soleil, était remplacée par 
de grands chapeaux de paille (fig. 421). 

Les Picardes portaient la calipette, sorte de béguin en étoffe 
piquée. 

La coiffure des Bayonnaises était tout à fait étrange. Elle se 
composait d'un morceau d'étoffe roulée en turban autour d'une 
corne, qui se dressait sur le front, sortant d'un morceau d'étoffe 
servant de fichu et de voile à la fois (fig. 422). Ce dernier vêtement 
à double effet, souvent très long, enveloppait toute la taille. Quand 



jgo HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



il faisait froid, il servait de manteau et les femmes n'entraient pas à 
l'église, sans en être couvertes. Ce voile des femmes de Bayonne, 
fut, le croirait-on? le complice de plus d'un sacrilège. Les juifs, 
chassés d'Espagne, s'étaient réfugiés en grand nombre dans le 
pays. Ils avaient fait semblant d'adopter le catholicisme pour 
être laissés tranquilles, mais chez eux, ils reprenaient leurs pra- 
tiques judaïques. Ce qu'ils voulaient surtout, c'était des hosties 
consacrées. Pour s'en procurer, leurs femmes s'approchaient de la 
sainte table comme les chrétiennes et cachaient la sainte hostie 
dans le voile enroulé autour de leur cou. On s'aperçut de cette 
manœuvre et on établit une surveillance active sur les juives soi- 
disant chrétiennes. Un jour l'une d'elles, nommée Catharina Fer- 
nandez, étant allée à la communion, on remarqua qu'elle retournait 
rapidement à sa place, sans avoir avalé la sainte hostie. Aussitôt 
on lui arracha son voile et on trouva dans ses plis le pain sacré. 
On la mène devant les prêtres de l'église, qui l'interrogent. Elle 
veut s'excuser en disant qu'elle a été prise d'un accès de toux, qui 
l'a forcée d'ôter l'hostie de sa bouche. On s'assure de sa personne 
et on l'enferme dans la sacristie, pendant qu'on va prévenir la 
justice séculière. Mais déjà le peuple, averti de l'incident, s'est 
assemblé tumultueusement. L'idée du sacrilège commis exalte la 
foule. En voyant qu'on laissait la coupable dans la sacristie, elle 
s'imagine que les prêtres vont la délivrer, et, sa fureur ne con- 
naissant plus de bornes, elle se précipite dans l'église, enfonce la 
porte de la sacristie, saisit la misérable juive et la jette dans 
un tonneau, pendant qu'une autre bande de populace prépare un 
énorme bûcher sur lequel est hissé le tonneau. Les flammes 
avaient déjà accompli leur œuvre de destruction, avant que les 
magistrats eussent pu arrêter cette multitude exaspérée. 

En Russie, les femmes se coiffaient du Kakochnick, sorte de 
demi-lune avec les bouts relevés en haut, ornée de perles et même 
de pierres précieuses, d'une origine tartare. Un voyageur ancien, 
Cornélius Le Brun, dit que les femmes tartares avaient une 
coiffure pointue, ressemblant à une mitre, dont les extrémités 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



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ornées de perles retombaient en tresses. Cette mitre était couverte, 
ainsi que le visage, d'un voile fin et blanc, que les Russes appe- 
laient fata. La coiffure nationale russe est encore dans le même 









Fig. 423. — Marie Basili, d'après uue estampe de 1650. 



genre. Une princesse moldave, Marie Basili, fille du prince de 
Moldavie, Basilius, qui épousa Christophe Radzivill, en 1650, porte 
sur son portrait le costume national. Ses cheveux relevés sont 



592 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



ornés d'une riche couronne, d'où s'élève une grande aigrette. Un 
voile léger couvre à demi ses cheveux, et tout son costume est 
empreint d'un luxe oriental grec (fig. 423). 

Quant à la Turquie et à tout l'Empire ottoman, il serait difficile 
d'en décrire les costumes féminins. De tous temps, les femmes 




Fig. 424. 



turques ont été enfermées avec un soin jaloux et ne sortaient 
qu'enveloppées de quantités de voiles. Il fallait un événement 
extraordinaire pour donner aux chrétiens l'occasion d'apercevoir 
une femme turque. Un jour, pourtant, la sultane favorite d'Ibrahim, 
la belle Zaffira, fut prise par les chevaliers de Malte. Le sultan 
Ibrahim avait commis une grave 'imprudence en amenant une 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



593 



femme à la guerre. Mais il aimait tant la belle sultane, qu'il avait 
jugé la séparation trop longue; d'ailleurs les ulémas lui avaient 
affirmé que cette guerre ne serait qu'un triomphe pour lui et que 
Zaffira était en parfaite sûreté dans le beau vaisseau, qui lui avait 
été réservé et qu'on plaçait toujours au centre de la flotte. Ibra- 
him, prince vaniteux et fastueux, qui parsemait sa barbe de 
pierreries et ne mangeait que dans l'or pur, n'était guère capable 
de remporter des victoires (fig. 424). 

Au lieu des succès espérés, il recueillit la honte d'une défaite 
et eut la douleur de voir Zaffira tomber, avec son fils Osman, au 
pouvoir des vainqueurs. 

La sultane fut conduite à Malte comme un otage précieux. 
Son portrait est parvenu jusqu'à nous, mais l'histoire reste muette 
sur son sort. Sa grandeur éphémère n'eut pas même la durée de 
la rose. Ibrahim mourut peu de temps après, victime de la 
vengeance d'un mufti. 




39 



--^^ 




CHAPITRE X 

LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE 



Une lettre de marqiiise. — Madame de Maintenon, Saint-Simon et les Fontanges. — Les 
dernières veuves. — Le deuil à Berlin. — Ordres religieux. ^ Clianoinesses. — ■ Andenncs 

— Grasset. — La chute des Fontanges. — La duchesse d'Armagnac. — Princesses de France. 

— La Poudre. — La mode en Allemagne. — Un bourgmestre vigilant. — Les reines 
d'Espagne. — Les modes sous la Régence. — Watteau et Lancret. — Marie Leczinska. — • 
A Venise. — Chasses royales. — • Madame de Pompadour. — La toilette d'une femme 
élégante. — Madame de Genlis. — Les mémoires de Madame d'Oberkirch. — La folie de 
la coiffure. — Le prix d'un chapeau. — Marie-Antoinette et son influence sur les modes. 

— Madame Campan. — Mademoiselle Bertin. — Les coiffeurs Le Gras, Léonard, etc. — ■ 
Sacerdoce de la coiffure. — Vie d'une femme du xvill^ siècle. — Inconséquence de la 
reine. — Fin du règne des hautes classes. — Le triomphe de la bourgeoise. — ■ La mode en 
Allemagne. — Les terreurs des Suisses. — En Amérique. — Le chapeau en Angleterre. 




ARLONS de votre Madame de Montbrun, 
« écrit Madame de Sévigné à sa fille. 
<< Mon Dieu ! avec quelle rapidité 
« vous nous dépeignez cette femme! 
« Le plaisant caractère, toute pleine 
« de sa bonne maison qu'elle prend 
« depuis le déluge et dont on voit 
« qu'elle est uniquement occupée ; 
« tous ses parents, Guelfes et Gibe- 
« lins, amis et ennemis, dont vous faites la page la plus folle 
« et la plus plaisante du monde ; ses rêveries d'appeler le marquis 
< d'Huxelles les ennemis ; elle croit parler des Allemands ; et 



596 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



« toutes ces couronnes dont elle s'entoure et s'enveloppe, son 
« étonnement à la vue de votre teint naturel, elle vous trouve 
« bien négligée de laisser voir la couleur des petites veines et 
« de la chair ; elle trouve bien plus honnête d'habiller son visage ; 
« et parce que vous montrez celui que Dieu vous a donné, vous 
« lui paraissez toute négligée et toute déshabillée. » 

Madame de Montbrun n'était pas si extraordinaire que le pen- 
sait Madame de Sévigné. Elle personnifiait les idées de son 
siècle. Elle était un peu en avance sur celui-ci, voilà tout. 

Ce xviii" siècle n'est-il pas vraiment le siècle du fard .'' La 
vérité et le naturel sont chassés de partout. Les mœurs, le lan- 
gage, les arts en sont tout aussi éloignés que les coiffures et les 
vêtements. Les sentiments y sonnent aussi faux que la philosophie. 
Le bel esprit français de l'Hôtel de Rambouillet va disparaître 
avec Louis XIV et les Françaises, qui, depuis un siècle, portaient 
si haut le renom de leur sexe, seront les premières à oublier 
les anciennes traditions. Si le règne du grand roi a eu de 
grandes faiblesses, il a vu aussi de nobles expiations. Le sens 
droit et le sain esprit de Sainte Chantai et de Madame Acarie 
dominaient encore dans le monde de la cour comme dans les 
familles plus humbles, mais ce reste de royauté allait disparaître. 
La régence, Louis XV et les philosophes achèveront de faire 
oublier aux femmes leurs devoirs et leurs destinées. 

La fin de Louis XIV a l'éclat mélancolique de la fin d'un 
beau jour. Tout y est grand encore, mais on sent que cette 
grandeur est à son déclin et les ombres menaçantes s'épaississent 
autour d'elle. La cour devient sévère, la femme qui possède la 
toute-puissance est le type du formalisme et de la gravité. 

Elle écarte les parures gaies, les vêtements brodés d'or, les 
bijoux flamboyants. Sa toilette est simple comme sa vie. 

Le roi lui-même qui jadis aimait tant à voir autour de lui des 
femmes splendidement vêtues, laisse Madame de Maintenon 
paraître à la cour, toujours habillée de couleurs sombres et 
surtout de ce damas feuille morte qu'elle affectionne tout particu- 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



597 



lièrement (fîg. 425). Sa coiffure elle-même évite les exagérations 
en hauteur universellement adoptées. Nous gardons le souvenir 
de la célèbre marquise avec le haut bonnet à la fontange aux 
dimensions menaçantes ; c'est une erreur. Madame de Maintenon 
ne porta jamais des coiffures exagérées. Elle se montrait rare- 
ment en grande parure. Sa coiffure ordinaire consistait dans une 
cornette en « battant l'œil », c'est-à-dire, entourée de dentelles 




Fig. 425. — La marquise de Mainten 



retombant sur les joués, sans boucles, ni crêpés, ni poudre. Sur 
cette coiffe elle portait ordinairement une écharpe ou un fichu. 
Quand elle devait absolument se parer, sa fontange était ornée 
d'un simple ruban et attachée sous le menton. 

L'intelligente et sage épouse du vieux roi jugeait qu'elle devait 
la première mettre en pratique la simplicité qu'elle prêchait avec 
une infatigable persévérance. Car elle avait non seulement à 
cœur de former à la vertu ses jeunes élèves de Saint-Cyr, elle 




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Fig. 426. — Elisabeth Girard du Tillet, femme de Pierre Henuequin, marquis de Fresnes, 
d'après une gravure du temps. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



599 



voulait encore que la cour fût un modèle de correction et de 
sagesse. Elle eut fort à faire pour atteindre ce but. Le peu de 
succès de ses efforts ne la décourage pas. Comme elle est 
persuadée que la femme se révèle par son extérieur, elle ne 
cesse de rappeler à la simplicité les jeunes princesses et les 
dames de la cour. Elle a en horreur ces vêtements flottants 
qu'a inaugurés Madame de Montespan et qui font fureur dans le 
monde des jeunes élégantes. Elle gourmande, elle gronde, elle 
déplore, elle gémit. Une femme qui - 
ose sortir de sa chambre, sans son '' ' ' 

corps baleiné, lui semble aussi indé- 
cente qu'une princesse qui aurait trop 
bu. L'étiquette et la distinction sont à 
ses yeux des choses dont une femme 
honnête et bien née ne doit jamais se 
relâcher, et la pauvre marquise prévoit 
que, bien peu de temps après elle, on 
oubliera ce devoir avec autant de dé- 
sinvolture que si elle ne l'avait jamais 
prêché. Elle est soutenue dans sa lutte 
contre les nouvelles modes par le roi, 
qui, lui aussi, est revenu aux idées 
raisonnables sur les vêtements fémi- 
nins, mais Louis XIV n'a plus le même 
empire sur ce joli monde ; c'est en vain qu'il déplore la hauteur 
des coiffures, il ne les fait pas diminuer. 

Le bonnet à plumes, tant aimé de Mademoiselle de Mont- 
pensier, remplaçait encore parfois la coiffe à la fontange, mais il 
était agrémenté d'une touffe en panache, qui le haussait tout 
autant que les autres cornettes (fig. 426). 

La coiffure alla toujours en s'éleyant. Vers 1705, elle avait 
atteint son apogée. Rien n'égalait cet amas de cheveux et de 
dentelles dont tous les moralistes s'occupèrent comme d'un mal 
à réformer (fig. 427). 




Fig. 427. 
Dame en Fontange "vers 1705. 



6oo HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

« De nos jours, disait l'un, les femmes ont trouvé le secret 
« d'employer dans un seul habillement plus d'étoffe qu'il n'en 
« fallait autrefois pour plusieurs... Elles se haussent la tête pour 
« en faire un monument. » 

■ — « Les hennins, dit Vertot, ont reparu en France, de nos 
« jours, sous le nom de fontanges. C'était une espèce d'édifice à 
« plusieurs étages, faits de fîls de fer, sur lequel on plaçait 
« différents morceaux de toile, séparés par des rubans, ornés de 
« boucles et de cheveux, et tout cela distingué par des noms si 
« bizarres et si ridicules que nos neveux et la postérité auront" 
« besoin d'un glossaire pour expliquer les usages de ces diffé- 
rentes pièces et l'endroit où on les plaçait. Sans ce secours 
qui pourra savoir un jour ce que c'était que la duchesse, la 
solitaire, le ciel ou la souris ? Et pourra-t-on croire qu'il fallait 
pour coiffer les dames de ce temps, pour ainsi dire, un ser- 
rurier et pour dresser la base de ce ridicule édifice et cette 
palissade de fer, sur laquelle s'attachaient tant de pièces diffé- 
rentes ? L'abus en fut poussé si loin en France qu'on aurait 
grand besoin d'un autre frère Thomas, si nous n'avions trouvé, 
dans l'inconstance de nos modes, l'extinction de celle-ci et le 



« remède à tant de. dérèglements. » 



Les traités contre le luxe ne manquent pas plus a cette époque 
qu'aux précédentes. En 1694, un pieux auteur se croit obligé de 
publier une brochure à l'adresse des dames qu'il espère convertir. 
Il le fait dans le style précieux et quintessencié de l'époque : 

— « Aussi forte qu'Atlas, dit-il, cette femme porte le ciel sur 
« sa tête. L'on y voit un firmament et des étoiles et sa tête en 

« est le premier mobile Les philosophes n'avaient pas encore 

« fait la découverte de tous ces cieux ; c'est que les dames 
« n'avaient pas encore travaillé à leur astrologie. Bientôt elles 
« créeront de nouveaux mondes, pour leur servir d'ornements, par 

« un pouvoir qu'on ne leur soupçonnait pas Dieu s'est fait un 

« habit de lumière, il a étendu les cieux comme un vêtement ; 
« les dames ont fait quelque chose de plus surprenant, le ciel 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



60 1 



« entier est dans leur coiffure. Un faux pas peut détacher le 
« firtjtameni et il n'y a point d'astre, qui ne soit exposé au 
« danger, ou de tomber, ou d'être pris, quel déplorable sort ! » 
Ajoutons' à cela les railleries mordantes de La Fontaine, les 
satires de Boileau et enfin les écrits de toute espèce qui, sans 




Fig. 428. — Dame de qualité, d'après une gravure du temps. 



nom d'auteur, apparaissaient en toule pour cridquer les femmes 
et leurs exagérations. 

Les noms bizarres dont on décorait les différentes pièces de la 
coiffure doivent, comme dit Vertot, être expliqués avec un glos- 
saire, car ils n'indiquaient nullement le genre ou l'espèce du 
substantif dont ils usurpaient la désignation. Ces noms étaient nés 



602 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



au hasard, d'un caprice de grande dame, d'une fantaisie de 
coiffeur, à propos d'un événement ridicule, triste, heureux ou 
joyeux, connu du public. Essayons quelques descriptions. 

Commen,çons par les cheveux : Un chou, désignait les cheveux 
noués en paquets; les tignons, des torsades affectant diverses formes; 
la passagère, une touffe bouclée près des tempes; la favorite; des 
touffes pendant sur la joue; les cruches, de petites boucles sur le 
front; les confidentes, d'autres petites boucles près des oreilles; les 

crève-cœurs, les mêmes plaquées 
sur la nuque ; les bergers, des 
boucles tournées en haut avec une 
houppe. 

Non moins étranges étaient les 
mille noms donnés aux ornements 
de la chevelure ; il n'est pas possi- 
ble de les énumérer, encore moins 
de les décrire. Les meurtriers, la 
duchesse, la solitaire, etc., étaient 
sans doute des morceaux de ru- 
bans. La souris consistait en une 
petite houppe grise, ressemblant 
quelque peu à ce rongeur, fichée 
au milieu des boucles. La chouette 
était un petit oiseau de nuit dont 
on décorait la fontange. Madame de Grignan ne pouvait admettre 
qu'on mît une chouette sur sa tête. Les firmaments, les guêpes, 
les papillons, désignaient une série d'épingles en diamants qu'on 
piquait un peu partout (fig. 428). 

Tout cela s'ajustait sur la commode, carcasse en fil de fer 
entourée de gaze qui soutenait l'édifice. A la commode se joignait 
l'appui, également en métal, ainsi que la palissade et le monte- 
là-haut, qui servaient à maintenir la raideur des plis de la cornette. 
Le fond du bonnet s'appelait culbute. Il était orné de la bourgo- 
gne, de la jardinière, des cornettes, des chicorées, mots s'appliquant 




Fig. 429. — Bonnet à la Fontange. 




Fig. 430. — Dame avec un mantelet à capuchon, garni de falbalas. 



6o4 • HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

à diverses variétés de nœuds flottants, de barbes, de brides ou 
autres rubans voltigeant au bas de la coiffe (fig. 429). 

Boursault, dans sa comédie des Mots à la mode, définit quel- 
ques-uns de ces rubans ou brides : 

Une longue cornette, ainsi qu'on nous en voit 
D'une dentelle fine et d'environ uii doigt, 
Est une jardinière 



Et plus loin : 



Ce qu'on nomme aujourd'hui g'iépes et papillons. 
Ce sont les diamants du bout de nos poinçons 
Qui, remuant toujours, jettant mille flammes. 
Paraissent voltiger dans les cheveux des dames. 

Une effrontée est ainsi expliquée : 

La coiffure en arrière, et que l'on fait exprès 
Pour laisser de l'oreille entrevoir les attraits 
Surtout la jeune fille et la tête éventée 
Est, ce que, par le monde, on appelle ejfrontce. 

Sur la cornette on posait l'écharpe, quand on voulait se préserver 
du froid ou de l'air. Cette écharpe n'était d'abord qu'un morceau 
d'étoffe plus long que large qu'on arrangeait selon son caprice 
autour de la tête et du cou. Quand la mode des hautes coiffures 
atteignit des altitudes inaccessibles, l'écharpe se transforma sans 
perdre son nom. Elle devint une sorte de petit mantelet avec 
capuchon, dont les bouts se nouaient par devant et tombaient 
jusqu'aux genoux. On la borda d'un volant à plis appelé falbala 

(%• 430)- 

Cet ensemble de cornettes, bonnets et écharpes, prenait le nom 

de coiffes. Il était d'usage, chez les dames de la cour, d'avoir 

toujours quelque écharpe ou voile sous la main pour s'en envelopper 

rapidement, quand un caprice royal obligeait les courtisans à une 

promenade ou à une sortie quelconque par le froid et la pluie, 

car Louis XIV n'admettait pas qu'une femme s'excusât, sous un 




Fig. 431. — Dames de la cour assistant à une cérémonie, d'après une gravure du temps. 



6o6 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



prétexte de santé, de faire partie d'une promenade à cheval ou 
en voiture, quand l'envie lui prenait d'en ordonner une. Madame 
de Mailly, nièce de Madame de Maintenon, obtint une place 
dans le carrosse de la Duchesse de Bourgogne, parce que sa 
charge de dame d'atours de cette princesse l'obligeait d'être à sa 
portée, munie de coiffes et autres hardes légères à mettre par 
dessus tout, à cause des fluxions auxquelles la Duchesse était 
sujette. La pauvre Madame de Maintenon eut plus d'une fois à 
souffrir de l'indifférence de son royal époux pour les courants 
d'air; elle n'avait d'autre ressource que de se couvrir d'une 
quantité de coiffes mises les unes sur les autres. 

Elle avait une vieille chambrière à laquelle elle tenait beaucoup. 
Aussi cette femme avait-elle pris une autorité singulière à la cour. 
Tout le monde cherchait à gagner ses bonnes grâces. Les filles 
du Roi, les ministres, les duchesses tenaient à être dans les 
meilleurs termes avec Nanon. Ce succès enfla un peu l'esprit de 
la bonne vieille, qui se crut un grand personnage et ne manquait 
pas de s'habiller comme sa maîtresse. La coiffure à la fontange 
était, sur sa tête, d'un ridicule, qui faisait le bonheur de la cour, 
mais dont on avait soin de ne rire que tout bas. 

Les coiffes de Madame de Maintenon ont été légendaires. 
Elles servaient à la marquise de moyen précieux d'échapper à 
l'investigation des courtisans, qui étaient toujours à l'affût de ce 
qu'on pouvait lire sur sa physionomie, quand elle allait chez le 
Roi, ou lorsqu'elle en sortait. Elle baissait alors ses coiffes, et les 
curieux en étaient pour leurs frais. 

Bien que détrônée par la mantille à capuphon, l'écharpe de gaze 
ou de soie légère , conserva une certaine clientèle. Elle s'attachait 
vers le haut de la coiffure, et se drapait sur les épaules ou autour 
du cou (fig. 431). 

De même, certaines mantilles consistaient en un morceau d'étoffe 
plus long que large froncé au milieu de sa longueur, sur un bord, 
de l'espace de 20 à 30 centimètres. On posait le bord froncé sur 
le cou et on attachait l'autre bord sur le haut de la tête, en 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



607 



dessous de la fontange. On obtenait ainsi un vaste capuchon. 
Les deux bouts de l'écharpe, ramenés par devant, se nouaient 
sur la poitrine ou se rejetaient sur l'épaule. 

Ce vêtement était le seul que les dames de la cour pussent 
porter aux cérémonies officielles sans contrevenir aux lois de 
l'étiquette. Quelle que fût la saison, ces victimes du formalisme 




Fig. 432. — Princesse Ernest de Brunswick, d'après une médaille frappée en 1701. 



devaient paraître la taille découverte, malgré le froid de l'église 
ou les courants d'air du palais. Le mantelet que nous venons de 
décrire, eut les honneurs de l'exception et n'en fut que plus 
apprécié des frileuses (fig. 432). 

On portait aussi des coiffes de batiste ou de toile fine, garnies 
de dentelles et froncées à la nuque, en formant sur le haut du 
chignon un pli en éventail. Objet fort disgracieux, en usage même 



6o8 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



le soir avec une gi'ande toilette et la robe décolletée. Il est vrai 
qu'alors une robe ouverte ne constituait pas une inconvenance 
dans la rue. En Angleterre, les dames de haut parage se prome- 
naient décolletées pendant le jour. Celles-là n'appartenaient pas à 
la secte des puritains, ni à celle des quakers, que cette mode 
faisait rugir d'indignation (fig. 433). 

Les coiffes eurent donc une certaine importance à cette époque, 




^ig- 433- — Capuchon, d'après une ancienne gravure. 



OÙ le parapluie et le parasol ne jouaient pas encore, dans la vie 
humaine, le rôle prépondérant, que lui ont donné nos mœurs 
modernes. 

A la vérité, le parasol n'était pas tout à fait inconnu, mais il 
se présentait sous la ferme d'une lourde et incommode machine, 
impossible à manier par une femme, mais qu'un page, marchant 
derrière, portait ouvert au-dessus de la tête des grandes dames, 
dans leurs promenades pédestres. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



609 



Enfin, dans quelques contrées, au lieu de prendre le haut bonnet 
comme le cadre d'une coiffure en cheveux, on cacha entièrement 
ceux-ci sous une espèce de sac d'une hauteur démesurée, tout garni 




Fig. 434. — • Dame Hollandaise vers 1700. 



de dentelles. En Hollande, cette coiffure eut grand succès (fig. 434). 

Les actrices de tous pays exagérèrent encore la hauteur des 

coiffures. Selon les habitudes du temps, elles se préoccupaient peu 

de la couleur locale dans leurs attifements, et les quelques por- 



40 



6io 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



traits qui nous sont parvenus des plus célèbres d'entre elles, sont 
curieux à étudier sous ce rapport (fig. 435). 

Une question qui préoccupa alors vivement la haute société, 
comme toutes les questions d'étiquette, fut celle des deuils. 

On peut juger, par ce qu'en dit Saint-Simon, de l'importance 
qu'y attachait cette partie aristocratique de la nation française, 
pour laquelle toute affaire d'amour-propre, de privilège, de pré- 
séance primait les événements les plus 
graves. 

Le deuil des veuves fut l'objet de 
vives discussions. Nous avons constaté 
avec quelle austérité le deuil était porté 
dans les siècles précédents. La veuve 
devait, pour ainsi dire, se résigner, pour 
le reste de sa vie, à une existence quasi 
claustrale. Tout au moins devait -elle 
renoncer aux divertissements bruyants, 
aux danses, aux plaisirs trop frivoles, 
et surtout aux coiffures en cheveux. 
Les esprits les plus légers blâmaient 
eux-mêmes la veuve qui oubliait ce 
code riofide. 

Anne d'Autriche commença à modifier 
ces règles. Elle abandonna le deuil blanc 
des reines de France, d'une antique origine, mais elle garda toute 
sa vie les couleurs sombres, ainsi que le bonnet des veuves, et 
sa toilette fut, depuis son veuvage, celle d'une femme ayant renoncé 
à plaire. 

Toutes les veuves de son temps l'imitèrent, et le petit chaperon 
à pointe sur le front devint la coiffure d'étiquette. 

Tant que durèrent les coiffures plates sur le front et bouffantes 
de côlé, ce genre d'ornement ne parut pas trop ridicule, mais la 
mode ayant élevé les cheveux en pyramides énormes, les choses 
changèrent de face. Au milieu de ces monte-au-ciel, de pro- 







Fi^. 435. — Mademoiselle Jouiet 
clans le rôle de Mélisse. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 6ii 

portions excentriques, la pauvre veuve, avec sa calotte plate, 
paraît une vraie caricature. Passe encore pour les vieilles, mais les 
jeunes? On essaya timidement de hausser la calotte, de la changer 
en une coiffe blanche, mise avec un bandeau sur le front, comme 
celui des religieuses. Cette innovation était encore trop peu flatteuse 
pour durer dans un siècle, où jamais la coquetterie féminine ne fut 
plus développée. Le bandeau plat fut définitivement condamné par 
les jeunes veuves. Elles se contentèrent de porter le deuil en blanc, 
pour le distinguer des autres deuils. 

Madame la duchesse de Navailles demeura la dernière des 
fidèles clientes du bandeau plat. 

La cour de Louis XIV donna le premier exemple de raccourcir 
la durée des deuils. Madame, veuve de Monsieur, frère du Roi, 
ne garda le bandeau que quelques jours à peine. Elle n'aimait 
pas son mari et ne voulut pas avoir l'air d'une hypocrite. Après 
40 jours de retraite, elle retourna chez le Roi, reparut dans les 
appartements de la duchesse de Bourgogne, et bientôt abandonna 
mante, voile et bandeau, sous le prétexte que ces objets lui faisaient 
mal à la tête. La cour, malgré sa frivolité, en fut scandalisée. 

Cependant, la coiffe et le couvre-chef des veuves restèrent 
encore de rigueur à la cour, tant qu'on gardait le lit. Toutes les 
princesses recevaient sur leur lit, durant un nombre déterminé 
de jours, selon leur rang, au commencement de leur deuil. 

Pendant ce temps-là, elles devaient porter le couvre-chef de toile 
de Hollande, en pointe, avec ample voile derrière. Le voile pen- 
dait presque aussi bas que le manteau de velours, doublé d'hermine, 
que la veuve devait aussi porter sur son lit. Couvre-chef et man- 
teau, au temps de Saint-Simon, étaient un privilège des princesses 
du sang et des duchesses ; aucune autre femme ne pouvait les 
porter. Dans les cours étrangères, le deuil suivait à peu près les 
mêmes règles. 

A Berlin, les reines et princesses du sang ne gardaient pas le 
lit; elles assistaient aux cérémonies religieuses des obsèques dans 
un singulier costume tout blanc, analogue à celui de certaines 



6l2 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



religieuses. Un voile épais couvrait le visage, retenu sur le front 
par un bandeau. La haute coiffure était aussi enveloppée de toile 
blanche. Autour du cou, une écharpe blanche ou une petite 
guimpe. L'étiquette voulait que les mains se dissimulassent sous 
le voile, et interdisait de laisser voir le moindre petit bout de 




Fig. 436. — Princesse prussienne en deuil de cour, d'après une gravure du commencement 

du xvilie siècle. 



peau. L'usage de se couvrir la tête de longs voiles est encore 
pratiqué de nos jours en Prusse. Mais le blanc a cédé la place 
au noir (fig. 436). 

Il nous semble inutile de nous étendre lonofuement sur les coiffures 
religieuses. Leur histoire se confond avec celle des costumes de 
leur temps, car ainsi que nous l'avons fait remarquer, l'époque 
de la fondation d'une congrégation religieuse quelconque peut se 
reconnaître au costume qui lui est imposé. La tradition constante 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 613 

I 

de l'Eglise a été de faire adopter aux nombreuses congrégations 
sorties de son sein le costume de la classe moyenne inférieure 
du temps de leur naissance, dans sa plus grande simplicité et 
en excluant toute couleur vive. Ce principe est encore suivi de 
nos jours. Les fils du Bienheureux de la Salle portent le tricorne 
du XV if siècle. Les frères Maristes se coiffent du chapeau à 
haute forme. Si toutes les congrégations de femmes des xiif et 
xiv"' siècle, comme les sœurs de Saint-Augustin de Troyes, les sœurs 
de r Hôtel-Dieu, dont le règlement date de 1263, portent encore 
le chaperon noir de laine ou de toile, les Adoratrices du Saint- 
Sacrement, les Auxiliatrices du Purgatoire, les dames Apostolines 
se coiffent du bonnet ou du chapeau moderne. 

Les carmélites ont la guimpe fermée des bourgeoises du 
xve siècle et les appellent toqites. Elles ont conservé la forme 
même que sainte Thérèse leur avait donnée, forme révélée à leur 
sainte fondatrice. 

Ouvrons les constitutions du monastère de Notre-Dame de Sion, 
de l'ordre des religieuses régulières de Saint-Augustin, à Tournay, 
nous y verrons la description détaillée d'un costume de religieuse 
rajeuni au goût du xviii" siècle. 

Chapitre XVIII. 

« 3 Au-dessous du col elles auront un linge blanc, que l'on dit 
« barbette, couvrant le col et la poitrine, qui sera long de six 
« quartiers et la profondeur d'une toile d'environ six quartiers de 
« large couppée en deux. 

« 4 Sy auront les bendons de toille de trois tailles de largeur, 
« tout faicts. 

« 5 Les couvre-chef de toille blanche et les voiles noirs d'estamine 
« de sayette, qui se mettent par dessus, seront longs d'environ 
« six quartiers une taille tout faicts. 

« Et le 8 de may 1689, monseigneur Gilbert (i) a consenty 
« de mettre deux voilles noirs. 

(i) Gilbert de Choiseul du Plessis-Piaslin, évêque de Tournay. 



6i4 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



« 6 La coiffure de nuict sera un couvre-chef ou petit voile blanc 
« froncé et un voile noir de mesme, sans lesquels nulle ne pré- 
« sumera coucher 

« 7 Les habits des novices ne seront différents des autres, 
« exceptez les saros, qui seront sans manche et leurs couvre-chefs 
« qui seront blanc. » 

En 1642 Mademoiselle de La Fère instituait l'ordre des sœurs 
de Saint-Joseph et lui donnait le costume d'une bourgeoise aisée 




fu 'P 



Fig. 437. — Sœur de St-Joseph, lors de l'institution de l'ordre. 



du temps. La tête était enveloppée d'une ample coiffe ou mouchoir 
de soie, qui se nouait sous le menton, mais pour donner un peu 
plus d'austérité à la coiffure, le front était couvert d'un bandeau 

(%• 437)- 

Enfin le costume des Filles de la Charité, plus connues sous le 
nom de sœurs de Saint-Vincent de Paul est bien celui d'une petite 
bourgeoise du xvii" siècle. La coiffure primitive fut d'abord la 
cornette blanche des femmes du peuple, mais on la modifia, 
quand la congrégation eut sa règle adoptée. Et depuis lors il ne 
s y est fait aucun changement. Elle se compose de quatre^ pièces: 
le toquois, la coiffe, le bonnet et la cornette (fig. 438). 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



615 



Le toquois est un morceau de toile carrée d'environ 50 centi- 
mètres de côté, ayant sur le devant une trentaine de fronces qui 
se posent sur le front. A chaque angle du toquois il y a un lacet 
pour le nouer sur le sommet de la tête et en entourer la coiffe. 

La coiffe est un disque de bois léger entouré de flanelle et 
destiné à soutenir l'immense cornette. Elle est évidée sur l'une 
de ses faces, afin de pouvoir s'adapter facilement sur la partie 
postérieure de la tête et elle est maintenue par une espèce de 




Fig. 43S. — Sœur de St-Vincent de Paul, lors de riiistitnlion de l'ordre. 



serre-tête que les Filles de la Charité appellent bonnet. La cornette, 
à ailes couronne le tout. 

En dehors des associations relisfieuses fondées clans un but 
exclusif de pénitence, de charité ou de prière, s'élevaient en France, 
en Allemagne et aux Pays-Bas les chapitres nobles. 

« Maisons d'éducation et de retraite pour les personnes de 
« qualité, dit le savant historien du chapitre d'Andenne, les cha- 
« pitres servaient de sauvegarde à une époque où des guerres 
« continuelles troublaient la paix des familles; ils procuraient aussi 
« une existence honorable aux femmes auxquelles les lois du 



6i6 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

« temps n'assuraient qu'un patrimoine fort restreint et que leur 
« vocation n'appelaient pas à la vie monastique. Ils furent enfin 
« des pépinières où les gentilshommes venaient chercher des 
« épouses capables de perpétuer dans leurs foyers les traditions 
« de foi et d'honneur. 

« Les règles sévères imposées à toutes époques pour l'admission 
« en chapitre agirent très efficacement sur les mœurs. Afin de 
« conserver l'avantage de faire recevoir leurs filles dans les collèges 
« nobles, les familles de haut rang devaient veiller en effet, avec 
« un soin jaloux, à n'être ni amoindries par la mésalliance, ni 
« souillées par la bâtardise (i). » 

La nomination aux prébendes appartenait au souverain, qui ne 
la pouvait donner qu'à des jeunes filles de noblesse ancienne. Il 
n'existait pas de conditions d'âge. Au chapitre incombait la 
vérification des preuves de noblesse et des conditions imposées par 
la règle. Bien que la résidence ne fut pas obligatoire, beaucoup 
de chanoinesses habitaient le monastère, assistaient aux offices 
prescrits et se consacraient à l'enseignement donné dans les écoles 
gratuites du couvent ou à l'éducation des jeunes filles admises 
dans les classes payantes, sur la demande de leurs parents. 

Le costume des chanoinesses était très varié. Chaque chapitre 
avait le sien. Il tenait un certain milieu entre la sévérité claustrale 
et l'élégance mondaine. Mais généralement les costumes de céré- 
monie avaient une richesse noble et majestueuse. 

En Allemagne, la coiffure adoptée dans beaucoup de chapitres 
consistait en une singulière petite toque de laine ou de soie 
plissée à plis réguliers, comme la toque d'un avocat. C'était le 
mortier du moyen âge. On le posait sur le sommet de la tête 
par dessus la guimpe, le voile ou tout autre couvre-chef religieux 
(fig- 439)- Au chœur, dans les jours de solennités, les chanoinesses 
avaient, pour la plupart, de longs manteaux de soie ou de velours 
doublés ou bordés d'hermine ou de fourrure. 

(i) Ze chapitre noble de Sainte-Begge () Andeiiiie, par le Baion Misson. Avant-propos, p. II. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



617 



Un des chapitres les plus célèbres des Pays-Bas est certainement 
celui d'Andenne, petite ville située sur les bords de la Meuse, 
qui dut son existence à la fondation de sainte Begge. 

■Rien de plus imposant que la réception d'une chanoinesse au 




Fig. 439. — Princesse d'Autriche en costume de chanoinesse, d'après une ancienne estampe. 



chapitre. Tout ce qui pouvait relever l'éclat et la beauté de la 
cérémonie était observé avec soin. La jeune aspirante devait 
arriver avec un brillant et nombreu.x: cortège de parents et d'amis. 
Ceux-ci étaient rangés d'un côté de l'église. La postulante 
arrivait dans la plus riche toilette qu'elle put avoir. Une couronne 



&i8 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

OU un diadème de pierreries devait briller sur sa tête. La 
traîne immense de son manteau était portée par un laquais. Après 
quelques cérémonies solennelles, rehaussées par la musique des 
violons, la plus proche parente de la récipiendaire la revêtait 
de son costume de chœur, qui consistait en une robe noire 
recouverte d'un surplis blanc à longues manches pendantes. 

Ce surplis était ajusté à la taille. Une barbette de mousseline 
empesée recouvrait la gorge, un col ou guimpe toujours blanc 
entourait le cou, enfin la tête était coiffée du couvre-chef de toile 
blanche qui rappelle l'ancien capuchon du moyen âge. Ce costume 
se terminait par un long manteau noir bordé d'hermine. Les 
cheveux pouvaient se voir sous les évasements de la coiffe, mais 
il était interdit aux chanoinesses de les friser, de même qu'elles 
ne jDOuvaient porter ni boucles d'oreilles, ni pierreries quelcon- 
ques. Avant d'être reçue, la jeune aspirante portait, à l'église, une 
coiffe blanche liée avec un ruban jaune, ainsi que le couvre-chef 
et la barbette d'écolière. Pour être mise en année, c'est-à-dire 
pour remplir pendant un an les obligations de son noviciat de 
chanoinesse, la jeune fille paraissait à l'église avec la coiffe et le 
ruban jaune, mais au lieu du couvre-chef ou capuchon de toile, 
un simple voile de crêpe cachait sa tête. Ce voile de crêpe 
devenait obligatoire pour s'approcher de la Sainte-Table à 
Pâques (fig. 440). 

En deuil, la coiffure consistait en une cornette de batiste avec 
un large ourlet ; on supprimait aussi la dentelle du couvre-chef, 
car la coquetterie s'était glissée à Andenne et on avait peu à peu 
introduit l'usage de garnir les coiffes de dentelles. 

Tels étaient les ornements de tête des nobles filles de Sainte- 
Begge et elles ne pensaient pas à y changer quelque chose, non 
plus qu'à modifier tout autre point de leurs règles qu'elles suivaient 
fidèlement, lorsque Joseph II commença l'exécution de la j^ré- 
tendue réforme religieuse rêvée par son zèle philosophique. 

L'empereur n'admettait pas que chacun pût être heureux à sa 
manière et se croyait obligé d'imposer à ses sujets les conditions 




Fig. 440. — Chanoinesse d'Aiidenne. d'après un tableau du XVIF siècle, appartenant au 

musée de Namur. 



620 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



du bonheur tel qu'il l'entendait. Il boulev2rsa hs chapitres nobles 
des Pays-Bas, refit leurs règlements, intervint jusque dans leurs 
exercices de piété et leurs costumes. Tous ces vêtements, dont la 
forme s'était transmise avec respect de siècle en siècle, furent 
supprimées. 

Plus de manteaux fourrés, de surplis ecclésiastiques, plus 
d'antiques barbettes, de coiffes, de couvre-chefs, tels que Sainte- 
Begge, Sainte -Waudru, Sainte-Wivine les avaient portés, plus 
de naïves couronnes de fleurs ou de voiles vaporeux comme 
l'encens du sanctuaire. 

— « Les chanoinesses, dit l'article V de l'ordonnance de 1786, 
« ne porteront soit chez elles, soit à l'église ou dans la ville 
« que des robes noires de taffetas en été et de gros de Tours 
« en hyver, sans manteau ni voile à l'église. Elles pourront 
« cependant se mettre chez elles en négligé de couleurs et 
« s'habiller de couleurs hors la ville et à la campagne. » 

Un an auparavant, sous prétexte de réforme économique, 
Joseph II avait invité les chapitres d'Andenne et de Moustiers- 
sur-Sambre à préparer un projet de statuts. 

— « Ces statuts, disait-il, devront être simples et dégagés de 
« toute superfluité et de tout ce qui ne s'accorde plus avec les 
« usages du temps présent, vous prévenant, du reste, que, quant 
« à l'habillement de chœur, il ne devra consister qu'en un man- 
« teau de couleur brune déterminée, bordé de peau blanche, 
« qu'on mettra sur les vêtements ordinaires du siècle qui seront 
« unis, conformément de la même couleur que le manteau, et 
« une coiffe de sfaze sur la tête. » 

Les plus innocents et gracieux usages de la liturgie des cha- 
pitres ne trouvaient pas grâce devant ce fanatique réformateur. 
C'est ainsi que le jour de la Pentecôte, au chapitre d'Andenne, 
lorsque la chanoinesse remplissant l'office de chantre, entonnait à 
la messe le Veni Creator, la coutume voulait qu'une couronne 
de fleurs descendît sur sa tête. 

De même à la Fête-Dieu, et le jour de Sainte-Begge, la tradition 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



621 



exigeait que les jeunes chanoinesses, non encore en âge d'être accep- 
tées, et les écolières se parassent de couronnes de fleurs pendant 
la messe et à la procession. Ces « abus d'un autre âge » furent 
impitoyablement abolis, comme contraires à l'austérité monastique. 
Les congrégations religieuses de femmes n'eurent pas meilleur 




Fig. 441. — Dame anglaise, d'après une gravure du temps. 



sort que les chapitres nobles séculiers. Pour ne citer qu'un trait, 
qui rentre dans le sujet de ce livre, rappelons que Joseph II, 
prétendit contraindre les carmélites à changer leur costume contre 
un déshabillé noir et une cornette de paysanne. 

Il nous faut revenir des laïcisations malheureuses de Joseph II 
aux dernières années du règne de Louis XIV. Le vieux roi 
avait cessé de régner sur la mode. Quelque déplaisir que lui 



622 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

causât la ridicule vogue des monstrueuses coiffures, il n'avait pu 
trouver d'autre moyen de s'y opposer que celui d'exprimer haute- 
ment l'aversion qu'elle lui inspirait, mais ce moyen n'avait plus la 
même force qu'au temps de sa jeunesse. Les rigueurs de certains 
membres du clergé, poussées jusqu'à refuser l'absolution aux 
jeunes filles, qui se laissaient entraîner dans le courant général, ne 
furent pas plus efficaces que celles du souverain. Si, pendant 
quelques jours, sur un ordre du roi surexcité, commodes et palis- 
sades disparurent ou plutôt consentirent à se baisser, elles se 
montrèrent bientôt de nouveau, sous l'égide des princesses du 
sang royal, avec une véritable frénésie. 

Laissons St-Simon nous dire, dans son style incomparable, com- 
ment tout à coup et en un clin d'œil s'écroulèrent ces immenses 
édifices, dont les plus élégantes et' les plus spirituelles beautés de 
la cour du grand roi chargeaient leurs pauvres têtes, pliant sous 
le fardeau. 

« La duchesse de Shrewsbury, dit-il, dans ses Mémoires, arriva 
« à Paris en 1713, elle avait été très belle et prétendait l'être 
« encore. Elle se coiffait derrière l'oreille, pleine de rouge et de 
« mouches. Elle donnait beaucoup de fêtes et recevait avec 
« magnificence. Elle trouva bientôt les coiffures des femmes 
« ridicules et elles l'étaient en effet (fig. 441). 

« C'était un bâtiment de fil d'archal, de rubans, de cheveux 
« et de toutes sortes d'affiquets de plus de deux pieds de haut 
« qui mettait le visage des femmes presque au milieu du corps; 
« pour peu qu'elles remuassent, le bâtiment tremblait et menaçait 
« ruine. 

« Le roi, si maître jusque-là des plus petites choses, ne le 
« pouvait souffrir. Elles duraient déjà depuis dix ans sans qu'il 
« eût pu les changer, quoiqu'il eût dit et fait pour en venir à 
« bout, 

« Ce que le monarque n'avait pu, le goût et l'exemple d'une 
« vieille folle étrangère l'exécuta avec la rapidité la plus surpre- 
« nante. De l'extrémité du haut les dames tombèrent dans 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



623 



« l'extrémité du plat et ces coiffures plus simples, plus commodes 
« et qui siéent bien mieux durent encore aujourd'hui. Les gens 
« raisonnables attendent avec impatience quelque autre folle étran- 




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Fig. 442. — Marie-Adélaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne, d'après le portrait de Sauterre (1712). 



« gère, qui défasse nos dames de ces immenses rondaches de 
« paniers insupportables en tout à elles-mêmes et aux autres. » 
Louis XIV se sentit humilié de voir qu'une « guenippe » 
d'Anglaise avait été plus puissante que lui. 



624 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Son dépit n'était que trop motivé, car l'évolution s'accomplit 
en quelques heures. Du jour au lendemain les cathédrales capil- 
laires s'eftondrèrent. Nombre de dames passèrent la nuit à cette 
démolition. 

Toutes cependant n'avaient pas versé dans l'étrange travers de 
la mode et s'étaient montrées aussi raisonnables qu'avisées. De 
ce nombre était la jeune et charmante duchesse de Bourgogne 
dont la gaîté et l'amabilité firent reluire d'un nouvel éclat la 
cour de France assombrie. 

On possède plusieurs portraits de cette princesse ; ni les uns, 
ni les autres ne montrent les lourdes agglomérations de cheveux 
et de rubans de ce temps (fig. 442). L'un d'eux, gravé d'après 
le portrait de Santerre, la représente dans tout le charme de sa 
jeunesse, coiffée simplement en cheveux sans poudre, disposés 
en boucles très heureusement groupées, dont deux reviennent sur 
les tempes. 

Le second est plus apprêté. La princesse a un diadème et 
des perles sur la tête, mais la disposition des cheveux est à peu 
près la même. Le voile qui retombe à demi sur l'un des côtés 
paraît plutôt un accessoire arrangé par le peintre, pour le besoin 
de l'effet, qu'un vêtement d'usage (fig. 443). 

La galerie du château d'Eu contient un autre portrait égale- 
ment éloigné des exagérations de la mode ; c'est celui d'une 
jeune princesse de Bourbon, M"" d'Enghien qui épousa en 17 10, 
le duc de Vendôme et mourut huit ans après. Ce portrait a dû 
être fait à l'époque de son mariage. Sa coiffure rappelle celle de 
la duchesse de Bourgogne, mais un peu plus volumineuse; deux 
longues boucles tombent sur les épaules (fig. 444). 

Aucune étiquette ne venait contrarier les princesses du sang 
quant au choix de leurs toilettes. En général la femme française 
jouissait d'une complète liberté dans sa parure. Pourvu qu'elle 
tachât d'être belle, cela suffisait. Un seul vêtement était de 
rigueur pour les cérémonies officielles : la mante. 

Nous avons vu comment, cinquante ans plus tôt, la mode 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



625 



avait transformé la mante en mantille. Sous Louis XIV et 
Louis XV, elle fut réduite aux simples proportions d'une pièce 
de gaze de soie, ou de réseau d'or ou d'argent attachée à 
la tête par derrière, retenue aux épaules, puis tombant sur le 
manteau de cour qu'elle devait légèrement dépasser en longueur. 
St-Simon cite dans ses Mémoires une femme qui méprisa 
toujours les exigences de la mode. Cette vaillante personne était 




Fig. 443. — La duchesse de Bourgogne, d'après un portrait du temps. 



la duchesse d'Armagnac, la plus belle femme de France, dit le 
duc, malgré sa vilaine taille, courte et grosse. 

« Sans rouge, sans rubans, sans dentelles, sans or ni argent, 
« ni aucune sorte d'ajustement. Vêtue de noir ou de gris en tout 
« temps, en habit troussé, comme une espèce de sage-femme, 
« une cornette ronde, ses cheveux couchés sans poudre, ni fri- 
« sures, un collet de taffetas noir, une coiffe courte et plate chez 
« elle comme chez le roy », telle était la mise de cette femme 

41 



626 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

aussi simple dans ses mœurs que dans sa toilette, parfaitement 
belle cependant, au dire du peu aimable narrateur, si rarement 
indulgent pour ses pareils. Elle était du petit nombre des 
femmes qui osaient paraître à la cour sans grandes toilettes 
et n'en étaient pas moins respectées. Le roi était devenu singu- 
lièrement tolérant sous ce rapport. Il est vrai qu'il savait à 
l'occasion redevenir le prince magnifique de sa jeunesse. 

Lors du mariage du duc de Bourgogne, on revit, par son ordre, 
les beaux jours du grand règne, mais ce ne fut qu'un éclair. Les 
fêtes passées, Versailles redevint aussi morne qu'auparavant. 

« Je ne vois pas pourquoi il faut aux gens tant de costumes 
« divers, écrivait la duchesse d'Orléans, vers cette époque, mes 
« seuls vêtements à moi sont le grand habit et un costume de 
« chasse quand je monte à cheval, je n'en ai point d'autres. Je 
« n'ai de ma vie porté ni une robe de chambre, ni manteau, je 
« n'ai dans ma garde-robe qu'une seule robe de nuit pour me 
« lever et me mettre au lit. » 

Et elle écrit encore, peu de temps après, à propos de ces 
coiffures ridiculement élevées : « Les cornettes sont choses que 
« je ne puis pas souffrir. » 

Plus tard elle revient encore sur ce sujet. 

« Je ne suis les modes que_ de loin, il en est que je mets 
« tout à fait de côté, comme les paniers que je ne porte pas 
« et les robes ballantes que je ne puis souffrir et que je 
« n'admets pas en ma présence, il me semble que c'est une 
« indécence et on a l'air de sortir du lit. 

« Il n'y a ici aucune règle pour les modes. Les tailleurs, les 
« faiseuses de robes et les coiffeurs inventent à leur gré. Je n'ai 
« jamais suivi à l'excès la mode des hautes coiffures. » 

Il est vrai que ces robes flottantes, ces déshabillés, ainsi qu'on 
les appelait, justifiaient leur nom et commençaient à se géné- 
raliser. La Régence leur fût favorable. Elles avaient un air de 
laisser-aller coquet, qui charmait les jeunes femmes légères de 
cette époque (fig. 445). Elles se souciaient peu de ce qu'en 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



627 



pensaient Madame de Maintenon et cette duchesse d'Orléans, 
grincheuse et laide. 

Et cependant, par une bizarre inconséquence, toute grincheuse 




Fig. 444. — Mademoiselle d'Enghien, duchesse de Veudôme. 



qu'elle fût, la duchesse d'Orléans sacrifiait à la déesse de la mode. 
Paris étant l'oracle de l'élégance de tous les pays du monde, 
on venait y chercher ses nouveautés et ses inspirations. Or, la 



628 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

duchesse se donne la peine de tenir sa famille allemande au 
courant des modes nouvelles. Elle décrit minutieusement les 
coiffures et les robes, elle oublie ses griefs pour se complaire aux 
jolis habits bouffants, aux déshabillés gracieux, dont Watteau est 
le metteur en vogue. Son style clair et incisif n'a rien de teuton, 
elle comprend toutes les finesses de la langue française. Sa 
rudesse est toujours grande dame, elle n'oublie pas qui elle est, 
même dans certaines verdeurs de style qui, parfois, dépassent la 
vieille gauloiserie. 

Elle apprécie d'un mot une personne ou une situation. 

— « Madame de Fiennes, écrit-elle, avait l'habitude de dire 
« que, dans la maison royale d'Angleterre, on tenait si bien aux 
« coutumes que la Reine était morte avec un toquet sur la tête. 
« C'est le bonnet que prennent les enfants quand on les met au lit. » 

Elle décrit Madame de Gordon, grande tante de lord Stanley : 

— « Madame de Gordon a été longtemps ma dame d'atours. 
« C'était une personne fort étrange, elle rêvait toujours. Un jour, 
« étant dans son lit et voulant cacheter une lettre, elle s'appliqua 
« la cire toute bouillante sur la jambe et se brûla cruellement. 
« Le soir, quand elle me donnait une coiffe pour aller à la 
« cour, elle tirait ses gants, me les jetait à la figure et mettait 
« ma coiffe sur sa tête. » 

La duchesse détestait franchement sa bru, dont les idées étroites 
et mesquines, la vanité ridicule heurtaient son caractère droit et 
son intelligence vive. Elle voyait avec peine que son fils se fût 
abaissé jusqu'à épouser une fille de Madame de Montespan, 
alors que cette fille n'avait aucune qualité qui pût effacer son 
origine. Sa correspondance abonde en mots brefs, pleins de 
justesse, mais mordants et cruels à l'égard de l'indolente princesse 
qu'elle ne peut se consoler d'avoir pour belle-fille. 

La femme du Régent n'exerça aucune influence sur les modes; 
d'autres princesses de la maison de France eurent plus de goût 
et de charmes. Nous avons cité la charmante duchesse de Bour- 
gogne, dont la mort si brusque plongea la France entière dans le 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



629 



deuil. Nous ne pouvons oublier la duchesse du Maine, remuante, 
ambitieuse, amie du faste et de l'élégance, dont la femme de chambre, 
Madame de Staal, nous a si bien décrit le caractère vif et bon, 




Fig. 445. — Hélène Lambert, gravure de Drevet, 1700. 



l'intelligence hardie et l'égoïsme naïf de la grande dame, indulgente 
envers ses inférieurs, impérieuse et fière envers ses égaux. Après 
s'être jetée étourdiment dans une conspiration avec l'Espagne, elle 
abandonne sa femme de chambre, sans songer qu'elle a brisé l'avenir 



630 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

de cette infortunée (fig. 446). Madame de Staal est en prison. Elle 
a été arrêtée si subitement, au sortir de son lit, par les sbires du 
Régent, qu'elle n'a pas eu le temps de prendre aucun vêtement de 
rechange. Par contre, elle a pu glisser dans sa poche sa boîte 
de rouge et c'est à elle qu'elle a recours pour cacher sa pâleur 
quand on vient la chercher pour la mener à ces interrogatoires 
effrayants, dont la torture est souvent le dernier mot. Ce qui 
ajoute au désarroi de la pauvre femme, c'est qu'elle n'a sur la 
tête que sa cornette de nuit, qu'elle arrange tant bien que mal 
dans la prison, ne voulant pas se montrer nue-tête devant ses 
juges, ce qui était regardé alors, pour une femme de classe 
moyenne, comme une chose inconvenante. 

En même temps que la robe flottante étendait son empire 
jusqu'à être tolérée à la cour pendant la minorité de Louis XV, 
la coiffure devenait tout à fait jolie. Également éloignée des 
ridicules échafaudages de l'époque précédente et d'une simplicité 
trop peu seyante, elle avait ramené la beauté des arrangements 
raisonnables et nulle époque de l'histoire de la coiffure n'est plus 
intéressante à étudier, parce que jamais la femme ne sut si bien 
se coiffer. Les artistes furent certainement pour quelque chose 
dans ce mouvement de la mode. Watteau ne dédaignait pas de 
dessiner des toilettes à l'usage des couturières; Lebrun, Mignard, 
Drevet, Nanteuil et une foule d'autres peintres ou graveurs illustres 
s'efforçaient de donner à la parure une grâce, sinon naturelle, du 
moins frappée d'un cachet aimable et plaisant a l'œil. 

C'est alors que la France fut vraiment la souveraine incontestée 
de la mode. L'Angleterre, si fière de tout ce qu'elle faisait, 
abdiquait son chauvinisme devant cette puissance nouvelle. Les 
reines qui passèrent sur le trône s'habillaient à la française. La 
reine Anne, qui était passionnée pour la toilette, est représentée 
dans ses portraits avec une coiffure gracieuse, mêlée de boucles, 
de plumes ou de bijoux dont l'inspiration est toute française. Les 
Anglaises n'avaient jamais porté beaucoup de fontanges; elles 
préféraient les chaperons, les béguins à plumes ou, si elles 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



631 



aimaient à avoir la tête couverte, les mantes et les grandes coiffes. 
On avait vu, sous les derniers Stuart, les femmes arborer d'im- 
menses perruques et surtout une certaine coiffure dite à la 
Tatire dont le succès fut sans précédent. On les abandonna 
peu à peu, ne gardant de cette masse de cheveux d'emprunt que 
les crève-cœurs, boucles plus ou moins volumineuses, attachées 
au bout d'un petit crochet de fer, qui se plantait ça et là dans 




Fig. 446. — La duchesse du Maine. 



la coiffure, pour en augmenter le volume. C'est alors qu'apparut la 
poudre. On la répandait légèrement sur les boucles massées à 
profusion sur le front et relevées en un seul groupe par devant. 
On laissait pour le chignon et les côtés quelques boucles d'inégales 
grandeurs, dont plusieurs venaient flotter sur l'épaule (fig. 447). 

Lorsque, sous la Régence, Dubois fut envoyé en ambassade 
en Angleterre, il voulut y naturaliser l'élégance française et se 
donna beaucoup de peine pour atteindre ce but. Tantôt il écrivait 



632 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

à Law de lui envoyer des manteaux fort amples, des queues très 
larges et mille autres colifichets; tantôt il priait Mademoiselle Fil- 
lion, la modiste en renom, de lui habiller de grandes poupées à 
la dernière mode, afin de montrer aux dames anglaises de quelle 
manière celles de France étaient coiffées et habillées. Ce singulier 
diplomate contribua ainsi à communiquer à la puritaine Angle- 
terre la frivolité des moeurs françaises. 

En Allemagne, le règne des perruques, des fontanges et de 
tous les excès de coiffures fut universel, à la fin du xvii" siècle. 
Les boucles en masses énormes gagnèrent surtout la vogue. 
Aucune tête humaine n'étant en mesure de se coiffer à la mode 
avec ses seuls cheveux, force fut de recourir aux perruques 
ou aux mèches additionnelles. Les perruques faites en Allemagne 
ne paraissant pas assez bien tournées, on en faisait venir à 
grand frais de Paris. Cette ville devint un centre actif de 
fabrication de perruques et on put prouver à Colbert, inquiet 
des sommes énormes que le commerce des cheveux faisait sortir 
de France, que cet argent y rentrait multiplié au centuple par 
l'immense exportation des perruques, que Paris expédiait dans 
tous les pays, et surtout en Allemagne. 

Les pasteurs protestants crurent voir dans cet abus de faux 
cheveux, un véritable danger pour leurs ouailles. Partout, ils 
fulminèrent dans leurs sermons contre une mode qu'ils regardaient 
comme criminelle. L'un d'eux, même, composa un livre unique- 
ment destiné à prouver que les fontanges et les perruques étaient 
l'ouvrage du démon. Les cours allemandes ne tinrent guère compte 
de ' ces colères de moralistes. Les reines et les princesses adoptè- 
rent les modes françaises avec ardeur. Les poupées habillées et 
coiffées, s'expédiaient aussi bien à Berlin qu'à Vienne. Les 
femmes eussent rougi de ne pas s'habiller à la dernière mode de 
Paris, et celles qui étaient assez riches pour se permettre de faire 
revenir directement de France toutes les pièces de leurs costumes, 
rivalisaient d'élégance avec les femmes ou les filles des souverains 
(fig. 448). 




Fig. 448. — Sophie-Caroline, reine de Prusse, d'après un portrait de 1701, 



634 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

La bonhomie tranquille du bourgeois allemand s'émut de cet 
esprit de coquetterie, qui gagnait toutes les classes. Dans plus 
d'une ville, l'administration s'assembla pour décréter des règlements 
somptuaires. On regrettait, surtout parmi les gens sages et les 
vieillards, le mépris où tombaient les beaux costumes nationaux, 
si variés, si pittoresques, si caractéristiques. Aussi s'efforçait-on 
de combattre le courant nouveau, 

— - « Nous exigeons, disait un bourgmestre, au nom du collège 
« communal, nous exigeons que les femmes dont la vanité a grandi 
« d'une façon désespérée, s'habillent suivant la mode de notre pays, 
« et qu'elles ne portent pas de bijoux d'or. Permis à elles d'avoir 
« des fichus de soie, pourvu que la dépense ne soit pas exagérée. 
« Nous défendons l'usage des crêpes de soie, des robes de cou- 
« leurs voyantes, corsets de damas, velours de soie, ainsi que des 
« plumes et des fleurs au chapeau, des corsets à la française, qui 
« se lacent par derrière, des plis aux manches, des talons de 
« souliers recouverts de satin, de la mousseline rayée, etc., etc. » 

Il ne paraît . pas que ces défenses multiples aient beaucoup 
effrayé les jeunes Gretchen. On les voit peu après adopter 
avec enthousiasme la coiffure merleton (probablement mirliton). 
Cette coiffure consistait en boucles courtes tout autour de la tête. 
Pour l'exécuter, il fallait couper les cheveux presque courts. On 
n'hésita pas à accomplir ce sacrifice. Les vraies coquettes, celles 
qui prévoyaient que cette mode ne serait pas éternelle, se procu- 
rèrent des perruques bouclées, au lieu de couper leurs cheveux, 
et de fait, le merleton ne dura guère dans le monde élégant. Il ne 
comportait pas la poudre et fut évincé presque partout par les 
coiffures à poudre. 

Toutefois, il sut conserver une clientèle plus persévérante dans 
les contrées du Nord. En 1760 et plus tard encore, on voyait 
à Dantzig quelques vieilles matrones de la moyenne bourgeoisie, 
portant gravement des perruques brunes bouclées, chargées de 
touffes de rubans de plusieurs couleurs, de clinquant, de plumes 
ou de fleurs. Cette mode, ridicule chez les vieilles figures, était, 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 635 

au contraire, un charme pour la jeunesse. Les jeunes filles 
en cheveux courts bouclés, paraissaient en effet tout à fait gra- 
cieuses, pendant la semaine, et fort défigurées le dimanche, 
lorsqu'elles croyaient devoir s'affubler, pour aller à l'église, de 
lourdes perruques blondes ou blanches, à la mode de Paris. 

En Espagne et en Portugal, l'immuabilité de l'étiquette préser- 
vait davantage ces pays de l'invasion de mœurs et de modes 
étrangères. 

Nous avons déjà constaté ce trait marquant du caractère espa- 
gnol. Nous le rencontrerons encore. Ainsi en 1689, alors que 
partout les coiffures féminines s'élèvent en boucles, frisures et 
torsades, et que le chapeau est depuis longtemps oublié, la prin- 
cesse Louise d'Orléans, fiancée de Charles II, doit coiffer l'antique 
toque espagnole pour faire son entrée à Madrid. Il faut ajouter 
que cette toque est chargée de plumes et ornée de la fameuse 
perle « Pérégrin ». Cependant l'influence de la jeune reine sur son 
faible époux, l'affection que celui-ci portait à la France, miti- 
gèrent beaucoup l'esprit trop absolu de l'étiquette espagnole. 
Louise d'Orléans s'habillait à la française ; Anne de Neubourg, 
qui lui succéda, n'adopta pas davantage les modes du pays. Le 
portrait de cette reine, que possède la galerie de Versailles, nous la 
montre dans un costume à la dernière mode d'alors et avec une 
coiffure toute française. 

On ne parle plus de toques, dans les lettres écrites par Pont- 
chartrain, à propos de l'arrivée en Espagne de la jeune Elisabeth 
Farnèse, seconde femme de Philippe V. 

Anne de Neubourg, la reine douairière, sa tante, qui depuis de 
longues années vit à Bayonne, lui donne entre autres cadeaux de 
noces une splendide parure de diamants avec des boucles d'oreilles 
assorties et un devant de corps pareil, au milieu duquel brillent 
deux perles d'une beauté- remarquable, des colliers, des bracelets; 
sa générosité fait l'admiration de la cour. 

Elle veut accompagner sa nièce jusqu'à Pampelune et, un peu 
avant l'heure du départ, elle fait prendre le chapeau de celle-ci 



636 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

et le lui renvoie orné d'une belle attache de diamants et deme- 
raudes. Tante et nièce vêtues d'un costume de chasse tout pareil, 
voyagent dans le même carrosse. Mais à St-Jean, les Espagnols 
prétendent renvoyer la suite italienne d'Elisabeth. Celle-ci déclare 
nettement qu'il n'en sera pas ainsi, parce qu'elle le veut et qu'elle 

n'a d'ordre à recevoir de personne que du roi, ajoute- t-elle après 

une longue pause. Elle décide toutefois que sa tante ne la suivra 
pas sur le territoire espagnol, sans la permission expresse du 
souverain, et comme cette permission ne vient pas, Anne de 
Neubourg retourne désolée à Bayonne. 

A Pampelune, Elisabeth donne une nouvelle preuve de son 
caractère impérieux. Elle se choque de voir sa table trop parci- 
monieusement servie et ordonne que les services soient augmentés, 
car, dit-elle, si la feue reine se contentait de cette frugalité, c'est 
que, étant Piémontaise, elle mangeait peu, mais que pour elle qui 
était Lombarde, elle priait que l'on se souvînt que les gens de 
son pays mangeaient pour le moins le double des Piémontais. 

Elle est attendue à Jadraque par la Camerera Major, la princesse 
des Ursins, qui a été l'instrument décisif de son élévation au trône 
d'Espagne. Elle lui fait le plus cordial accueil et la fait entrer 
immédiatement dans sa chambre où elles restent seules toutes les 
deux. On entend bientôt du dehors des éclats de voix. La reine 
appelle très haut son secrétaire qui se trouvait dans le corridor 
près de la porte, et lui dit d'introduire Amezaga, lieutenant des 
gardes du corps, commandant l'escorte. Amezaga trouve sa royale 
maîtresse courroucée, hors d'elle-même : « arrêtez cette folle inso- 
« lente, lui crie-t-elle, je vous l'ordonne. Faites atteler un carrosse, 
« conduisez-la jusqu'aux frontières avec cinquante hommes de 
« garde. Laissez-lui seulement une femme de chambre et un laquais. 
« Mettez aux arrêts ses autres domestiques. Partez vite. Qu'elle 
« n'écrive, qu'elle ne parle à personne ! » 

La princesse feint de ne pas comprendre. Elle baise la main de 
la reine et se retire. L'ordre verbal d'Elisabeth est confirmé 
aussitôt par des instructions écrites qu'elle griffonne, sur ses genoux, 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



637 



d'une main fiévreuse, que la colère fait trembler. On ne laisse 
qu'une heure à Madame des Ursins pour ses préparatifs, le temps 
de faire atteler une voiture et d'organiser le départ. Cette illustre 
femme qui, depuis tant d'années gouvernait l'Espagne, quitte 
Jadraque, le soir du 23 décembre, entre dix et onze heures 
en compagnie d'une servante et de deux officiers des gardes. 
Elle voyage sans relâche, par une nuit obscure et glaciale jusqu'au 




Fig. 449, — Elisabeth-Christine, reiue d'Espagne, médaille de 1707. 



faubourg d'Atienja où elle fait son entrée le lendemain au petit 
jour, indignée, transie et succombant à la fatigue. Elle avait 72 ans ! 

Elisabeth Farnèse n'était pas née en vain dans la patrie de 
Machiavel. Son coup d'essai d'ingratitude et d'autorité passa, aux 
yeux de ses compatriotes, pour un coup de maître (fig. 449). 

Avec Louis XIV disparurent beaucoup de traditions anciennes 
et d'exigences d'étiquette. La longue minorité du jeune Roi, le 
laisser-aller du Régent, le relâchement des mœurs, firent dégénérer 
peu à peu la liberté, longtemps contenue, en allures de licence. 



638 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

La femme, à cette époque, donne une triste idée de la Française. 
Heureusement que celles qui sont en vue, et dont on parle, ne 
sont pas la nation. C'est le dessus du panier, lamentable étalage, 
qui pourra donner bien mauvaise opinion de ce qui est au-dessous. 

Les couches supérieures, déjà gangrenées, répandaient la con- 
tagion autour d'elles et le mauvais exemple exerçait une influence 
d'autant plus funeste qu'il venait de plus haut. On vit, scandale 
inouï jusqu'alors, des princesses du sang ramenées ivres dans leurs 
appartements. Quand le trop fameux Law mit en pratique le 
système qui porte son nom, les mains qui se tendirent vers lui 
avec le plus d'âpre ardeur, furent des mains féminines, et l'on vit 
surgir la femme agioteur, type jusqu'alors inconnu. Les petits 
soupers de la Régence firent fureur chez une foule de femmes, 
insouciantes de leur honneur. Le scepticisme naquit avec la 
-dissolution. Déjà commençait à dominer l'esprit frondeur et irré- 
ligieux qui prépara le grand cataclisme de la fin du siècle. On 
se moquait de tout: des femmes se rencontrèrent assez vides de 
cervelle pour mettre en vogue la manie impie de garder auprès 
d'elles des têtes de mort, auxquelles elles s'amusaient à mettre 
des rubans et des cornettes. 

La mode, fidèle miroir de l'esprit de son temps, prit, elle aussi, 
un caractère relâché, quelque chose de déshabillé, qui donnait à 
toutes les femmes l'air de sortir de leurs lits. 

Plus de corps baleinés, de tailles serrées, d'étoffes de brocart 
raides et empesées. A peine se résignaient-elles à reprendre cette 
mise gênante pour les cérémonies officielles. Leurs préférences se 
portaient, au contraire, sur les robes flottantes, s'ouvrant sur des 
dessous de dentelles ou de toile finement brodée. Le linge lui-même 
devint un objet de grand luxe. Les draps de lits, les rideaux, les 
couvertures, sont ornés des plus beaux points de Gênes, de Venise 
ou de Bruxelles. Le satin et le velours couvrent les murs comme 
ils habillent les gens. Le goût pur qui, sous Louis XIV, avait 
inspiré les artistes d'un certain souffle de grandeur, s'abaisse et 
se dégrade au service des passions vulgaires. L'amour est 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



639 



partout, il revêt toutes les formes, il entre dans tous les orne- 
ments, même sur les robes, qu'on s'étudie à rehausser par les 
objets les plus incroyables, voire même des papillons en porcelaine 
de Saxe. 

Les broderies se surchargent jusqu'à l'excès. Le genre rocaille 
arrive et tombe bientôt dans la mièvrerie. Cependant il serait 
injuste de condamner absolument ce style qui peint si bien son 
époque. L'art vrai peut y trouver à redire, mais les amours 




Fig. 450. — Bonnet de dame âgée, d'après une ancienne gravure. 



de Boucher, les bergeries de Fragonard, les broderies, les soieries, 
les meubles ont une élégance aimable, un aspect de grâce légère 
d'un charme particulier. Avec le couronnement de Louis XV 
reparurent certaines vieilles habitudes. Le grand habit de cour, 
celui qu'on appelait l'habit de cour de Marly, fut porté jusque 
vers le milieu du règne. Madame de Pompadour le détrôna 
définitivement par la robe à gros plis dans le dos et à grands 
paniers circulaires, robe qui garda son nom, et conserva son 
privilège officiel jusqu'à la Révolution. Marie- Antoinette, malgré 
son désir d'innover, n'osa pas l'abandonner. La robe Pompadour 



640 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



semble avoir fait partie intégrante de l'éclat du trône. Il fallait 
au peuple la contemplation de princesses enveloppées d'étoffes 
aussi larges que hautes, brillantes d'or, de soie, de pailletage, de 
fleurs satinées ou de dentelles splendides. Hors de ces ornements 
encombrants, la reine ne lui semblait plus qu'une femme comme 
toutes les autres et on sait combien l'infortunée Marie- Antoinette 
paya cher l'oubli de ce préjugé populaire. 

Les coiffures restèrent plates sans beaucoup de fluctuations. 




Fig. 451. — Petit bonnet plat et fichu en battant l'œil. 



Pendant les dernières années de Louis XIV et une partie de la 
Régence, les femmes portèrent encore quelques bouffes, quelques 
boucles ou autres mèches de cheveux échafaudées sur la tête. 
Peu à peu elles en vinrent à laisser le haut du crâne absolument 
découvert. On coupait les cheveux à trois doigts de la tête et 
on en formait de grosses boucles qui encadraient le visage. La 
cornette ou le petit bonnet devint indispensable. Avec la coiffure 
à boucles co\irtes, on la posait un peu en arrière, et cet ensemble 
s'appelait coiffure à la culbute. Souvent la cornette consistait 






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Fig, 447. — Grande dame anglaise, d'après une ancienne médaille. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



641 



simplement en un nœud, un petit carré de linon ou de dentelle, 
un chiffonnage d'étoffe légère, bref un rien qu'il nous est difficile 
de distinguer, au milieu des noms variés et bizarres dont on 
avait l'habitude de décorer chaque objet de toilette (fîg. 450). 

Sous ces petits bonnets, les cheveux s'échappaient en boucles 
légères (fàg. 451), soit tout à fait poudrées, soit simplement cou- 
vertes d'un œil de poudre. On imagina aussi de porter les cheveux 
relevés en racine droite tout autour du front. Par derrière ils 






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Fig. 452. — Dame en cornette, d'après un portrait. 



étaient noués avec un ruban en une touffe de boucles, formant 
une masse unie tombant dans le cou et relevée au-dessus de 
la nuque, au moyen d'un ruban. Tel fut le premier catogan 
dont la durée résista même à la Révolution. La coiffure en bat- 
tant-l'œil- eut aussi un succès universel. Jeunes et vieilles s'en 
attifèrent, quelque peu élégante qu'elle fut. Elle se composait 
d'un fichu de soie ou de dentelles qu'on nouait sous le menton, 
après avoir retenu quelques plis de l'étoffe sur le front, au moyen 
d'épingles ou de nœuds. Ce fichu formait pointe au-dessus et 

42 



642 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

descendait aux tempes, en une sorte de petit volant qui s'agitait 
avec la tête, d'où le nom de battant-l'œil. 

La cornette à la jardinière, à la colinette, était un fond de linon 
posé assez en arrière de la tête et garni de dentelles. On rabat- 
tait cette dentelle sur le front au moyen d'un petit nœud (fig. 
452). C'est à cette époque que commença la grande vogue des 
mouches, remise en honneur par la duchesse du Maine. On en 
usa avec une exagération telle, qu'un critique prétendit que le 
visage des femmes ressemblait aux figures du zodiaque. Il y 
avait des mouches en rond, en carré, en losange, en croissant, en 
étoile. Elles portaient un nom différent d'après la place où on 
les mettait. La passionnée était au coin de l'œil, la galante, au 
milieu de la joue, l'effrontée sur le nez, la coquette près des lèvres, 
et il fallait un art tout particulier pour les bien poser. Pas une 
femme ne sortait de chez elle sans ses boîtes à mouches, à rouge 
et à poudre et ne se fût pardonné de manquer d'un de ces 
accessoires. 

Le goût du jour exigeait qu'un certain air de négligence régnât 
dans tout le costume. La coiffure comptait pour peu ; la tête était 
petite, légèrement poudrée et frisée, simplement couverte d'un 
battant-l'œil orné d'un désespoir, ruban assorti à la toilette, 
entourant la tête et se nouant sous le menton. 

Le manteau de lit se portait même dans la journée. Hâtons- 
nous d'ajouter qu'il était ordinairement fait d'une étoffe de soie 
chatoyante ou de mousseline d'une finesse merveilleuse, tout 
enrubanné et garni de falbalas. Il s'ouvrait sur un corset de satin 
pomponné de dentelles froncées, frisées, godronnées, entremêlées de 
nœuds de rubans assortis au manteau, sur une jupe pareille au 
corset et ornée de falbalas et de prétentailles. Sur la tête un 
petit bonnet rond de point de Gênes ou de Venise. Ainsi vêtue, 
la grande dame était en mesure de faire les honneurs de son 
salon, lorsque les exigences d'une réception officielle ne l'obligeaient 
pas à endosser le grand habit et à se coiffer en physionomie 
élevée. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



643 



La physionomie élevée, c'était la coiffure plus apprêtée, sans 
cornette, bonnet ou fichu. Quelques boucles se massaient çà et 
là. L'une, le confident s'abattait devant l'oreille à gauche, d'autres 
pendaient sur le cou. Mais à cette coiffure exceptionnelle, on 
préférait de beaucoup les petits chiffonnages de points de Gênes 




Fig. 453. — Dame en bagnolelte. 



OU de Venise posés sur les cheveux poudrés, remplacés dans 
les classes bourgeoises par la batiste, le linon, le réseau, ou une 
forte gaze appelée marli. 

La coiffure des mauvais temps s'appelait bagnolette, l'ancienne 
coiffe de Madame de Maintenon débarrassée de son bavolet 
(fig. 453). C'était une sorte de capeline, froncée par derrière, en 
soie de couleur ordinairement foncée. Elle se portait sur la 
cornette ou sur la coiffure en cheveux. Quand le beau temps 
revenait, les femmes sortaient coiffées comme dans leurs appar- 
tements, le chapeau, jusqu'à la fin du règne de Louis XVI, 



644 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



n'étant admis que pour monter à cheval. Les grandes dames 
seules se faisaient suivre d'un petit nègre ou d'un laquais portant 
un grand parasol, ouvert pour les préserver du soleil. 

Capuchons largement froncés, mantilles, frileuses à falbalas, 
écharpes de mousseline, coiffes de soie, bonnets de dentelles, têtes 
poudrées, toutes ces variétés de parures féminines se croisaient 
dans les promenades publiques, à Versailles, à Marly, dans les 




Fig. 454. — Dame en mantille. 



parcs tracés par le Notre, comme dans les rues tortueuses du 
vieux Paris (fig. 454). 

L'arrivée d'une reine en France ne rendit pas plus de solen- 
nité à la toilette. Il est vrai que celle qui venait s'unir au 
jeune Louis XV était une simple et douce Allemande du nord, 
habituée aux privations, menant petite vie, et tout à coup tirée 
d'une cour obscure, pour s'asseoir sur le trône le plus brillant du 
monde. 

Elle n'était pas à la hauteur de sa position. Elle n'avait que 
des vertus modestes, comme ses aspirations. Tous les portraits 
que nous avons d'elle la représentent, se vieillissant à plaisir sous 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



645 



des coiffes, des fichus, des capuchons volumineux, mis un peu 
au hasard et mieux faits pour une matrone âgée et frileuse que 
pour une jeune reine. 













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Fig. 455. — Marie Leczinska, lors de son mariage, d'après un portrait des Galeries de Versailles. 



Celui de ses portraits qui fut exécuté à son arrivée en France 
dans tout l'éclat de sa fraîcheur de blonde (fig. 455), nous montre 
une tête aux cheveux poudrés, simplement disposés en bandeaux 



646 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



et cachés sous le battant-l'œil de dentelle noire, qui est sa coiffure 
caractéristique. 

Elle a le grand habit tout chargé de falbalas, et semble avoir 
oublié de terminer sa toilette par une coiffure assortie. 

Un autre portrait d'elle, fait par Nattier, quelques années après, 
prouve que la coquetterie française n'avait guère influé sur elle. 
Sa cornette de dentelles recouvre les mêmes bandeaux sans 




Fig. 456. — Marie Leczinska, daprès un portrait de Nattier. 



apprêts; le fichu entoure soigneusement la tête, elle porte la 
polonaise, vêtement qu'elle affectionnait en souvenir de sa patrie 
et le seul objet de toilette qu'elle apporta en France comme 
une mode nouvelle (fig. 456). 

La première partie du règne de Louis XV donna aux habi- 
tudes une impulsion un peu masculine. Le roi aimait la chasse 
avec passion. Dès son enfance, il chassait avec sa petite cour. 
Sa fiancée même, à peine âgée de six ans, le suivait avec sa 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



647 



gouvernante, dans une petite voiture en forme de chaise. Les 
jeunes princesses du sang, montées sur des chevaux appropriés 
à leur taille, couraient le cerf avec le roi. Elles eurent d'abord 




Fig. 457. — Costume de chiisse sous Louis XV. 



un costume olympien fort incommode, mais peu à peu elles 
l'abandonnèrent pour une mise plus pratique. Sur une longue jupe 
de soie, elles revêtirent un justaucorps comme celui des hommes, 
très galonné d'or et d'argent, avec de beaux boutons d'or ou de 



648 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

pierreries, et sur la petite perruque à catogan avec nœud, comme 
celle des cavaliers, elles posèrent un élégant tricorne galonné et 
orné de plumes. Ce costume, un peu viril, était si coquet qu'il 
devint, pendant tout le siècle, le costume de chasse obligé 

(%• 457)- 

Il se propagea non seulement en France, mais dans toute 
l'Europe. En Allemagne où le goût de la chasse était très 
répandu, les dames s'empressèrent de l'adopter ; mais elles le 
surchargèrent de broderies et de galons, surtout en Autriche, où 
beaucoup de femmes portaient déjà le dolman hongrois, avec le 
petit bonnet de velours ou d'astrakan à aigrette des Magyars. 

En Italie même, le tricorne eut sa vogue, surtout à Venise, où 
les femmes se l'approprièrent, comme coiffure du soir ou de 
promenade, mais elles n'y ajoutèrent ni la jolie perruque à mar- 
teaux ni le catogan, et le tricorne ainsi isolé perdit sa coquette 
élégance. C'est que la sévérité si jalouse des Vénitiens à l'égard 
de leurs femmes n'eût jamais toléré qu'une coiffure trop voyante 
attirât sur elles les regards. Au xviii" siècle encore, les Véni- 
tiennes ne jouissaient pas plus qu'au xvi" siècle, de la liberté des 
autres femmes de l'Europe (ûg. 458). 

Marie Leczinska aimait beaucoup les courses en traîneau. 
Aussitôt toute la cour s'adonna au même exercice. La reine, 
pour ces parties, avait adopté les modes de son pays: la polo- 
naise garnie de fourrjures, la petite toque de fourrure aussi. La 
polonaise prit place, dès lors, parmi les modes françaises et on 
porta des coiffures garnies de fourrures, mais cependant en petit 
nombre. La mode garda cet aspect négligé, ces draperies flot- 
tantes, ces coiffures de matin, à petits bonnets de dentelle. Jeunes 
et vieilles se couvrirent la tête d'un redoublement de fichus et 
de bagnolettes. La Cour donnait l'exemple de la simplicité, mais 
ce fut un moment bien rapide. Louis XV, en abandonnant la voie 
droite où il avait marché jusque-là, ouvrit la porte à toutes les 
ambitions féminines. Les dépenses folles, les assauts de toilettes, 
tout l'arsenal de la coquetterie eurent désormais libre carrière. 



HISTOIRE DE LA COITFURE FÉMININE 



649 



Deux femmes de la Maison de Nesles eurent le triste honneur 
d'arracher Louis XV à ses devoirs. La première, Madame de 
Mailly, aussi belle qu'élégante, préférait les toilettes somptueuses 




Fig. 458. -- Femme de Venise en toilette de rue, vers 1750. 



aux déshabillés coquets à la mode. Le duc de Luynes raconte 
qu'elle dormait toujours coiffée et la tête pleine de diamants. 
Elle aimait les parures extraordinaires et on la voyait arriver au 



650 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

sermon, portant une robe jaune chamarrée de martre zibeline, 
le chaperon de fleurs jaunes, avec une aigrette, posé sur ses 
cheveux poudrés, costume qui fît dire au roi : — ^ « Je crois que 
« la Czarine doit être mise actuellement comme cela ! » 

La duchesse de Chateauroux, fière et impérieuse, n'était guère 
moins somptueuse dans ses atours, mais bientôt survint une 
femme qui devait être la personnification d'une époque et donner 
son nom à la mode qu'elle allait gouverner comme le royaume 
dont la faiblesse royale lui abandonnait la direction. 

Dans les chasses de la forêt de Sénart, Louis XV avait 
aperçu quelquefois une ravissante déesse, vêtue de cette façon 
mythologique, si aimée des peintres du temps, tantôt habillée de 
rose et conduisant un phaéton bleu d'azur, tantôt en bleu dans 
un phaéton rose. Les cheveux bouclés voltigeant au souffle du 
vent, elle passait rapide et légère, sans paraître s'apercevoir qu'on 
l'admirait. Le roi charmé s'arrêtait et s'informait de ce que pou- 
vait être cette gracieuse apparition. 

Ainsi se révèle Madame de Pompadour dans l'histoire et 
aussitôt le costume de Diane est délaissé pour le grand habit de 
cour, car la coquette et rusée bourgeoise s'est transformée en 
grande dame et a saisi, du premier pas, le sceptre de la mode. 
On copie ses robes, on se coiffe comme elle, on ne craint pas 
de l'imiter aveuglément, parce que son tact de jolie femme sait 
inventer sans cesse et toujours inventer joli. C'est maintenant que 
le chroniqueur voit s'accumuler les documents. Mémoires, lettres, 
comptes, tout vient nous décrire les moindres toilettes de l'élé- 
gante marquise, comme les honteuses servilités de son temps. 
Autour de la favorite s'élève un nuage d'adulations et de basses 
flatteries, au milieu desquelles elle semble jouer le rôle d'une 
fée des contes d'enfants, toujours vêtue de soie et d'or, d'étoffes 
merveilleusement brodées, de taffetas des Indes, de gazes lamées 
d'argent , tissées à fleurs de Perse , couvertes de guirlandes , 
de sabots de dentelles, de falbalas, de rubans, des points les 
plus rares, à demi enveloppée de ces mantes en réseau d'or et 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



651 



d'argent qu'elle « créa » à la grande admiration de la cour. 
Que lui importe l'argent ! Elle ne le compte pas. Tantôt sa polo- 
naise est garnie de fourrures, cadeau impérial de la Czarine, tantôt 



'il 




Fig. 459. — La marquise de Pompadour, d'après le portrait de Vanloo, connue sous le nom 

de belle jardinière. 

elle est drapée à l'antique des plus belles soies d'Orient. En grand 
habit ou en déshabillé, elle est toujours la plus belle, elle est artiste 
dans l'âme et sait s'habiller mieux qu'aucune femme de Paris. 



652 HISTOIRE DE LA COIKKURE FÉMININE 

Sa coiffure est toujours réussie, qu'elle soit poudrée de blanc 
ou de blond, ou bien encore laissée à sa teinte naturelle (fig. 459). 

Un jour elle relie ses cheveux en bandeaux onduleux et en 
forme un petit chignon, à la mode antique, attaché sur le 
derrière de la tête avec des perles ou des diamants. Une autre 
fois son visage est tout entouré de boucles légères. Enfin la 
coiflure relevée, poudrée à frimas, avec de longues boucles par 
derrière et sur les côtés, rehaussait sa beauté dans les grandes 
tètes de la cour. 11 paraît qu'en effet sa beauté avait besoin 
d'artifices. 

Xji contenance éventée 

Et chaque dent tachetée 

La peau jaune et truitée 

Les yeux froids et le cou long. 

Tel est le portrait, que fait d'elle un de ses ennemis. S'il est 
exact, on comprend que cette peau « truitée > ait été bien aise 
de pouvoir se cacher sous la poudre, le fard et le rouge dont la 
marquise faisait un abus incroyable. A son exemple, toutes les 
femmes mettaient du rouge, celles mêmes qui trouvaient cet 
usage ridicule, n'osaient s'y soustraire, sous peine d'avoir l'air de 
mortes ambulantes au milieu d'une foule de visages enluminés. 
Ce rouge sur le blanc, ces mouches parsemant la f;\ce, le noir 
destiné à faire ressortir les sourcils et les yeux, rendaient les 
iemmes presque méconnaissables (fig. 460). 

On s'en moquait, mais en vain. 

Par les soins que Lise prend 
Et du plâtre et des pommades, 
Les visites qu'elle rend 
■.Sont autant de mascarades. 
Pour elle, soit bien, soit mal 
Il est toujours carnaval ; 
Au logis et dans la rue 
Nous la voyons tous les jours 
Et jamais ne l'.avons vue. 

Lorsque la jeune infante d'Espagne vint épouser le Dauphin, 
fils de Louis X\', en 1745, on voulut la persuader de mettre 



HISTOIRE DK LA COIKKURK FÉMININE 



653 



du rouge; mais comme clic n'en avait jamais mis, clic répondit 
qu'elle ne le ferait qu'autant que le Roi l'ordonnerait. Ce fut une 
grosse affaire. On délibéra longuement et finalement on décida 
que le Dauphin la trouverait trop pâle sans rouge. Le duc de 
Richelieu, premier gentilhomme de la Chambre, lui porta, de la 
part de Leurs Majestés, « la joermission de mettre du rouge ». 
La jeune princesse se soumit. Cette habitude du rouge était 




■'O 






Fig. 460. — Bonnel à la Suzanne, d'après un croquis de Watleau. 



poussée à un tel point que l'avocat Barbier affirma avoir vu 
Madame Henriette, fille de Louis XV, couchée sur son lit de 
mort, en manteau de lit, coiffée en négligé et du rouge sur le 



visage. 



Les femmes ne se faisaient aucun scrupule de livrer au public 
le secret de leur beauté. La mode des levers était dans son plein. 
Depuis la favorite jusqu'à la bourgeoise, toute jolie femme avait 
son lever. Généralement les hommes seuls y étaient admis. Ils 
assistaient à la pose des perruques, à l'adjonction des mèches et 



654 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

des boucles fausses; ils donnaient des conseils sur la manière de 
mettre le rouge et de poser les mouches, et personne n'eût pensé 
à se scandaliser d'une chose, qui avait pris rang parmi les usages 
reçus. 

C'est tout en contemplant le travail affairé des coiffeurs et 
des chambrières que se débitaient les nouvelles du jour, que se 
discutaient les livres en faveur, que se récitaient les vers frais 
éclos, les petits compliments galants, les histoires et les gais 
propos destinés à faire sourire la maîtresse de céans. 

Madame de Pompadour avait un lever aussi nombreux que 
celui d"une reine, peut-être plus, hélas ! car la vertu était un 
décor oublié et démodé dont on ne s'inquiétait guère. 

La duchesse de Grammont est assiégée dès le matin par les 
plus grands seigneurs et, chose plus remarquable, par les plus 
grandes dames. La femme d'un simple associé des fermes, Madame 
d'Epinay, toute raisonnable qu'elle soit, ne parvient pas à être 
habillée avant une heure, tant sa chambre est encombrée d'amis, 
de solliciteurs, de marchands de toutes sortes, qui sont là dès son 
réveil pour lui faire leur cour. 

Aussi, comme tout est harmonieux autour de l'élégante en 
vogue, qu'un nuage de poudre parfumée enveloppe. Son peignoir 
de dentelles, sa jupe de soie, ses mules de satin, tout est frais 
et ravissant. Ses chambrières elles-mêmes sont en robes ornées 
de falbalas, poudrées, coiffées avec des boucles, des nœuds, de 
gracieux bonnets de dentelle. Sa table de toilette est couverte de 
boîtes à fard et à mouches, en vermeil, en argent, en or artis- 
tement ciselé. Tout ce qui l'entoure respire le luxe le plus délicat. 

Quant au mari, aux enfants, aux devoirs sérieux de la vie, la 
Française du xviii" siècle n'y pense guère et eût ouvert de grands 
yeux, si on lui eût fait remarquer qu'elle avait peut-être autre 
chose à faire, sur cette terre, que de s'habiller et de voir du 
monde. 

Aucune d'entre ces femmes aimables n'avait l'idée de faire un 
compte ou de surveiller son ménage. Les enfants étaient mis au 




Fig. 461. — Elisabeth de Gouy, d'après une gravure de la bibliothèque royale de Bruxelles. 



6s6 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

couvent ou abandonnés à des précepteurs dès l'âge le plus 
tendre. Une mère ne se souvenait de sa fille que pour la marier 
bien vite à la sortie du couvent. L'idée chrétienne s'était affaiblie 
partout et avec elle la notion du devoir. 

En revanche, la science de la toilette prend de jour en jour 
plus d'importance (fig. 461). 

Pour la femme qui ne voit d'autre but à sa vie que celui de 
plaire, l'art de paraître domine tout. Aussi, que de soins, de 
tracas, que de préoccupations, de combinaisons chez toutes ces 
beautés qui cherchent leur gloire dans les succès de la vanité. 

La reine de la mode, la si enviée marquise de Pompadour 
sait, mieux que tout autre, ce qu'a d'épines sa couronne. Ce 
nest pas tout de parvenir, il faut se maintenir au faîte. En 
France on ne pardonne pas l'insuccès. Voilà pourquoi Madame 
de Pompadour invente sans cesse. 

Ses inventions sont gracieuses, un peu mièvres, mais elles sont 
toujours accueillies avec transport. 

Elle crée une nouvelle rose qu'on baptise du nom de Pompon. 
Aussitôt toutes les robes se rarnissent de afuirlandes de roses 

o o 

pompons ; toutes les têtes s'en couronnent, tous les corsages en 
sont ornés. Roses partout, sur les vêtements, dans les tentures, 
autour des trumeaux, des glaces, au milieu des panneaux, dans 
les meubles, sur les moindres objets. 

Watteau avait mis à la mode le genre champêtre, genre faux, 
n'ayant de champêtre que le nom ; Lancret, Boucher, Fragonard, 
Nattier et tous les peintres de l'époque suivirent l'impulsion 
donnée. 

Aussitôt les femmes de rêver bergères en satin et souliers 
roses et de s'habiller en campagnardes, comme on n'en avait 
jamais vues aux champs. 

On inventa les chapeaux de bergères, coquets objets de paille, 
ornés de rubans et de fleurs, qui se posaient de travers sur 
l'oreille, ou bien en avant sur le nez. Pas de coiffures plus gra- 
cieuses pour les jeunes femmes. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



657 



A dater de ce moment, le monde doré s'éprend de la nature, 
de la nature artificielle et de convention, bien entendu, telle que 
la représentent les Pastorales de Lancret. 

La mode exige impérieusement le séjour à la campagne pendant 
quelques mois; mais comme elle ne permet pas, d'autre part, que 
ses adeptes aillent s'enterrer dans la province, loin de la cour. 




Fig. 462. — La comtesse du Barry, à 24 ans. 



les environs de Paris se peuplent de magnifiques châteaux, de 
ravissantes villas, bâtis à grands firais par la noblesse et la 
finance. On va aux champs, non pour s'y reposer, respirer un 
air plus pur, s'occuper de ses intérêts et de ceux de ses vassaux, 
des métayers, de l'honnête population des villages, mais pour y 
continuer les dépenses d'argent, de forces et de vitalité qui ruinent 
la santé et les familles. On ne part qu'en nombreuse compagnie 
d'amis, d'hôtes, de parasites pour continuer dans les châteaux 
l'énervante existence des hôtels de Paris et de Versailles. Partout 

43 



658 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

on joue la comédie; c'est une passion, une fureur. Si l'on sort, 
c'est pour se livrer à des parties de plaisirs organisées de 
manière à être elles-mêmes des espèces de comédies en plein air. 
On joue, on cause, on intrigue, on médit, on marivaude, on lutte 
d'esprit, de gaîté, de toilettes, avec un entrain que notre siècle 
souverainement ennuyeux et ennuyé de politique, ne connaît plus. 

Les Mémoires du temps sont pleins de descriptions de cette 
vie prétenduement champêtre, où l'esprit français se mouvait avec 
une aisance si aimable et si attrayante. 

Ils nous peignent les jeunes femmes en robes de soieries légères, 
rayées de blanc, de bleu, de rose, gracieusement retroussées sur 
le jupon court garni de dentelle, la houlette à la main, le chapeau 
de rigueur sur la tête, jouant gaîment leur rôle de bergères 
grandes dames avec la spirituelle étourderie qui caractérise leur 
époque. 

Cependant les chapeaux étaient regardés comme une coiffure 
trop hardie pour les jeunes filles, aussi l'une des premières acqui- 
sitions qu'elles faisaient après leur mariage, c'était un de ces 
jolis chapeaux avec lequel, toutes palpitantes d'orgueil et de plaisir, 
elles paraissaient au théâtre, heureuses de s'essayer dans leur 
nouveau rôle de femme coquette. 

Ce ne fut que sous le règne de Marie- Antoinette que s'effaça 
cette distinction de coiffure. 

La manie de donner des noms aux coiffures, manie qui avait 
commencé déjà avant Louis XIV, reprit avec force vers le milieu 
du règne de Louis XV. L'imagination des coiffeurs et des modistes 
confond notre prosaïsme moderne. 

11 y eut les coiffures à la Grecque, surchargées de plumes, 
n'offrant pas la plus vague ressemblance, avec celle d'Aspasie ou 
de Laïs. Vient ensuite le bonnet à la débâcle, puis, en 1768, 
à la crue de la Seine, puis encore le bonnet à la révolte, le 
bonnet à la caisse d'escompte, le bonnet sans fond, à la Creveld, 
à la Lawfeldt, à la Montgolfier. Tout était prétexte à noms 
ronflants. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



659 



Tant que dura le règne de Madame de Pompadour, la coiffure 
ne prit pas de grands développements. Elle garda une certaine 
ligne harmonieuse, très coquettement brisée par des boucles mises 
de différentes façons ; les grandes dames conservèrent quelques 
années encore ce genre de coiffure. Quand Madame du Barry 
fut présentée à la cour, en 1768, à l'âge de vingt-quatre ans, sa 
coiffure n'avait rien d'exagéré (fig. 462). 

Chose singulière, ce ne. fut pas de la cour que partit la mode 
des hautes coiffures. Elle vint de la 
bourgeoisie parisienne et commença 
vers 1750. On retroussait les cheveux 
sur un crêpé pour former une masse 
en diadème autour du front et des 
tempes. Cela s'appelait le tapé; nous 
en reparlerons plus tard. Cette fan- 
taisie fut d'abord souverainement dé- 
daignée par les grandes dames qui 
la trouvèrent ridicule et de mauvais 
ton. Les actrices s'en étant emparées, 
ce fut une raison de plus pour que 
les femmes de bel air ne voulussent 
pas les imiter. 

Madame d'Oberkirch, présentée à 
la cour de Montbéliard, n'avait dans 
ses cheveux poudrés qu'une rose, avec 
une -petite aigrette de perles. Il est vrai qu'elle était bien jeune et 
que les parures plus lourdes étaient réservées aux femmes mariées. 

Mais, avec l'arrivée en France de Marie-Antoinette, la mode 
des hautes coiffures prévalut brusquement. Elle monta du coup 
dans des proportions extrêmes. En 1772, la coiffure loge dopera 
donnait à la tête d'une femme soixante-douze pouces de hauteur. 
Le chemin avait été rapide. 

Le fond de toute coiffure était le tapé avec des boucles 
disposées de mille manières. Les principales de ces boucles 




Fig. 463. — Coiflures hautes d'après le 
courrier de la mode de 1768. 



66o HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

avaient un nom : les dragonnes tombaient en tire- bouchons 
sur les épaules, les favoris, se dessinaient en croissant sur le 
front, les marrons, les brisures, les béq^tilles étaient autant de 
boucles diversement posées. Sur ce thème on broda des variations 
sans nombre dont nous allons essayer de donner quelque idée 

(%■ 463)- 

Décrivons d'abord une des premières coiffures hautes, d'après 
le Mercure du mois de janvier 1763, c'est, bien entendu, celle 
d'une bourgeoise. 

— « Imagine-toi deux grands ailerons de chaque côté du visage, 
« qui excèdent de sept à huit pouces la physionomie et de deux 
« ou trois les plus grands nez de France. Ces ailerons ne 
« paraissent rien par le haut, car il faut que la huppe ait sa 
« saillie franche; mais ils sont attachés par derrière à une ample 
« bourse de linge, qui enveloppe le volumineux amas de cheveux 
« dont les Françaises font à présent leur plus chère parure. On 
« met par là- dessus une espèce de carcasse en rubans bouillonnes, 
« qui paraît nouée avec une rosette des mêmes rubans, vers 
« l'extrémité postérieure du crâne. Je suis bien trompé si cela 
« n'est pas appelé ingénieusement un cabriolet. Je n'ose cependant 
« t'en assurer, car leurs ouvrières et leurs marchandes de brillants 
« chiffons, la plupart du temps sans goût et sans raisonnement, 
« ont la suprême législation sur cette partie, et chaque semaine 
« changent les noms de ces bagatelles. » 

Pour abriter ces gigantesques échafaudages il fallait d'énormes 
bonnets, car les bourgeoises n'avaient pas l'habitude de sortir en 
cheveux. De là les bonnets à la Basfienne, à la Suzanne, à la 
Gertrude, à la clochette, à la moissonneuse. Bientôt les dames de 
toutes classes les adoptèrent à l'envi. C'est alors que paraît le 
premier journal de mode. Il s'appelait le Courrier dé la mode 
et naquit en 1768. Quatre ans plus tard, un ami des hautes 
coiffures, le chevalier de St-Michel, affirme, qu'en feuilletant seulement 
le trente-neuvième cahier des coiffures à la mode, il y a trouvé 
six estampes de seize figures chaque, ce qui fait quatre-vingt-seize 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



66 1 



manières de se coiffer, d'où il calcule pour les trente-neuf cahiers, 
trois mille sept cent quarante-quatre modes différentes. 

C'est assez dire que nous entrons dans le règne des plus folles 
exagérations. Les femmes françaises sont prises de vertige, la 
toilette, la parure, la nouveauté semblent le disputer d'extra- 
vagance. Dans cet espace de vingt ans on voit les inventions les 




Fig. 464. — Bonnet à la polonaise. 



plus incroyables se succéder, acceptées par les têtes les plus sages, 
et non seulement la France ne formera plus qu'un immense car- 
naval, mais toutes les nations du monde s'inspireront de ses modes 
et les suivront avec un servilisme, qui ne connaît pas de limites. 
Le Quèsaco fut l'une des premières grandes coiffures. Elle 
consistait dans trois plumes qui surmontaient le tapé. Ces trois 



662 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

plumes furent longtemps obligatoires, comme parure officielle, mais 
on les portait aussi en toutes occasions soit avec un bonnet, 
soit avec un petit chapeau à la polonaise, soit enfin de toute 
autre façon (fig. 464). 

« Imaginez, -dit un des auteurs qui ont le plus approfondi 
« l'étude du xviii' siècle (i), imaginez cette mode ! Le prodigieux 
« pot-pourri de toutes les modes du xviii" siècle travaillées, renou- 
« velées sans cesse, raffinées, perfectionnées, maniées, remaniées tous 
« les mois, toutes les semaines, tous les jours, presque à chaque 
« heure par l'imagination de six cents coiffeurs de femmes, 
« par l'imagination de la boutique des « traits galants, » par 
« l'imagination de toutes ces marchandes de modes, qui doivent 
« donner le nouveau, sous peine de fermer boutique. Ce qui vole 
« dans l'air, ce qui passe, l'événement, le grand homme de l'instant, 
« le ridicule courant, le succès d'un animal, d'une pièce ou d'une 
« chanson, la guerre dont on parle, la curiosité à laquelle on va, 
« l'éclair ou le rien qui occupe une société comme un enfant, 
« tout crée ou baptise une coiffure (fig. 465.) » 

On en vient à se figurer que ces hautes coiffures sont indis- 
pensables à la beauté, à prétendre qu'elles atténuent les défectuosités 
dCjla physionomie, qu'elles arrondissent les visages carrés, qu'elles 
allongent l'ovale et voilent l'irrégularité de certains traits du 
visage. 

<.< L'Allégorie règne dans la coiffure qui devient un poème 
« rustique, un décor d'opéra, une vue d'optique, un panorama. » 
La mort de Louis XV fait disparaître un instant le poîif au 
sentiment et le Quèsaco. Pendant le deuil royal, ce ne sont 
que coiffures à la circonstance, qui pleurent le roi, au moyen d'un 
cyprès et d'une corne d'abondance posée sur une gerbe de blé. 

Marie- Antoinette et sa famille se font vacciner, aussitôt voilà 
des coiffures à Xinocttlation, où le triomphe du vaccin est figuré 
par un serpent, une massue, un soleil levant et l'olivier couvert 

(i) E. de Goucourt. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



663 



de fruits. Le pouf au sentiment reparait, il n'est plus seulement 
une légère parure, c'est tout un monde, c'est un tableau, un 
drame, une comédie. La duchesse de Chartres porte sur le sien 




Fig. 465. — I. Petite palissade. — 2. Bonnet à l'Argus. — 3. Coiffure à la zéphyr. 
4. Coiffure au cerf-volant. — 5. A la Montgolfière. — 6. Baigneuse. 



la' nourrice de son fils, le duc de Valois, son nourrisson sur 

les genoux. A droite, on voit un perroquet becquetant une cerise, 

à gauche un petit nègre, les deux bêtes d'affection de la duchesse. 

La princesse Dorothée de Montbéliart paraît un jour portant 



664 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



sur sa tête un pouff, dans lequel figure une image de femme 
avec un trousseau de clefs. Elle dit que c'est le portrait de 
Madame Hendel, la vieille femme de confiance du château, qui 
l'a élevée et qui maintenant a la garde de diverses provisions. 
La bonne femme en étouffe presque de joie et d'orgueil. 




Fig. 466. — Boûnet à la harpie. 



La mode devient chose si importante que les pensionnaires, 
les chanoinesses, les dames retirées du monde s'en préoccupent 
comme les autres. Madame d'Oberkirch, dans les Mémoires fidèles 
qui peignent si bien son temps, nous décrit sa visite au couvent 
d'Altkirch 011 elle est assaillie de questions sur les modes nouvelles 
et doit décrire aux recluses étonnées ces coiffures monumentales, 
qui mettaient le menton d'une femme à moitié chemin de ses 
pieds (fig. 466). 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



665 



Dans les premières années du règne de Louis XVI les imagi- 
nations se ravivent encore, si c'est possible. Il faut montrer sa 
joie et ses espérances, symboliser l'abondance que le nouveau 
règne va amener en France, le bonheur et la paix dont on jouira. 
Aussitôt les cheveux se couvrent de bottes de paille, de cornes 
d'abondance, de fruits de toutes espèces, de branches entières, de 
pommiers ou de cerisiers, de véritables boutiques de maraîchers. 
On voit des paysages complets où paissent des moutons, avec 
des bosquets, des ruisseaux, des bergers et des bergères. Puis 
surgissent coup sur coup le bonnet à la 
candeur, le chapeau tigré, la coiffure des 
migraines, le Colysée, le bonnet à la 
Gabrielle de Vergy, au mystère, au Bec- 
quot, à la dormeuse, à la crête de coq, 
à la chien couchant, à Xargus, le bandeau 
d'amottr, \tpouf à la puce, à XAsiatiqite, 
la coiffure aux insurgents, qu'on dut inter- 
dire à cause d'un certain serpent si bien 
imité que plusieurs femmes en eurent des 
attaques de nerfs. Comment arriver seu- 
lement à la fin de cette nomenclature ? 
Le marquis de Valfons compte deux 

cents noms de bonnets différents. II faut y ajouter les coiffures, 
les chapeaux, les poufs et les innombrables genres mixtes, qui 
tenaient tant soit peu de toutes les catégories (fig. 467). 

Voici le casque anglais orné de perles, la mappemonde qui, 
sur un immense tapé, dessine exactement toutes les parties du 
monde, le zodiaque qui porte sur un taffetas bleu céleste, la 
lune et les étoiles, la Syracusaine, la Calypso, la Dorlotte, la toque 
chevelue, le hérisson, la coiffure à la Flore, à la Minerve, à 
toutes les déesses de l'antiquité, la Granville, la Théophile, la 
Chinoise, la Parnassienne, la baigneuse, la coiffure en cerf-volant, 
à la zéphyr, à la recherche, la petite palissade, la grande palis- 
sade, la toqzie Alexandre, le pouf à la Saporité. On perd l'haleine 




Fig. 467. 
Coiffure en chien couchant. 



666 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



à ce dénombrement, il faut y renoncer et bien se persuader que, 
par le courant d'insanités, qui régnait alors, il n'est pas d'invention 
si folle et si extravagante ou saugrenue, qui n'ait pu être prônée 
et admirée. Rien ne pouvait arrêter l'imagination en délire des 
femmes du monde et surtout de leurs coiffeurs. Ne vit-on pas 




Fig. 468. 



Coifture à la belle poule. — 2. Coiffure à la Cérès. — 3. Dormeuse. 



l'un de ces bourreaux coiffer sa victime d'une frégate entière avec 
ses mâts, ses voiles, ses agrès et le monde élégant se pâmer 
d'admiration devant cette monstruosité et porter aux nues le génie 
de l'inventeur.'' (fig. 468). 

Jamais Paris n'exerça un empire plus absolu. Il dictait ses lois 
au monde entier ; les plus grandes princesses tremblaient de venir 
y affronter les regards de ses élégantes, qui variaient leurs atours 
presque chaque matin (fig. 469.) 




Fig. 46g. — I. Coiffure à la sapoiité. — 2. Bonnet à la candeur. — 3. Bonnet à la hérisson. 
— 4. A la Persane. — 5. Le bandeau d'amour. — 6. Baigneuse. — » 7. Coiffure à la recherche. 



•668 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

La comtesse du Nord, la belle et gracieuse Dorothée de Mont- 
béliard, l'épouse du Czarewitch, se prépare à venir à Paris avec 
plus de soin qu'elle n'en mettrait à étudier son rôle d'impératrice. 
Elle ne veut pas qu'on la croie une sauvage, parce qu'elle vient 
de si loin. Dès longtemps avant son arrivée, la célèbre Made- 
moiselle Bertin travaille avec un redoublement d'inspiration pour 
la jeune princesse et, quand celle-ci paraît à la cour de France, 
si difficile pour les étrangers, elle emporte l'admiration générale. 
La reine elle-même est jalouse de sa coiffure. Elle commande pour 
le lendemain même un oiseau de pierreries comme celui de la 
comtesse du Nord, un oiseau qui se balance, en battant des ailes et 
becquetant les roses jetées parmi les boucles poudrées delà coiffure. 

L'amie de la comtesse du Nord, Madame d'Oberkirch, assiste 
à ce triomphe de sa future souveraine, tout en gémissant dans 
son cœur du supplice qu'elle-même endure depuis le matin. Elle 
a dû se lever à 6 heures, pour livrer sa tête au coiffeur, un 
maître ès-arts capillaires, lequel a dissimulé habilement entre ses 
cheveux quantité de petites bouteilles plates, remplies d'eau, où il 
a introduit les tiges des fleurs naturelles qui ornent sa coiffure, 
afin de les conserver fraîches le plus longtemps possible. La 
pauvre baronne a dû faire à genoux, dans sa voiture, le trajet 
de Paris à Versailles et la nouveauté de l'invention ne lui donne 
pas assez de plaisir, pour en alléger la torture. Car si la tête est 
écrasée par le poids d'un monument énorme, le reste de la toilette 
complète le supplice. 

Les négligés, les déshabillés, les toilettes flottantes ont disparu 
pour taire place aux corps baleinés, véritable armature, qui oblige 
les femmes à se tenir toujours droites, aux paniers immenses, qui 
empêchent de se reposer commodément, aux talons hauts, qui 
fatiguent le pied et rendent la marche douloureuse (fig. 470). 

C'est à la campagne que s'apprécie surtout ce reflux violent de 
la mode. 

Madame de Genlis va voir Voltaire à Ferney. Pour paraître 
dignement devant la grimaçante idole du jour, elle a fait sa plus 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



669 



belle toilette. Elle a une robe à falbalas et à paniers, sa tête est 
empanachée de plumes. En arrivant, elle apprend que le maître 
du logis n'est pas levé. Pour passer le temps, la nièce de Vol- 
taire offre une promenade. 

Il fait si beau, une rosée matinale rafraîchit l'air, jamais la 
nature n'a été si belle! Il y a surtout un berceau avec des ouver- 
tures sur le lac, qui est idéal. Madame de Genlis n'ose pas refuser. 
Mais le berceau est plus vieux que 
la mode des monte-au-ciel. Les plumes 
de la coiffure s'accrochent sans cesse 
aux branches qui s'entrelacent. Il faut 
que la pauvre femme se promène 
courbée en deux, vraie torture, avec 
son corps baleiné. Ses falbalas et ses 
paniers ramassent la rosée de l'herbe 
et des parois du berceau, ses talons 
minces s'enfoncent dans le sol humide. 
Elle se trousse, elle se baisse, elle 
tâche de mener de front une conver- 
sation aimable et une torture pro- 
longée et, quand après une bonne 
heure de ce supplice elle rentre au 
salon, elle est horrifiée devant son 
image, vue dans une glace, qui lui 
représente la personne la plus échevélée, la plus défrisée, la plus 
lamentable, qui se soit jamais montrée aux yeux impitoyables du 
vieux satyre. 

Elle n'avait pas de chance dans ses visites, la pauvre com- 
tesse. Elle va un autre jour au Fretoy, chez la comtesse d'Estour- 
mel. Cette fois, sa tête est enjolivée d'un chapeau de paille, 
création toute nouvelle, couvert de roses et de rubans, nouveauté 
absolument remarquable, car elle n'échappe pas aux yeux du 
jeune d'Estourmel, enfant unique de la châtelaine, gamin aussi 
hardi que gâté par ses faibles parents. 




Fig. 470. 
Coiffures du jouinal de la mode, 1770. 



670 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



De l'admiration, l'enfant passe bien vite au désir de la pos- 
session et exprime son désir dans les termes plus pressants. 
Madame d'Estourmel, loin de blâmer son fils, se tourne aussitôt vers 
la trop élégante .visiteuse, et la prie de détacher son chapeau pour 
le remettre un instant entre les mains de l'enfant gâté. On était 
alors trop bien élevé pour hésiter à se rendre aux vœux de son 
hôtesse, et bientôt le jeune d'Estourmel put contempler de près ce 




Fig. 471. — La comtesse de Genlis, vers l'époque de son maiiage. 



beau chapeau. Il le contempla si bien que, lorsque sonna l'heure du 
départ, il ne restait plus du joli chapeau qu'un informe paillasson. 

Madame de Genlis revint sans chapeau chez elle, mais elle 
ne dit pas si elle retourna jamais au Frétoy (fig. 471). 

La coiffure en hérisson arrête un moment le flot montant des 
extravagances. Elle consistait en un simple tapé, avec le bout des 
cheveux frisé, quelquefois un bonnet à plusieurs crêtes super- 
posées sur le tout. 




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3 



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672 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

En un clin d'œil on ne vit plus que des hérissons. Cette mode 
nouvelle étant relativement simple, l'activité de l'industrie des 
coiffeurs et des modistes se trouva ralentie. Les deux corpora- 
tions s'unirent, pour combattre les hérissons, et les expédièrent 
sans trop de peine. Les folies recommencèrent de plus belle et 
les plumes revinrent en faveur. On en mit sur les têtes tant que 
celles-ci purent en porter. Le prix en était alors fort élevé. La 
duchesse de Chartres, se trouvant à Gênes, émerveilla les dames 
italiennes par l'exhibition de panaches, qui lui coûtaient plus de 
50,000 livres. 

Le simple pouf d'une élégante « en plumes blanches, avec de 
« la blonde et un panache de trois plumes violettes, avec un fichu 
« de gaze derrière » coûtait cent quarante-quatre livres. 

— « Un bouquet de belles plumes fines et blanches et une 
« follette puce », cent et huit livres. 

On eût beau redoubler les caricatures, montrer tout le ridicule 
de ces monuments capillaires, rien n'y fit. Et cependant on ne 
les épargnait pas, ces caricatures. Elles affluaient partout, en 
Angleterre, en Allemagne comme en France. Partout, le bon sens 
s'unissait à la raillerie pour tâcher d'enrayer les progrès du mal. 
On représentait les coiffeurs, obligés de monter sur une échelle, 
pour arriver en haut de l'édifice qu'ils échafaudaient, les dames 
faisant ôter le dessus de leurs voitures pour pouvoir s'y tenir 
assises, d'autres suivies d'un laquais soutenant leur coiffure avec 
une fourche, ou profitant de l'ampleur des bonnets pour les 
remplir de fraudes. Bref on s'efforça de toutes façons de démon- 
trer aux femmes leur ridicule, mais cette fois, comme jadis, rien 
n'y fit (fig. 472 et 473). 

L'unique résultat de ces efforts fut l'invention des ressorts qui 
abaissaient et relevaient les coiffures à volonté pour permettre 
aux femmes de passer aux portes, sans trop se baisser, ou de 
n'être pas courbées en deux dans une voiture. Et les couleurs? 
Quelle vogue subite les faisait tour à tour adopter et rejeter ! 
Après la boue de Paris, voici la m.... d'oie, puis c'est la couleur 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



673 



puce, qui fait oublier toutes les autres. On en attribua la pre- 
mière idée à Louis XVI, d'autres lui donnent comme orig-ine 
la réflexion d'une grande dame qui, considérant une de ces bes- 
tioles écrasée, sur son ongle rose, s'écria que c'était une couleur 
merveilleuse ni noire ni bn,me, noire sans être trop noire, brune 
sans être trop brune, mais vraiment délicieuse. Là-dessus la 
couleur puce fait le tour du monde, à titre de ventre de pitce 




Fig. 473. — Caricature sur la mode en 1775. 



en fièvre de lait, de jeune, de vieille puce, de cuisse de puce ; tout 
est à la puce, jusqu'à ce que tout soit aux cheveu.x de la reine. 
C'est à Monsieur que revient l'honneur de cette importante décou- 
verte. Examinant un satin nouveau qu'on présentait à Marie- 
Antoinette, il soutint qu'aucun satin ne valait l'étoffe, qui pourrait 
ressembler aux cheveux de sa royale belle-sœur. Immédiatement 
une mèche d'échantillon est envoyée aux gobelins, à Lyon, dans 
les plus grandes manufactures et bientôt toutes les femmes sont 
habillées de satin or pâle, d'une nuance délicate, c'est-à-dire 

44 



674 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



« cheveux de la reine ! » Sur ce thème uniforme s'entremêlent 
les rubans aux soupirs de Venise, les garnitures à la composition 
honnêie , aux désirs marqués, à la préférence, l'étoffe aux soupirs 
étouffés, garnis en regrets inutiles, les diadèmes arc-en-ciel , le 
désespoir d'opale, la couleur vive bergère, cuisse de nymphe émue, etc. 

(%• 474)- 

Oui donnait donc à la mode cette impulsion vertigineuse, cette 

recrudescence de folie ? Hélas ! c'était 
une reine, une jeune et charmante 
reine, douée de toutes les qualités du 
cœur et de l'esprit, intelligente, chari- 
table, bonne et foncièrement honnête, 
aimant son mari, ses enfants, son pays 
d'adoption, mais trop jeune et trop 
étourdie pour comprendre la gravité 
des devoirs de la royauté et pour 
savoir les remplir sans faiblesse ou 
défaillance, n'ayant enfin dans son 
entourage ni un guide éclairé, ni une 
amie capable d'exercer sur elle une 
salutaire influence (fig. 475). 

Elevée par une mère, comme Marie- 
Thérèse, dans la simplicité relative 
de la cour autrichienne, elle arrivait 
en France toute pleine de bonne volonté, mais cette bonne 
volonté ne tint pas contre les tentations, qui assaillirent une jeune 
et jolie princesse, tentations de luxe, de dépenses, de toilettes, 
d'abandon et d'oubli, bien dangereuses pour la Reine d'un royaume 
comme le beau pays de France. Et puis on l'aimait tant, on 
l'avait si bien reçue ! Grands et petits se fussent, semblait-il, 
jetés au feu pour elle. Elle vivait dans une atmosphère d'affection, 
de dévouement et de respect. Elle ne respirait que cet air perfide 
et séduisant de la flatterie la plus délicate. Sa famille elle-même 
formait autour d'elle un cortège brillant, uniquement préoccupé 




Fig. 474. — Coiffiues d'après le journal 
de la mode de 1762. 




Fig 475 _ Marie-Antoinette, d'après un dessin appartenant à la bibliothèque royale 

de Bruxelles. 



676 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



de lui plaire et de l'amuser. N'est-elle pas excusable, la pauvre 
femme, si, placée tout à coup sur un sommet vertigineux, elle 
se laissa éblouir et si elle oublia parfois qu'elle était reine pour 
ne se croire qu'une jolie femme. 

Il était loin le jour oii elle répondait à la maréchale de 
Mouchy, qui la fatiguait de ses pédantes leçons sur les n^anteaux 

de cour et les barbes de la coiffure : 
— « Arrangez tout cela comme 
vous le voulez, Madame, mais ne 
croyez pas qu'une reine de France, 
archiduchesse d'Autriche y apporte 
l'intérêt et l'attention d'une princesse 
polonaise devenue reine de France. » 
Marie-Antoinette avait l'âme fière 
et bien placée, mais elle eut le tort de 
croire que sa dignité ne souffrirait pas 
de s'effacer devant les pures et tendres 
affections de son cœur, et l'amitié 
qu'elle témoigna à ses favorites lui 
fut aussi funeste que son engouement 
pour la grande modiste de son temps. 
Mademoiselle Bertin a été une des 
célébrités de cette dramatique fin de 
siècle, où il fit d'abord si doux de 
vivre, si l'on en croît les contempo- 
raines, et qui brusquement s'abîma dans la boue et le sang. 
On ne peut bien connaître l'histoire des mœurs et des modes 
du xviii° siècle, si l'on ne tient compte de la personnalité de cette 
modiste, car elle exerça la plus désastreuse influence sur les jeunes 
femmes de son temps, sur la reine en particulier et sut les 
pousser à un incroyable affolement de prodigalités et de toilettes. 
Très intelligente, très habile, très fine, Mademoiselle Bertin 
était douée d'un goût sûr et remarquable, qui jamais n'hésitait. 
Elle fit bientôt loi dans sa noble clientèle. 




Fig. 476. — Coiffure à la reine. 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 677 



Sans être précisément elle-même une élégante, elle avait le 
secret des mises heureuses et du rien qui rehausse, fait valoir et 
complète un autre rien. Son imagination, féconde et inépuisable, 
était sans cesse à l'œuvre et savait à point nommé réveiller, 
surexciter ou flatter la coquetterie féminine (fig. 476). 

Aussi son succès fut-il rapide et immense. Dans leur enthou- 
siasme, les jeunes femmes de la cour la poussèrent jusque dans 
l'intimité de la reine. L'innovation fit scandale dans les cercles de 
l'aristocratie. Elle suscita en même temps une foule de jalousies 
contre l'heureuse modiste et de mécontentements contre la reine. 
Cette trouée dans les règles de l'étiquette fut de tous points malheu- 
reuse, car, s'il faut en croire Madame Campan, Marie- Antoinette 
avait été jusque-là très simple dans sa toilette et son goût pour 
la parure ne se développa que lorsque Mademoiselle Bertin fut 
admise journellement près d'elle. La modiste, à son tour, éblouie 
de la haute fortune dont elle jouissait, se gonfla d'orgueil. 

— « Je vais travailler avec la reine, disait-elle, quand elle 
partait pour Versailles. » 

Au retour, elle n'avait rien de plus pressé que de montrer à 
sa clientèle intime le résultat de son travail avec Sa Majesté, 
sous forme de bonnets ou de colifichets. Les privilégiées étaient 
peu nombreuses et tout le monde n'était pas admis à l'honneur 
de ces communications personnelles. 

Madame d'Oberkirch nous raconte que, s'étant présentée chez 
Mademoiselle Bertin, elle fut reçue d'abord avec beaucoup de 
hauteur, mais bientôt la célèbre modiste s'humanisa au point de 
lui montrer un délicieux chapeau troussé à la Bohémienne, récem- 
ment rapporté de Bohême par une jeune femme. Madame 
d'Oberkirch ajoute que ce chapeau fit fureur, mais que, au grand 
désespoir de Mademoiselle Bertin, la reine trouvant ce chapeau 
trop jeune pour elle, refusa obstinément de s'en coiffer. 

Tout Paris s'arrachait les modèles nouveaux de Mademoiselle 
Bertin. C'est elle qui créa ce fameux costume de Suzanne, 
inauguré par Mademoiselle Comtat, à la première représentation 



678 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



du Mariage de Figaro et complété par un délicieux bonnet, tout 
entouré de roses et orné de plumes blanches. C'est elle encore 
qui imagina la lévite de la comtesse d'Almaviva, que toutes les 
jeunes femmes voulurent avoir le lendemain (fig. 477). Elle 
encore qui fournit à Madame du Barry, toujours élégante, malgré 
l'obscurité où elle était reléguée, un certain « chapeau Jockey 
« en paille jaune bordé de blanc, avec un large ruban rayé brun 




^}S 







Fig. 477. — DéshabiUé à la Suzanne. 

« et blanc autour de la forme, un nœud de côté et derrière du 
« même ruban, le tout surmonté d'un panache de cinq plumes 
« blanches et d'un héron » ou encore ce chapeau « de qua- 
« keresse en taffetas florence gros bleu anglais garni d'un large 
« ruban rose et blanc rayé et satiné. » Le carton contenant ce 
chef-d'œuvre coûtait trois livres à lui seul. 

On appelait Mademoiselle Bertin, le ministre de la mode. 

Couchée sur un canapé, elle recevait, sans se lever, les dames 
du plus haut rang, lesquelles s'estimaient encore très heureuses, 
quand elle voulait bien leur indiquer quelques nouveautés. L'or- 






HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



679 



gueilleuse modiste n'y était pas toujours disposée, témoin cette 
réponse typique qu'elle fit à une dame, qui, après avoir examiné 
des bonnets, vieux d'un mois, en réclamait de plus nouveaux. 

— « Cela n'est pas possible. Madame, dans mon dernier travail 
avec Sa Majesté, nous avons arrêté que les plus modernes ne 
paraîtraient que dans huit jours ! » 

Ces saillies d'une vanité ultragonflée scandalisaient d'autant plus 
que le laisser aller irréfléchi de la reine semblait les autoriser. 

C'est ainsi qu'un jour de fête, le 
couple royal passant en grand cortège 
dans la rue habitée par Mademoi- 
selle Bertin, celle-ci vint se placer au 
balcon avec ses ouvrières. La reine, 
qui l'aperçut, la salua de la main, 
sur quoi Louis XVI, frappé du geste 
qu'il croyait adressé à quelque très 
grande dame, se leva debout dans 
sa voiture et s'inclina. L'incident fut 
fort exploité par les ennemis de la 
reine. 

La haute autorité de Mademoiselle 
Bertin n'était pas seulement admise et 
reconnue par les Françaises, l'Europe 
entière s'inclinait avec respect devant 
elle et implorait ses lumières. Tous 
les mois, le ministre de la mode envoyait dans chacune des 
cours de l'Europe des poupées habillées selon les dernières don- 
nées de son imagination créatrice. La reine de Naples avait 
chargé Léonard, le célèbre coiffeur, de coiffer les poupées qui lui 
étaient destinées et, de crainte que cela ne suffît pas à initier les 
artistes capillaires italiens à toutes les finesses du goût français, 
Marie-Antoinette envoyait chaque année Léonard lui-même à sa 
sœur de Naples (fig. 478). 

Oui croirait que, en dépit de tant de succès, de clientèles prin- 




Fig. 478. 
Coiffures du journal des modes de 1779. 



6So HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

cières et royales, de vogue et de talent, Mademoiselle Bertin ne 
réussit pas à s'enrichir et fit quatre fois banqueroute? Ces accidents 
supposent chez l'illustre modiste un désordre d'une étendue aussi 
grande que son imagination. 

En tous cas, ils produisirent une vive sensation, parmi ses 
nombreuses et élégantes pratiques, et soulevèrent de véritables 
angoisses. Oui donc pourrait la remplacer pour chiffonner un 
toquet ou trousser galamment un panier, inventer chaque jour un 
affiquet nouveau, faille éclore une séduisante création ? 

La reine vint à son aide et elle se releva de chaque chute 
plus puissante et plus influente que jamais, dans le royaume de 
la mode. 

Quand la Révolution éclata. Mademoiselle Bertin ne se trouva 
pas cependant plus riche qu'au commencement de son long règne. 
Disons à sa louange qu'elle ne fut pas ingrate. Elle s'employa 
de tout son pouvoir à soulager la reine prisonnière et à favoriser 
son évasion. 

Elle consacra à ce noble but tout ce qui lui restait de fortune 
et mourut de chagrin à la suite de la mort tragique de sa 
royale bienfaitrice. 

Après Mademoiselle Bertin, les personnages les plus importants 
du monde élégant furent les coiffeurs. Leur influence était déjà 
ancienne. Sous Louis XV ils formaient une corporation nombreuse. 
Leur querelle avec les perruquiers resta mémorable dans l'histoire 
de la coiffure. 

Le premier coiffeur en renom du xviii" siècle est Frison; mais 
de son temps on ne faisait encore que des coiffures plates, cachées 
sous de petits bonnets. Il fallait une fête officielle à la cour 
pour qu'on se donnât la peine de se faire coiffer. On n'en mettait 
pas moins beaucoup d'importance à avoir une tête gracieusement 
ornée. 

On chansonna la femme du financier Dodun, qui, très fière de 
son marquisat tout frais émoulu, se donnait beaucoup de peine 
pour faire bel effet à la cour : 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 68i 



La Dodun dit à Frison 
Coiffez-moi avec adresse. 
Je prétends avec raison 
Inspirer de la tendresse. 

Tignonnez, tignonnez, bichonnez-moi, 
Je vaux bien une ducliesse. 

Tignonnez, tignonnez, bichonnez-moi. 
Je vais dîner chez le roi. 



Après Frison s'ouvre la série des grands coiffeurs, des artistes 
qui connaissent leur valeur et savent en tirer parti. C'est une 
curieuse race que celle des coiffeurs, au xviii' siècle, son histoire 
ne manque pas d'intérêt. 

Commençons par Dagé. Ce prétentieux personnage refusait de 
coiffer Madame de Pompadour, parce qu'il ne la trouvait pas 
assez noble. Il allait coiffer ses pratiques dans un équipage à 
lui, du dernier genre, et se vantait de crever ses chevaux, pour 
suffire à toutes les demandes de coiffures dont on l'accablait. 
Cependant on n'exigeait pas encore des œuvres d'art du coiffeur, 
on se bornait à lui demander de poudrer la chevelure, d'y placer 
heureusement quelques boucles frisées, de jeter là-dessus un bouquet 
de roses, quelques diamants, un morceau de gaze ou de dentelle 
au plus. 

Le Gros remplaça Dagé dans la faveur féminine et, avec lui, 
la coiffure visa à prendre place parmi les arts. Du moins l'en- 
tendait-il ainsi dans son livre intitulé : L'art de la coiffure des 
dames françaises, livre qui eut tant de succès qu'on en fit quatre 
éditions, en quatre ans, et que pas une femme élégante n'eût osé 
ne pas l'avoir sur sa toilette. Le Gros pratiquait son art avec 
une rare conviction. De notre temps il l'eût appelé sacerdoce. Il 
fonda une académie . de coiffure, oia valets et femmes de chambre 
venaient apprendre à « coeffer à fond » et se faisaient la main sur 
la chevelure de jeunes filles du peuple, qu'on nommait « prêteuses 
de têtes » et auxquelles Le Gros donnait 20 sols, par jour, pour se 
laisser coiffer toute la journée. Les jours où le beau monde se 
pressait sur les promenades publiques, il y envoyait les prê- 



682 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

teuses de têtes, afin de faire apprécier les nouvelles créations 
du maître et l'adresse de ses disciples. Quand ces jeunes filles 
avaient montré pendant quatre ans une parfaite docilité, une 
patience exemplaire et des mœurs irréprochables, il leur faisait 
apprendre un métier à ses frais. 

Le Gros fréquentait assidûment la célèbre foire de Saint-Ovide, 
le rendez-vous annuel des marchands les plus en renom de Paris 
et de la province. Il y produisit d'abord une trentaine de poupées, 
d'après ses inventions les plus récentes. Puis, d'année en année, 
il en augmenta le nombre, si bien que, en 1785, il en exhiba plus 
de cent. Il s'attachait avec un soin extrême à faire ressortir ce 
que sa profession demandait d'habileté et de coup d'œil, d'études 
et de talent, pour harmoniser les proportions de la tête avec l'air 
du visage, les justes dimensions d'un tapé avec les boucles 
légfères. Dans son enseig-nement il disting-ue les boucles biaisées 
des boucles en marron ou en béquilles, ainsi que des boucles 
en rosettes ou en colimaçon. Il démontre comme quoi certaines 
personnes ont intérêt à adopter une coiffure maigre, avec des 
boucles en dragonne; comment à d'autres convient la coiffure 
ronde, à petites frisures, des impératrices romaines. Son premier 
livre lui paraissant incomplet, il publia X Encyclopédie carcassière 
ou tableau des coiffures de modes gravées sur les dessins des petites 
'maîtresses de Paris (fig. 479). 

Malheureusement, si Le Gros était un génie en fait de coiffures, 
il avait un défaut grave, qui lui fit un tort considérable, celui 
d'avoir la langue trop longue. Indigné et blessé, dans sa dignité 
d'artiste, de l'étrange négligence de certaines de ses nobles clientes, 
qui ne se peignaient le chignon que tous les quinze jours, il se 
laissa aller jusqu'à les nommer. Cette indiscrétion le perdit et la 
vogue passa à son rival Frédéric. La mort lui épargna la douleur 
d'assister au triomphe complet de ce dernier. Il périt lors de 
l'accident survenu aux fêtes du mariage du Dauphin avec Marie- 
Antoinette. 

Ce fut vers cette époque qu'éclata la grande dispute entre les 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



683 



coiffeurs et les perruquiers. Les coiffures augmentant de volume, 
les coiffeurs furent amenés à fournir eux-mêmes les accessoires 
de toilettes, nattes, boucles, chignons, etc. Les perruquiers, qui 
jusque-là avaient regardé d'un œil indifférent la vogue naissante 
des coiffeurs, s'émurent et jetèrent des cris de paon. Ils avaient 
des privilèges bien établis. La justice, saisie de leurs plaintes, 




Fig. 47g. — Chapeau à la paysanne. 



condamna plusieurs coiffeurs à la prison et à l'amende. La que- 
relle n'en ~ devint que plus vive et plus bruyante. Enfin, une 
ordonnance de Louis XVI y mit un terme, en créant la corporation 
des coiffeurs et en lui donnant tous les droits d'un corps de 
métier, entre autres celui de fournir les accessoires nécessaires à la 
coiffure. 

Les dames avaient pris une part active au différend. Elles 
étaient trop intéressées dans la question pour ne pas employer 



684 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

tout leur zèle à la faire terminer en faveur des coiffeurs. On 
publia des poèmes, où les perruquiers furent traités de simples 
manœuvres, bons à croupir dans la crotte. A dire vrai, les pauvres 
perruquiers étaient peu faits pour se hisser à la hauteur des 
élégants personnages, qui couraient Paris d'hôtels en hôtels, 
habillés de vestes rouges, de culottes noires, de bas de soie 
gris, et se donnaient fièrement le titre de premiers officiers de 
la toilette féminine. Les coiffeuses, à leur tour, s'insurgèrent. 
Depuis longtemps, elles se laissaient aller à une sourde irritation 
devant le succès croissant des jolis coiffeurs. Lorsqu'elles se virent 
exclues des demeures élégantes et mises à l'index des boudoirs de 
l'aristocratie, elles publièrent des protestations et tirèrent de la 
poussière un vieil édit en leur faveur, datant de 1478. Mais elles 
eurent beau menacer les coiffeurs de poursuites et crier à la pro- 
fanation des têtes féminines par des mains viriles, leurs clameurs 
ne rencontrèrent pas d'écho et elles en furent pour leurs frais 
d'indignation. 

Les coiffeurs Lagarde et Tissot furent aussi célèbres en leur 
temps. Le dernier mérite surtout une mention particulière. Il 
écrivit un traité de la Nature des cheveux et de fart de se coiffer 
dédié au beau sexe. Il se pose en économiste et prétend démontrer 
que l'art de coiffer est non seulement utile, mais encore indispen- 
sable à l'Etat, au point de vue de l'accroissement de la population. 
Convenons que cette thèse est absolument tirée aux cheveux. 

Mais il n'en resta pas là. A l'entendre, c'est à l'art du coiffeur 
que la cour doit son principal ornement, grâce aux têtes bien 
coiffées, et le lustre ainsi que la gaité d'une brillante société en 
sont grandement augmentés. 

Écoutez-le poursuivre l'éloge emphatique de son importante 
profession. 

« Enfin, dit-il, cet art empêche l'inconstance et ses funestes suites, 
« en variant les coiffures qui, donnant divers aspects à la même 
« physionomie, retiennent les cœurs volages sous une même 
« chaîne. » 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 685 

En vérité on n'est pas plus spécieux et plus concluant, mais, 
voici plus fort : 

« Tout le monde ne doit pas avoir l'honneur d'être coiffeur. 
« Les disgraciés de la nature ne peuvent pas adopter cette carrière 
« sans courir le risque d'être cause de malheurs affreux. Ils sont 
« trop souvent en présence de charmantes jeunes femmes et ne 
« doivent offrir à leurs yeux que l'image agréable d'un beau cava- 
« lier.» Ici Tissot se livre à une longue discussion sur la nature 
des cheveux, la manière de les arranger ; puis il indique des 
remèdes et des recettes aussi variés qu'étranges. La femme douée 
d'une nature de cheveux raides, hérissée et sujette à de certains 
mouvements nerveux doit, d'après Tissot, se faire saigner sous 
la langue, au front et au col. On ne peut pas couper les cheveux 
sous le signe du mouton, mais cette opération fait grand bien 
sous celui de l'Écrevisse, de la Vierge et du Scorpion. Tissot 
termine par une prudente recommandation : « Le coiffeur, dit-il, 
« doit être discret, complaisant et sage, joindre la vivacité à la 
« douceur, éviter la familiarité avec les domestiques et surtout ne 
« jamais rapporter dans un cabinet de toilette ce qu'il a vu et 
« entendu dans un autre. » Une troisième célébrité, Lefèvre, 
auteur d'un Traité des principes et de l'art de la coiffure, est plus 
solennel encore : 

« J'ose dire, écrit-il dans sa préface, que l'art de la coiffure 
« opère cette merveille de faire admirer une beauté médiocre ; 
« on m'objectera peut-être : mais l'art de la coiffure n'est donc 
« pas toujours l'ornement de la beauté, puisqu'il fait préférer la 
« médiocre à la très régulière? Je répondrai qu'il n'en ferait pas 
« moins l'ornement si elle employait les recherches et si elle y 
« joignait l'engouement et la vivacité qu'ont ordinairement les 
« beautés médiocres, dans le désir qu'elles ont de plaire, ce que 
« la beauté régulière néglige fort souvent. 

« Voilà donc la nécessité de recourir à l'art de la coiffure qui, 
« j'ose le dire, embellit, rajeunit, donne très souvent la gaîté et 
« ne contribue pas peu à une parfaite santé,... 



686 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

« De tous les arts, celui de la coiffure devrait être le plus 
« estimé ; ceux de la peinture et de la sculpture, ces arts qui 
« font vivre les hommes après leur mort, ne peuvent lui disputer 
« le titre de confrère. 

« Quelle différence entre les artistes et le coiffeur ! C'est la 
« beauté vivante que celui-ci embellit, c'est un sexe à qui tout 
« cède qui implore ses secours; le pinceau ne se promène que 
« sur la toile, le ciseau du sculpteur s'use sur le marbre même 
« qu'il dompte. 

« Le coiffeur doit, à l'aspect d'une physionomie, deviner tout 
« à coup le genre d'accessoire qui lui conviendra. Il faut qu'en 
« se soumettant à la mode générale, il la maîtrise par des modi- 
« fications particulières, il faut qu'une femme en paraissant coiffée 
« comme toutes les autres le soit cependant encore plus à l'air 
« de son visage, et par conséquent il n'y a pas de toilette où 
« l'artiste, qui opère dans ce temple flatteur, ne renouvelle à 
« chaque instant du jour le plus difficile des prodiges de la nature, 
« celui d'être toujours uniforme et cependant toujours varié dans 
« ses productions. 

« L'art de la coiffure est sans contredit le plus brillant de tous 
« puisqu'il met tous les jours l'artiste à portée d'approcher de 
« tout ce qu'il y a de plus grand, de plus beau et de plus précieux 
« au monde, qui est le beau sexe. Celui qui se destine dans 
« cette classe doit donc travailler à se rendre digne de jouir d'un 
« si bel art et faire en sorte de se mettre au nombre de ces 
« hommes illustres qui ont excellé dans leur art au suprême degré. » 

Après la lecture de ces extraits d'une introduction pédante et 
diffuse, on ne s'étonnera plus que les coiffeurs se soient pris pour 
des personnages, aussi importants que les plus grands hommes, 
et que leurs prétentions se soient élevées à un rare degré de 
ridicule et d'extravagance. 

Pénétrons un instant, avec notre coiffeur lettré, dans ces mystères 
de la grande coiffure. Il est bon de se faire une idée du supplice 
que les femmes s'infligeaient pour suivre la mode (fig. 480.) 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



6S7 



La « patiente » s'est assise devant son miroir, enveloppée de 
son peignoir. Le grand homme commence par lui démêler les 
cheveux. Ce n'est pas chose facile, car le tapé, qui dure depuis 
trois jours, est composé de cheveux crêpés. La poudre et les 
objets compliqués, dont la tête a été parsemée, ont achevé de faire 




Fig. 4S0. — Madame Zolongaii. 



de la chevelure un vrai nid de moineaux. Il faut remettre cela 
en ordre. On y travaille longtemps, non sans tirer parfois les che- 
veux, quelle que soit l'adresse de l'artiste. Les cheveux bien 
démêlés, on met en papillotte ce qui doit devenir des boucles. 
On chauffe le fer à friser, on presse, on represse, puis l'artiste 
retrousse ses manchettes et, après avoir enduit fortement de 



688 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

pommade toutes les mèches, il saisit d'une main une grosse poi- 
gnée de poudre, pose l'autre sur le front de sa cliente en guise 
d'auvent et il étend la poudre sur la tête, frottant de la paume, 
poussant des doigts, enfin cherchant à obtenir une masse compacte 
et uniforme bien enduite de tous côtés. 

Alors commence la confection du tapé. Pour arriver à obtenir 
ce haut diadème bien raide et bien solide, tout en lui donnant un 
aspect léger, il faut prendre successivement chaque petite mèche, 
la crêper, la tapoter jusqu'à ce qu'elle tienne bien droite. Ce 
travail est naturellement très long. Quand on est parvenu à 
entourer le visage de l'auréole crêpelée, on pose par derrière, 
pour la soutenir, un énorme coussin appelé toque. Ce coussin est 
en crin et il donne une grande chaleur au crâne. Aidé des épin- 
gles, du poids des ornements, de la pommade et de la poudre, 
Il occasionne de cruelles démangeaisons à la victime de la mode, 
qui ne peut se soulager qu'en passant délicatement' entre ses 
cheveux un grattoir, tige d'ivoire, d'argent ou d'or, terminée par 
un petit crochet. Mais ce n'est pas tout. Le tapé bien posé sur 
son coussin, le devoir de l'homme de l'art est d'examiner avec 
la plus grande attention, si les cheveux ne sont pas clair-semés 
d'un côté ou d'un autre, car l'effet serait désastreux. Si les 
tempes sont dégarnies, il place adroitement des petites mèches 
partout où il aperçoit des vides (fig. 481). 

Il jette alors sur le tapé des poudres diversement colorées pour 
avoir un peu d'ombre et de lumière. Le chignon a été préala- 
blement préparé. Son rôle est de fournir une espèce de longue 
coque, qui doit tomber assez bas dans la nuque. Enfin arrive le 
moment pour le coiffeur de déployer toutes les ressources de son 
génie fantaisiste. 

Il place des boucles çà et là, selon la physionomie qu'il veut 
donner à son chef-d'œuvre et nous avons vu que toutes ces 
boucles ont un nom. Enfin il pose les plumes, les fleurs, les 
diamants, les poufs, les bouillonnes de gaze ou de soie, les 
bonnets ou les chapeaux selon que sa patiente doit se rendre à 




Fig. 4S1. — Marie-Christine d'Aulricàe, d'après une médaille appartenant à l'auteur. 



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6go HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

la cour, sortir en voiture, ou rester chez elle. Certaines coiffures 
à panaches s'élevaient si haut qu'il fallut inventer un petit sys- 
tème mécanique, pour ôter les panaches facilement, en entrant en 
voiture, et les remettre en arrivant à destination. On conçoit 
que de pareilles coiffures ne se recommençaient pas tous les 
jours. Lefèvre assure qu'un tapé bien fait pouvait durer huit 
jours. Mais, que de précautions pour l'envelopper convenablement 
la nuit dans un grand bonnet et pour ne pas l'abîmer dans le 
sommeil ! A quel supplice une femme ne devait-elle pas' se sou- 
mettre alors ! (fig. 482). 

Les noms bizarres dont on affublait les coiffures et leurs 
diverses parties donnaient parfois lieu à des quiproquos amusants. 
Ainsi, la partie la plus élevée du tapé, se désignait sous le nom 
de physionomie, les boucles sur le cou sous celui de sentiments, etc. 

Une jeune mariée de province qui n'était pas au courant de 
toutes ces dénominations, étant allée un jour en visite chez une 
femme à la mode, celle-ci, après l'avoir examinée un instant, 
s'écria : « Ah ! Madame que vous avez la physionomie haute et 
les sentiments bas ! » 

La pauvre jeune femme à cette exclamation, pâlit, rougit, puis 
dans un désarroi complet fond en larmes. 

La maîtresse de maison stupéfaite, ne sait comment la consoler. 

— « Enfin, Madame, expliquez-moi en quoi j'ai pu vous faire 
« de la peine, demande-t-elle. 

— « M'accuser de sentiments bas! s écrie la jeune femme au 
« milieu de ses larmes. 

— « Moi, vous accuser, répond l'élégante, qui comprend tout 
« à coup et se met à rire, chère Madame, calmez-vous, je n'ai 
« jamais songé à vous accuser de quoi que ce soit, je n'ai parlé 
« que de votre coiffure ! » 

Mais revenons aux grands coiffeurs du xviii" siècle. Le dernier 
de cette race illustre et, sans conteste, le plus célèbre, est Léonard; 
Marie- Antoinette avait pleine confiance en lui et le comblait de 
faveurs. 



HISTOIRE UE'la COIFFURE FÉMININE 



Nul ne posséda mieux que lui l'art de chiffonner un pouf. Il 
savait y faire entrer jusqu'à quatorze aunes d'étoffe. 

Marie-Antoinette avait un coiffeur en titre qui s'appelait Lar- 
seneur. Cet homme coiffait fort mal, mais la reine était trop 
bonne pour lui ôter une place qui le faisait vivre. Elle se con- 




Fig. 482. — Chapeau à la Tarare. 



damnait donc à se faire coiffer d'abord par Larseneur, mais 
aussitôt celui-ci parti, elle défaisait elle-même tout l'échafaudage 
péniblement élevé et livrait sa tête aux mains habiles de Léonard, 
qui procédait à une nouvelle opération. La cour s'émerveillait de 
l'art du coiffeur en titre et Larseneur lui-même se complaisait 
dans une gloire où il n'était pour rien. La retraite du bonhomme 
fournit enfin à Marie-Antoinette l'occasion d'installer à sa place 



692 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Léonard et celui-ci obtint de sa souveraine l'insigne faveur de 
pouvoir coiffer d'autres femmes, licence qui ne s'était jamais 
accordée jusque-là. 

Mais il avait eu l'art de faire croire à la reine que sa main 
se gâterait et perdrait sa souplesse s'il ne coiffait qu'une seule 
personne. 

Léonard fut l'un des confidents de la fuite de .Varennes. Il 
avait été chargé de préparer les relais et de faire parvenir à 
Bruxelles une boîte remplie de pierreries.. 

La boîte parvint à son adresse, mais on sait que les relais 
ne se trouvèrent pas prêts et que le retard fit manquer l'évasion 
de la famille royale. Léonard échappa au sort qui menaçait tout 
serviteur dévoué de_ la reine. Il gagna la Russie, et eut la 
chance d'y avoir autant de succès qu'à Paris. 

L'excès d'importance attaché à la coiffure est un des signes 
les plus curieux du temps (fig. 483). 

■ Il fallait à ces charmantes « fin de siècle » une enseigne de 
leur frivolité, et quelle enseigne plus parlant'e que ces empana- 
chements, ces métrages énormes d'étoffes chiffonnées, ces fleurs, 
ces fruits, ces animaux qui font de la tête d'une femme une 
oUa-podrida complète ? Quelle coiffure convenait mieux que ces 
coiffures de foire à ces aimables personnes, toujours en quête de 
plaisirs, toujours à l'affût des nouveautés, s'intéressant avec la même 
légèreté d'esprit aux affaires politiques, aux découvertes de la 
science, aux petits scandales du jour ou au.x toilettes fraîchement 
écloses dans le cerveau de Mademoiselle Bertin (fig. 484). 

Un jour, grande joie dans ce monde en l'air. Une dame 
apparaît, les cheveux flottants. « C'est la coiffure à la conseillère, 
répond-t-elle aux interrogations, ne voyez-vous pas que je suis 
attifée comme ces messieurs du Parlement ! » 

Le lendemain toutes les femmes sont à la conseillère. 

Madame de Laval dit un jour à Léonard qu'elle veut sur sa 
tête une chose qui n'ait pas encore été vue. Le coiffeur regarde 
autour de lui, pensif II aperçoit une serviette damassée. Vite 








Yj„ 4S2. — Dame à la mode de 1775. 



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694 



HISTOIRE UE LA COIFFURE FEMININE 



des ciseaux. La serviette est coupée par bandes, mise en pouf 
et le succès de la jolie vicomtesse est complet. C'est la même 
qui s'avisa de dépouiller de leurs belles queues tous les perroquets 
de ses amies, pour se faire un ajustement, qui fît merveille. 
Ces caprices heureux d'imagination empêchent les autres de 




Fig. 4S4 — Chapeau à l'Espagnole. 



dormir. On s'épuise à chercher du nouveau. La duchesse de 
Luynes apparaît, un jour de deuil de cour, coiffée d'une chemise 
de batiste dont les manchettes tombent coquettement de chaque 
côté du tapé. 

Enfin les carricatures, qui signalent les coiffures comme de 
bonnes cachettes à fraudes, n'ont pas toujours tort. Bien des billets 
compromettants ont été à l'abri sous la poudre d'iris. L'infortunée 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



695 



princesse de Lamballe avait dans ses cheveux trois lettres de 

Marie-Antoinette, quand elle fut si cruellement assassinée (fig. 485). 

L'ardeur qu'on mettait à inventer des coiffures est bien en 




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Fig. 485. — La princesse de Lamballe. 



rapport avec l'esprit féminin du xviii" siècle. Rien de plus actif 
que ces petites maîtresses, rien de plus rempli que leur vie 
inutile, rien de plus nul que leur existence. Tenir table ouverte, 
avoir un salon bien garni d'hôtes brillants et aimables, inventer 



696 HISTOIRE UE LA COIFFURE FEMININE 

chaque jour de nouveaux plaisirs, plaire en fuyant la passion, 
être aimables sans aimer, moqueuses sans méchanceté, touchant 
à tout, jugeant tout sans rien connaître ou approfondir, telle est, 
semble-t-il du moins à la surface, la femme qui allait avoir à 
traverser les épreuves de la Révolution. 

Quelle vie plus dépourvue de tout but élevé que la science ? 
Le grand souffle de charité et de piété, que St-Vincent de Paul 
et tant d'autres saints personnages avaient fait passer sur la 
France, s'était éteint dans la volupté. 

Si Rousseau éveille par ses romans une certaine philanthropie, 
c'est une sensiblerie affectée, un engouement passager pour Li 
misère qu'on rencontre, sensation superficielle qui disparaît dès 
que cette misère n'est plus sous les yeux. 

En réalité les cœurs sont trop desséchés par l'égoïsme et la 
vanité pour se préoccuper sérieusement du pauvre et de l'orphelin. 
Les belles dames, qui jouent à la bergère, n'ont aucune idée de la 
dure et pénible existence de la vraie bergère. Parmi celles dont 
le sensibilisme semble compatir un instant au malheur réel, bien 
peu savent efficacement le secourir, parce que presque toutes 
manquent de ce qui fait la force et la grandeur de la femme, 
l'esprit chrétien. 

Voyez cette petite Madame de Lauzun, si douce, si timide, si 
aimable, accablée de souffrances intimes, qu'elle porte avec une 
résignation vaillante, digne d'une martyre chrétienne, la pauvrette 
est un esprit fort et on recule en entendant les blasphèmes de 
Voltaire sortir de ses lèvres fines. Madame de Choiseul en est 
au même point. Que dire de Madame du Deffant, de la marquise 
du Chatelet, de toutes ces disciples du sensible et vertueux 
Rousseau, de ces innombrables émules d'Emilie et d'Héloïse, dont 
les mœurs suivaient de bien près la morale jaratique de leur 
maître. 

Tout achevait de se corrompre, tout s'apprêtait pour la Révo- 
lution, et cependant celui qui, en 1780, eût traversé la France, 
se fût cru dans une fête perpétuelle. Ce ne sont que comédies, 




Fig. 4S6. — Jeime femme, d'après un talileaii de Coclers. 



ôgS HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 

fêtes champêtres, surprises charmantes, réceptions fastueuses, 
dépenses folles partout. Madame de Genlis, jeune fillette, jouait la 
comédie chez ses parents, habillée en amour. On la trouve si 
jolie, ainsi travestie, qu'on lui fait porter ce costume presque toute 
une année. Aussi devient-elle actrice consommée. Elle joue la 
comédie partout et toujours. Chez la marquise de Puisieux, elle 
apprend en secret, en quinze jours, à jouer du tympanon, puis, 
déguisée en Alsacienne, vêtue d'un habit écarlate, juste à la taille, 
cheveux tressés sans poudre, elle entre tout à coup un soir dans 
le salon, amuse et enchante toute la société. 

On parfile, on cause entre les réceptions de Chantilly, les 
parties de Trianon, les surprises que ménagent les gros financiers 
aux grandes dames, qui veulent bien paraître à leurs fêtes. On 
joue surtout la comédie, on la joue à la cour, on la joue dans 
tous les pays, dans toutes les classes, partout où il y a moyen 
de placer des tréteaux. On la joue même dans les couvents. A 
l'abbaye d'Origny, où Madame de Genlis se retire, pendant une 
absence de son mari, on organise des comédies où l'on enrôle 
même des femmes de chambre (fig. 486). 

Entretemps, on s'échappe à faire de petites parties, à la faveur 
des déguisements, on trouve cela très drôle. On se travestit en 
paysanne; plus de tapé, plus de poudré, des cheveux naturels 
sous un bonnet rond, une jupe rouge, un fichu sur le corsage ; 
ainsi troussée, on s'en va au bras d'un ami souper au Rampon- 
neau, avec des pigeons à la crapaudine , une omelette et une 
salade. On danse ensuite avec les laquais et les artisans, qui se 
murmurent à l'oreille les noms de ces nobles intrus et l'on retourne 
chez soi ravi de l'aventure. 

Ce n'est pas une tête éventée qui ose avouer ces folies, c'est 
une gouvernante de princes, c'est la philosophe Madame de 
Genlis, l'amie de Rousseau et l'admiratrice de Voltaire. Ce 
savant bas bleu sémillant est bien le type de la femme du 
xviif siècle, un peu forcé peut-être, voire fort prétentieux, mais 
elles ont toutes cette teinte précieuse, cette nuance difficile à 




ï'ig. 4S7. — La duchesse d'Oiiéaiis d'après une gouache du te 



mps. 



yoo HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

rendre qui fait de l'esprit féminin un singulier mélange de frivolité, 
d'érudition, d'amour du plaisir, de passion superficielle de l'étude, 
un papillotage de toutes espèces de choses bigarrées. Madame 
de Genlis a cet esprit papillottant au suprême degré. Elle s'occupe 
d'une foule de sciences et n'oublie aucun plaisir. Sa chambre est 
encombrée de cailloux, de plantes séchées, de gros livres savants, 
de chevalets, de clavecins, de broderies. C'est la femme univer- 
selle. Par dessus tout plane le sentimentalisme. On en met 
partout; on en assaisonne tous les actes de la vie, mais d'une 
façon théâtrale et conventionnelle. On travestit sous cette défroque 
les sentiments les plus vrais. 

La duchesse d'Orléans va à Spa avec ses enfants et leur 
gouvernante. Il faut inventer quelque chose pour le jour anniver- 
saire de la naissance de la duchesse ; Madame de Genlis ne manque 
jamais d'idées. Elle se transforme en architecte , fait construire 
un monument symbolique par les mains mêmes de ses élèves. 
Dès cinq heures du matin, elle les mène à la Sauvenière tra- 
vailler à faire des chemins. 

Sans doute, beaucoup d'ouvriers les aident, mais les enfants y 
mettent toute leur ardeur, depuis que leur pédagogue leur a dépeint 
la joie, qui toucherait le cœur sensible de leur mère, en apprenant 
que leurs mains lui ont préparé cette surprise. 

Sur un tertre de gazon s'élève un autel de marbre. Le jour 
de la fête arrive. Autour du monument sont rangées les plus 
jolies jeunes filles de Spa, vêtues de blanc avec des écharpes, 
des bouquets de bruyères et des rubans violets. Sur la tête 
l'inévitable panache de plumes. Une musique au goût du jour se 
fait entendre dans les bois. La duchesse s'avance dans ces allées 
fraîchement taillées et ornées de guirlandes de bruyères ; elle 
s'approche de l'autel, ses enfants s'y tiennent debout sur les 
degrés, portant des guirlandes de fleurs. Un seul est agenouillé, 
un stylet à la main, il achève de graver sur le marbre le mot : 
reconnaissance. N'est-ce pas tout à fait typique ? (fig. 487). 

Telle est la fête champêtre rêvée de tout ce qui possède un 




Fig 4SS - I. Coiflure à la zodiaque. - 2. Coiffure casque à la clorinde. - 
3. CoitÏLire en soleil levant. - 4. Coiffuie à la peii=aue. 



702 HISTOIRE DE LA COIFFUKE FEMININE 

bout de prairie avec un saule pleureur. La reine Marie- Antoi- 
nette se laisse entraîner à favoriser cette folie. On ne rêve plus 
que bergers, moutons enrubannés, vie à la campagne, simplicité, 
amitié pure, frugalité, nature. Cette nature-là est purement pastiche 
et coûte cher à ceux qui s'en donnent le luxe. Néanmoins, de 
bonne foi, chacun d'eux croit pratiquer la simplicité pastorale la 
plus complète. 

La reine passe sans cesse à travers les mailles de l'étiquette 
et personne, malheureusement, n'ose lui montrer qu'elle se fourvoie. 
On ne peut lui faire ce reproche si juste, sans la plaindre. Son 
erreur est celle d'un cœur aimant, qui ne voit, dans son rôle de 
reine, que la prérogative de faire des heureux autour d'elle 
et de se créer des amis. Les sfens sérieux s'attristent de cet 
oubli des convenances royales. Ils se rappellent le jour où, à 
la Muette, lors des révérences de deuil pour la mort de 
Louis XV, la jeune reine s'est permis de sourire, quand les 
vénérables douairières, coiffées de petits bonnets noirs à grands 
papillons vinrent se présenter devant elle. La reine, cependant, 
n'avait souri qu'à un enfantillage d'une de ses dames d'honneur; 
mais on ne lui en avait pas moins fait un crime, dont le 
bruit s'était répandu partout. On savait qu'elle supportait diffici- 
lement les grandes représentations et tout ce qu'avait de pénible 
l'étiquette de la cour de France, et on le lui reprocha comme 
une légèreté grandement coupable. 

A son lever, à son coucher, la reine n'avait pas une minute 
de repos ou de liberté. Toujours en vue, toujours entourée, elle 
appartenait aux autres et non plus à elle-même. Elle abolit 
plusieurs de ces sujétions. Le grand lever lui était surtout odieux. 
L'obligation de procéder à sa toilette devant tout le monde lui 
était un supplice. Dames d'atours et dames d'honneur, princesses 
du sang, duchesses à tabouret encombraient sa chambre, où ses 
femmes, en grand habit, et en paniers avaient toutes les peines 
du monde de se mouvoir, pour accomplir leur service. 

Marie-Antoinette supprima tout ce cérémonial, et, sa coiffure 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 



703 



terminée, elle saluait tout le monde et entrait dans un cabinet 
où l'attendait Mademoiselle Bertin. 

— « C'est dans ce cabinet particulier, dit Madame Campan, 
« que Mademoiselle Bertin présentait ses nouvelles et nombreuses 
« parures. La reine voulut aussi se servir du coiffeur qui, dans 
« ce moment-là, avait à Paris le plus de vogue. 

« L'usage qui interdisait à tout subalterne pourvu d'une charge 




Fig. 489. — Coiffures vers 1785. 



d'exercer son talent pour le public, avait sans doute pour but 
de couper toute communication entre l'intérieur des princes et 
la société toujours curieuse des moindres détails de leur vie 
privée. La reine, craignant que le goût du coiffeur ne se perdît 
en cessant de pratiquer son état, voulut qu'il continuât à servir 
plusieurs femmes de la cour et de Paris, ce qui multiplia les 
occasions de connaître les détails de l'intérieur et surtout de 
les dénaturer » (fig. 488). 



704 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

Combien sont justes ces réflexions d'une femme de bon sens ! 
Que n'a-t-on pas dénaturé dans les moindres actions de la pauvre 
reine, jusqu'à ces promenades innocentes qu'elle faisait avec ses 
belles-sœurs, sur les terrasses de Versailles, après les brûlantes 
journées d'été, alors que se tenant par le bras, elles écoutaient 
les morceaux de musique joués devant le château. Le costume 
si simple qu'elles avaient adopté fut Tobjet de critiques veni- 
meuses. On trouva inconvenant qu'elles eussent des robes de percale 
blanche, des chapeaux de paille et des voiles de mousseline 

(%■ 489)- 

Sans se douter des charbons ardents qu'elle amassait sur sa 

tête, Marie-Antoinette s'échappait à Trianon, chaque fois qu'elle le 

pouvait et là abandonnait avec joie paniers, toupets et panaches. 

Elle avait une prédilection marquée pour les chapeaux de 
paille et les robes de percale ou de taffetas de Florence, ce 
qui lui fut imputé à crime, comme indigne de la dignité royale. 
Depuis l'affaire du collier, elle ne porta plus de diamants sinon 
dans les cérémonies officielles. 

Madame Campan, à qui nous empruntons tous ces détails, 
assure que la reine était loin de mériter les reproches de coquet- 
terie que lui faisaient ses ennemis. Elle avait à peine vingt-cinq 
ans qu'elle n'osait plus porter de fleurs ni de parures trop jeunes. 
Mademoiselle Bertin lui ayant apporté un jour une guirlande et 
un collier de roses, la Reine refusa de le mettre, se croyant trop 
vieille pour s'entourer de ces fleurs. 

Cependant, ajoute Madame Campan, elle était trop sévère 
pour elle-même, sa beauté était toujours dans son plein. 

Pauvre reine, encore quatre ans, et elle montrera à sa fidèle 
servante ses cheveux blanchis en une seule nuit, la nuit de 
Varennes. 

A l'exemple de la souveraine, toutes les femmes se coiffèrent 
de chapeaux de paille à la laitière, à la bergère, à la jardinière, 
chapeaux à la Lubin, à la vache, à la paysanne. Les hautes 
coiffures tombèrent complètement, mais elles avaient regagné en 



HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉMININE 



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largeur ce qu'elles perdaient en élévation Le tapé fut délaissé, 
tout en demeurant la coiffure officielle. Toutefois, les cheveux 
continuèrent d'être relevés en masses plus mouvantes ou de for- 
mer d'immenses amoncellements de boucles. Quelques éléo-antes 
avancées imaginèrent de porter des perruques d'hommes. Le 
catogan à nœud devint la mode adoptée. 

La duchesse de Bourbon arrive à Montbéliard avec un catoo-an 

t5 




Fig. 490. — Marie-Antoinette. 



et des cadenettes, comme un jeune gandin ; cela cause un grand 
émoi dans toute la partie féminine de la société. Marie-Antoinette 
succomba un instant à la tentation d'adopter cette mode masculine. 
Dès le lendemain, Louis XVI entra chez elle avec un chignon 
de femme. La reine se mit à rire, mais le roi lui dit gravement : 
— « Vous devriez trouver cela tout simple, Madame, ne faut-il 
« pas nous distinguer des femmes, qui ont pris nos modes ? » 
(fig. 490). 

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7o6 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE 

La leçon servit. Les coiffures masculines dis